Les étés de plus en plus chauds du Moyen-Orient, un danger pour la santé publique et la productivité

Des hommes se tiennent sous une douche en bordure de route, le long de la rue Sinak à Bagdad, pour se rafraîchir en raison des températures extrêmement élevées en pleine canicule (Photo, AFP).
Des hommes se tiennent sous une douche en bordure de route, le long de la rue Sinak à Bagdad, pour se rafraîchir en raison des températures extrêmement élevées en pleine canicule (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Vendredi 19 août 2022

Les étés de plus en plus chauds du Moyen-Orient, un danger pour la santé publique et la productivité

  • La région devrait connaître des phénomènes météorologiques extrêmes, notamment des sécheresses, des inondations soudaines et des tempêtes de sable
  • La fréquence des tempêtes de poussière au Moyen-Orient pourrait doubler d'ici 2050 si les températures moyennes continuent d'augmenter

DUBAÏ: Cet été, quelques 20 pays dans le monde ont enregistré des températures maximales de 50 degrés Celsius ou plus, avec des épisodes de chaleur extrême frappant l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique.

La région arabe, en particulier, a connu des températures de plus en plus extrêmes d'année en année, en raison des variations à long terme des régimes climatiques. À ce rythme, la réalité du changement climatique pourrait bien s'avérer pire que les prévisions initiales.

«Les pays du Moyen-Orient qui ont dépassé les 50 degrés Celsius sont le Koweït, l'Iran, l'Irak, le Bahreïn, le Qatar, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis», a déclaré à Arab News Hussein Rifai, président de la société australienne SPC Global, conférencier et fervent défenseur de l'environnement.

«Les températures devraient augmenter dans la région d'au moins 4 degrés Celsius d'ici 2050 si les gaz à effet de serre continuaient d'augmenter au rythme actuel.»

Des étés de plus en plus chauds auront des conséquences sur la santé publique, les infrastructures, la productivité, l'environnement naturel et la demande énergétique (Photo, AFP).

Selon un rapport du FMI publié en mars, les températures au Moyen-Orient devraient augmenter de près d'un demi-degré Celsius par décennie, entraînant des phénomènes météorologiques extrêmes tels que la sécheresse, les inondations soudaines et les tempêtes de poussière.

Les résultats montrent que les catastrophes climatiques dans la région réduisent déjà la croissance économique annuelle de 1 à 2 points de pourcentage par habitant.

«Ce n'est ni une fiction ni une exagération», a déclaré le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, en avril, en réponse aux dernières conclusions du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat.

«C'est ce que la science nous indique comme étant le résultat de nos politiques énergétiques actuelles. Nous sommes sur la voie d'un réchauffement climatique de plus du double de la limite de 1,5 degré (au-dessus des niveaux préindustriels convenus par les dirigeants mondiaux à Paris en 2015).»

Les effets sont déjà visibles en Tunisie, où 90 % des infrastructures touristiques côtières sont menacées par l'érosion due à l'inondation par l'eau de mer. De même, en Iran, une grave sécheresse l'année dernière a déclenché des révoltes, la pénurie d'eau ayant détruit les moyens de subsistance des agriculteurs.

Des jeunes irakiens affrontent la chaleur en se baignant dans la rivière Shatt Al-Arab, dans la ville de Basra (Photo, AFP).

«Le changement climatique aggrave la désertification et le stress hydrique», a déclaré Rifai, dont la société basée à Shepparton s'est engagée l'année dernière à assurer un avenir durable à la planète. «Les tempêtes de sable répétées comme celles qui se produisent en Irak continueront à fermer les commerces et à envoyer des milliers de personnes à l'hôpital.»

En raison de la situation géographique du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord, les températures moyennes ont déjà augmenté beaucoup plus rapidement que dans les autres régions habitées, d'environ 1,5 degré Celsius au cours des trois dernières décennies, soit deux fois plus que l'augmentation moyenne mondiale de 0,7 degré.

Une étude publiée dans la revue scientifique Climates Dynamics, qui présente une nouvelle méthode plus précise de projection des températures, affirme que le seuil du réchauffement climatique dangereux pourrait être franchi dès 2027, et certainement d'ici 2042.

«C'est la combinaison de la combustion de combustibles fossiles, de systèmes de gestion des déchets défectueux, de la déforestation continue et de l'urbanisation excessive, qui crée des gaz à effet de serre qui gardent la chaleur dans l'atmosphère et réchauffent la planète», a déclaré à Arab News, Zoltan Rendes, directeur du marketing de SunMoney Solar Group, une entreprise de fabrication de semi-conducteurs axée sur la région MENA.

