Hend al-Otaiba: «Nous sommes impatients de faire découvrir l'art, l'histoire et la culture des EAU dans l’Hexagone»

Sur une note plus personnelle, l’ambassadrice partage ses découvertes coups de cœur et sa vie, en tant que femme et mère émiratie, en France, un pays où elle se sent «chez elle». Photo fournie.
Sur une note plus personnelle, l’ambassadrice partage ses découvertes coups de cœur et sa vie, en tant que femme et mère émiratie, en France, un pays où elle se sent «chez elle». Photo fournie.
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Publié le Mercredi 21 septembre 2022

Hend al-Otaiba: «Nous sommes impatients de faire découvrir l'art, l'histoire et la culture des EAU dans l’Hexagone»

  • Francophone et experte en communications stratégiques, Hend al-Otaiba évoque la récente visite d'État du président Mohammed ben Zayed en France
  • Elle organise par ailleurs à l’ambassade une série de discussions et de débats réunissant des experts français et émiratis, les Majlons, à la croisée des «Majlis» du Golfe et des «salons» de la France des Lumières

PARIS: Le jeudi 4 novembre 2021, Hend al-Otaiba, présentait ses lettres de créance au président français, Emmanuel Macron, à l’Élysée. Aujourd’hui, la première ambassadrice des Émirats arabes unis (EAU) jamais nommée dans l’Hexagone revient pour Arab News en français sur cette année «intense, pleine de belles rencontres, d’événements, de visites et de projets».

Francophone et experte en communications stratégiques, Hend al-Otaiba évoque la récente visite d'État du président Mohammed ben Zayed en France, mais aussi les liens qui unissent les deux pays, dans les domaines de l’énergie, de la culture, des affaires. Elle organise par ailleurs à l’ambassade une série de discussions et de débats réunissant des experts français et émiratis, les Majlons, à la croisée des «Majlis» du Golfe et des «salons» de la France des Lumières. Sur une note plus personnelle, l’ambassadrice partage ses découvertes coups de cœur et sa vie, en tant que femme et mère émiratie, en France, un pays où elle se sent «chez elle».

Le président Mohammed ben Zayed a effectué en juillet dernier une visite d’État en France, la première de ce niveau depuis 1991. Pourquoi cette visite est-elle si importante et comment évaluez-vous ses retombées?
La visite d'État du président Mohammed ben Zayed en France est une étape importante dans l’approfondissement des relations entre les Émirats arabes unis [EAU] et la France, dans la continuité de la première visite présidentielle de cheikh Zayed en France en 1975. La visite fut très productive, axée sur le renforcement des partenariats et des investissements conjoints, tant dans le secteur public que privé.

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Le président Mohammed ben Zayed a effectué en juillet dernier une visite d’État en France. Photo fournie.


De nombreuses questions importantes ont été soulevées lors des discussions, douze protocoles d'accord ont été élaborés dans les domaines de l'éducation, de la sécurité, de la culture et du développement durable, et des engagements en faveur de l'innovation dans des domaines tels que l'exploration spatiale et la santé ont été discutés.
L'énergie et l'avenir de la sécurité énergétique ont été un sujet majeur tout au long de la visite, avec un certain nombre de discussions en vue d'objectifs à fixer avant la COP28 aux EAU l'année prochaine.
Le lancement du Conseil d'affaires EAU-France, qui réunit dix-huit chefs d'entreprise français et émiratis pour innover dans les domaines de l'énergie, des transports et des investissements, est une occasion de collaborer davantage.
Enfin, les EAU et la France accordent une importance particulière à leur partenariat culturel. En juillet, Noura al-Kaabi, ministre de la Culture et de la Jeunesse des EAU, et Rima Abdul Malak, ministre française de la Culture, se sont rencontrées pour discuter de la relation culturelle entre la France et les EAU, renforçant ainsi un partenariat fondé sur la confiance, l'ouverture et le dialogue.

