Le président de Djibouti souligne l'importance de préserver la paix dans cette région «sensible» de la mer Rouge et du golfe d'Aden

Il n’y a pas d'alternative au rôle de premier plan de l'Arabie saoudite dans la région, déclare Ismail Omar Guelleh à Arab News en français. (Photo fournie)
Il n’y a pas d'alternative au rôle de premier plan de l'Arabie saoudite dans la région, déclare Ismail Omar Guelleh à Arab News en français. (Photo fournie)
Short Url
Publié le Vendredi 16 septembre 2022

Le président de Djibouti souligne l'importance de préserver la paix dans cette région «sensible» de la mer Rouge et du golfe d'Aden

Il n’y a pas d'alternative au rôle de premier plan de l'Arabie saoudite dans la région, déclare Ismail Omar Guelleh à Arab News en français. (Photo fournie)
  • Le président de Djibouti, Ismaïl Omar Guelleh, salue les efforts déployés par l'Arabie saoudite pour protéger et pour assurer la sécurité des transports
  • Dans cette interview qui aborde une large gamme de sujets, le président Guelleh évoque également les conséquences dévastatrices des actions des Houthis au Yémen

DJIBOUTI: Le président de Djibouti, Ismaïl Omar Guelleh, a salué les efforts déployés par l'Arabie saoudite pour protéger et assurer la sécurité des transports ainsi que pour empêcher les «interventions» de sabotage de la sécurité des transports le long de la zone «très sensible» de la mer Rouge et du golfe d'Aden.

Dans une interview exclusive, M. Guelleh a déclaré à Arab News en français que les mesures qui avaient été prises pour tenir un prochain sommet du Conseil des pays arabes et africains de la mer Rouge et du golfe d'Aden en Arabie saoudite étaient l’aboutissement d'une initiative menée par le Royaume. Il a ajouté que ces efforts ont été chaleureusement accueillis par son pays.

« C'est un signe du sérieux travail du Royaume d'Arabie saoudite qui joue un rôle unique dans ce domaine. Sur le plan international, elle est le principal acteur de la paix mondiale dans la région et dans le monde entier », a-t-il souligné.

1
Dans une interview exclusive accordée à Arab News en français, le président djiboutien Ismail Omar Guelleh a salué les efforts de l'Arabie saoudite pour assurer la sécurité dans la mer Rouge et le golfe d'Aden. (Photo, Abdullah Al-Jaber)

Le Conseil, composé de huit pays, a initialement été annoncé à Riyad en janvier 2020, avant l’apparition de la pandémie de Covid-19. Ses États membres sont: l'Arabie saoudite, la Jordanie, l'Égypte, le Soudan, Djibouti, l'Érythrée, la Somalie et le Yémen.

En annonçant la nouvelle, à l’époque, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, avait indiqué que Riyad «tenait beaucoup à travailler et à coopérer avec les États membres de ce Conseil pour faire face à ces défis et aux risques qui nous entourent de toutes parts».

La mer Rouge et le golfe d'Aden, qui relient l'Europe à l'Asie et au Moyen-Orient, sont deux des routes maritimes les plus fréquentées du monde.

Dans cette interview qui aborde une large gamme de sujets, le président Guelleh évoque également les conséquences dévastatrices des actions des Houthis au Yémen, qui ont entraîné le renversement du gouvernement légitime soutenu par l'ONU ainsi qu’une guerre qui entame maintenant sa septième année.

« Djibouti a été victime parce que nous avons reçu beaucoup, beaucoup de réfugiés yéménites, et sans l'apport, le soutien et la solidarité du gouvernement saoudien et à sa tête le roi Salmane, la situation aurait été véritablement aggravée par l'attitude des Houthis qui ont complètement détruit le pays et qui ont mis, ont risqué la paix et la sécurité maritime », a-t-il indiqué. 

Abritant un grand nombre de bases militaires étrangères, Djibouti accueille notamment dans la Corne de l'Afrique les forces armées américaines et chinoises, des troupes japonaises et espagnoles, ainsi qu’une présence française décroissante.

On ignore si Djibouti renouvellera ou non le traité militaire avec Paris; certains observateurs y voient le signe d'une détérioration des relations avec la France, ce que dément Ismaïl Omar Guelleh.

