Le président de Djibouti souligne l'importance de préserver la paix dans cette région «sensible» de la mer Rouge et du golfe d'Aden

Il n’y a pas d'alternative au rôle de premier plan de l'Arabie saoudite dans la région, déclare Ismail Omar Guelleh à Arab News en français. (Photo fournie)
Il n’y a pas d'alternative au rôle de premier plan de l'Arabie saoudite dans la région, déclare Ismail Omar Guelleh à Arab News en français. (Photo fournie)
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Publié le Vendredi 16 septembre 2022

Le président de Djibouti souligne l'importance de préserver la paix dans cette région «sensible» de la mer Rouge et du golfe d'Aden

Il n’y a pas d'alternative au rôle de premier plan de l'Arabie saoudite dans la région, déclare Ismail Omar Guelleh à Arab News en français. (Photo fournie)
  • Le président de Djibouti, Ismaïl Omar Guelleh, salue les efforts déployés par l'Arabie saoudite pour protéger et pour assurer la sécurité des transports
  • Dans cette interview qui aborde une large gamme de sujets, le président Guelleh évoque également les conséquences dévastatrices des actions des Houthis au Yémen

DJIBOUTI: Le président de Djibouti, Ismaïl Omar Guelleh, a salué les efforts déployés par l'Arabie saoudite pour protéger et assurer la sécurité des transports ainsi que pour empêcher les «interventions» de sabotage de la sécurité des transports le long de la zone «très sensible» de la mer Rouge et du golfe d'Aden.

Dans une interview exclusive, M. Guelleh a déclaré à Arab News en français que les mesures qui avaient été prises pour tenir un prochain sommet du Conseil des pays arabes et africains de la mer Rouge et du golfe d'Aden en Arabie saoudite étaient l’aboutissement d'une initiative menée par le Royaume. Il a ajouté que ces efforts ont été chaleureusement accueillis par son pays.

« C'est un signe du sérieux travail du Royaume d'Arabie saoudite qui joue un rôle unique dans ce domaine. Sur le plan international, elle est le principal acteur de la paix mondiale dans la région et dans le monde entier », a-t-il souligné.

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Dans une interview exclusive accordée à Arab News en français, le président djiboutien Ismail Omar Guelleh a salué les efforts de l'Arabie saoudite pour assurer la sécurité dans la mer Rouge et le golfe d'Aden. (Photo, Abdullah Al-Jaber)

Le Conseil, composé de huit pays, a initialement été annoncé à Riyad en janvier 2020, avant l’apparition de la pandémie de Covid-19. Ses États membres sont: l'Arabie saoudite, la Jordanie, l'Égypte, le Soudan, Djibouti, l'Érythrée, la Somalie et le Yémen.

En annonçant la nouvelle, à l’époque, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, avait indiqué que Riyad «tenait beaucoup à travailler et à coopérer avec les États membres de ce Conseil pour faire face à ces défis et aux risques qui nous entourent de toutes parts».

La mer Rouge et le golfe d'Aden, qui relient l'Europe à l'Asie et au Moyen-Orient, sont deux des routes maritimes les plus fréquentées du monde.

Dans cette interview qui aborde une large gamme de sujets, le président Guelleh évoque également les conséquences dévastatrices des actions des Houthis au Yémen, qui ont entraîné le renversement du gouvernement légitime soutenu par l'ONU ainsi qu’une guerre qui entame maintenant sa septième année.

« Djibouti a été victime parce que nous avons reçu beaucoup, beaucoup de réfugiés yéménites, et sans l'apport, le soutien et la solidarité du gouvernement saoudien et à sa tête le roi Salmane, la situation aurait été véritablement aggravée par l'attitude des Houthis qui ont complètement détruit le pays et qui ont mis, ont risqué la paix et la sécurité maritime », a-t-il indiqué. 

Abritant un grand nombre de bases militaires étrangères, Djibouti accueille notamment dans la Corne de l'Afrique les forces armées américaines et chinoises, des troupes japonaises et espagnoles, ainsi qu’une présence française décroissante.

On ignore si Djibouti renouvellera ou non le traité militaire avec Paris; certains observateurs y voient le signe d'une détérioration des relations avec la France, ce que dément Ismaïl Omar Guelleh.

