Acclamée, puis vilipendée: autopsie de neuf ans d'intervention de la France au Mali

Des officiers des Forces d'opérations spéciales de la marine française assistent à une formation avec les soldats maliens des FAMA dans le cadre de la nouvelle mission militaire des multinationales de la Force opérationnelle Takuba dans la région troublée de l'Afrique subsaharienne, dans la base militaire malienne de Menaka, le 15 août 2022 (Photo, AFP).
Des officiers des Forces d'opérations spéciales de la marine française assistent à une formation avec les soldats maliens des FAMA dans le cadre de la nouvelle mission militaire des multinationales de la Force opérationnelle Takuba dans la région troublée de l'Afrique subsaharienne, dans la base militaire malienne de Menaka, le 15 août 2022 (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 16 août 2022

Acclamée, puis vilipendée: autopsie de neuf ans d'intervention de la France au Mali

  • La junte s'arcboute depuis sur sa souveraineté et multiplie les déclarations hostiles à ses partenaires occidentaux
  • Elle est mise au ban par les autres pays de la région durant six mois. Le divorce avec Paris est consommé et officialisé en février

BAMAKO: 2013: le président François Hollande est acclamé à Tombouctou libérée des jihadistes par les forces françaises. Neuf ans plus tard, les slogans antifrançais fleurissent à Bamako, la junte accuse Paris de tous les maux, et le dernier soldat français vient de quitter le Mali. Retour sur une rupture.

Le 11 janvier 2013, la France lance l'opération Serval au Mali à la demande de l'Etat malien, pour enrayer la progression des jihadistes associés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), qui ont pris le contrôle de Kidal, Gao et Tombouctou (nord du Mali).

Fin janvier, le président français est accueilli en libérateur par une foule en liesse et déclare connaître "le plus beau jour de (sa) vie politique".

"Si la France n'était pas intervenue, aujourd'hui le Mali serait sous domination jihadiste. Ce combat, nous l'avons gagné", soulignait à l'AFP début 2022 le ministre des Affaires étrangères français d'alors, Jean-Yves Le Drian.

Une mission de l'ONU (Minusma, 15 000 hommes) est rapidement déployée.

En 2014, l'ancienne puissance coloniale choisit d'étendre son action militaire avec l'opération antijihadiste Barkhane, qui comptera jusqu'à 5 500 hommes. Objectif: poursuivre la lutte antiterroriste. Un excès de confiance dans une zone parmi les plus pauvres de la planète, minée par la corruption et les tensions communautaires, soulignent nombre d'experts.

"Serval répondait à une bonne stratégie, avec des objectifs clairs et des moyens adéquats. La grande erreur a été de rester", estime l'historien militaire Michel Goya. "On a voulu jouer les gendarmes au lieu de rester des pompiers. Mais il existait trop de problèmes structurels ingérables".

En mai-juin 2015, l'accord de paix dit d'Alger est signé entre le gouvernement et l'ex-rébellion non jihadiste. Très peu appliqué, il reste la référence pour une sortie de crise.

Contagion 

La même année commencent à se multiplier les attaques contre les forces sahéliennes et étrangères, ainsi que contre des lieux fréquentés par des étrangers. Engins explosifs artisanaux, attaques éclair de jihadistes à moto, attentats... Les groupes jihadistes gagnent du terrain au Niger et frappent désormais le Burkina Faso.

La contagion est en marche.

En mars 2017, le "Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans" (GSIM) est créé, fédération de groupes jihadistes autour d'Aqmi, dirigé par Iyad Ag Ghali. Un autre groupe, l'Etat islamique au grand Sahara (EIGS), monte en puissance et signe une série d'attaques d'ampleur fin 2019 contre des bases militaires au Mali et au Niger.

En novembre, la France perd 13 de ses militaires dans la collision de deux hélicoptères au Mali. Le président Emmanuel Macron tape du poing sur la table et convoque les chefs d'Etats du Sahel au sommet de Pau (sud-ouest de la France) pour exiger un sursaut collectif. Une séquence diplomatique vécue comme une humiliation au Sahel. "Cet affront public a laissé des traces durables", commente une source sécuritaire ouest-africaine.

