Zoom sur Samira, 77 ans, célèbre photographe du sud de l'Irak

La photographe irakienne Samira Mazaal parle lors d'une interview dans son studio de la ville d'Amarah, dans la province de Maysan, au sud-est de l'Irak, le 9 juillet 2022. (AFP).
La photographe irakienne Samira Mazaal parle lors d'une interview dans son studio de la ville d'Amarah, dans la province de Maysan, au sud-est de l'Irak, le 9 juillet 2022. (AFP).
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Publié le Mercredi 03 août 2022

Zoom sur Samira, 77 ans, célèbre photographe du sud de l'Irak

  • Pour une photo de passeport ou pour immortaliser un couple de futurs mariés avant la noce, tout le monde se presse au «Studio Samira»
  • A Amarah, petite ville des bords du Tigre, près de la frontière avec l'Iran, la septuagénaire est une célébrité

AMARAH : Ancienne prisonnière politique et célèbre photographe dans le sud traditionaliste de l'Irak, Samira Mazaal continue à 77 ans de défier les codes et faire défiler les habitants d'Amarah devant l'objectif de son studio.

"Des paysans aux intellectuels, je les ai tous photographiés. J'ai photographié Amarah dans toute sa beauté, je suis allée au coeur des marais" tout proches, résume Samira.

Pour une photo de passeport ou pour immortaliser un couple de futurs mariés avant la noce, tout le monde se presse au "Studio Samira". A Amarah, petite ville des bords du Tigre, près de la frontière avec l'Iran, la septuagénaire est une célébrité.

Avec simplicité, elle raconte comment, dès 16 ans, elle devient la première femme photographe de sa province, malgré des réticences familiales dans l'Irak des années 1960. Puis son engagement politique, presque malgré elle, qui lui vaudra emprisonnement et torture.

"Ma famille n'a pas connu d'autre métier, nous sommes tous photographes", confie Samira, son hijab noir encadrant son visage ridé.

Tapissant les murs, de vieilles photos encadrées, en noir et blanc ou aux couleurs passées : on la voit à différents âges, le plus souvent avec un appareil photo.

Dans des albums, elle conserve ses clichés ethnographiques qui narrent un Irak d'un autre temps.

Des femmes toutes de noir vêtues, transportent d'immenses ballots en équilibre sur la tête. Une paysanne souriante, robe fleurie et cheveux tressés, se tient près d'une vache. Une mère et son enfant remplissent une marmite d'eau au fleuve.

«La société est cruelle»

Précurseur, son père est l'un des premiers à introduire la photographie dans la province.

"J'ai demandé à mon père de m'initier. Il m'a dit: +non tu es encore jeune, tu ne peux pas, la société est cruelle+", se souvient la septuagénaire, mère de deux enfants.

Il sera bientôt contraint de changer d'avis. Devenu aveugle après une opération ratée, il ne peut plus subvenir aux besoins de sa famille. Sa fille prend la relève. Elle utilise d'abord le daguerréotype, puis son père vend un terrain pour lui acheter un appareil plus moderne.

"Mon studio a connu un succès contre-nature", s'amuse-t-elle. "Parce que j'étais une jeune femme, je pouvais prendre en photo les familles".

Paradoxalement, elle a tiré profit des codes conservateurs de la société: les pères de famille préféraient savoir qu'une femme photographiait filles et épouses, plutôt qu'un homme.

"Il n'y a pas un foyer dans toute la province de Missane qui ne connaisse pas Samira, la photographe", reconnaît Bassem al-Zoubaidi, un client.

"Ma génération a connu Samira car on venait s'y faire photographier. La génération précédente a été témoin de son militantisme politique", poursuit le quadragénaire.

En 1963, dans un Irak déchiré par les révolutions et leur lot de répressions sanglantes, Samira, alors adolescente, ne se doute pas qu'un tract communiste la mènera derrière les barreaux.

«Je hurlais tellement»

Après un coup d'Etat des baasistes qui porte au pouvoir le général Abdel Salam Aref, elle reçoit à son atelier la visite de trois militants qui lui demandent de reproduire en masse un tract dénonçant le nouveau régime.

Elle reconnaît qu'elle ne s'était pas encore totalement forgée sa propre conscience politique, mais qu'elle avait agi "par sympathie" pour les idées de son frère.

"Dans tout Amarah il n'y avait pas un mur où le tract n'était pas collé", s'enorgueillit-elle. "Ce n'est pas un crime, mais une source de fierté".

Une photo, qu'elle conserve encore, l'a rendue célèbre. Elle est sur un lit d'hôpital, après avoir été torturée dans une bâtisse d'Amarah.

"Je hurlais tellement que je pensais que toute la ville viendrait me sauver", se souvient-elle.

Suivent quatre années de sévices et de maladies dans une prison à Bagdad. Après une campagne de solidarité internationale, elle bénéficie d'une grâce décrétée en faveur de plusieurs prisonniers politiques.

