Beyrouth-sur-Seine en lice pour le Goncourt, «une magnifique surprise» pour Sabyl Ghoussoub

Sabyl Ghoussoub figure parmi les quinze heureux élus de la première sélection du Goncourt. Photo Patrice Normand.
Sabyl Ghoussoub figure parmi les quinze heureux élus de la première sélection du Goncourt. Photo Patrice Normand.
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Publié le Jeudi 08 septembre 2022

Beyrouth-sur-Seine en lice pour le Goncourt, «une magnifique surprise» pour Sabyl Ghoussoub

  • Sabyl Ghoussoub figure parmi les quinze heureux élus de la première sélection du Goncourt
  • À travers l’histoire de ses parents, Sabyl Ghoussoub écrit un hommage à toutes les victimes anonymes de la guerre

PARIS: L’annonce est tombée mardi, en début d’après-midi, à Paris. Sabyl Ghoussoub figure parmi les quinze heureux élus de la première sélection du Goncourt, le plus prestigieux des prix littéraires français, pour son roman Beyrouth-sur-Seine (aux éditions Stock), en librairie depuis le 24 août.

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Le jeune auteur franco-libanais, «né à Beyrouth dans une rue de Paris», comme il l’écrit dans les dernières pages de son roman, a appris la nouvelle par un coup de fil de son éditrice alors qu’il déjeunait chez un ami, celui qui lui a donné «envie d’écrire dans la vie». Une consécration pour un écrivain touche-à-tout, photographe ou commissaire d’exposition à ses heures perdues, déjà récompensé par la mention spéciale du prix France-Liban 2020 pour son deuxième roman, Beyrouth entre parenthèses.

«C’était une magnifique surprise, car je ne m’y attendais pas du tout», explique-t-il dans un entretien avec Arab News en français, depuis son appartement parisien le lendemain. «J’ai alors appelé mes proches, ma mère qui est au Liban, puis mon père, et enfin ma compagne.»

Ses parents sont les héros de son troisième roman, qui vient clôturer, après Le Nez juif (2018, éditions de l’Antilope) et Beyrouth entre parenthèses (2020, éditions de l’Antilope), un cycle consacré au Liban et à son obsession pour le pays du Cèdre, dans un style toujours vif et empreint d’ironie. Dans Beyrouth-sur-Seine, il revient en effet sur l’histoire de ses parents, exilés à Paris depuis la guerre civile de 1975, et qui ont recréé Beyrouth à la maison, dans leur appartement du XVe arrondissement.

«Je ne sais pas ce qui a plu aux jurés», répond Sabyl Ghoussoub à la question d’Arab News en français, «peut-être la sincérité du livre ou le fait de mêler deux histoires, celle de Paris et de Beyrouth, de mêler les époques aussi, celle de la guerre et celle d’aujourd’hui. Probablement aussi les personnages, ces parents atypiques. On a l’impression de redécouvrir la ville un peu autrement, à travers leur regard, leur histoire.»

Leur histoire obsède ainsi Sabyl Ghoussoub, et depuis longtemps. Celle de ces déracinés, ballottés par les affres de la guerre, qui se recréent un monde tant bien que mal, loin de chez eux. «C’est un livre, la tête dans les archives, autant personnelles qu’historiques», explique le jeune homme. «Il y a une part de vrai dans le sens où j’ai interrogé mes parents pendant des heures, ils m’ont raconté leur parcours, j’ai fouillé dans leurs archives et leur correspondance, mais après, je me suis permis de travestir la réalité pour écrire cette histoire et adapter les personnages à des réalités parisiennes et libanaises que je voulais raconter.»

Et aux yeux de l’auteur, «ce livre, la tête dans les archives, devient plus fort que la réalité, puisqu’on devient les personnages qu’on décrit dans le livre». À travers l’histoire de ses parents, il écrit un hommage à toutes les victimes anonymes de la guerre, «à tous ceux qui ont subi cette guerre et qui n’ont pas fait la une des journaux».

«Mon père est un homme seul, dans ce que la solitude a de plus grand», écrit-il ainsi à la fin du roman. «Je l’admire, mon père. Un jour, je deviendrai muet comme lui.»