L’Energie était l’un des thèmes les plus importants de cette visite, mais nous savons que la variété d’hydrocarbures fournis à la France n’inclut pas le diesel. La situation a-t-elle évolué à l’issue de la visite?
La durabilité de notre énergie est une priorité commune majeure. Au cours de la visite présidentielle de juillet, le Partenariat stratégique global pour l'énergie [CSEP] a été signé afin que les deux pays se concentrent sur l'amélioration de la sécurité énergétique et l'action climatique, tout en réduisant les émissions de carbone avant la COP28 aux EAU. Un protocole d'accord sur l'action climatique a été élaboré entre le bureau de l'envoyé spécial des EAU pour le changement climatique et le gouvernement français.
Au cours de la visite d'État, TotalEnergies et l’Abu Dhabi National Oil Company [Adnoc] ont aussi signé un accord majeur qui inclut l’approvisionnement de carburant diesel par les EAU. Cet accord est en cours de déploiement.
Nous continuons à travailler en étroite collaboration afin d’assurer la sécurité énergétique dans de nombreux domaines.

L’après-pétrole est une question prioritaire, autant pour la France que pour les EAU. Comment les Émirats peuvent-ils profiter du savoir français quand il s’agit de la transition énergétique?
Nous apprenons constamment les uns des autres, en nous associant pour construire des technologies et des systèmes qui profiteront à nos deux pays, ainsi qu’à d’autres nations dans le monde.
Les EAU et la France ont conclu de nombreux partenariats solides axés sur la transition énergétique. Le partenariat Emerge entre Masdar (EAU) et EDF (France) porte sur l'avenir de la technologie solaire, et les deux entreprises se sont conjointement lancées dans de grands projets.

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Les EAU et la France ont conclu de nombreux partenariats solides axés sur la transition énergétique. Photo fournie.


Le partenariat stratégique entre Adnoc et TotalEnergies nous permettra d'explorer de nouvelles opportunités d'innovation et de croissance sur l'ensemble de la chaîne d’approvisionnement en énergie. Cette relation et bien d'autres soulignent notre engagement en faveur des partenariats gouvernementaux et de la collaboration avec le secteur privé pour relever les défis énergétiques mondiaux.
Dans le cadre de l'Expo 2020, les EAU ont collaboré avec Siemens Energy pour lancer le projet Green Hydrogen afin d'explorer les possibilités de production durable d'hydrogène. La France s'est engagée à collaborer avec les EAU pour développer cette technologie. L'Emirates Nuclear Energy Corporation (Enec) et l'entreprise française EDF ont signé un protocole d'accord en 2021 afin de poursuivre la recherche et le développement dans ce domaine.

La France est le troisième plus grand investisseur aux Émirats, comment cela se traduit-il concrètement dans les différents secteurs?
La France et les EAU ont des relations d'investissement fructueuses dans de nombreux domaines. La France est très présente aux EAU, notamment dans les secteurs de l'énergie, de l'eau et de l'hôtellerie. Parmi les pays du Moyen-Orient, ce sont les EAU qui accueillent le plus grand nombre d'entreprises françaises; elles emploient collectivement plus de trente mille personnes.
Le transport maritime est un autre exemple de partenariat entre nos deux pays. La société française CMA CGM a investi dans Abu Dhabi Ports afin de créer un nouveau terminal de pointe au port de notre capitale, en pleine expansion.
Enfin, la France et les EAU collaborent de manière approfondie dans le domaine de la technologie et l'innovation, Dubaï étant désignée comme un «French Tech Hub» et certifiée depuis 2016, donnant lieu à des prix annuels décernés aux start-up les plus prometteuses. Cette année, les EAU ont lancé NextGenFDI pour attirer davantage d'entreprises et de talents en les accompagnant afin qu'ils se lancent et se développent aux EAU – nous pensons que cela constituera une excellente opportunité pour les entreprises en France et dans le monde entier.


Quels enseignements avez-vous tiré de l’expérience du projet Majlon, cette série d’événements à l’ambassade des EAU à Paris, et comment atteint-il l’objectif de renforcer les synergies entre les deux pays?
Les Majlons organisés par l’ambassade des EAU en France sont une série de discussions et de débats réunissant des experts français et émiratis. Ils s'inspirent des traditions des EAU et de la France: les majlis du Golfe, qui permettent le partage d'informations, et les salons de discussion de l'époque des Lumières en France. Par exemple, le Majlon «Dialogue interconfessionnel et coexistence pacifique» a mis l'accent sur l'importance du dialogue entre les religions, les multiples représentants religieux présents partageant leurs idées.