Le monde arabe est particulièrement touché par la hausse des températures d’année en année (Photo, AFP).

Les conditions climatiques irrégulières pourraient être particulièrement néfastes pour les régions déjà chaudes. Les sécheresses pourraient être plus longues, plus profondes et plus fréquentes, tandis que la fréquence des tempêtes de poussière au Moyen-Orient pourrait doubler d'ici 2050.

«Pour mettre les choses en perspective, en 2015, une importante tempête de poussière a recouvert l'Arabie saoudite, le Koweït et l'Irak, provoquant des perturbations généralisées. Elle était si massive qu'elle pouvait être vue depuis l'espace», a signalé Rendes. «On ne peut qu'imaginer à quel point la situation sera dangereuse dans les années à venir.»

Dans tout le monde arabe, les responsables politiques sont désormais aux prises avec les conséquences d'étés de plus en plus chauds sur la santé publique, les infrastructures, la productivité, l'environnement naturel et la demande énergétique.

Quelles que soient les mesures prises aux niveaux mondial et régional dans le but de ralentir le rythme du réchauffement climatique, les experts affirment que les communautés devront s'adapter rapidement pour faire face à des étés plus chauds et atténuer leurs effets les plus néfastes.

Les recherches montrent que les émissions de gaz à effet de serre rendent les vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses.

Cet été, au moins 90 villes dans le monde ont émis des alertes à la chaleur, invitant le public à rester à l'intérieur afin d’éviter une exposition excessive au soleil et l'épuisement par la chaleur.

Les personnes âgées, les sans-abri et les personnes malades sont particulièrement vulnérables. Des centaines de décès liés à la chaleur ont été enregistrés au cours des mois d'été dans des endroits qui ne disposaient pas des installations et des infrastructures nécessaires pour faire face à ces conditions climatiques anormales.

La combinaison de températures élevées et d'humidité relative est potentiellement mortelle si le corps humain n'est pas en mesure de se refroidir par la transpiration — un phénomène connu sous le nom de températures de «bulbe humide».

Les scientifiques ont calculé qu'un adulte en bonne santé, vivant à l'ombre et disposant d'une quantité illimitée d'eau potable, mourra si la température de «bulbe humide» (TW) dépasse 35 degrés Celsius pendant une période de six heures.

On a longtemps supposé que ce seuil théorique ne serait jamais franchi. Cependant, des chercheurs américains ont découvert deux endroits — l'un dans les Émirats arabes unis, l'autre au Pakistan — où la barrière des 35C (TW) a été franchie plus d'une fois en 2020, même si ce n'était que de façon fugace.

Les pays du monde doivent adopter des politiques climatiques plus ambitieuses selon Hussein Rifai (Photo fournie).

Les climats plus chauds réduisent également la productivité des travailleurs et provoquent des dysfonctionnements d’ équipements surchauffés.

«C'est particulièrement vrai pour les emplois manuels, mais même les employés de bureau peuvent être affectés lorsque les températures deviennent trop élevées», a signalé Rendes.

Dans ces conditions, les climatiseurs doivent fonctionner davantage pour maintenir les gens au frais, ce qui exerce une pression supplémentaire sur les réseaux électriques sous la forme d'une demande d'énergie accrue.

«Si nous n'agissons pas pour accroître l'efficacité énergétique, passer à des sources d'énergie renouvelables comme le solaire, et propulser les solutions d'énergie propre par des investissements verts, ces problèmes vont s'aggraver dans le futur», a prévenu Rendes.

Le phénomène touchant également les routes, les voies ferrées et les pistes d'atterrissage — certaines ont littéralement fondu dans la chaleur de l'été de cette année — les perturbations de l'activité économique risquent de devenir plus fréquentes.

Tout aussi inquiétant est le risque croissant de conflit et de troubles sociaux résultant des déplacements humains, de l'inconfort et des privations, alors que la hausse des températures détruit les moyens de subsistance, submerge les infrastructures et provoque des pénuries de produits de première nécessité.

«Il y aura des troubles géopolitiques, car les citoyens marginalisés se battent pour l'accès et le contrôle des rares ressources en nourriture et en eau», a avisé Rifai, prédisant une menace sécuritaire imminente si aucune mesure n'est prise.