Le prochain livre sera moins personnel, moins lié aux histoires de famille, assure le jeune écrivain, qui aspire à la fin de Beyrouth-sur-Seine à devenir un «Libanais international» puisque «le Libanais casanier n’a, ni n’aura aucune valeur dans le monde», en paraphrasant les termes du peintre Miro à propos des Catalans.

En attendant, il a hâte de défendre son Beyrouth-sur-Seine devant des assemblées de lycéens le mois prochain. Ceux-ci attribueront également leur Goncourt des lycéens, peu après que leurs aînés du Goncourt dévoileront le nom de celui ou celle qui succédera à Mohamed Mbougar Sarr, récompensé l’an dernier pour La Plus Secrète Mémoire des hommes, en novembre. Avant cela, une deuxième sélection de huit romans sera annoncée le mardi 4 octobre. Les quatre finalistes du prix seront connus le mardi 25 octobre, à Beyrouth. Sabyl Ghoussoub y sera d’ailleurs, pour présenter son livre dans le cadre du festival littéraire Beyrouth Livres, organisé par l’Institut français du Liban.

Et puis au-delà du Goncourt, Sabyl Ghoussoub aimerait voir Beyrouth-sur-Seine et son premier roman, Le Nez juif, adaptés à l’écran.

 


Un nouveau livre explore 12 chefs-d’œuvre de l’art du manuscrit islamique à travers les siècles

« Illuminated » par William Greenwood. (Fourni)
« Illuminated » par William Greenwood. (Fourni)
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  • William Greenwood évoque son nouveau livre consacré à une douzaine de manuscrits islamiques d’exception

DUBAÏ : Un nouveau livre consacré à 12 manuscrits islamiques extraordinaires vient d’être publié, avec pour ambition de rendre ces chefs-d’œuvre richement illustrés accessibles au plus grand nombre.

Intitulé « Illuminated: Art, Knowledge, and Wonder in Twelve Islamic Manuscripts » et publié par Empty Quarter Press, l’ouvrage présente une sélection de douze des plus beaux manuscrits jamais produits. Parmi eux figurent des classiques arabes médiévaux tels que Maqamat al-Hariri, Kalila wa Dimna, Aja’ib Al-Makhluqat Wa Ghara’ib Al-Mawjudat et Kitab Al-Diryaq, ainsi que des œuvres spectaculaires issues des mondes timouride, safavide et moghol, du XIIIe au XVIIe siècle.

Son auteur, William Greenwood, est spécialiste de l’art et de la culture islamiques. Les manuscrits présentés étaient conçus à la fois comme des réceptacles de savoir et comme des objets artistiques à part entière. Des traités médicaux aux cartes célestes, de la poésie épique aux fables, chacun reflète la richesse et la diversité des traditions intellectuelles et artistiques du monde islamique.

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« Maqamat Al Hariri » (vers 1236-1237). (Fourni)

Pour Greenwood, qui a travaillé plus de dix ans comme conservateur — dernièrement au Zayed National Museum d’Abou Dhabi — ces manuscrits sont importants pour plusieurs raisons. D’abord, ce sont des œuvres d’art remarquables. Ensuite, chacun constitue « un instantané de l’époque de sa création, tant par son style artistique et son contenu que par son contexte historique ».

Le premier chapitre du Kitab al-Diryaq, par exemple, est attribué à Mossoul au milieu du XIIIe siècle et « vise clairement à glorifier le souverain », explique Greenwood. Kitab Suwar al-Kawakib al-Thabita, copié au XVe siècle à Samarcande, témoigne de l’essor des sciences durant la Renaissance timouride, tandis que le Hamzanama, réalisé dans l’Inde du XVIe siècle, marque l’émergence d’un style pictural proprement moghol.

« La troisième raison, poursuit-il, est que, aussi belles que soient les peintures et les enluminures, elles sont presque toujours destinées à magnifier des textes qui sont en eux-mêmes remarquables — qu’il s’agisse d’épopées nationales comme le Shahnameh, d’ouvrages encyclopédiques comme Aja’ib al-Makhluqat, ou de démonstrations de virtuosité linguistique telles que les Maqamat d’Al-Hariri. »

Enfin, ces manuscrits constituent, selon lui, « des témoignages remarquables d’un monde islamique multiculturel et cosmopolite, capable d’absorber, de raffiner et de repenser des influences aussi diverses que les fables indiennes ou l’astronomie classique pour en faire un ensemble cohérent et distinctement “islamique” ».