La France envoie 500 hommes supplémentaires sur le terrain pour mettre à terre l'EIGS, désigné ennemi numéro un, et poursuivre sa politique de "neutralisation" des cadres jihadistes. Le 4 juin, le chef d'Aqmi, l'Algérien Abdelmalek Droukdel, est tué par Barkhane au Mali. Un succès symbolique majeur. S'ensuivent une série d'éliminations ciblées.

Mais les groupes armés ne lâchent pas leur emprise. Les autorités maliennes ne reprennent pas le terrain et n'installent ni services ni forces de sécurité dans les régions délaissées du pays.

"Le problème, c'est qu'à chaque victoire tactique française, l'Etat malien n'en a pas profité pour remettre des services, des juges, des préfets, des forces de sécurité dans ces zones. Or la nature a horreur du vide", estime, amer, le colonel Raphaël Bernard, trois fois déployé au Mali.

Paris compose avec l'immobilisme du président malien Ibrahim Boubacar Keita, tout en commençant à s'adjoindre des partenaires européens pour partager le fardeau, au sein du groupement de forces spéciales Takuba.

Coups d'Etat 

Mais à l'incurie du pouvoir s'ajoute l'instabilité politique: en août 2020 puis en mai 2021, deux coups d'Etat successifs secouent le Mali et mettent le pouvoir aux mains d'une junte qui joue rapidement la carte du sentiment antifrançais.

La dégradation de la situation sécuritaire malgré la présence de Barkhane fait grandir l'incompréhension des populations. Les violences se propagent dans le nord de la Côte d'Ivoire, du Bénin et du Ghana. Inquiète du risque d'enlisement, la France, qui a dépensé un milliard d'euros par an dans cette opération, annonce la réduction de son engagement au Sahel (de 5 100 hommes à 3 000 à l'horizon 2022).

Bamako dénonce un "abandon en plein vol" et finit par recourir, selon des accusations occidentales démenties par le Mali, aux services de la sulfureuse société privée russe Wagner.

La junte s'arcboute depuis sur sa souveraineté et multiplie les déclarations hostiles à ses partenaires occidentaux. Elle est mise au ban par les autres pays de la région durant six mois. Le divorce avec Paris est consommé et officialisé en février.

Lundi, le dernier soldat français a quitté le Mali, a annoncé l'état-major au lendemain d'une énième manifestation où des jeunes brandissaient des pancartes accusant la France de soutenir les jihadistes.

En neuf ans, 48 militaires français ont été tués au Mali, où les violences jihadistes et intercommunautaires ont fait des milliers de morts civils.


Parlement: chômage, budget... un menu copieux et brûlant pour la rentrée

Le Parlement reprend à partir de lundi ses travaux dans les hémicycles, un démarrage tout sauf en douceur, entre la réforme de l'assurance chômage, et la poudrière du budget. (AFP)
Le Parlement reprend à partir de lundi ses travaux dans les hémicycles, un démarrage tout sauf en douceur, entre la réforme de l'assurance chômage, et la poudrière du budget. (AFP)
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  • A l'Assemblée, les députés enchaîneront le 10 octobre avec un projet de loi de programmation des finances publiques, mais surtout avec un plat de résistance brûlant: le budget de l'Etat
  • Les débats promettent d’être houleux, car il contient aussi le prélude à une réforme déjà rejetée par les syndicats, la Nupes et le RN, mais auquel la droite ne devrait pas s'opposer

PARIS: Le Parlement reprend à partir de lundi ses travaux dans les hémicycles, un démarrage tout sauf en douceur, entre la réforme de l'assurance chômage, et la poudrière du budget.

Chômage et sécurité

Dès lundi, après un débat sur l'Ukraine, les députés commenceront par un projet de loi sensible sur l'assurance chômage. Ce texte vise dans un premier temps à prolonger les règles issues d’une réforme controversée du précédent quinquennat, qui arrivent à échéance le 31 octobre.

Les débats promettent d’être houleux, car il contient aussi le prélude à une réforme déjà rejetée par les syndicats, la Nupes et le RN, mais auquel la droite ne devrait pas s'opposer. L'idée est de faire évoluer le nombre de mois requis pour accéder à l'indemnisation, ou la durée de celle-ci, en fonction d'indicateurs comme le taux de chômage par exemple.