« La relation entre Djibouti et la France date du XIXe siècle. Le traité signé, le traité prend fin cette année. Nous allons le refaire, » a-t-il affirmé. « Nous sommes en train de travailler, par les juristes. Mais il n'y a pas d'inquiétude à se faire parce que nous sommes comme on dit chez nous a un mari et sa femme, jamais amis ni ennemis. » 

Le président Guelleh a également mis en garde contre les conséquences de la guerre russo-ukrainienne actuelle. Il a précisé qu'elle a atteint le point « jusqu’au risque d'avoir des conséquences nucléaires » et il estime que « ni la Russie, ni l'Ukraine ne seront gagnants. » 

 

Ce qui suit est une traduction de l'interview qui a été réalisée en français et en arabe:

Q: Parlez-nous de la valeur stratégique du sommet prévu par les pays arabes et africains de la mer Rouge et du golfe d'Aden, et de ses objectifs.

R: En effet, ce sommet est le fruit d'une initiative saoudienne et nous l’attendons depuis longtemps. La stratégie de la mer Rouge est claire. En considérant ce qui s’est passé au Yémen, les interventions des forces étrangères et, comme vous le savez, l’immense importance du détroit de Bab al-Mandab pour la sécurité internationale, celle des Arabes et celle de tous les pays, c’est aussi leur responsabilité. 

Cette initiative a été lancée par le royaume d'Arabie saoudite. Nous l'avons accueillie favorablement; pour la première fois, le sommet se tiendra, si Dieu le veut, à Djeddah, et les ministres des Affaires étrangères s’y sont préparés. C’est une expression du sérieux du Royaume et du rôle qu'il joue dans cette région. Sur le plan international, il sera un grand représentant de la paix dans la région et dans le monde.

Quels sont les espoirs et les aspirations du sommet prévu pour la région et pour Djibouti en particulier?

Les résultats consisteront à renforcer et à assumer la responsabilité internationale qui incombe aux pays voisins… En effet, vous avez l'Otan à vos côtés, qui est incontestablement l’institution qui assume la responsabilité de la sécurité des transports et de la navigation dans le monde.

De nombreux pays participants, en particulier du côté africain, ne s'entendent pas entre eux. Comment la sécurité sera-t-elle coordonnée et comment les conflits seront-ils mis de côté afin que les objectifs du Conseil soient atteints?

Le seul pays qui entretient de bonnes relations avec tous les pays de cette région est l'Arabie saoudite. Le Royaume a ainsi la charge d'être l'acteur et la seule force qui défend l’opinion et l’initiative. Il fournit les services pour construire la paix entre Port-Saïd, Bab al-Mandab et le golfe d'Aden, et empêcher les interventions sataniques qui cherchent toujours à saboter la paix dans cette région sensible.

Mais comment allez-vous vous coordonner pour empêcher la piraterie et son impact sur les expéditions mondiales d’énergies? Verrons-nous une force unifiée en mer Rouge, par exemple?

Je pense qu'il serait opportun d’y réfléchir, et nous en discuterons lors du prochain sommet pour mettre les choses en perspective. Que chacun assume ses responsabilités. Que pouvons-nous faire pour la population et pour le monde entier? Mettre en place une transition de cette phase vers une mouvance globale, afin de pouvoir lutter contre toutes les formes de terrorisme ou de piraterie qui peuvent émerger dans la région. C'est pourquoi nous devons montrer ou étudier de quelle manière nous pouvons, de manière collégiale, faire face aux menaces extérieures auxquelles nous pourrions être confrontés.

Parlons du Yémen… Quel a été l'impact de cette guerre de sept ans sur votre pays jusqu'à présent, et pensez-vous que la trêve actuelle durera?

Comme vous le savez, le Yémen est un pays très proche de Djibouti. Il se situe à vingt kilomètres d'ici. Le Yémen a été victime de ce qui s'est passé en Syrie, de ce qui s'est passé en Libye, et de ce dont certains États arabes ont vraiment été victimes: une sorte de conspiration qui vise l'unité arabe. Le peuple yéménite a été attiré par un autre mal ou un autre complot, un autre «coup», si vous voulez, venu d'un pays extérieur à la région.

