Reconstruire l'Ukraine coûtera cher et sera l'affaire de toutes les démocraties

Volodymyr Zelensky, par visioconférence, et Denys Chmygal, en présentiel, se sont exprimés à l'ouverture de la Conférence de Lugano (Photo, AFP).
Volodymyr Zelensky, par visioconférence, et Denys Chmygal, en présentiel, se sont exprimés à l'ouverture de la Conférence de Lugano (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 05 juillet 2022

Reconstruire l'Ukraine coûtera cher et sera l'affaire de toutes les démocraties

  • «La reconstruction de l'Ukraine est la tâche commune de tout le monde démocratique», a lancé Zelensky
  • L'urgence est d'aider la population touchée par la guerre avant, dans un 2e temps, de financer des milliers de projets de reconstruction

LUGANO: Il faudra au moins 750 milliards de dollars pour reconstruire l'Ukraine mise à feu et à sang par les troupes russes depuis plus de quatre mois et ce sera l'affaire de toutes les démocraties, ont souligné lundi son président et son Premier ministre.

Volodymyr Zelensky, par visioconférence, et Denys Chmygal, en présentiel, se sont exprimés à l'ouverture de la Conférence de Lugano, qui affiche l'ambition, en deux jours, de dessiner les contours d'une stratégie pour relever leur pays.

"La reconstruction de l'Ukraine est la tâche commune de tout le monde démocratique" et "la contribution la plus importante à la paix dans le monde", a lancé M. Zelensky devant les responsables des Etats alliés de Kiev ou de nombreuses institutions internationales ainsi que des représentants du secteur privé.

"Qui doit payer pour le plan de reconstruction, qui est d'ores et déjà estimé à 750 milliards de dollars ?", s'est demandé M. Chmygal, avant d'apporter la réponse : saisir les avoirs russes gelés dans le cadre des sanctions internationales, qu'il évalue à entre 300 et 500 milliards de dollars.

M. Chmygal a aussi exposé le plan de reconstruction en trois étapes concocté par son gouvernement.

L'urgence est d'aider la population touchée par la guerre avant, dans un 2e temps, de financer des milliers de projets de reconstruction et, à long terme, il faut préparer une Ukraine européenne, verte et numérique, a expliqué le Premier ministre.

Pour mieux convaincre, la délégation ukrainienne - y compris la Première dame Olena Zelenska par visioconférence - s'est livrée pendant plusieurs heures à d'impressionnants exposés très détaillés sur les dégâts causés aux infrastructures, à la production d'énergie ou encore au tissu social mais aussi sur les besoins et ce que doit être la nouvelle Ukraine.

En T-shirt noir, le vice-Premier ministre Mykhaïlo Fedorov, chargé du numérique dans son gouvernement, a fait un exposé digne de Steve Jobs sur les prouesses cyber des Ukrainiens et sa vision d'un pays ancré dans les nouvelles technologies.

Et l'aide ne doit pas aller dans un seul sens, a souligné le ministre de l'Energie, expliquant que l'Ukraine était prête à vendre de l'électricité à l'Europe.

"Nous pouvons prendre des décisions rapidement sur ce dont vous avez besoin, de la documentation, aux licences et aux autorisations (...) investissez en Ukraine", a-t-il dit devant la salle.

Reconstruction et réformes

Le président de la Confédération helvétique Ignazio Cassis a estimé que reconstruction et réformes "se renforcent" et appelé à poursuivre la lutte contre la corruption ou la réforme de la justice malgré la guerre.

La réunion de Lugano doit aboutir à "un processus politique efficace", a-t-il ajouté.

Ce dispositif doit passer par des principes de gouvernance et des critères pour garantir l'assistance à l'Ukraine et la répartition des rôles entre cette nation, les autres Etats, les institutions internationales, le secteur privé et la société civile.

L'un des mécanismes proposés par les Ukrainiens est "l'adoption" par un pays allié d'une région spécifique en Ukraine pour être plus efficace.

Ainsi, la France concentrera ses efforts sur la région de Tchernihiv (nord) en particulier, a souligné une source diplomatique française.

"Cette région a été particulièrement durement touchée par les bombardements russes pendant les premières semaines de la guerre. La ville de Tchernihiv a des liens anciens établis avec la France et notamment avec la région Île-de-France" (Paris et ses environs), a précisé cette même source.

Selon le même principe, la région de Kiev échoit au Royaume-Uni. L'Australie et le Danemark sont aussi impliqués.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen a lâché un vigoureux "Slava Ukraïni !" ("Gloire à l'Ukraine !") en conclusion d'un discours dans lequel elle a insisté sur la reconstruction d'une Ukraine meilleure.

Si l'UE aide ce pays à gagner la guerre, "nous devons aussi nous assurer que l'Ukraine gagnera la paix qui va venir sans aucun doute", a-t-elle relevé.

La conférence avait été planifiée bien avant le conflit et devait initialement se concentrer sur les réformes en Ukraine, notamment sur la lutte contre une corruption endémique. Dans son rapport 2021, l'ONG Transparency International classe ce pays 122e sur 180.

