Algérie/Constitution: les islamistes contre un projet "laïc"

Abderrezak Mokri, leader du parti islamiste du Mouvement de la société pour la paix (MSP) en Algérie. (RYAD KRAMDI / AFP)
Abderrezak Mokri, leader du parti islamiste du Mouvement de la société pour la paix (MSP) en Algérie. (RYAD KRAMDI / AFP)
Short Url
Publié le Vendredi 30 octobre 2020

Algérie/Constitution: les islamistes contre un projet "laïc"

  • Aujourd'hui, à la veille du référendum constitutionnel promu par le président Abdelmadjid Tebboune, le courant islamiste apparaît divisé 
  • Cette nouvelle loi fondamentale met l'accent sur une série de droits et libertés, censés répondre aux aspirations du mouvement de protestation populaire anti-pouvoir

ALGER: Contrairement aux opposants qui prônent le boycott, les islamistes prendront part dimanche au référendum sur la révision de la Constitution en Algérie. Mais la plupart pour voter contre un projet à leurs yeux trop "laïc".

La guerre civile des années 1990 puis les 20 ans de règne sans partage du président déchu, Abdelaziz Bouteflika (1999-2019), ont laminé les partis politiques y compris religieux.

Les Algériens n'ont pas oublié la "décennie noire" durant laquelle se sont opposés forces de sécurité et groupes islamistes après l'annulation en 1992 de législatives en passe d'être remportées par le Front islamique du Salut (FIS). Le conflit a fait officiellement 200.000 morts dont de nombreux civils, victimes d'attentats ou de massacres  imputés aux groupes islamistes. 

La guerre a pris fin avec la signature d'une "charte pour la paix et la réconciliation nationale", entérinée par un référendum, qui a proposé le pardon aux combattants islamistes en échange de leur reddition. 

Aujourd'hui, à la veille du référendum constitutionnel promu par le président Abdelmadjid Tebboune, le courant islamiste apparaît divisé. 

D'un côté, ceux, plus nombreux, qui condamnent un texte qui met en péril les "valeurs" de la société algérienne, de l'autre, ceux qui sont prêts à accorder leur blanc-seing au régime.

Cette nouvelle loi fondamentale met l'accent sur une série de droits et libertés, censés répondre aux aspirations du mouvement de protestation populaire anti-pouvoir, ou "Hirak", tout en sauvegardant l'essentiel d'un régime présidentialiste et en élargissant les prérogatives de l'armée.

"Trop profane"

Principale force islamiste et premier parti d'opposition en Algérie, le Mouvement de la société pour la paix (MSP) appelle à voter "non".

Le MSP, qui se réclame des Frères musulmans, en égrène les raisons: la concentration du pouvoir entre les mains du président, la non séparation des pouvoirs, la non inscription de l'interdiction de l'usage de la langue française dans les institutions et documents officiels…

La nouvelle Constitution est "trop profane" car elle "consacre la laïcité de l'école et de la mosquée", déplore auprès de l'AFP Bouabdellah Benadjmia, le porte-parole du MSP.

Le chef du MSP Abderrazak Makri a fustigé l'article 40 qui protège les femmes des violences car il y voit "un risque de menace contre la sphère familiale privée".

Une organisation plus radicale, le Front de la justice et du développement (FJD), deuxième force de la mouvance islamiste, exhorte également à rejeter l'amendement constitutionnel.

Son président, Abdallah Djaballah, dénonce une "Constitution laïque" dont les principes sont "inacceptables dans une société musulmane" et portent "un grand préjudice" à la religion des Algériens.

Pour un autre parti islamiste, le mouvement Ennahda, l'initiative du président Tebboune "n'est pas consensuelle car elle exprime la volonté d'une minorité".

"De pure forme"

En revanche, deux autres petites formations islamistes, le mouvement El-Islah et le mouvement El-Binaa, se sont engagées en faveur du "oui".

Le premier parce que, selon lui, elle "porte des véritables revendications démocratiques exprimées par les Algériens", notamment à travers le "Hirak" né en février 2019 mais suspendu en raison de la pandémie de Covid-19.

Le second parce qu'il considère que le projet "constitue la meilleure option pour le peuple algérien".

Pourtant, cette apparente division n'est que de "pure forme", estime Louisa Dris-Aït Hamadouche, professeure de sciences politiques à l'université d'Alger.