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Des Yéménites déplacés par les Houthis vont chercher de l'eau dans le camp de réfugiés du HCR à Obock, Djibouti, le 26 mars 2016. (Photo d'archives, AFP)

Djibouti en a subi les conséquences parce que nous avons accueilli un très grand nombre de réfugiés yéménites. Sans la contribution, le soutien et la solidarité du gouvernement saoudien, dirigé par le roi Salmane, la situation aurait été profondément aggravée par le comportement des Houthis, qui ont totalement détruit le pays et représenté une menace pour la paix et la sécurité maritimes.

Cependant, ils ont échoué, car la vigilance des forces internationales, à savoir les forces saoudiennes, les en a empêchés. Les tentatives pour bloquer cette route, pour créer l'insécurité et empêcher les garanties de fonctionner dans de bonnes conditions… Sans l'Arabie saoudite, nous n'aurions pas eu de paix dans cet axe.

Votre position au sujet de la guerre contre l'Ukraine découle-t-elle de la même position, qui consiste à soutenir les gouvernements légitimes et à s'opposer à l'attaque contre la souveraineté d'un autre pays? Quel impact cette guerre a-t-elle eu sur votre pays

Vous savez, cela se passe très loin. L'Ukraine est très éloignée de nous. Nous avons, depuis le début, déclaré notre position, considérant que les bombardements intensifs qui frappent les populations ne sont pas et ne peuvent pas être une solution. Cependant, avec ce qui se passe, ce qu'il faut, c'est un dialogue et des concertations. Il n'y a pas d'alternative.

La destruction continue au point qu’elle risque d'avoir des conséquences nucléaires dans cette région. Ni la Russie ni l'Ukraine n'en sortiront vainqueurs et nous aurons dans notre région – même si la guerre se passe loin de nous – des conséquences qui pourraient nous affecter. Cependant, jusqu'à présent, nous n’avons subi aucune répercussion.

Djibouti abrite des bases militaires qui appartiennent à des puissances mondiales opposées. Comment gérez-vous ces relations et les intérêts conflictuels de ces pays? Et quel est le mécanisme de régulation de la présence de troupes étrangères dans votre pays?

Nous n'avons encore reçu aucune plainte de la part des pays qui ont déployé des armements et qui effectuent des exercices dans notre pays. Il faut toujours chercher les raisons derrière chaque chose. La raison principale de la présence américaine, qui a commencé après l'incident [en 2002] du navire américain [USS Cole], cible d'un attentat à Aden lancé par Al-Qaïda dans la région, est la lutte contre le terrorisme. Notre priorité était de contribuer à la lutte contre le terrorisme international. C'est ce qui a motivé la présence américaine à Djibouti.

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Les troupes chinoises assistent à la cérémonie d'ouverture le 1er août 2017 de la nouvelle base militaire chinoise à Djibouti, la première base navale à l'étranger de la superpuissance asiatique. (Photo, AFP)

Ensuite, les Japonais ont également voulu venir. Ils ont mesuré les dangers qui guettaient leurs flottes, leurs flottes commerciales en particulier, dans les régions de la Somalie et du golfe d'Aden. Ils nous ont également demandé de déployer un avion pour qu'ils puissent surveiller les côtes, même si, économiquement, nous n'avons pas les capacités d’assumer toutes ces responsabilités.

Nous avons participé en leur fournissant un espace qui leur a permis d'assurer la navigation internationale et la paix internationale, c’est notre part de responsabilité. Ensuite, il y a eu la Chine, qui, elle aussi, pour la première fois de son existence, a disposé d’une plate-forme et d’une présence militaire à Djibouti. Ces pays sont de grandes nations. Ils ne connaissent toutefois pas de problèmes entre eux par rapport à leur présence à Djibouti, et c'est pourquoi tout se passe bien.

Mais quel sera l'impact de l'évolution de la géopolitique mondiale sur votre pays? Par exemple, craignez-vous une confrontation sino-américaine à cause de Taïwan? Et si l’on vous demandait de choisir un camp?

Nous n'avons même pas envisagé cette possibilité. C'est lié et ils se battent là-bas, à Taïwan, au sud de la mer de Chine. Cependant, le champ de bataille n'est pas ici. La zone de guerre n'est pas ici et elle n'est pas non plus à proximité. C'est pourquoi, à mon avis, il n'y a pas lieu d’avoir peur. Il n'y a pas à craindre une confrontation entre la Chine et les États-Unis à Djibouti, je ne le pense pas. C'est quelque chose que Dieu décide, ce n'est pas à nous de le décider.