« La relation entre Djibouti et la France date du XIXe siècle. Le traité signé, le traité prend fin cette année. Nous allons le refaire, » a-t-il affirmé. « Nous sommes en train de travailler, par les juristes. Mais il n'y a pas d'inquiétude à se faire parce que nous sommes comme on dit chez nous a un mari et sa femme, jamais amis ni ennemis. » 

Le président Guelleh a également mis en garde contre les conséquences de la guerre russo-ukrainienne actuelle. Il a précisé qu'elle a atteint le point « jusqu’au risque d'avoir des conséquences nucléaires » et il estime que « ni la Russie, ni l'Ukraine ne seront gagnants. » 

 

Ce qui suit est une traduction de l'interview qui a été réalisée en français et en arabe:

Q: Parlez-nous de la valeur stratégique du sommet prévu par les pays arabes et africains de la mer Rouge et du golfe d'Aden, et de ses objectifs.

R: En effet, ce sommet est le fruit d'une initiative saoudienne et nous l’attendons depuis longtemps. La stratégie de la mer Rouge est claire. En considérant ce qui s’est passé au Yémen, les interventions des forces étrangères et, comme vous le savez, l’immense importance du détroit de Bab al-Mandab pour la sécurité internationale, celle des Arabes et celle de tous les pays, c’est aussi leur responsabilité. 

Cette initiative a été lancée par le royaume d'Arabie saoudite. Nous l'avons accueillie favorablement; pour la première fois, le sommet se tiendra, si Dieu le veut, à Djeddah, et les ministres des Affaires étrangères s’y sont préparés. C’est une expression du sérieux du Royaume et du rôle qu'il joue dans cette région. Sur le plan international, il sera un grand représentant de la paix dans la région et dans le monde.

Quels sont les espoirs et les aspirations du sommet prévu pour la région et pour Djibouti en particulier?

Les résultats consisteront à renforcer et à assumer la responsabilité internationale qui incombe aux pays voisins… En effet, vous avez l'Otan à vos côtés, qui est incontestablement l’institution qui assume la responsabilité de la sécurité des transports et de la navigation dans le monde.

De nombreux pays participants, en particulier du côté africain, ne s'entendent pas entre eux. Comment la sécurité sera-t-elle coordonnée et comment les conflits seront-ils mis de côté afin que les objectifs du Conseil soient atteints?

Le seul pays qui entretient de bonnes relations avec tous les pays de cette région est l'Arabie saoudite. Le Royaume a ainsi la charge d'être l'acteur et la seule force qui défend l’opinion et l’initiative. Il fournit les services pour construire la paix entre Port-Saïd, Bab al-Mandab et le golfe d'Aden, et empêcher les interventions sataniques qui cherchent toujours à saboter la paix dans cette région sensible.

Mais comment allez-vous vous coordonner pour empêcher la piraterie et son impact sur les expéditions mondiales d’énergies? Verrons-nous une force unifiée en mer Rouge, par exemple?

Je pense qu'il serait opportun d’y réfléchir, et nous en discuterons lors du prochain sommet pour mettre les choses en perspective. Que chacun assume ses responsabilités. Que pouvons-nous faire pour la population et pour le monde entier? Mettre en place une transition de cette phase vers une mouvance globale, afin de pouvoir lutter contre toutes les formes de terrorisme ou de piraterie qui peuvent émerger dans la région. C'est pourquoi nous devons montrer ou étudier de quelle manière nous pouvons, de manière collégiale, faire face aux menaces extérieures auxquelles nous pourrions être confrontés.

Parlons du Yémen… Quel a été l'impact de cette guerre de sept ans sur votre pays jusqu'à présent, et pensez-vous que la trêve actuelle durera?

Comme vous le savez, le Yémen est un pays très proche de Djibouti. Il se situe à vingt kilomètres d'ici. Le Yémen a été victime de ce qui s'est passé en Syrie, de ce qui s'est passé en Libye, et de ce dont certains États arabes ont vraiment été victimes: une sorte de conspiration qui vise l'unité arabe. Le peuple yéménite a été attiré par un autre mal ou un autre complot, un autre «coup», si vous voulez, venu d'un pays extérieur à la région.