En participant au processus référendaire, les islamistes, toutes tendances confondues, contribuent à légitimer ses résultats, argue-t-elle. 

"Leur posture ne diffère pas des autres partis tant leur démarche a toujours été retorse", explique le politologue Mansour Kedidir, en rappelant que des islamistes ont déjà appuyé le pouvoir.

Le MSP a participé aux différents gouvernements des présidents Liamine Zeroual et Abdelaziz Bouteflika de 1996 à 2012. 

La majorité des partis islamistes pratiquent l'entrisme, observe M. Kedidir qui prédit qu'ils se rallieront au régime après le référendum dans l’espoir de gagner des sièges lors des prochaines législatives, voire d’occuper des postes ministériels.

"Les rares irréductibles resteront inflexibles, mais la participation des islamistes au référendum en rangs dispersés signera leur déroute", dit-il.


Les Émirats arabes unis affirment que l’Iran a ciblé un pétrolier d’ADNOC dans le détroit d’Ormuz, sans faire de victimes

Cette photo montre des navires naviguant près du détroit d’Ormuz, au large de la côte est des Émirats arabes unis, à Khor Fakkan, le 13 juillet 2026. (AFP)
Cette photo montre des navires naviguant près du détroit d’Ormuz, au large de la côte est des Émirats arabes unis, à Khor Fakkan, le 13 juillet 2026. (AFP)
Short Url
  • Les Émirats arabes unis affirment qu’un pétrolier d’ADNOC a été ciblé par un missile iranien dans le détroit d’Ormuz, sans faire de victimes
  • ADNOC indique que 15 de ses navires ont été attaqués depuis le début de la guerre, dont trois au cours de cette semaine

DUBAÏ : Les Émirats arabes unis ont déclaré samedi que l’Iran avait ciblé un pétrolier appartenant à l’Abu Dhabi National Oil Company (ADNOC) alors qu’il transitait par le détroit d’Ormuz.

Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères a condamné « l’attaque iranienne hostile visant un pétrolier appartenant à ADNOC au moyen d’un missile alors qu’il transitait par le détroit d’Ormuz, sans faire de victimes ».

« Cette attaque constitue une violation flagrante de la résolution 2817 du Conseil de sécurité, qui garantit la liberté de navigation et rejette le ciblage des navires commerciaux ou la perturbation des voies maritimes internationales », indique le communiqué publié par WAM.

Vendredi, ADNOC avait déclaré que, depuis le début de la guerre, 15 de ses navires avaient été attaqués dans le détroit d’Ormuz, « dont trois navires cette seule semaine ».

Le ministère saoudien des Affaires étrangères a exprimé la plus ferme condamnation du ciblage du pétrolier émirati alors qu’il traversait le détroit d’Ormuz, affirmant que « ces attaques rejetées constituent une agression contre la sécurité et la sûreté de la navigation maritime, ainsi que contre la sécurité des approvisionnements énergétiques mondiaux ». 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


L’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan signent l’accord de défense conjoint de La Mecque

Short Url
  • L’accord de défense conjoint de La Mecque prévoit que toute attaque armée contre l’un des trois pays sera considérée comme une attaque contre l’ensemble des signataires

LA MECQUE : L’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan ont signé vendredi à La Mecque un accord de défense visant à renforcer leur capacité de dissuasion commune et à élargir leur coopération militaire, a rapporté l’Agence de presse saoudienne (SPA).

L’accord de défense conjoint de La Mecque stipule qu’une attaque armée contre l’un des trois pays sera considérée comme une attaque contre tous.

Selon la SPA, le président turc Recep Tayyip Erdogan et le Premier ministre pakistanais Muhammad Shehbaz Sharif ont été reçus par le prince héritier Mohammed ben Salmane à la Cour royale du palais Al-Safa, à La Mecque. Les dirigeants ont passé en revue les relations entre l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan et ont discuté de questions d’intérêt commun.

La SPA indique que le Sommet de La Mecque sur la défense conjointe s’est tenu sur la base des liens historiques entre les trois pays, de leur solidarité islamique, de leurs intérêts stratégiques communs et de leur étroite coopération en matière de défense.

« L’accord reflète l’engagement des trois nations à renforcer leur sécurité collective et à promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité dans la région ainsi que dans le reste du monde », a rapporté la SPA.