De son côté, le Sénat, dominé par la droite, démarre par une semaine de débats, dont un d'actualité mercredi sur l'Iran. Le premier projet de loi - d'orientation et de programmation du ministère de l'Intérieur - sera examiné à partir du 11 octobre. Il prévoit 15 milliards d'euros supplémentaires de budget en cinq ans, et une augmentation de 8.500 postes de policiers et gendarmes.


L'imam Iquioussen, recherché par la France, arrêté en Belgique

Un manifestant tient une pancarte de soutien à Iman Hassan Iquioussen à Paris, le 3 septembre 2022 (Photo, AFP).
Un manifestant tient une pancarte de soutien à Iman Hassan Iquioussen à Paris, le 3 septembre 2022 (Photo, AFP).
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  • Le comité de soutien de M. Iquioussen a de son côté précisé que ses conseils étaient «mobilisés afin d'obtenir sa libération»
  • L'imam est depuis au cœur d'un imbroglio juridique

BRUXELLES: L'imam marocain Hassan Iquioussen, mis en cause en France pour des propos jugés "contraires aux valeurs de la République" et visé par un mandat d'arrêt européen, a été arrêté vendredi près de Mons, en Belgique.

"Je peux vous confirmer qu'il a été arrêté ce jour par la police", a déclaré à l'AFP le ministre belge de la Justice, Vincent Van Quickenborne.

Selon une source policière française, il a été interpellé par la police belge "sans incident". Selon une source proche du dossier, il a été écroué dans la soirée à Tournai, ville belge proche de la frontière française.

Le ministre français de l'Intérieur Gérald Darmanin avait annoncé fin juillet l'expulsion de ce prédicateur, fiché S (pour sûreté de l'Etat) par la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure) "depuis dix-huit mois", selon lui.

«Un délit»

L'arrêté d'expulsion lui reprochait "un discours prosélyte émaillé de propos incitant à la haine et à la discrimination et porteur d'une vision de l'islam contraires aux valeurs de la République".

"Je me réjouis que M. Iquioussen ait été interpellé aujourd'hui par les services belges, que je remercie très sincèrement", a réagi M. Darmanin, en marge de son déplacement à Cayenne en Guyane pour participer aux Assises de la sécurité.

"Se soustraire à une décision d'expulsion du territoire national est un délit que le Code pénal condamne", a-t-il ajouté.

Le comité de soutien de M. Iquioussen a de son côté précisé que ses conseils étaient "mobilisés afin d'obtenir sa libération", dans un communiqué publié sur sa page Facebook vendredi soir, en même temps qu'une vidéo du prédicateur tournée avant son arrestation, où il dit avoir "confiance en la justice".

L'homme né en France et de nationalité marocaine a martelé qu'il était  "Français (...) dans (sa) tête" et qu'il est parti à l'étranger car on lui "a demandé de quitter (son) pays".

Introuvable depuis le feu vert du Conseil d'Etat français à son expulsion, fin août, le prédicateur a ensuite fait l'objet d'un mandat d'arrêt européen délivré par un juge d'instruction de Valenciennes (nord), pour "soustraction à l'exécution d'une décision d'éloignement".

L'imam est depuis au cœur d'un imbroglio juridique.

Son avocate, Me Lucie Simon, conteste en particulier la validité du mandat d'arrêt le visant, estimant qu'il se fonde "sur une infraction" qui n'est, selon elle, "pas constituée". "Pourquoi le rechercher ? Pourquoi vouloir le faire revenir ?", s'était-elle interrogée début septembre.

«Coopération judiciaire»

Selon M. Darmanin, "désormais il s'agit d'une coopération judiciaire entre la justice belge et la justice française. A la fin de cette procédure judiciaire, il y aura une procédure administrative. M. Iquioussen sera mis en centre de rétention administrative et sera expulsé vers son pays d'origine", le Maroc.

La procédure de remise à la France de l'imam pourrait prendre plusieurs semaines si l'intéressé s'y oppose.

Entre querelles juridiques et batailles médiatiques, les débats autour de l'imam ont nourri l'actualité française du mois d'août. L'annonce de son expulsion a été suspendue par le tribunal administratif de Paris qui a jugé qu'elle porterait "une atteinte disproportionnée" à sa "vie privée et familiale".