La présence militaire française semble diminuer ici. Le bruit court que le traité de coopération militaire entre votre pays et Paris pourrait ne pas être renouvelé. Comment voyez-vous l'avenir de votre relation avec la France?

Les relations entre Djibouti et la France remontent au XIXe siècle. Le traité signé entre nos deux pays expire cette année. Nous allons le renouveler, et nous sommes en train de travailler avec les experts juridiques et toutes les personnes en charge du dossier.

Toutefois, il n'y a pas de position à prendre, car nous sommes... Comme on dit dans notre pays, un mari et sa femme ne sont jamais amis ni ennemis. C'est la métaphore qui illustre le fait que nous pouvons être en colère l'un contre l'autre, mais que nous sommes très engagés dans nos relations. Notre but n’est pas d'avoir des problèmes avec eux. C'est comme une famille, en quelque sorte. Nous pourrions parfois avoir des différends. Mais ce n'est pas grave.

Mais c'est cette présence militaire française et la présence américaine qui ont poussé le groupe terroriste Al-Chabab à menacer directement votre pays. Cela ne vous inquiète-t-il pas? Quelles mesures avez-vous prises pour vous défendre?

Nous avons été victimes d'une attaque en 2014. Certaines personnes ont perdu la vie et d'autres ont été blessées [en référence à l'attentat-suicide de 2014 dans un restaurant, qui avait provoqué la mort de trois étrangers]. Nos services n'ont qu'un seul but, qui a toujours été de nous défendre; nous sommes là pour nous défendre. Il n'y a aucun problème. Ils peuvent dire ce qu'ils veulent, mais notre peuple est prêt.

Vous vous êtes toujours opposé aux opinions extrémistes, et c'est peut-être un point commun avec les réformes qui sont en cours en Arabie saoudite. Comment les changements qui ont lieu dans le Royaume sont-ils perçus dans votre pays?

Nous attendions cette initiative depuis longtemps, et maintenant, avec l'initiative du prince héritier et du Gardien des deux Saintes Mosquées, nous allons dans la bonne direction. Notre vraie religion est le centrisme et la modération. Nous vivons à Djibouti depuis longtemps sans difficulté avec cette croyance.

Cependant, les takfiris cherchent à transformer la moitié des musulmans en infidèles et à les expulser de la religion sans pitié, sans tolérance et sans le moindre respect pour les femmes musulmanes.

Tout cela a créé la haine parmi les musulmans. Nous avons opté et nous optons pour la modération avec nos frères dans le Royaume, qu’il s’agisse de ses dirigeants ou de son peuple. C'est dans l'intérêt de l’Oumma, des Arabes et des musulmans, et de l'islam dans le monde entier.

Outre l'aspect religieux, quel est l'impact de la Vision 2030 sur votre pays? Comment voyez-vous évoluer les relations entre l’Arabie saoudite et Djibouti?

Si l’on remonte dans le temps, depuis notre indépendance et jusqu'à ce jour, l'Arabie saoudite nous a toujours soutenus et aidés dans notre développement. Nous consultons toujours ce pays et nous agissons en coordination avec lui dans divers domaines, de la sécurité au Fonds saoudien. Nous sommes très satisfaits et nous voulons continuer dans cette voie tant qu'il n'y a pas d'alternative au rôle prépondérant du Royaume dans la région.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Mettre fin à la guerre au Liban est la «question la plus importante» de l'accord avec Washington, selon la diplomatie iranienne

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a insisté mardi sur l'importance de mettre fin à la guerre au Liban entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, dans le cadre du protocole d'accord conclu avec Washington. (AFP)
Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a insisté mardi sur l'importance de mettre fin à la guerre au Liban entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, dans le cadre du protocole d'accord conclu avec Washington. (AFP)
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  • Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a insisté mardi sur l'importance de mettre fin à la guerre au Liban entre Israël et le Hezbollah pro-iranien
  • "Il s'agit sans doute de la question la plus importante du protocole: l'annonce de l'arrêt immédiat et permanent de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban"

TEHERAN: Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a insisté mardi sur l'importance de mettre fin à la guerre au Liban entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, dans le cadre du protocole d'accord conclu avec Washington.