Sous l'ancien dictateur Saddam Hussein, elle sera brièvement emprisonnée en 1981. Et une nouvelle fois en 1991 pour une manifestation à Amarah dénonçant les répercussions de la première guerre du Golfe.

Comme plusieurs autres détenues, elle bénéficie d'une grâce quelques mois plus tard.

Aujourd'hui, Studio Samira accueille toujours ses clients. Et malgré le grand âge, la flamme révolutionnaire brûle encore.

Mme Mazaal salue le soulèvement anti-pouvoir d'octobre 2019, déclenché par la jeunesse irakienne en colère: "les manifestants auraient dû transformer leur mouvement en révolution massive pour déraciner la corruption et les corrompus".


Syrie: deux explosions près de l'hôtel de Damas où Macron a passé la nuit

  • Emmanuel Macron est arrivé lundi soir en Syrie, la première visite d'un dirigeant d'une puissance occidentale dans le pays depuis l'arrivée au pouvoir d'une coalition islamiste
  • Sa visite est intervenue alors que dix personnes ont été tuées jeudi dans un attentat à la bombe contre un café du centre de Damas

DAMAS: Une explosion a secoué mardi matin Damas, selon des journalistes de l'AFP, dans un secteur proche de l'hôtel du centre de la capitale syrienne où le président français Emmanuel Macron a passé la nuit.

Des témoins ont vu de la fumée s'élevant du quartier, alors que le dirigeant avait quitté l'hôtel Four Seasons et était arrivé au palais présidentiel pour un entretien avec son homologue Ahmad al-Chareh.

Des ambulances, sirènes hurlantes, se sont dirigées vers les lieux alors que les forces de sécurité ont bloqué plusieurs issues menant au secteur.

Emmanuel Macron est arrivé lundi soir en Syrie, la première visite d'un dirigeant d'une puissance occidentale dans le pays depuis l'arrivée au pouvoir d'une coalition islamiste.

Sa visite est intervenue alors que dix personnes ont été tuées jeudi dans un attentat à la bombe contre un café du centre de Damas.

Lundi soir, Emmanuel Macron avait dîné avec le président syrien dans un restaurant du centre de Damas avant de se rendre avec lui à la célèbre mosquée des Omeyyades au cœur de la ville.


Israël: le Parlement adopte en première lecture la création d'une commission d'enquête sur le 7-Octobre défendue par Netanyahu

Le Parlement israélien a approuvé lundi en première lecture une loi établissant une commission d'enquête, défendue par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, sur les défaillances sécuritaires ayant conduit à l'attaque du 7 octobre 2023 perpétrée par le mouvement islamiste palestinien Hamas. (AFP)
Le Parlement israélien a approuvé lundi en première lecture une loi établissant une commission d'enquête, défendue par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, sur les défaillances sécuritaires ayant conduit à l'attaque du 7 octobre 2023 perpétrée par le mouvement islamiste palestinien Hamas. (AFP)
  • "Le principe de cette proposition de loi est de permettre de mener, en toute indépendance, des investigations poussées sur les évènements du (...) massacre du 7 octobre", précise une note explicative jointe à la proposition de loi
  • Celle-ci a été adoptée avec 59 voix en sa faveur, sur les 120 sièges que compte la Knesset, Parlement israélien, sans voix contre ni abstention

JERUSALEM: Le Parlement israélien a approuvé lundi en première lecture une loi établissant une commission d'enquête, défendue par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, sur les défaillances sécuritaires ayant conduit à l'attaque du 7 octobre 2023 perpétrée par le mouvement islamiste palestinien Hamas.

Le vote a été boycotté par l'opposition qui estime que la commission proposée sera à la botte du gouvernement.

"Le principe de cette proposition de loi est de permettre de mener, en toute indépendance, des investigations poussées sur les évènements du (...) massacre du 7 octobre", précise une note explicative jointe à la proposition de loi.

Celle-ci a été adoptée avec 59 voix en sa faveur, sur les 120 sièges que compte la Knesset, Parlement israélien, sans voix contre ni abstention.

Telle que définie par cette loi, les six membres de la commission seraient nommés par la Knesset, à la majorité des deux tiers. En l'absence d'un consensus, trois membres seraient désignés par la coalition au pouvoir et trois par l'opposition.

D'anciens otages, enlevés par le Hamas lors du 7-Octobre, ou des membres de familles endeuillées auraient un rôle d'observateurs, tandis que les délibérations de la commission seraient diffusées et accessibles au grand public.

Ariel Kallner, parlementaire à l'initiative de la loi, a défendu la composition bipartisane de la commission.

"Seule une commission formée de façon égalitaire nous permettra de découvrir la vérité et de préserver la confiance de l'opinion publique. Cette commission pourra enquêter sur n'importe quelle entité qui a profondément influencé la politique sécuritaire d'Israël", a-t-il déclaré dans un communiqué publié par la Knesset.

Le 7 octobre 2023, des commandos du mouvement islamiste palestinien Hamas ont lancé une attaque surprise en Israël qui a entraîné la mort de plus de 1.200 personnes, en majorité des civils, selon des données officielles.