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Les Majlons organisés par l’ambassade des EAU en France sont une série de discussions et de débats réunissant des experts français et émiratis. Photo fournie.


La série Majlon permet une véritable ouverture et un échange entre des personnes d’horizons différents. C'est l’occasion pour les citoyens des EAU et de la France d'en apprendre plus sur la richesse de leurs patrimoines et cultures respectifs.

Comment voyez-vous l’avenir de Majlon et quels prochains événements pouvez-vous annoncer?
La série Majlon a pour objectif d’approfondir les relations entre nos pays. Cette série d’événements est une plate-forme pour le développement d'initiatives de partenaires français et émiratis, une occasion de construire et de sceller de futurs partenariats, et de développer des projets dans divers domaines.
L'avenir de la série Majlon est prometteur. Les prochains événements aborderont des thèmes tels que la culture, les médias, la jeunesse, l'éducation et les opportunités d'investissement entre la France et les EAU. Ils sont en cours de préparation, et nous partagerons plus d'informations sur les prochains thèmes en temps voulu.


Quels sont les principaux monuments/événements que vous avez eu l’opportunité de visiter en France. Lesquels vous ont le plus marquée et pourquoi?
C’est un plaisir pour moi de vivre en France depuis un an et d'avoir eu la chance d’apprendre à mieux connaître le pays et sa culture. J’étais honorée d’assister aux célébrations du 14-Juillet, une cérémonie fraternelle et un moment politique historique et symbolique puissant en France.
J'ai eu le privilège d’assister à de nombreux événements, de visiter de nombreux sites et monuments magnifiques qui font partie du patrimoine français. J’ai pu constater un engagement fort en faveur des arts, de la culture et de l'histoire à la fondation Louis Vuitton, créée par Gehry Partners, que je classerais parmi mes expériences les plus marquantes récemment. Elle est ouverte au public depuis 2014, et c’est un lieu remarquable de dialogue et de réflexion. Les visiteurs peuvent y découvrir des expositions passionnantes.

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C’est un plaisir pour moi de vivre en France depuis un an et d'avoir eu la chance d’apprendre à mieux connaître le pays et sa culture. Photo fournie.


Un autre moment fort depuis le début de mon affectation a été la visite du château de Chantilly, qui abrite des siècles d'histoire et constitue un centre du patrimoine culturel français. Du château au jardin, en passant par les grandes écuries, nous avons pu découvrir de nombreux éléments de l'histoire française.
J'ai également apprécié ma visite dans le sud de la France, en particulier la beauté du paysage naturel et l'architecture, sans oublier la cuisine. J’ai aimé visiter Fontainebleau, pour découvrir sa forêt et son château royal. Visiter le théâtre Cheikh Khalifa Bin Zayed, soigneusement restauré pour retrouver sa gloire d'antan, était une expérience unique.

Nous avons vu, avec Le Louvre et la Sorbonne, le rayonnement culturel français s’installer aux Émirats. Qu’en est-il de la culture émiratie en France? Y a-t-il des projets en vue?
Il existe des liens culturels forts entre la France et les EAU et plusieurs projets renforcent ce lien, ce qui s'est avéré inestimable tant pour les Émiratis que pour les Français.
Nous pouvons constater une sensibilisation croissante aux subtilités de la langue arabe en France, comme l'illustre le récent accord entre l'Institut du monde arabe [IMA] et le Centre de langue arabe d'Abu Dhabi pour coopérer sur un certificat linguistique. Cela fait suite à l'introduction du français comme troisième langue obligatoire dans les écoles publiques et l'inauguration d'un réseau de radio en langue française aux EAU pour soutenir l’enseignement du français.
Le Centre Cheikh Zayed du musée du Louvre rend hommage au père fondateur des EAU et place la relation culturelle entre les deux pays au cœur de Paris. D'autres espaces, dont le théâtre Cheikh Khalifa, témoignent de la volonté des EAU à participer à la restauration de monuments français et à la protection du patrimoine. La représentation des EAU par six artistes émiratis à la Biennale internationale Révélations à Paris est un autre exemple de cet engagement.
Nous attendons avec impatience les futures occasions de faire découvrir l'art, l'histoire et la culture des EAU dans l'Hexagone.