"Il s'agit sans doute de la question la plus importante du protocole: l'annonce de l'arrêt immédiat et permanent de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban", a déclaré le ministre lors d'une réunion avec des diplomates étrangers diffusée à la télévision d'Etat.


Au G7, coup de projecteur sur l'Ukraine, éclipsée par l'Iran

Le président ukrainien est lui attendu dès mardi matin dans la station thermale des Alpes françaises pour participer à une réunion de travail consacrée à la paix et la sécurité pour l'Ukraine et l'Europe. Il espère à cette occasion pouvoir s'entretenir seul à seul avec Donald Trump. (AFP)
Le président ukrainien est lui attendu dès mardi matin dans la station thermale des Alpes françaises pour participer à une réunion de travail consacrée à la paix et la sécurité pour l'Ukraine et l'Europe. Il espère à cette occasion pouvoir s'entretenir seul à seul avec Donald Trump. (AFP)
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  • La guerre en Ukraine dominera les débats du G7 mardi à Evian en présence de Volodymyr Zelensky. Au cœur des tractations: la capacité des alliés de Washington à convaincre Donald Trump, jusqu'ici réticent, à afficher son soutien au président ukrainien
  • Le Moyen-Orient sera lui aussi toujours très haut dans l'agenda des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Allemagne, du Canada, des Etats-Unis, de la France, de l'Italie, du Japon et du Royaume-Uni

EVIAN: La guerre en Ukraine dominera les débats du G7 mardi à Evian en présence de Volodymyr Zelensky. Au cœur des tractations: la capacité des alliés de Washington à convaincre Donald Trump, jusqu'ici réticent, à afficher son soutien au président ukrainien face à Vladimir Poutine.

Le Moyen-Orient sera lui aussi toujours très haut dans l'agenda des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Allemagne, du Canada, des Etats-Unis, de la France, de l'Italie, du Japon et du Royaume-Uni.

Ils se retrouveront pour un déjeuner de travail consacré aux crises de cette région secouée par la guerre américano-israélienne contre l'Iran. L'Egypte, les Emirats arabes unis et le Qatar - qui a contribué à la médiation ayant abouti à un accord entre Washington et Téhéran - y ont été conviés.

Le président ukrainien est lui attendu dès mardi matin dans la station thermale des Alpes françaises pour participer à une réunion de travail consacrée à la paix et la sécurité pour l'Ukraine et l'Europe. Il espère à cette occasion pouvoir s'entretenir seul à seul avec Donald Trump.

La dernière rencontre entre les deux dirigeants remonte à fin décembre dans la résidence du milliardaire américain à Mar-a-Lago, en Floride.

A défaut d'annoncer une réunion bilatérale, le président des Etats-Unis, accaparé ces derniers mois par le conflit avec l'Iran, a assuré lundi avoir eu "une très bonne conversation avec le président (Volodymyr) Zelensky et le président (russe Vladimir) Poutine" dimanche.

"Et je pense que nous pouvons peut-être faire quelque chose", a-t-il ajouté.

Il a en outre déploré les 25.000 morts par mois dans ce conflit, "majoritairement des soldats". "Cela ne devrait pas se produire", a-t-il réagi.

Après de nouvelles frappes meurtrières menées lundi par la Russie qui ont fait au moins 11 morts et incendié une cathédrale historique à Kiev, Volodymyr Zelensky a demandé "davantage de pression sur l'agresseur et davantage de soutien à la défense aérienne de l'Ukraine".

Le président peut d'ores et déjà compter sur l'appui indéfectible des dirigeants européens et canadien, dont il verra certains en tête-à-tête.

Le Royaume-Uni va fournir de l'uranium enrichi à l'Ukraine pour ses centrales nucléaires et imposer de nouvelles sanctions à la Russie, a ainsi annoncé le Premier ministre britannique Keir Starmer en amont de la session de travail.

"Unité et détermination" 

Condamnant les "frappes barbares" de la Russie en Ukraine, Londres compte "monter d'un cran" en "étouffant les ressources qui alimentent la guerre de Poutine et en fournissant de l'énergie à l'Ukraine pour les hivers à venir", a déclaré Keir Starmer.

Avant même la tenue du sommet, une source gouvernementale italienne soulignait de son côté que l'Ukraine restait "un sujet sur lequel il y a la plus grande attention italienne".