L’accord prévoit également le développement de tous les aspects de la coopération en matière de défense entre l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan.


Le président turc Erdogan arrive à Djeddah pour une rencontre avec le prince héritier saoudien et le Premier ministre pakistanais

Le président turc Tayyip Erdogan tient une conférence de presse lors du sommet des dirigeants de l’OTAN à Ankara, en Turquie, le 8 juillet 2026. (Reuters/Archives)
Le président turc Tayyip Erdogan tient une conférence de presse lors du sommet des dirigeants de l’OTAN à Ankara, en Turquie, le 8 juillet 2026. (Reuters/Archives)
Short Url
  • Le dirigeant turc doit rencontrer le prince héritier Mohammed ben Salmane et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif
  • Sharif et le chef de l’armée pakistanaise sont déjà en Arabie saoudite pour discuter des questions régionales et des relations bilatérales

ISLAMABAD : Le président turc Recep Tayyip Erdogan est arrivé vendredi à Djeddah, où il devrait rencontrer le prince héritier Mohammed ben Salmane et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, sur fond de tensions régionales entre les États-Unis et l’Iran.

Sharif est arrivé à Djeddah jeudi pour une visite de trois jours à la tête d’une délégation comprenant le chef des forces de défense du Pakistan, le maréchal Syed Asim Munir, ainsi que des ministres fédéraux et des responsables gouvernementaux. Le porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères a indiqué que Sharif examinerait les relations bilatérales et discuterait des développements régionaux avec le prince héritier saoudien au cours de cette visite.

La visite de Sharif et d’Erdogan en Arabie saoudite intervient alors que la région du Moyen-Orient reste sous haute tension. Le président américain Donald Trump a annulé dimanche des frappes prévues contre l’Iran, affirmant que les pays du Moyen-Orient étaient parvenus à définir les « paramètres d’un accord » visant à mettre fin à la guerre avec l’Iran. Téhéran a également déclaré plus tôt cette semaine avoir conclu un accord avec Oman concernant une voie maritime pour les échanges via le détroit d’Ormuz.

La Turquie, l’Arabie saoudite, le Pakistan, le Qatar et d’autres pays de la région ont été étroitement impliqués dans les efforts visant à mettre fin à la guerre, qui a commencé en février lorsque les États-Unis et Israël ont lancé des frappes contre l’Iran.

« Notre président, Son Excellence Recep Tayyip Erdogan, effectuera une visite de travail d’une journée en Arabie saoudite le 7 août 2026 », a écrit Burhanettin Duran, responsable de la communication de la présidence turque, sur la plateforme de médias sociaux X.

« Dans le cadre de cette visite, il est prévu que Son Excellence le Président rencontre le prince héritier et Premier ministre d’Arabie saoudite, le prince Mohammed ben Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, ainsi que le Premier ministre du Pakistan, Shehbaz Sharif. »

Les responsables pakistanais et saoudiens n’ont pas commenté la visite d’Erdogan en Arabie saoudite ni les sujets qui pourraient être abordés lors d’une éventuelle rencontre entre les dirigeants. Toutefois, l’agence de presse internationale AFP a rapporté, citant des sources, que l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan devraient signer vendredi à Djeddah un accord conjoint de défense.

Selon l’agence, les puissances régionales cherchent à renforcer leurs liens sécuritaires dans un contexte de guerre entre les États-Unis et l’Iran, qui a impliqué les États du Golfe et perturbé la navigation dans le détroit d’Ormuz et la mer Rouge.

Le Pakistan et l’Arabie saoudite ont signé un pacte de défense historique en septembre 2025. L’accord stipule qu’une attaque contre l’un des deux pays serait considérée comme une attaque contre les deux, officialisant des décennies de coopération sécuritaire entre Islamabad et Riyad.

Cet accord de défense revêt une importance particulière alors que le Pakistan est le seul État doté de l’arme nucléaire dans la région, tandis que l’Arabie saoudite est une puissance économique majeure au Moyen-Orient.

Le Pakistan joue un rôle clé dans la médiation entre les États-Unis et l’Iran depuis le début de la guerre en février. La Turquie a également joué un rôle diplomatique dans les négociations visant à mettre fin à la guerre à Gaza. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com