Le monde arabe, l’Islam et les communautés arabes sont aujourd’hui au cœur du débat sociopolitique en France. En tant qu’ambassadrice d’un pays arabe, comptez-vous prendre des initiatives dont l’impact serait positif sur les relations entre le monde arabe et la France?
Étant originaire des EAU, j'ai la chance de pouvoir faire partager des éléments de notre patrimoine et de participer à des rencontres interculturelles, ce qui permet aux Français d'entrevoir l'ouverture d'esprit et les progrès constants de notre pays.
Il existe encore des idées fausses sur la vie aux EAU, notamment sur le rôle des femmes. L'un de mes objectifs est de montrer combien de femmes brillantes et inspirantes occupent des postes de direction aux EAU, tant dans le secteur public que privé. Dans notre gouvernement, la participation des femmes est déjà très élevée: les femmes représentent 66% du secteur public des EAU et 50% des sièges au Conseil national fédéral. Il est important que les Français sachent que, pour ces raisons et bien d'autres, les EAU sont classés au 1er rang dans le monde arabe et au 18e rang mondial dans l'indice d'égalité des sexes 2020 du Programme des nations unies pour le développement.
Nous continuerons à établir des partenariats culturels pour permettre aux résidents des deux pays de visiter et d'explorer l'histoire, l'art et l'architecture de l’autre. La série Majlon a été une excellente plate-forme de partage d’idées pour l'avenir, tandis que nos partenariats commerciaux nouvellement établis ont permis à différents secteurs d'apprendre les uns des autres et de créer des liens durables.

En tant que femme émiratie et mère, quelle différence pour vous entre votre vie aux EAU et la vie en France?
Être en France est une opportunité pour ma famille de découvrir une nouvelle culture et un nouveau mode de vie, cela nous donne à tous la chance d'explorer et d'apprendre. Comme aux EAU, il y a en France de remarquables grandes villes, et une grande diversité de magnifiques paysages.
Au-delà des différences linguistiques, historiques et climatiques, il existe de nombreuses similitudes, notamment en matière d’attachement au patrimoine culturel, d'ouverture à la discussion et de volonté d'apprendre des autres. Je suis chanceuse de pouvoir me sentir chez moi dans ces deux pays.

(Yara Sarkis a contribué à la réalisation de cette interview)


Netanyahu affirme depuis le sud du Liban que son armée restera tant que le Hezbollah «nous menace»

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui s'est rendu mardi dans la partie du sud du Liban occupée par Israël, a affirmé que son armée resterait sur place tant que le Hezbollah pro-iranien "nous menace". (AFP)
Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui s'est rendu mardi dans la partie du sud du Liban occupée par Israël, a affirmé que son armée resterait sur place tant que le Hezbollah pro-iranien "nous menace". (AFP)
  • Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui s'est rendu mardi dans la partie du sud du Liban occupée par Israël, a affirmé que son armée resterait sur place
  • "Notre position est claire : nous ne quitterons pas le sud du Liban tant que la menace n'aura pas disparu. Et tant que le Hezbollah, armé, sera présent ici et nous menacera, nous resterons ici"

JERUSALEM: Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui s'est rendu mardi dans la partie du sud du Liban occupée par Israël, a affirmé que son armée resterait sur place tant que le Hezbollah pro-iranien "nous menace".

"Notre position est claire : nous ne quitterons pas le sud du Liban tant que la menace n'aura pas disparu. Et tant que le Hezbollah, armé, sera présent ici et nous menacera, nous resterons ici", a-t-il affirmé à des troupes israéliennes sur place selon une vidéo diffusée par son bureau.