Si on doit surtout parler reconstruction à Lugano, le sujet de la corruption a été mis en avant par plusieurs intervenants dès le départ en raison des sommes en jeu et des risques de détournement des fonds.

La Conférence doit s'achever mardi avec l'adoption des principes de Lugano destinés à guider un effort colossal qui pourrait durer plusieurs décennies, selon un diplomate suisse.


L'Iran annonce avoir saisi deux navires dans le détroit d'Ormuz malgré la prolongation de la trêve

Cette photo fournie par la Marine américaine et publiée le 21 avril 2026 par le service des relations publiques du Commandement central américain montre des forces américaines en patrouille dans la mer d'Oman, près du Touska, un cargo battant pavillon iranien, le 20 avril 2026. (AFP)
Cette photo fournie par la Marine américaine et publiée le 21 avril 2026 par le service des relations publiques du Commandement central américain montre des forces américaines en patrouille dans la mer d'Oman, près du Touska, un cargo battant pavillon iranien, le 20 avril 2026. (AFP)
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  • Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran, ont annoncé avoir intercepté deux navires qui tentaient de franchir le stratégique détroit, soumis à un double blocus américain et iranien
  • "Les deux navires en infraction ont été saisis par les forces navales des Gardiens de la Révolution et dirigés vers la côte iranienne", ont-ils indiqué dans un communiqué

TEHERAN: L'Iran a annoncé mercredi avoir saisi deux navires dans le détroit d'Ormuz, au coeur du bras de fer avec Washington, quelques heures après la prolongation de la trêve décidée unilatéralement par Donald Trump.

Le pouvoir iranien ne s'est toujours pas exprimé sur cette prolongation. Mais Téhéran en "étudie différents aspects", selon la télévision d'Etat iranienne.

Côté américain, le président a jugé "possible" une reprise des discussions entre les belligérants dans les prochains jours. "C'est possible! Président DJT", a-t-il écrit en réponse à un texto d'une journaliste du New York Post, qui l'interrogeait sur la probabilité que des discussions se tiennent dans les prochaines "36 à 72 heures", soit d'ici vendredi.

En attendant, la tension reste forte dans le détroit d'Ormuz, passage crucial pour le transport mondial d'hydrocarbures et enjeu majeur du conflit déclenché le 28 février par des frappes israélo-américaines sur l'Iran.

Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran, ont annoncé avoir intercepté deux navires qui tentaient de franchir le stratégique détroit, soumis à un double blocus américain et iranien.

"Les deux navires en infraction ont été saisis par les forces navales des Gardiens de la Révolution et dirigés vers la côte iranienne", ont-ils indiqué dans un communiqué.

Selon Téhéran, les navires doivent obtenir une autorisation pour quitter ou entrer dans le Golfe via le détroit d'Ormuz.

Un troisième bateau a essuyé des tirs alors qu'il se trouvait à 8 milles nautiques à l'ouest de l'Iran, selon l'agence de sécurité maritime britannique UKTMO, mais il a pu quitter le détroit en direction du port saoudien de Jeddah, selon le site Marinetraffic.

Ces incidents illustrent la précarité de la trêve entrée en vigueur le 8 avril, d'autant que les discussions entre Washington et Téhéran n'ont toujours pas repris.

Islamabad en attente 

Les pourparlers, qui étaient censés se tenir en début de semaine après une première session le 11 avril, visent à trouver une fin durable à une guerre régionale qui a fait des milliers de morts -essentiellement en Iran et au Liban- et ébranlé l'économie mondiale.

Donald Trump a prolongé sine die le cessez-le-feu avec l'Iran mardi soir, à quelques heures de l'expiration annoncée, afin, a-t-il dit, de laisser davantage de temps aux Iraniens pour joindre les négociations de paix sous l'égide des médiateurs pakistanais.

Il a parlé d'une extension jusqu'à ce que "l'Iran présente une proposition et que les discussions soient conclues, d'une manière ou d'une autre".

En attendant, aucune délégation ne s'est encore envolée pour Islamabad, bouclée et sous haute surveillance depuis le début de la semaine, provoquant la lassitude d'habitants privés d'écoles et limités dans leur déplacements.

Le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, a dit espérer que les deux parties parviendraient "à conclure un +accord de paix+ lors du deuxième cycle de négociations prévu à Islamabad". Il a reçu mercredi matin l'ambassadeur iranien à Islamabad.

Trois morts au Liban 

Sur l'autre front principal de la guerre, trois personnes ont été tuées mercredi dans des frappes israéliennes au Liban malgré la trêve, qui expire dimanche, et dont Beyrouth va demander l'extension lors de pourparlers prévus jeudi entre les deux pays à Washington.

"Le Liban demandera l'extension pour un mois de la trêve, le strict respect du cessez-le-feu et l'arrêt par Israël des opérations de dynamitage et de destruction dans les zones où il est présent", a indiqué une source libanaise officielle à l'AFP.

Israël a affirmé avant ces discussions ne pas avoir de "désaccords sérieux" avec le Liban, l'appelant à "travailler ensemble" contre le Hezbollah pro-iranien.