L’intérêt de Greenwood pour les manuscrits enluminés a été éveillé par une copie mamlouke du milieu du XIVe siècle de Sulwan al-Muta’ fi ‘Udwan al-Atba’, qu’il a découverte alors qu’il travaillait au Musée d’art islamique de Doha.

« Il s’agit de la seule copie médiévale illustrée de ce texte, probablement réalisée pour un mécène royal », explique Greenwood, qui a également travaillé au British Museum de Londres. « Le mélange d’éléments byzantins, persans et chinois dans les peintures correspondait parfaitement à mon intérêt pour les échanges interculturels. Le texte appartient au genre des “miroirs des princes”, destiné à conseiller les souverains — un type d’écriture fondamental, également représenté dans Illuminated par une copie mamlouke du début du XIVe siècle de Kalila wa Dimna. »

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« Kalila wa Dimna » (vers 1310). (Fourni)

Cependant, ce n’est pas une découverte isolée qui l’a poussé à écrire ce livre, mais le constat progressif que, bien que le grand public s’intéresse aux manuscrits islamiques illustrés et enluminés, il existe peu d’ouvrages de synthèse accessibles.

« Il existe de nombreuses publications très spécialisées consacrées soit à des manuscrits précis, soit à certains éléments décoratifs, mais peu de livres destinés à un public curieux mais non universitaire. Il était aussi stimulant de rassembler, dans un même ouvrage, des peintures issues de manuscrits très différents. Cela permet de suivre l’évolution des styles et des idées du XIIIe au XVIIe siècle, ce qui est particulièrement utile pour les non-spécialistes. »

Le résultat est un livre richement illustré, conçu pour un large public. À la fois célébration des traditions artistiques du livre islamique et invitation à en découvrir la beauté et les trésors, Illuminated réunit art islamique, savoir et récit dans une forme accessible et attrayante.

« J’espère que le fait de voir ces œuvres réunies dans une même publication ouvrira les yeux des lecteurs sur leur caractère exceptionnel », conclut Greenwood. « Ce livre s’adresse vraiment à tout le monde, et s’il suscite un intérêt plus large pour les manuscrits présentés, il aura déjà une valeur unique. Toutes ces œuvres sont liées, d’une manière ou d’une autre, à la transmission du savoir et de la sagesse, et si ce livre peut contribuer à les diffuser un peu plus, alors il aura pleinement rempli sa mission. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Tarboosh Jedde Maallak : une histoire d’amour libanaise entre mémoire et diaspora

Les acteurs incarnent avec sensibilité les thèmes de l’exil, de la mémoire et de l’amour. (Photo: fournie)
Les acteurs incarnent avec sensibilité les thèmes de l’exil, de la mémoire et de l’amour. (Photo: fournie)
Les acteurs incarnent avec sensibilité les thèmes de l’exil, de la mémoire et de l’amour. (Photo: fournie)
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  • Tarboosh Jedde Maallak arrive à Dubaï pour une représentation unique, après avoir rempli plus de 25 salles au Liban
  • À travers le destin croisé de ses personnages, la pièce offre une réflexion sensible sur la diaspora libanaise et le lien profond avec la terre natale

​​​​​​DUBAÏ: Après une tournée exceptionnelle de plus de 25 représentations à guichets fermés au Liban, la pièce théâtrale Tarboosh Jedde Maallak s’apprête à rencontrer le public de Dubaï pour une représentation très attendue.

Écrite par Marwa Khalil et Riad Chirazi (également auteurs de la pièce Mafroukeh), qui signe aussi la mise en scène, la production met en scène le comédien et stand-uppeur Junaid Zeineddine, aux côtés de l’actrice Marwa Khalil. Ensemble, ils livrent une pièce à la fois touchante et teintée d’humour, explorant l’amour, la perte et la quête d’identité.

Mêlant romance et regard socio-politique acéré, la pièce aborde les thèmes du départ et du retour, des promesses brisées, de l’amour qui persiste malgré le chaos, ainsi que de la nostalgie et de la mémoire collective.

L’histoire se déroule sur fond de l’histoire mouvementée du Liban, de 1980 à 2025. Elle suit deux personnages principaux dont les trajectoires divergent profondément. Hala, contrainte de quitter son pays, traverse Paris, Montréal et Dubaï, incarnant l’expérience de la diaspora libanaise tout en portant en elle le poids émotionnel de sa terre natale. Ibrahim, quant à lui, choisit de rester au Liban, ancré dans un pays marqué par la lutte, la résilience et l’espoir.

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Sur scène, l’émotion et l’humour se mêlent dans Tarboosh Jedde Maallak. (Photo: fournie)

Leur histoire d’amour devient un miroir sensible de l’impact des bouleversements nationaux sur les relations intimes, offrant une réflexion poignante sur l’appartenance, l’identité et le coût émotionnel de l’instabilité politique et sociale. Avec finesse et tendresse, Tarboosh Jedde Maallak évoque les souvenirs partagés d’une génération tout en touchant à des expériences universelles de séparation et de manque.

À Dubaï, la pièce sera présentée lors de deux représentations à 19h et 21h30, offrant au public une occasion de découvrir une œuvre qui a marqué les spectateurs arabophones de la région.

Présentée par Bayroute Events et BYL Events, en collaboration avec Art For All, cette soirée promet d’attirer les passionnés de théâtre, les membres de la diaspora libanaise et les amateurs de théâtre arabe contemporaine.

Véritable hommage à l’esprit humain libanais, Tarboosh Jedde Maallak s’annonce comme une pièce, émouvante et profondément culturelle.


De Djeddah à Paris, l’engagement artistique de la famille Jameel salué par la France

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  • Fady Jameel a été nommé Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres, en reconnaissance de l’engagement pionnier et international de la famille Jameel en faveur des arts depuis 80 ans
  • Art Jameel touche près de deux millions de personnes chaque année, grâce à ses centres de Djeddah et de Dubaï et à un vaste réseau de partenariats culturels mondiaux, notamment avec la France

​​​​​​Paris / Djeddah: La famille Jameel, reconnue pour son rôle pionnier dans le soutien aux arts à l’échelle mondiale, a vu son engagement distingué par la République française. Fady Mohammed Jameel, président d’Art Jameel et vice-président international d’Abdul Latif Jameel, a été décoré de l’insigne de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres lors d’une cérémonie officielle organisée à Paris par Madame Rachida Dati, ministre de la Culture.

Attribuée par le ministère français de la Culture, cette distinction honore des personnalités ayant contribué de manière significative au rayonnement des arts et de la culture en France et à l’international. Elle vient saluer 80 années d’engagement philanthropique de la famille Jameel, ainsi que plus de deux décennies d’actions structurantes en faveur des arts sous l’impulsion de Fady Jameel, notamment au Moyen-Orient et dans le cadre d’échanges culturels étroits avec la France.

Fondée en 2003, Art Jameel s’est imposée comme l’une des organisations artistiques les plus influentes de la région. Financée principalement par la famille Jameel et guidée par une mission civique forte, l’institution œuvre pour rendre les arts accessibles à toutes et tous, à travers des expositions, des commandes artistiques, des programmes éducatifs et des initiatives cinématographiques. Chaque année, ses activités touchent près de deux millions de personnes à Djeddah, Dubaï et à travers le monde.

Art Jameel soutient notamment Hayy Jameel à Djeddah – pôle majeur dédié au cinéma et aux arts, qui accueille l’Alliance Française et le premier cinéma indépendant d’Arabie saoudite – ainsi que le Jameel Arts Centre à Dubaï, récemment distingué par une médaille d’excellence lors des Art Basel Awards pour sa vision innovante et son impact culturel. L’organisation développe également un réseau international de partenariats de premier plan avec des institutions telles que le Victoria and Albert Museum à Londres et le Metropolitan Museum of Art à New York.

Les échanges culturels entre la France et le monde arabe occupent une place centrale dans cette dynamique. Art Jameel collabore régulièrement avec des institutions françaises autour de projets d’expositions, de cinéma, de musique et de restauration du patrimoine, tout en mettant en lumière des artistes français et issus des diasporas arabes au sein de ses programmations.

Recevant cette distinction, Fady Jameel a souligné le rôle essentiel des arts comme vecteur de dialogue, de transmission et de transformation sociale, réaffirmant l’engagement d’Art Jameel à renforcer durablement les écosystèmes artistiques, à soutenir les créateurs et à favoriser les échanges culturels internationaux.