 


L’Arabie saoudite en tête du classement de sécurité publique du G20

Les résultats mettent en évidence les efforts des agences gouvernementales pour maintenir un haut niveau de sécurité à travers le Royaume. (fourni)
Les résultats mettent en évidence les efforts des agences gouvernementales pour maintenir un haut niveau de sécurité à travers le Royaume. (fourni)
Les résultats mettent en évidence les efforts des agences gouvernementales pour maintenir un haut niveau de sécurité à travers le Royaume. (fourni)
Les résultats mettent en évidence les efforts des agences gouvernementales pour maintenir un haut niveau de sécurité à travers le Royaume. (fourni)
  • 97,7 % des habitants déclarent se sentir en sécurité en marchant seuls la nuit

RIYAD: L’Arabie saoudite occupe la première place parmi les pays du G20 dans l’Indice de sécurité 2025, selon les données de la base des indicateurs des Objectifs de développement durable des Nations unies, publiées lundi par l’Autorité générale des statistiques du Royaume.

Les résultats indiquent que 97,7 % de la population se sent en sécurité en marchant seule la nuit dans son quartier, selon l’Agence de presse saoudienne (Saudi Press Agency).

Ils montrent également que 94,9 % des femmes, 97 % des citoyens saoudiens et 97,2 % des personnes âgées de 60 à 64 ans se sentent en sécurité en marchant seules la nuit dans les zones résidentielles.

Ces résultats soulignent les efforts des agences gouvernementales pour maintenir un haut niveau de sécurité dans l’ensemble du Royaume, a ajouté la SPA. Ils s’inscrivent dans les initiatives visant à renforcer la sécurité, la stabilité et la qualité de vie dans les secteurs économique, alimentaire, environnemental, sanitaire, social, politique, intellectuel, technologique et de cybersécurité, conformément à la Vision 2030 de l’Arabie saoudite.

L’Autorité générale des statistiques mène ses travaux selon une méthodologie unifiée basée sur le Statistical Business Process Manual, conforme aux normes statistiques internationales.

Dans un autre rapport, l’autorité a indiqué que 75,3 % de la population saoudienne a participé à des événements ou activités culturelles en 2025, reflétant une participation croissante à la vie culturelle dans le Royaume.

Ces données ont été publiées dans le cadre de l’initiative Raqam Saudi, qui met en avant les réalisations nationales, renforce la fierté nationale et les valeurs de citoyenneté, et souligne le rôle des statistiques officielles dans le suivi des progrès vers les objectifs de Vision 2030 et du développement durable. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Dans le Kordofan soudanais, une offensive paramilitaire se profile, la ville d'El-Obeid tremble

Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie. (AFP)
Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie. (AFP)
  • El-Obeid est un enjeu majeur dans la guerre qui oppose depuis trois ans l'armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR)
  • La ville d'un demi-million d'habitants accueille environ 100.000 réfugiés, déplacés par la violence ailleurs dans le pays

Al-Ubayyid: Dans un camp de déplacés près d'El-Obeid, dans la région soudanaise du Kordofan, Agsam Hamad brave péniblement la chaleur écrasante pour aller chercher de l'eau trouble dans un puits. Déjà assiégés, les habitants vivent dans la crainte d'un assaut des paramilitaires, qui serait le plus violent à ce jour contre cette grande ville stratégique.

"Nous faisons de longues distances pour cette eau et elle est imbuvable", dit à l'AFP cette femme de 35 ans, mère de sept enfants. "Notre situation est très difficile. Nous avons besoin de nourriture et d'eau" potable.

El-Obeid est un enjeu majeur dans la guerre qui oppose depuis trois ans l'armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).

La ville d'un demi-million d'habitants accueille environ 100.000 réfugiés, déplacés par la violence ailleurs dans le pays.

Ces dernières semaines, elle a fait face à des attaques des FSR, les plus intenses jusqu'à présent.

Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie.

De récentes attaques ont frappé la principale centrale électrique et les dépôts de carburant, plongeant des quartiers dans l'obscurité et mettant les pompes à eau hors service.

Les habitants doivent aujourd'hui s'en remettre à des camions-citernes, des puits et quelques points de distribution d'eau, ont-ils expliqué à l'AFP.