Lundi, le président du conseil européen António Costa, également présent à Evian, a estimé que "l'unité et la détermination du G7 sont essentielles pour contribuer à mettre fin à cette guerre et parvenir à une paix juste et durable".

A cet égard, la participation du président Zelensky aux discussions au G7 est "particulièrement importante", a-t-il fait valoir.

De son côté, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a salué l'Ukraine qui "tient la ligne de front et regagne même partiellement du terrain".

Elle a en outre loué la capacité de Kiev de frapper des cibles stratégiques "au cœur même de la Russie".

Depuis le début du conflit en février 2022, l'Ukraine a opéré un virage stratégique en devenant un acteur majeur de l'industrie de défense, notamment via sa production de drones, mais continue d'avoir cruellement besoin du soutien occidental.

Selon les Européens, la Russie, sous pression des sanctions internationales, commence, elle, à montrer des signes de faiblesse.

"Nos sanctions frappent profondément", a estimé Ursula Von der Leyen.

Pour autant, Vladimir Poutine reste inflexible.

Lundi, le président ukrainien a fait savoir qu'il avait invité son homologue russe à venir au G7.

"La Russie a montré une fois de plus qu'elle n'est pas prête à parler", a-t-il dit, estimant qu'il fallait intensifier la pression sur le président jusqu'à ce qu'il mette fin à la guerre.


Olivier Cadic : « Les relations entre la France et l’Arabie saoudite n’ont jamais été aussi denses »

Le vice-ministre des Affaires étrangères, Waleed Elkhereiji, a rencontré lundi à Riyad Olivier Cadic, président du groupe d'amitié parlementaire franco-saoudien du Sénat français. (X/@KSAmofaEN)
Le vice-ministre des Affaires étrangères, Waleed Elkhereiji, a rencontré lundi à Riyad Olivier Cadic, président du groupe d'amitié parlementaire franco-saoudien du Sénat français. (X/@KSAmofaEN)
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  • En visite à Riyad, le sénateur des Français établis hors de France souligne l’accélération des échanges entre Paris et le Royaume, les opportunités offertes par Vision 2030 et le rôle stabilisateur de l’Arabie saoudite dans la région
  • La transformation de l’Arabie saoudite ouvre de nouvelles opportunités pour les entreprises françaises, notamment dans l’intelligence artificielle, les infrastructures, les énergies renouvelables, la culture, le tourisme et l’économie numérique

RIYAD : Sénateur des Français établis hors de France depuis 2014, vice-président de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées et président du groupe d’amitié interparlementaire France–Pays du Golfe, Olivier Cadic a effectué une nouvelle visite en Arabie saoudite à la tête d’une délégation parlementaire française composée notamment des sénateurs Nathalie Delattre et Rémy Pointereau. À l’issue de ses rencontres avec les autorités saoudiennes, il revient sur la transformation du Royaume, l’état des relations franco-saoudiennes et les perspectives de coopération entre les deux pays.

Pour Olivier Cadic, l’Arabie saoudite figure aujourd’hui parmi les pays qui se transforment le plus rapidement au monde. « Il s’agit de ma neuvième visite en Arabie saoudite en onze ans. Ce qui me frappe à chaque déplacement, c’est la rapidité de la transformation du pays », confie-t-il à Arab News en français.

Le sénateur souligne particulièrement les changements observés à Riyad, où les projets de développement se multiplient dans le cadre de la Vision 2030 portée par le prince héritier Mohammed ben Salmane. Selon lui, cette stratégie de modernisation « insuffle un souffle de modernité accéléré » et traduit une volonté claire de diversification économique, d’innovation et d’ouverture sur le monde.

Au cours de sa visite, Olivier Cadic a insisté sur la solidité du partenariat franco-saoudien, qu’il qualifie d’exceptionnel.

« Les relations entre la France et l’Arabie saoudite sont excellentes et n’ont jamais été aussi denses », affirme-t-il. Selon le sénateur, cette proximité repose sur une confiance mutuelle et sur des convergences de vues concernant plusieurs dossiers régionaux majeurs.