1
Des Yéménites déplacés par les Houthis vont chercher de l'eau dans le camp de réfugiés du HCR à Obock, Djibouti, le 26 mars 2016. (Photo d'archives, AFP)

Djibouti en a subi les conséquences parce que nous avons accueilli un très grand nombre de réfugiés yéménites. Sans la contribution, le soutien et la solidarité du gouvernement saoudien, dirigé par le roi Salmane, la situation aurait été profondément aggravée par le comportement des Houthis, qui ont totalement détruit le pays et représenté une menace pour la paix et la sécurité maritimes.

Cependant, ils ont échoué, car la vigilance des forces internationales, à savoir les forces saoudiennes, les en a empêchés. Les tentatives pour bloquer cette route, pour créer l'insécurité et empêcher les garanties de fonctionner dans de bonnes conditions… Sans l'Arabie saoudite, nous n'aurions pas eu de paix dans cet axe.

Votre position au sujet de la guerre contre l'Ukraine découle-t-elle de la même position, qui consiste à soutenir les gouvernements légitimes et à s'opposer à l'attaque contre la souveraineté d'un autre pays? Quel impact cette guerre a-t-elle eu sur votre pays

Vous savez, cela se passe très loin. L'Ukraine est très éloignée de nous. Nous avons, depuis le début, déclaré notre position, considérant que les bombardements intensifs qui frappent les populations ne sont pas et ne peuvent pas être une solution. Cependant, avec ce qui se passe, ce qu'il faut, c'est un dialogue et des concertations. Il n'y a pas d'alternative.

La destruction continue au point qu’elle risque d'avoir des conséquences nucléaires dans cette région. Ni la Russie ni l'Ukraine n'en sortiront vainqueurs et nous aurons dans notre région – même si la guerre se passe loin de nous – des conséquences qui pourraient nous affecter. Cependant, jusqu'à présent, nous n’avons subi aucune répercussion.

Djibouti abrite des bases militaires qui appartiennent à des puissances mondiales opposées. Comment gérez-vous ces relations et les intérêts conflictuels de ces pays? Et quel est le mécanisme de régulation de la présence de troupes étrangères dans votre pays?

Nous n'avons encore reçu aucune plainte de la part des pays qui ont déployé des armements et qui effectuent des exercices dans notre pays. Il faut toujours chercher les raisons derrière chaque chose. La raison principale de la présence américaine, qui a commencé après l'incident [en 2002] du navire américain [USS Cole], cible d'un attentat à Aden lancé par Al-Qaïda dans la région, est la lutte contre le terrorisme. Notre priorité était de contribuer à la lutte contre le terrorisme international. C'est ce qui a motivé la présence américaine à Djibouti.

1
Les troupes chinoises assistent à la cérémonie d'ouverture le 1er août 2017 de la nouvelle base militaire chinoise à Djibouti, la première base navale à l'étranger de la superpuissance asiatique. (Photo, AFP)

Ensuite, les Japonais ont également voulu venir. Ils ont mesuré les dangers qui guettaient leurs flottes, leurs flottes commerciales en particulier, dans les régions de la Somalie et du golfe d'Aden. Ils nous ont également demandé de déployer un avion pour qu'ils puissent surveiller les côtes, même si, économiquement, nous n'avons pas les capacités d’assumer toutes ces responsabilités.

Nous avons participé en leur fournissant un espace qui leur a permis d'assurer la navigation internationale et la paix internationale, c’est notre part de responsabilité. Ensuite, il y a eu la Chine, qui, elle aussi, pour la première fois de son existence, a disposé d’une plate-forme et d’une présence militaire à Djibouti. Ces pays sont de grandes nations. Ils ne connaissent toutefois pas de problèmes entre eux par rapport à leur présence à Djibouti, et c'est pourquoi tout se passe bien.

Mais quel sera l'impact de l'évolution de la géopolitique mondiale sur votre pays? Par exemple, craignez-vous une confrontation sino-américaine à cause de Taïwan? Et si l’on vous demandait de choisir un camp?