Un homme conduit une trotinette en pleine tempête de sable à Dubaï, le 14 août 2022 (Photo, AFP).

Pour relever ce défi, les pays du Golfe ont cherché à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, conformément à l'accord de Paris de 2015, en diminuant leur dépendance aux combustibles fossiles.

Les Émirats arabes unis, par exemple, se sont engagés à atteindre la carboneutralité d'ici 2050 et à investir jusqu'à 160 milliards de dollars américains (1 dollar américain = 0,99 euro) dans des solutions énergétiques propres et renouvelables.

L'année dernière, l'Arabie saoudite a lancé les deux initiatives «Arabie saoudite verte» et «le Moyen-Orient vert», engageant le royaume à atteindre zéro émission nette de gaz à effet de serre d'ici 2060 et à planter 10 milliards d'arbres au cours des prochaines décennies.

Pour Rifai, l'adoption généralisée de technologies vertes alternatives telles que les éoliennes, les panneaux solaires et les véhicules électriques à batterie est la voie à suivre.

Si des installations d'énergie éolienne et solaire étaient mises en place dans la moitié des pays du monde, affirme-il, non seulement leurs émissions de gaz à effet de serre seraient négligeables, mais le coût combiné de leur installation serait bien inférieur à celui de l'exploitation des centrales électriques à combustibles fossiles existantes.

Certains pays du Golfe ont fait des progrès notables dans le développement de l'énergie solaire et éolienne à l'échelle industrielle, notamment la troisième phase du projet solaire Mohammed ben Rachid à Dubaï, achevée l'année dernière, et l'inauguration du premier parc éolien d'Arabie saoudite à Dumat al-Jandal.

Les autorités saoudiennes ont pour objectif de porter la capacité de production d'énergie solaire photovoltaïque du royaume à 40 gigawatts d'ici 2030.

Une autre source d'énergie durable explorée par les pays du Golfe est l'hydrogène, considéré par de nombreux experts comme le carburant propre de l'avenir, en particulier l'hydrogène vert, qui est produit à partir de l'énergie solaire.

Des enfants palestiniens jouent dans une fontaine publique à Gaza (Photo, AFP).

Certains pays exploitent également le potentiel des pluies artificielles pour lutter contre la sécheresse et l'aridité croissante.

L'ensemencement des nuages est une intervention humaine visant à augmenter les précipitations. Les nuages sont ensemencés par des avions ou des fusées au sol, qui libèrent ensuite le matériau requis, le plus souvent de l'iodure d'argent.

Selon l'Organisation météorologique mondiale, 56 pays dans le monde utilisent la technologie d'ensemencement des nuages. Les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite ont tous deux lancé des programmes visant à accroître les précipitations.

«Dans les Émirats arabes unis, où les nuages chauds sont fréquents, on utilise des sels mélangés à du magnésium, du chlorure de sodium et du chlorure de potassium», a expliqué Rifai.

Ces derniers temps, les Émirats arabes unis ont testé une nouvelle méthode d'ensemencement des nuages en utilisant des drones qui injectent de l'électricité dans les nuages. Rifai estime que des recherches supplémentaires sont nécessaires de manière à affiner les technologies d'ensemencement des nuages.

«Ce n'est pas une solution parfaite aux problèmes de sécheresse, car elle nécessite la présence de nuages pour fonctionner et un type spécifique de cumulus. Dans les zones touchées par la sécheresse, il y aura probablement moins de nuages ensemencés», a-t-il ajouté.

Dans l'ensemble, les nombreuses initiatives en matière d'énergie montrent que les pays arabes qui disposent des ressources et de la volonté politique nécessaires s'attaquent à la crise climatique.

Malgré cela, les températures plus chaudes semblent être la nouvelle normalité à laquelle les populations du Moyen-Orient devront simplement s'adapter.

«Il n'est pas trop tard, mais les pays doivent être plus ambitieux dans leur législation sur le changement climatique. Nos vies et celles de nos générations futures sont véritablement en jeu», a avisé Rifai.