Il rappelle également l’importance de la solidarité entre partenaires dans les moments difficiles. « J’ai souhaité rappeler que la France n’oublie pas les attaques dont l’Arabie saoudite a été victime. Dans les moments difficiles, les partenaires doivent pouvoir compter les uns sur les autres. »

Selon Olivier Cadic, Paris et Riyad partagent notamment leur soutien à une solution à deux États pour résoudre le conflit israélo-palestinien, leur préoccupation face à la perspective d’une acquisition ou d’un usage d’une capacité nucléaire militaire par l’Iran, ainsi que leur volonté de voir le Liban retrouver sa pleine souveraineté et la Syrie renouer avec la stabilité.

« Plus largement, la France et l’Arabie saoudite défendent le multilatéralisme, le respect du droit international et de l’intégrité territoriale des États », souligne-t-il.

Sur le plan économique, le sénateur estime que les perspectives de cooperation entre la France et l’Arabie saoudite sont particulièrement prometteuses.

Les secteurs des nouvelles technologies, de l’intelligence artificielle, des énergies renouvelables, du tourisme, de la culture et de la formation figurent parmi les domaines les plus porteurs.

« La diversification de l’économie saoudienne crée de nombreuses opportunités pour les entreprises françaises, qui disposent d’un savoir-faire reconnu dans ces secteurs », explique-t-il.

Les mégaprojets lancés dans le cadre de Vision 2030 offrent également de nouvelles perspectives dans les infrastructures de transport, la gestion durable de l’eau, les énergies décarbonées, la santé et les technologies numériques.

Olivier Cadic met aussi en avant l’émergence de nouveaux axes de coopération à forte valeur ajoutée. « Les coopérations entre la France et l’Arabie saoudite s’étendent désormais à de nouveaux secteurs, notamment les industries culturelles et créatives, l’intelligence artificielle, mais aussi l’e-sport », observe-t-il.

Pour le sénateur, les projets liés à l’économie numérique et à la jeunesse illustrent parfaitement la capacité des deux pays à construire ensemble des partenariats innovants et tournés vers l’avenir.

Parmi les éléments les plus marquants de cette mission, Olivier Cadic évoque avant tout l’état d’esprit qu’il a observé auprès des responsables saoudiens et des jeunes générations.

« J’ai été particulièrement impressionné par la confiance qui anime les responsables saoudiens et la jeunesse du pays. On ressent une véritable volonté de construire l’avenir et de réussir la transformation engagée », confie-t-il.

Le sénateur souligne également la qualité de l’accueil qui lui a été réservé et salue « l’hospitalité saoudienne », ainsi que les efforts entrepris pour valoriser le patrimoine culturel du Royaume et développer son attractivité touristique.

Cette dynamique de coopération devrait continuer à se renforcer dans les années à venir. Selon Olivier Cadic, les échanges bilatéraux se sont considérablement intensifiés ces dernières années, comme en témoigne la multiplication des visites officielles entre les deux pays. Le sénateur rappelle notamment qu’une délégation saoudienne a été accueillie en France en 2025.

« Le rôle des groupes d’amitié parlementaires est précisément de nourrir ce dialogue dans la durée et de favoriser l’émergence de nouvelles coopérations, qu’elles soient économiques, culturelles ou institutionnelles », souligne-t-il.

Interrogé sur la situation actuelle dans le Golfe, Olivier Cadic estime que l’Arabie saoudite joue un rôle central dans une région confrontée à de nombreux défis sécuritaires et géopolitiques.

« Le Golfe évolue dans un environnement régional particulièrement complexe », note-t-il, faisant référence aux tensions liées au conflit israélo-iranien.

Dans ce contexte, il considère que le Royaume s’affirme comme un acteur stabilisateur, privilégiant les solutions diplomatiques et les initiatives favorisant la paix régionale. Son poids économique, politique et diplomatique en fait, selon lui, « un acteur incontournable de l’équilibre régional ».

Enfin, Olivier Cadic a tenu à adresser un message à la communauté française vivant et travaillant en Arabie saoudite.

« J’adresse un message de confiance à nos compatriotes établis en Arabie saoudite », déclare-t-il. « Ils participent pleinement au rapprochement entre nos deux pays et contribuent au rayonnement de la France. »

Le sénateur estime que les perspectives offertes par le Royaume sont considérables et que les relations franco-saoudiennes disposent encore d’un potentiel de développement exceptionnel.

« Plus que jamais, les Français présents dans le Royaume sont des passerelles entre nos deux nations et des acteurs précieux de cette coopération d’avenir », conclut-il.