"Pouvoir et argent" 

L'ONU a alerté sur un renforcement de la présence des FSR autour de la ville avant un possible assaut terrestre, ce qui fait craindre une répétition des atrocités observées à El-Facher.

Cette ville du Darfour est tombée aux mains des paramilitaires en octobre dernier, lors d'une attaque présentant selon l'ONU les caractéristiques d'un "génocide".

D'après Nohad Eltayeb, de l'ONG basée aux Etats-Unis ACLED, des mouvements de troupes ont été observés au cours du mois passé à environ 60 kilomètres au nord, au sud et à l'ouest d'El-Obeid.

El-Obeid se trouve à un carrefour stratégique reliant des régions du centre et de l'est du Soudan contrôlées par l'armée, dont Khartoum, au Darfour sous contrôle des FSR à l'ouest.

Selon des analystes, sa prise consoliderait le contrôle des FSR sur l'ouest du Soudan et pourrait ouvrir la voie à une avancée vers la capitale.

El-Obeid abrite une division d'infanterie, une base aérienne, un oléoduc stratégique et un important marché de gomme arabique.

" La contrôler, c'est une question de pouvoir, de territoire et d'argent ", affirme l'analyste Kholood Khair.

Les combats et les restrictions ont pratiquement coupé tout accès à la ville, rendant de plus en plus difficile toute couverture indépendante.

De rares images obtenues par l'AFP dans le camp d'Al-Rahmaniyah montrent des femmes épuisées avançant sous un soleil accablant, des jerricans sur la tête après des heures passées à attendre de l'eau à un puits éloigné.

Trop fatigués 

Dans le camp, près de 200 familles s'entassent dans des abris précaires.

Des enfants traînent dans l'étroite zone d'ombre projetée par les huttes . Certains sont trop fatigués pour jouer, d'autres suivent silencieusement leur mère.

" Nous n'avons rien. Ni eau, ni nourriture, ni matelas ", lâche Waseela Mohamed, une grand-mère de 70 ans.

Les livraisons d'aide qui avaient réussi à atteindre le camp il y a plusieurs semaines se sont raréfiées.

" Les organisations humanitaires font ce qu'elles peuvent, mais les besoins sont bien plus importants ", explique un bénévole qui a requis l'anonymat.

A l'intérieur d'El-Obeid, les drones bourdonnent presque en permanence, raconte Adam Hussein - un pseudonyme.

"Nous ne savons pas ce qui se passe vraiment. Tout est en crise. Les civils et les infrastructures sont constamment pris pour cible ", a-t-il confié à l'AFP.

Au moment où il parlait, un drone s'est écrasé tout près, sans faire de victimes.

Alors que le prix de l'eau a doublé, que celui de la nourriture a augmenté jusqu'à 300 % et que les tarifs des transports ont aussi grimpé en flèche, de nombreux habitants sont désormais, de fait, "encerclés ", selon Kholood Khair.

"Boucliers humains" 

Mohamed Refaat, de l'Organisation internationale pour les migrations, a averti que la ville se rapprochait d'un siège total, les civils pouvant bientôt "ne plus être capables de partir ni de revenir".

Sans aide immédiate, les conditions pourraient "en quelques semaines" ressembler à celles observées à El-Facher, où les civils ont survécu en se nourrissant d'aliments pour animaux pendant 18  mois de siège, a-t-il prévenu.

Selon l'ONU, plus de 6. 000 personnes ont été tuées durant les trois premiers jours de sa chute.

Une source gouvernementale a indiqué à l'AFP que l'armée avait tenté de ralentir l'avancée des paramilitaires.

Une source proche des FSR a elle accusé l'armée d'utiliser des civils comme " boucliers humains ", estimant qu'ils devraient être évacués.

Bien que la composition démographique de la ville diffère de celle d'El-Facher, où les violences ont suivi des lignes ethniques, Noha Eltayeb prévient que les civils "pourraient néanmoins être confrontés à des pillages, des violences sexuelles et des attaques contre ceux accusés de soutenir l'armée".