 «Les pays riches qui ont promis des milliards de dollars de financement annuel pour aider les pays pauvres à passer aux énergies renouvelables doivent commencer à tenir cette promesse», a-t-il conclut.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban: nouvelles frappes israéliennes malgré la prolongation de la trêve

Des personnes se tiennent au milieu des décombres et des gravats près de bâtiments endommagés et effondrés après des bombardements israéliens nocturnes sur la ville de Tyr, dans le sud du Liban, le 16 mai 2026. (AFP)
Des personnes se tiennent au milieu des décombres et des gravats près de bâtiments endommagés et effondrés après des bombardements israéliens nocturnes sur la ville de Tyr, dans le sud du Liban, le 16 mai 2026. (AFP)
Short Url
  • Israël a mené de nouvelles frappes dans le sud du Liban après avoir ordonné l’évacuation de plusieurs villages, malgré la prolongation récente de la trêve entre les deux pays lors de négociations à Washington
  • Les violences continuent d’aggraver la crise humanitaire : plus de 400 personnes ont été tuées depuis le début de la trêve et près d’un million de personnes ont été déplacées au Liban depuis le début du conflit régional

BEYROUTH: Israël mène de nouvelles frappes sur le sud du Liban samedi après avoir ordonné aux habitants de neuf villages d'évacuer, malgré la prolongation d'un mois et demi de la trêve lors de négociations entre les deux pays la veille à Washington.

"Les forces de défense israéliennes ont commencé à frapper des infrastructures du Hezbollah dans plusieurs zones du sud du Liban", a affirmé l'armée israélienne dans un communiqué.

L'Agence nationale d'information libanaise (Ani, officielle) a rapporté des frappes sur au moins cinq villages du sud, précédées un mouvement d'exode des habitants vers Saïda, la grande ville du sud, et Beyrouth.

L'armée israélienne avait auparavant ordonné aux habitants de neuf villages des régions de Saïda et Nabatiyé de les évacuer en prévision de frappes.

Ces frappes sur le sud dévasté se poursuivent malgré l'annonce vendredi soir de la prolongation d'une trêve entrée en vigueur le 17 avril entre les deux pays, et qui devait expirer dimanche.

Israël et le Liban mènent des négociations à Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques.

Le Hezbollah pro-iranien est opposé à ces négociations et continue de revendiquer des attaques contre l'armée israélienne qui occupe désormais une partie du sud du pays, et épisodiquement contre le nord d'Israël.

Plus de 400 personnes ont été tuées dans les frappes israéliennes au Liban depuis le début de la trêve, d'après un décompte de l'AFP fondé sur des chiffres officiels.

Le Liban a été entraîné dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars et près de 3.000 personnes ont été tuées et plus d'un million déplacées depuis, selon les chiffres officiels.


"J'aurais voulu passer le bac": déception après l'annulation des examens au Moyen-Orient et au Mali

Une femme passe devant une école fermée à Beyrouth le 18 novembre 2024, dans le contexte de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
Une femme passe devant une école fermée à Beyrouth le 18 novembre 2024, dans le contexte de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
Short Url
  • Le ministère français de l’Éducation a annulé les épreuves du brevet et du baccalauréat dans plusieurs pays du Moyen-Orient et au Mali en raison de la situation sécuritaire, remplaçant les examens par les moyennes annuelles des élèves
  • De nombreux élèves et enseignants au Liban expriment leur déception, estimant que le bac représentait une récompense symbolique pour leurs années de travail et craignant une perte du prestige du diplôme français

BEYROUTH: "J'aurais voulu passer le bac comme une récompense de mon travail": des élèves et professeurs expriment leur déception après la récente annonce de l'annulation des épreuves écrites et orales du brevet et du bac dans les établissements français de pays du Moyen-Orient et au Mali.

Cette année, les candidats scolarisés dans les établissements français homologués du Bahreïn, des Émirats arabes unis, d'Irak, d'Iran, d'Israël, du Koweït, du Liban, du Qatar et du Mali, ainsi que ceux inscrits en classes réglementées auprès du Centre national d'enseignement à distance (Cned), "se verront attribuer leur moyenne annuelle dans les enseignements concernés", a indiqué mardi le ministère français de l'Education nationale.

Cette mesure, liée à la guerre au Moyen-Orient et à la situation sécuritaire critique au Mali, concerne les épreuves écrites du diplôme national du brevet, les épreuves anticipées de français, à l'écrit comme à l'oral, et de mathématiques du baccalauréat général et technologique, ainsi que les épreuves de spécialité et de philosophie et le grand oral en classe de Terminale.

"Les candidats se présentant sous statut individuel pourront se présenter à la session de remplacement prévue en septembre 2026", tant pour le brevet que pour le baccalauréat, a précisé le ministère.