Selon le dernier bilan officiel, au moins 2.454 personnes ont été tuées au Liban en six semaines de guerre.

Par ailleurs, le président français Emmanuel Macron a annoncé mercredi la mort d'un 2e militaire français de la force de paix de l'ONU au Liban, Finul, blessé dans une embuscade samedi au cours de laquelle un premier Casque Bleu français avait été tué. Paris a attribué l'attaque au Hezbollah, ce que le groupe islamiste chiite a nié.


Londres accueille des discussion sur la mission à Ormuz

Le Royaume-Uni a annoncé qu'il allait accueillir mercredi et jeudi des militaires d'une trentaine de pays pour discuter de la formation d'une mission dirigée par le Royaume-Uni et la France afin de protéger la navigation dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
Le Royaume-Uni a annoncé qu'il allait accueillir mercredi et jeudi des militaires d'une trentaine de pays pour discuter de la formation d'une mission dirigée par le Royaume-Uni et la France afin de protéger la navigation dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
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  • Cette conférence permettra de "faire progresser la planification détaillée" de la réouverture du détroit dès que les conditions le permettront, à la suite des "avancées" réalisées lors des pourparlers de Paris la semaine dernière
  • "L'objectif aujourd'hui et demain est de traduire le consensus diplomatique en un plan commun pour garantir la liberté de navigation dans le détroit et soutenir un cessez-le-feu durable"

LONDRES: Le Royaume-Uni a annoncé qu'il allait accueillir mercredi et jeudi des militaires d'une trentaine de pays pour discuter de la formation d'une mission dirigée par le Royaume-Uni et la France afin de protéger la navigation dans le détroit d'Ormuz.

Cette conférence permettra de "faire progresser la planification détaillée" de la réouverture du détroit dès que les conditions le permettront, à la suite des "avancées" réalisées lors des pourparlers de Paris la semaine dernière, a précisé le ministère britannique de la Défense.

"L'objectif aujourd'hui et demain est de traduire le consensus diplomatique en un plan commun pour garantir la liberté de navigation dans le détroit et soutenir un cessez-le-feu durable", a déclaré le ministre britannique de la Défense John Healey, cité dans un communiqué.

Il s'est dit confiant que "des progrès concrets puissent être accomplis".

Ces discussions intervient dans la foulée de pourparlers sur ce détroit stratégique, ayant réuni vendredi à Paris plus de 40 pays sous la houlette du Premier ministre britannique Keir Starmer et du président français Emmanuel Macron.

M. Starmer a indiqué que la France et le Royaume-Uni dirigeraient une mission multinationale pour assurer la liberté de navigation dans le détroit "dès que les conditions le permettront".

La Grande-Bretagne et la France ont insisté sur le fait que cette force serait exclusivement défensive et ne serait déployée qu'une fois la paix durable dans la région instaurée.

Les Etats-Unis et l'Iran, parties belligérantes, n'ont pas participé aux pourparlers.

Avant la réunion de Paris, Downing Street avait annoncé la tenue d'un sommet de planification militaire cette semaine, sans donner plus de précisions.

 


Iran: le médiateur pakistanais salue la prolongation du cessez-le-feu annoncée par Trump

Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont le pays joue un rôle de médiateur dans le conflit opposant les Etats-Unis à l'Iran, a salué mercredi l'extension du cessez-le-feu annoncée par Donald Trump. (AFP)
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont le pays joue un rôle de médiateur dans le conflit opposant les Etats-Unis à l'Iran, a salué mercredi l'extension du cessez-le-feu annoncée par Donald Trump. (AFP)
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  • "Je remercie sincèrement le président Trump d'avoir gracieusement accepté notre demande de prolongation du cessez-le-feu afin de permettre aux efforts diplomatiques en cours de se poursuivre"
  • Un nouveau round de discussions initialement annoncé pour le début de semaine à Islamabad a toutefois lui aussi été ajourné sine die

ISLAMABAD: Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont le pays joue un rôle de médiateur dans le conflit opposant les Etats-Unis à l'Iran, a salué mercredi l'extension du cessez-le-feu annoncée par Donald Trump.

"Je remercie sincèrement le président Trump d'avoir gracieusement accepté notre demande de prolongation du cessez-le-feu afin de permettre aux efforts diplomatiques en cours de se poursuivre", a indiqué sur X M. Sharif, précisant s'exprimer également au nom du chef d'état-major, le maréchal Asim Munir.

"Fort de la confiance qui lui est accordée, le Pakistan poursuivra ses efforts en vue d'un règlement négocié du conflit", a ajouté le dirigeant.

Donald Trump a annoncé mardi une extension sine die du cessez-le-feu dont il avait précédemment fixé l'expiration à mercredi soir, disant vouloir donner davantage de temps à la diplomatie.

Un nouveau round de discussions initialement annoncé pour le début de semaine à Islamabad a toutefois lui aussi été ajourné sine die.

"J'espère sincèrement que les deux parties continueront à respecter le cessez-le-feu et parviendront à conclure un +accord de paix+ global lors du deuxième cycle de négociations prévu à Islamabad, afin de mettre définitivement fin au conflit", a souligné M. Sharif mercredi.