Il avait été éclaboussé par une première polémique en 2004, épinglé pour des propos jugés antisémites dans un discours sur la Palestine. L'intéressé avait reconnu par la suite "des propos déplacés" et présenté ses excuses.

Son nom est réapparu ensuite régulièrement dans la presse et le débat public.

Sa chaîne YouTube, où il délivre cours et sermons sur l'islam dans la vie quotidienne (pauvreté, violence, épanouissement dans le couple...), compte 178 000 abonnés.

Né en France, il avait décidé à sa majorité de ne pas opter pour la nationalité française. Lui affirme y avoir renoncé à 17 ans sous l'influence de son père, et avoir ensuite tenté en vain de la recouvrer.

Ses cinq enfants et ses 15 petits-enfants sont eux Français et implantés dans le Nord de la France : un fils est imam à Raismes, un autre ex-élu PS à Lourches.


France et Suriname renforcent leur coopération judiciaire

Le ministre français de la Justice Eric Dupond-Moretti et le ministre de la Justice et de la Police du Suriname Kenneth Amoksi (Photo, AFP).
Le ministre français de la Justice Eric Dupond-Moretti et le ministre de la Justice et de la Police du Suriname Kenneth Amoksi (Photo, AFP).
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  • Petit pays de 600 000 habitants, le Suriname a été régulièrement accusé d'être une plaque tournante du trafic de drogue
  • Les deux ministres ont aussi salué l'accord de coopération policière signé en 2006

PARAMARIBO, Suriname: La France et le Suriname, petit pays d'Amérique du sud qui partage 520km de frontière avec la Guyane française, ont renforcé leur coopération judiciaire à la faveur d'une visite à Paramaribo du ministre Français de la Justice Eric Dupond-Moretti.

"C'est un nouvel élan. Il est important que nos deux pays travaillent de façon plus proches, que les informations s'échangent de façon plus fluide", a affirmé le garde des Sceaux.

Les deux pays ont signé un addendum à "l'accord d'entraide judiciaire pénal entre les deux pays" pour "lutter contre l'orpaillage, qui est un fléau qui cause des dégâts considérables à l'environnement (...) et le trafic de stupéfiants", a précisé M. Dupond-Moretti.

"Je me félicite de sentir ici l'envie de lutter plus efficacement contre le trafic de drogue, contre la corruption et les atteintes environnementales que créent l'orpaillage", a-t-il lancé.

Des "groupes de travail mixtes" ont été mis en place et "nous avons envisagé des groupes de travail pour le transfèrement des détenus", a ajouté le ministre français.

"C'est une visite importante car elle nous permet de renforcer la coopération dans la zone frontalière en matière de justice et de sécurité", a quant à lui déclaré le ministre surinamais des Affaires étrangères Albert Ramdin, se félicitant d'un "regain d'engagement" de la France.

Les deux ministres ont aussi salué l'accord de coopération policière signé en 2006, qui entre en vigueur officiellement le 1er octobre 2022.

Selon le ministre surinamien de la Justice et de la Police, Kenneth Amoksi, les policiers aux frontières travaillent déjà en étroite collaboration et effectuent fréquemment des patrouilles frontalières conjointes. Le traité prévoit qu'une partie peut accompagner l'autre en tant qu'observateur à au moins 2 kilomètres à l'intérieur des terres.

Les deux pays ont aussi convenu d'intensifier la coopération en matière de détention, notamment en travaillant à la réinsertion des délinquants afin de prévenir la récidive.

"Au moins 15% des prisonniers dans les prisons françaises sont Surinamais", a indiqué M. Amoksi, ajoutant qu'il se rendrait prochainement à Cayenne pour des discussions sur le transfèrement de prisonniers surinamais prêts à purger leur peine dans leur pays.

Petit pays de 600.000 habitants, le Suriname a été régulièrement accusé d'être une plaque tournante du trafic de drogue dont une partie transiterait par ses ports vers l'Europe.

Comme au Brésil, en Guyane française et au Guyana, de nombreux orpailleurs opèrent dans ce pays de manière clandestine ou sans respecter les législations sur l'environnement.