"J'aurais voulu faire le bac honnêtement, donc j'étais un peu triste d'apprendre qu'ils vont l'annuler", a réagi Yana Abdallah, 18 ans, élève du Collège des Saints-Coeurs Kfarhbab, au Liban.

Pour cette élève, qui affiche entre 16 et 17/20 de moyenne, se confronter à l'examen aurait marqué symboliquement la fin d'un cycle: "Nous avons travaillé pour le bac depuis notre entrée à l'école", rappelle-t-elle. Le passer aurait été comme une "récompense pour toute la fatigue que m'a valu mon travail".

Son école, qui se basera sur les notes du contrôle continu, n'a pas exclu la possibilité d'organiser un second bac blanc pour ne pas léser les élèves.

Les examens organisés "étaient jusqu'à présent comme une préparation mais sans que les élèves n'y mettent toute leur concentration", souligne Yana Abdallah, jugeant que son établissement essaye de les aider "autant que possible".

- "Suite désastreuse" -

Selon les chiffres de l'ambassade de France, le Liban compte en Terminale 3.166 élèves dans des établissements officiellement reconnus par les autorités et 402 élèves en candidats libres.

"Je suis contre l'annulation de ce diplôme, chaque fois que le bac a été annulé, la suite a été désastreuse", a témoigné auprès de l'AFP Hyam Merheb, 73 ans, à la retraite, ancienne enseignante de français pendant 45 ans au Liban.

"Le bac français a gardé son prestige malgré tous les événements par lesquels on est passé", juge-t-elle. "C'est la seule image encore positive que l'on peut avoir de notre pays et de l'enseignement tel qu'il était auparavant".

La décision du gouvernement est "incompréhensible", "tout le monde était prêt" pour faire passer les épreuves, avec des aménagements (moins de textes à préparer pour l'oral de français, par exemple), a aussi réagi auprès de l'AFP une enseignante et représentante syndicale du Grand lycée franco-libanais de Beyrouth, qui souhaite rester anonyme.

"Personne ne s'attendait à cette décision, les élèves de terminale avaient reçu leur convocation ce (mardi) matin", a-t-elle rapporté, déplorant avoir appris la nouvelle par la presse.

A Bamako au Mali, l’école française "Liberté" comptait à la rentrée de septembre 1.380 élèves, dont 600 en classe d'examens. "Mais, nous en avons perdu 80 en cours d'année, partis à cause de l’insécurité", a appris l'AFP auprès de membres de l’association des parents d’élèves de l’établissement.

"Notre combat est de faire en sorte que le lycée puisse ouvrir à la rentrée de septembre prochain", poursuit-on de même source.

En raison de la situation sécuritaire critique, les cours sont désormais assurés uniquement en ligne.

Selon le ministère, des mesures d'aménagement pourront également être décidées dans d'autres pays, jusqu'à 15 jours avant le début des épreuves, si les conditions locales ne permettent pas leur organisation.

Le coup d'envoi du baccalauréat sera donné le 11 juin avec l'épreuve écrite anticipée de français pour les élèves de Première.


Le Liban et Israël prolongent leur cessez-le-feu de 45 jours

Des délégations du Liban et d’Israël participent cette semaine à des discussions à Washington qui ont conduit à une prolongation du cessez-le-feu existant. (Département d’État)
Des délégations du Liban et d’Israël participent cette semaine à des discussions à Washington qui ont conduit à une prolongation du cessez-le-feu existant. (Département d’État)
Short Url
  • Le Liban et Israël ont accepté de prolonger leur cessez-le-feu de 45 jours après des discussions jugées « positives » à Washington
  • Malgré la trêve entrée en vigueur le 17 avril, les frappes israéliennes contre le Hezbollah au Liban ont continué, causant des centaines de morts selon les autorités libanaises

WASHINGTON: Israël et le Liban ont donné leur accord à une prolongation d'un mois et demi du cessez-le-feu pendant de nouvelles négociations entre les deux pays à Washington, même si de nouvelles frappes israéliennes ont visé le sud du Liban vendredi.

Côté iranien, le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a dit avoir "reçu des messages" de Washington en faveur de la reprise des négociations pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient, ajoutant être ouvert à une aide de Pékin.

Le cessez-le-feu israélo-libanais, qui arrivait à expiration dimanche, "va être prolongé de 45 jours afin de permettre de nouveaux progrès", a annoncé la diplomatie américaine après une nouvelle session de négociations directes entre des représentants d'Israël et du Liban jeudi et vendredi.