En riposte, Israël a lancé une offensive dans la bande de Gaza, faisant plus de 73.000 morts en deux ans, d'après les chiffres du ministère de la Santé de Gaza, placé sous l'autorité du Hamas, jugés fiables par l'ONU. Un cessez-le-feu fragile est en vigueur depuis octobre.

Des personnalités d'opposition ont fait savoir qu'elles boycotteraient toute commission nommée par des hommes politiques.

Dans ce cas, le pouvoir de désigner des membres échoirait en dernière instance au président du Parlement, ce qui reviendrait à confier le contrôle du processus à la coalition au pouvoir.

L'opposition appelle depuis longtemps de ses voeux l'établissement d'une commission d'enquête nationale indépendante, mécanisme fréquemment mis en place par le passé lors de fiascos majeurs.

Les sondages indiquent qu'une majorité d'Israéliens, quelle que soit leur sensibilité politique, soutiennent un tel mécanisme pour conduire l'enquête.

Les membres de la commission seraient alors nommés par le président de la Cour suprême, actuellement en désaccord avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur plusieurs sujets.

"L'opposition ne prendra pas part à une comédie dont le seul but est de blanchir et d'empêcher une réelle enquête sur le plus grand désastre qu'a connu le peuple juif depuis l'Holocauste", a expliqué le  chef de l'opposition Yaïr Lapid sur X.

La proposition de loi doit maintenant être examinée par la commission de la Constitution de la Knesset pour de plus amples débats, avant les lectures finales, qui devraient se tenir la semaine prochaine.

Mardi, des milliers de personnes ont manifesté dans les rues de Tel-Aviv et ailleurs dans le pays pour commémorer les 1.000 jours depuis l'attaque du 7-Octobre, exigeant la création d'une commission nationale d'enquête.

glp/cgc/vl

 


Un tanker touché par un projectile non-identifié dans la région du détroit d'Ormuz

Un tanker a été atteint lundi par un projectile non-identifié au large d'Oman, dans la région du détroit d'Ormuz, a rapporté l'agence maritime britannique UKMTO. (AFP)
Un tanker a été atteint lundi par un projectile non-identifié au large d'Oman, dans la région du détroit d'Ormuz, a rapporté l'agence maritime britannique UKMTO. (AFP)
  • L'attaque a eu lieu à 8 milles nautiques à l'est de Limah, dans le sultanat d'Oman
  • Le site américain Axios a rapporté lundi soir que l'Iran avait "tiré au moins deux missiles sur des navires commerciaux", citant deux responsables américains. Selon l'un de ces responsables, un deuxième bateau a été touché

LONDRES: Un tanker a été atteint lundi par un projectile non-identifié au large d'Oman, dans la région du détroit d'Ormuz, a rapporté l'agence maritime britannique UKMTO.

"Un tanker a indiqué avoir été touché par un projectile inconnu sur le côté bâbord, provoquant un incendie, alors qu'il naviguait vers le sud", a écrit l'UKMTO dans un communiqué, ajoutant que l'incident n'avait pas fait de blessé ni causé de dommage à l'environnement.

L'attaque a eu lieu à 8 milles nautiques à l'est de Limah, dans le sultanat d'Oman.

Le site américain Axios a rapporté lundi soir que l'Iran avait "tiré au moins deux missiles sur des navires commerciaux", citant deux responsables américains. Selon l'un de ces responsables, un deuxième bateau a été touché et présente des dégâts importants.

L'AFP n'a pas été en mesure de confirmer ces informations de manière indépendante.

Les navires marchands ont été fortement affectés par le conflit au Moyen-Orient depuis le 1er mars, lorsque l'Iran a fermé ce passage vital en représailles à des frappes américaines et israéliennes, les Etats-Unis imposant pour leur part un blocus des ports iraniens.

Le trafic maritime a repris après la signature d'un protocole d'accord entre Washington et Téhéran le 17 juin pour mettre fin au conflit. Mais l'Iran répète, en dépit de l'opposition des Etats-Unis, qu'il n'y aura pas de retour à la situation d'avant-guerre, quand le passage du détroit était gratuit, et menace les navires tentés de contourner le seul itinéraire qu'il a autorisé, le long de ses côtes.

Fin juin, accusant Téhéran d'avoir ciblé deux navires, les Etats-Unis avaient bombardé le pays en retour, et l'Iran avait ciblé en représailles ses voisins du Golfe, Koweït et Bahreïn. Iran et Etats-Unis s'étaient ensuite mis d'accord sur une pause des hostilités.

Le détroit d'Ormuz constitue la principale voie maritime connectant les riches pays pétroliers du Moyen-Orient au reste du monde, en particulier aux marchés asiatiques.

En 2024, environ 20 millions de barils de brut y circulaient quotidiennement, l'équivalent de près de 20% de la consommation mondiale de pétrole liquide, selon l'Agence américaine de l'Energie (EIA).