Nous n'avons même pas envisagé cette possibilité. C'est lié et ils se battent là-bas, à Taïwan, au sud de la mer de Chine. Cependant, le champ de bataille n'est pas ici. La zone de guerre n'est pas ici et elle n'est pas non plus à proximité. C'est pourquoi, à mon avis, il n'y a pas lieu d’avoir peur. Il n'y a pas à craindre une confrontation entre la Chine et les États-Unis à Djibouti, je ne le pense pas. C'est quelque chose que Dieu décide, ce n'est pas à nous de le décider.

La présence militaire française semble diminuer ici. Le bruit court que le traité de coopération militaire entre votre pays et Paris pourrait ne pas être renouvelé. Comment voyez-vous l'avenir de votre relation avec la France?

Les relations entre Djibouti et la France remontent au XIXe siècle. Le traité signé entre nos deux pays expire cette année. Nous allons le renouveler, et nous sommes en train de travailler avec les experts juridiques et toutes les personnes en charge du dossier.

Toutefois, il n'y a pas de position à prendre, car nous sommes... Comme on dit dans notre pays, un mari et sa femme ne sont jamais amis ni ennemis. C'est la métaphore qui illustre le fait que nous pouvons être en colère l'un contre l'autre, mais que nous sommes très engagés dans nos relations. Notre but n’est pas d'avoir des problèmes avec eux. C'est comme une famille, en quelque sorte. Nous pourrions parfois avoir des différends. Mais ce n'est pas grave.

Mais c'est cette présence militaire française et la présence américaine qui ont poussé le groupe terroriste Al-Chabab à menacer directement votre pays. Cela ne vous inquiète-t-il pas? Quelles mesures avez-vous prises pour vous défendre?

Nous avons été victimes d'une attaque en 2014. Certaines personnes ont perdu la vie et d'autres ont été blessées [en référence à l'attentat-suicide de 2014 dans un restaurant, qui avait provoqué la mort de trois étrangers]. Nos services n'ont qu'un seul but, qui a toujours été de nous défendre; nous sommes là pour nous défendre. Il n'y a aucun problème. Ils peuvent dire ce qu'ils veulent, mais notre peuple est prêt.

Vous vous êtes toujours opposé aux opinions extrémistes, et c'est peut-être un point commun avec les réformes qui sont en cours en Arabie saoudite. Comment les changements qui ont lieu dans le Royaume sont-ils perçus dans votre pays?

Nous attendions cette initiative depuis longtemps, et maintenant, avec l'initiative du prince héritier et du Gardien des deux Saintes Mosquées, nous allons dans la bonne direction. Notre vraie religion est le centrisme et la modération. Nous vivons à Djibouti depuis longtemps sans difficulté avec cette croyance.

Cependant, les takfiris cherchent à transformer la moitié des musulmans en infidèles et à les expulser de la religion sans pitié, sans tolérance et sans le moindre respect pour les femmes musulmanes.

Tout cela a créé la haine parmi les musulmans. Nous avons opté et nous optons pour la modération avec nos frères dans le Royaume, qu’il s’agisse de ses dirigeants ou de son peuple. C'est dans l'intérêt de l’Oumma, des Arabes et des musulmans, et de l'islam dans le monde entier.

Outre l'aspect religieux, quel est l'impact de la Vision 2030 sur votre pays? Comment voyez-vous évoluer les relations entre l’Arabie saoudite et Djibouti?

Si l’on remonte dans le temps, depuis notre indépendance et jusqu'à ce jour, l'Arabie saoudite nous a toujours soutenus et aidés dans notre développement. Nous consultons toujours ce pays et nous agissons en coordination avec lui dans divers domaines, de la sécurité au Fonds saoudien. Nous sommes très satisfaits et nous voulons continuer dans cette voie tant qu'il n'y a pas d'alternative au rôle prépondérant du Royaume dans la région.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Yémen : l’aide vitale de 346 millions de dollars accordée par l’Arabie saoudite

L’Arabie saoudite soutient l’économie du Yémen depuis des années à travers une réhabilitation économique progressive, incluant des projets d’infrastructure, de santé et d’énergie, ainsi que des initiatives humanitaires. (Saba)
L’Arabie saoudite soutient l’économie du Yémen depuis des années à travers une réhabilitation économique progressive, incluant des projets d’infrastructure, de santé et d’énergie, ainsi que des initiatives humanitaires. (Saba)
Short Url
  • Un nouveau programme de 1,3 milliard de riyals saoudiens vise les salaires, les pénuries de liquidités et la stabilité de l’État à un moment charnière pour le gouvernement d’Aden
  • Le soutien économique renforce la dynamique des réformes et positionne la sécurité comme fondement du redressement à long terme du Yémen

​​​​​​LONDRES : Lorsque Riyad a annoncé mercredi un nouveau programme de 1,3 milliard de riyals saoudiens (346,6 millions de dollars) pour soutenir le budget du gouvernement yéménite, les salaires et les coûts opérationnels, il s’agissait de bien plus qu’un simple geste financier. Cela réaffirmait une doctrine constante : la diplomatie par la stabilisation économique.

L’engagement militaire et humanitaire de l’Arabie saoudite au Yémen attire depuis longtemps l’attention internationale. Pourtant, son rôle économique — à travers un soutien budgétaire direct, des dépôts et de vastes projets de développement — a été tout aussi central dans l’orientation du fragile chemin du pays vers la reprise.

Cette dernière aide traduit la conviction de Riyad que la stabilité budgétaire est le socle d’un progrès politique et sécuritaire durable.

Le Royaume a déployé de nombreuses initiatives économiques et humanitaires ces dernières années.

--
Des soldats gouvernementaux circulent à l’arrière d’un pick-up dans la ville portuaire de Mukalla, sur la mer d’Arabie. (Reuters/File)

Le projet Masam, programme de déminage financé par l’Arabie saoudite et lancé en juin 2018 sous l’égide de KSrelief en partenariat avec le Centre exécutif yéménite de lutte antimines, a permis de neutraliser plus de 450 000 engins explosifs.

En septembre 2025, KSrelief et l’agence des Nations unies pour les migrations, Organisation internationale pour les migrations (OIM), ont lancé deux projets d’un montant total de 4,45 millions de dollars : l’un remplaçant l’acheminement coûteux d’eau par camion à Ma’rib par des systèmes d’approvisionnement permanents, l’autre réhabilitant des établissements scolaires à Aden, Lahj et Taëz pour les communautés affectées par le conflit.

Cela s’appuie sur le portefeuille du Programme saoudien pour le développement et la reconstruction du Yémen (SDRPY), qui comprend des centaines de projets d’infrastructure couvrant l’éducation, la santé, l’eau, l’énergie, les transports, l’agriculture, la pêche et le renforcement des capacités institutionnelles, offrant une bouée de sauvetage à des millions de personnes au cœur de ce que l’ONU qualifie souvent de pire crise humanitaire au monde.

Cependant, cette orientation, impulsée par les dirigeants saoudiens et mise en œuvre par le SDRPY, intervient à un tournant pour la gouvernance yéménite.

Fraîchement remanié à la suite de récents changements à sa tête, le pays fait face à de graves tensions économiques. Les institutions publiques sont confrontées à de sévères pénuries de liquidités et à des arriérés de salaires qui menacent d’éroder la confiance déjà fragile envers l’État.

--
Des habitants se promènent dans le marché traditionnel de Mukalla, dans le Hadramout, au Yémen. (Reuters/File)

Le programme du SDRPY vise à renforcer la stabilité économique, financière et monétaire, à améliorer les capacités gouvernementales, la gouvernance et la transparence, et à donner au secteur privé les moyens de stimuler une croissance durable.

Avec un produit intérieur brut de seulement 19 à 20 milliards de dollars, classé environ au 125e rang mondial, ce plan entend relancer une économie yéménite exsangue et briser le cercle vicieux où l’effondrement alimente la dépendance à l’aide, rendant l’État quasiment ingouvernable.

« Il ne fait aucun doute que le récent soutien saoudien au gouvernement yéménite intervient à un moment important, après la formation du nouveau gouvernement dirigé par le Dr Shaea Al-Zandani et son retour dans la capitale provisoire Aden pour gérer les affaires depuis l’intérieur du pays », a déclaré l’analyste du Golfe Abdulhadi Al-Habtoor à Arab News.

« Comme l’a annoncé le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, ce soutien vise à couvrir les dépenses opérationnelles et les salaires, répondant aux besoins urgents du gouvernement yéménite.

--
Un Yéménite déplacé pose pour un portrait avec ses filles dans leur abri à l’intérieur d’un camp à Marib, au Yémen. (Reuters/File)

« À mon avis, cette aide permettra également au gouvernement de poursuivre les réformes économiques engagées récemment, en mettant l’accent sur la transparence, la lutte contre la corruption et l’unification des recettes de l’État sous l’autorité de la banque centrale yéménite. »

La masse salariale publique du Yémen — pilier vital de toute société — s’est presque effondrée. Enseignants, soldats, personnels médicaux et fonctionnaires dans les zones contrôlées par le gouvernement ont passé des mois sans être payés.

Même lorsque les salaires sont versés, la forte dépréciation du rial yéménite en a érodé la valeur, contraignant les familles à emprunter, vendre leurs biens ou sauter des repas pour survivre.

Sur le plan économique, le programme cible le défi structurel le plus grave du Yémen : l’incapacité à rémunérer régulièrement environ un demi-million de fonctionnaires.

Des responsables saoudiens ont indiqué que les fonds soutiendront le volet salarial du budget yéménite, garantiront des décaissements réguliers et poseront les bases d’une stabilité financière à long terme.

« Le Yémen demeure la priorité régionale numéro un de l’Arabie saoudite », a affirmé Salman Al-Ansari, chercheur saoudien en géopolitique, à Arab News. « L’Arabie saoudite est le principal partenaire humanitaire et de développement du Yémen dans le monde, ayant fourni plus de 20 milliards de dollars d’aide au cours de la dernière décennie.

--
KSrelief distribue 390 bons d’habillement dans la province de Lahj, au Yémen. (KSrelief)

« Plus de deux millions de Yéménites vivent et travaillent dans le Royaume, reflétant les liens humains profonds entre nos peuples. Le paiement des salaires à nos frères et sœurs au Yémen n’est qu’un volet d’un engagement saoudien plus large visant à aider les Yéménites à reconstruire leur vie et à restaurer la stabilité. »

Les implications dépassent la seule question des salaires. En injectant des liquidités dans les différentes régions du Yémen, le programme vise à restaurer le pouvoir d’achat, stabiliser les revenus des ménages et raviver la confiance dans les marchés locaux.

À terme, cela pourrait relancer les petites entreprises, renforcer les chaînes d’approvisionnement et affaiblir les économies parallèles contrôlées par des milices et des réseaux informels — apportant un semblant de normalité à un pays où le désespoir semblait omniprésent.

« Il ne faut pas oublier que ce soutien saoudien intervient après les récents événements dans l’est du Yémen (Hadramout et Al-Mahra) et les troubles provoqués par le Conseil de transition du Sud avant sa dissolution — des développements qui ont eu un impact négatif sur les conditions de vie des habitants », a ajouté Al-Habtoor.

« Ce dernier soutien devrait rétablir la normalité dans les provinces libérées, renforcer l’unité des rangs du gouvernement légitime et consolider les efforts pour faire face au groupe terroriste houthi, qui contrôle toujours la capitale yéménite, Sanaa. »

--
De la fumée s’élève après une frappe aérienne de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite dans le port sudiste de Mukalla, au Yémen. (SABAA/Reuters)

L’approche de Riyad se distingue par sa continuité.

Depuis 2012, l’Arabie saoudite a injecté environ 12,6 milliards de dollars d’aide économique au Yémen — sous forme de dépôts à la banque centrale, de transferts monétaires et de subventions directes — afin d’éviter un effondrement budgétaire et de freiner la spirale inflationniste qui a sapé la gouvernance locale.

Cette aide s’inscrit dans le récit régional central du Royaume : sécurité et développement sont indissociables.

Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, a récemment souligné que le soutien de Riyad « incarne l’engagement du Royaume à renforcer la sécurité et la stabilité et à contribuer à bâtir un avenir meilleur pour le Yémen et son peuple ».

Cette logique façonne une grande partie de la stratégie actuelle de l’Arabie saoudite au Yémen : privilégier une réhabilitation économique progressive — via un soutien en liquidités et des projets ciblés — plutôt que de vastes promesses de reconstruction.

La déclaration du ministère de la Défense en janvier indiquant que l’Arabie saoudite avait lancé 28 projets de développement d’une valeur de 1,9 milliard de riyals dans des secteurs clés tels que la santé, l’énergie et l’éducation a consolidé cette approche intégrée : stabiliser les services essentiels tout en redynamisant les infrastructures publiques.

--
Un projet du Programme saoudien pour le développement et la reconstruction du Yémen. (SDRPY)

Au Yémen, de telles mesures revêtent un poids social et politique profond. Des salaires réguliers et un financement opérationnel signalent une forme de légitimité, maintenant les employés publics liés à l’appareil d’État et empêchant l’érosion de la gouvernance.

Dans un paysage longtemps marqué par l’autorité fragmentée, la continuité financière devient un acte simple mais essentiel de construction étatique.

Les critiques soulignent toutefois que l’ampleur des besoins dépasse largement le montant de l’aide. L’économie yéménite — fonctionnant à une fraction de sa capacité d’avant-guerre, confrontée aux blocages des exportations pétrolières, aux flambées inflationnistes et à la baisse du soutien des donateurs — devrait se contracter de 1,5 % en termes réels en 2025 et demeure institutionnellement divisée.

Cependant, du point de vue de Riyad, la stabilisation à court terme doit précéder le changement structurel, une philosophie qui fait écho à ses propres doctrines économiques internes, où les marges budgétaires ouvrent la voie à la diversification.

--
Une clinique médicale mobile de KSrelief à Hajjah, au Yémen. (KSrelief)

Le soutien de 346 millions de dollars agit ainsi sur deux fronts étroitement liés : une bouée humanitaire pour des millions de personnes confrontées à l’insécurité salariale, et une ancre géopolitique préservant la souveraineté du Yémen face à un effondrement supplémentaire.

Les analystes y voient une diplomatie calibrée : moins une aide transactionnelle qu’un leadership soutenu dans un voisinage volatil vital pour les intérêts saoudiens.

Alors que le Yémen entame une nouvelle année d’incertitudes, le dernier soutien de l’Arabie saoudite ne résoudra peut-être pas la crise, mais il réaffirme un principe devenu central dans la politique étrangère de Riyad : l’endurance économique est la pierre angulaire de la sécurité.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Echange de 86 détenus entre Damas et des factions druzes à Soueïda

Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange. (AFP)
Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange. (AFP)
Short Url
  • Soueïda reste le dernier grand territoire échappant au contrôle des troupes de Damas, qui consolide son autorité sur le pays morcelé par près de 14 ans de guerre civile
  • Dans un communiqué, le CICR a précisé avoir "facilité la libération de 86 détenus entre Damas et Soueïda: 61 ont été transférés vers Soueïda et 25 vers Damas"

SYRIE: Le gouvernement syrien et des factions druzes de la province méridionale de Soueïda ont procédé jeudi à un échange de 86 détenus, a indiqué le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Ces hommes étaient détenus depuis les violences meurtrières survenues à l'été 2025 dans ce bastion des druzes, une minorité arabophone professant une foi issue d'un islam hétérodoxe.

Soueïda reste le dernier grand territoire échappant au contrôle des troupes de Damas, qui consolide son autorité sur le pays morcelé par près de 14 ans de guerre civile.

Dans un communiqué, le CICR a précisé avoir "facilité la libération de 86 détenus entre Damas et Soueïda: 61 ont été transférés vers Soueïda et 25 vers Damas".

Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange.

A un point de contrôle de la localité d'Al-Mtouna, dans le nord de la province et sous contrôle gouvernemental, une équipe de l'AFP a vu deux bus transportant des détenus en provenance de la prison d'Adra, près de Damas.

Escortés par les forces syriennes et le CICR, ils ont pris la route de Soueïda, accompagnés d'une ambulance et d'un véhicule de la Croix-Rouge.

Peu après, un bus transportant des membres des forces de sécurité et de l'armée détenus par la Garde nationale - faction armée druze de Soueïda - est arrivé.

Le chef du CICR en Syrie, Stephan Sakalian, a dit espérer que l'opération ouvre la voie à d'autres libérations et à un dialogue sur le sort des personnes portées disparues depuis les violences de juillet.

Des affrontements avaient alors opposé combattants druzes et bédouins sunnites avant l'intervention des forces de sécurité et de tribus venues d'autres régions pour prêter main forte aux bédouins.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), ces violences ont fait plus de 2.000 morts, dont 789 civils druzes. Elles ont été marquées par des exactions et des exécutions sommaires visant cette minorité, d'après des témoignages de survivants et des ONG.

Après la fin de l'échange, Tarek al-Maghoush, chargé du dossier au sein de la Garde nationale, a parlé de négociations indirectes "difficiles".

Le porte-parole de la Garde nationale, Talal Amer, a déclaré à l'AFP que les négociations s'étaient déroulées via les Etats-Unis et "sous la supervision" d'Israël, pays qu'il a remercié pour son "soutien total" lors des violences.

En 2025, Israël, où vivent plus de 150.000 druzes, était intervenu en Syrie en bombardant les forces gouvernementales au nom de la défense de la communauté druze dans le pays voisin.

Un cessez-le-feu est entré en vigueur le 20 juillet, mais la situation demeure tendue et l'accès à Soueïda difficile.

Des habitants accusent le gouvernement d'imposer un siège aux zones hors de son contrôle, qui accueillent des dizaines de milliers de déplacés, ce que dément Damas. Plusieurs convois d'aide ont toutefois pu entrer depuis.


Israël vise à imposer «un changement démographique permanent» en Cisjordanie et à Gaza, selon l'ONU

Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk. (AFP)
Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk. (AFP)
Short Url
  • "Prises dans leur ensemble, les actions d'Israël semblent viser à opérer un changement démographique permanent à Gaza et en Cisjordanie, suscitant des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique", a déclaré M. Türk dans un discours à Genève
  • Il a souligné notamment que les opérations militaires israéliennes menées depuis janvier 2025 dans le nord de la Cisjordanie avaient entraîné le déplacement de 32.000 Palestiniens

GENEVE: Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk.

"Prises dans leur ensemble, les actions d'Israël semblent viser à opérer un changement démographique permanent à Gaza et en Cisjordanie, suscitant des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique", a déclaré M. Türk dans un discours à Genève.

Il a souligné notamment que les opérations militaires israéliennes menées depuis janvier 2025 dans le nord de la Cisjordanie avaient entraîné le déplacement de 32.000 Palestiniens.

"Les forces de sécurité israéliennes continuent à faire un usage non nécessaire et disproportionné de la force" en Cisjordanie, a ajouté M. Türk.

Les violences ont flambé en Cisjordanie occupée depuis le début de la guerre dans la bande de Gaza, déclenchée par l'attaque sanglante du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.

M. Türk a indiqué que, selon des chiffres vérifiés par son bureau, 1.020 Palestiniens avaient été tués depuis cette date "par les forces de sécurité israéliennes" en Cisjordanie.

Pendant la même période, 45 Israéliens, y compris des soldats, ont été tués lors d'attaques palestiniennes, selon les chiffres officiels israéliens.

Le gouvernement israélien a annoncé depuis le début février une série de mesures visant à renforcer son contrôle sur la Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967, en facilitant notamment l'achat de terre par des Israéliens.

Ces mesures ont suscité de nombreuses condamnations à l'international. Une haute responsable de l'ONU a estimé qu'elles équivalaient à une "annexion progressive de facto".

Le Haut-Commissaire aux droits de l'homme a par ailleurs souligné que depuis le début du cessez-le-feu dans la bande de Gaza, le 10 octobre 2025, "des attaques israéliennes ont tué plus de 600 Palestiniens et en ont blessé plus de 1.600, selon le ministère palestinien de la Santé" de ce territoire.

"N'importe où ailleurs, cela serait considéré comme une crise majeure", a-t-il affirmé.

La quasi-totalité des plus de deux millions d'habitants de Gaza ont été déplacés au moins une fois depuis le début de la guerre, qui a réduit en ruines une grande partie du territoire.

"L'intensification des attaques, la destruction méthodique de quartiers entiers, (...) le refus d'apporter une aide humanitaire (...) conjugués aux transferts forcés qui semblent viser à un déplacement permanent, suscitent des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique à Gaza et en Cisjordanie", avait écrit le Haut-Commissariat dans un rapport la semaine dernière.