Le département d'Etat américain a précisé qu'il organiserait un nouveau cycle de discussions les 2 et 3 juin. D'ici là, le Pentagone réunira des délégations militaires des deux pays le 29 mai.

L'ambassadeur d'Israël à Washington, Yechiel Leiter, a déclaré à l'issue des pourparlers qu'il serait essentiel de garantir la sécurité de son pays.

"Il y aura des hauts et des bas, mais les chances de réussite sont grandes ", a-t-il écrit sur le réseau X.

La délégation libanaise a salué de son côté une prolongation qui ouvre la voie "à une stabilité durable", mais insisté sur la nécessité d'un "processus par étapes et vérifiable", soutenu par Washington.

- "Irresponsable" -

S'exprimant depuis le Liban, le Premier ministre Nawaf Salam a accusé le Hezbollah pro-iranien d'avoir entraîné le pays dans une nouvelle guerre "irresponsable".

"Assez de ces aventures irresponsables servant des projets ou intérêts étrangers", a-t-il lancé, appelant au soutien des pays arabes, et plus largement de la communauté internationale, dans les négociations avec Israël.

Malgré l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 17 avril, Israël poursuit ses frappes au Liban, disant viser le Hezbollah, et le mouvement chiite continue de tirer des roquettes sur des positions israéliennes.

Le Liban a annoncé la mort de six personnes, dont trois secouristes du Comité islamique de santé, affilié au Hezbollah, dans un bombardement israélien dans le sud du pays.

Plus de 400 personnes ont péri dans des frappes israéliennes au Liban depuis le début de la trêve, d'après un décompte de l'AFP fondé sur des chiffres officiels.

Au moment des discussions à Washington vendredi, l'armée israélienne a émis des ordres d'évacuation pour une dizaine de secteurs dans le sud du Liban et annoncé "mener des frappes contre l'infrastructure du Hezbollah dans la région de Tyr".

- "Des femmes et enfants" -

"Il n'y a ici que des femmes, des enfants et des personnes âgées. Cette frappe cause de nouveaux déplacements de personnes", a déclaré à l'AFP Hafez Ramadan, qui vit près de l'immeuble visé par la frappe, qui abritait selon lui surtout des déplacés.

Les frappes à Tyr ont fait 37 blessés, dont six membres du personnel médical de l'hôpital, quatre enfants et neuf femmes, selon le ministère de la Santé.

Le Hezbollah a revendiqué des attaques de drones contre des casernes dans le nord d'Israël, ainsi que d'autres contre les forces israéliennes positionnées dans plusieurs localités libanaises frontalières. L'armée israélienne est déployée dans cette zone pour pouvoir, selon elle, protéger la population du nord d'Israël des tirs du mouvement pro-iranien.

Israël, comme les Etats-Unis, appelle Beyrouth à désarmer le Hezbollah.

"Le Liban négocie pour un avenir dans lequel ses frontières seront respectées (et) sa souveraineté assurée seulement" par son armée,  a souligné aussi la délégation libanaise à Washington.

Un des hauts responsables du mouvement pro-iranien, Mahmoud Qomati, a qualifié les négociations avec Israël "d'humiliantes" et dénoncé "un complot contre le pays".

- "Bonnes intentions" -

Du côté de Téhéran, le ministre des Affaires étrangères, en visite en Inde, s'est dit ouvert à une aide de la Chine pour mettre fin au conflit, au lendemain de propos à Pékin de Donald Trump, selon qui son homologue chinois Xi Jinping a proposé d'aider à rouvrir le détroit d'Ormuz.

"Nous savons que (les) Chinois ont de bonnes intentions. Toute initiative de leur part susceptible de soutenir la diplomatie serait donc la bienvenue", a déclaré M. Araghchi.

Les Gardiens de la Révolution iraniens permettent désormais à davantage de navires de passer par le détroit, quasi paralysé par Téhéran depuis le début de la guerre, a affirmé la télévision publique.

La veille, la chaîne avait fait état de plus de 30 navires autorisés à transiter par le détroit, qui voit passer d'ordinaire un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

De son côté, le porte-avions français Charles-De-Gaulle et son escorte sont arrivés "sur zone" au large de la péninsule arabique où ils sont prépositionnés en cas de déclenchement d'une mission "neutre" pour rétablir la navigation dans le détroit d'Ormuz, a annoncé la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo.