Hend al-Otaiba: «Nous sommes impatients de faire découvrir l'art, l'histoire et la culture des EAU dans l’Hexagone»

Sur une note plus personnelle, l’ambassadrice partage ses découvertes coups de cœur et sa vie, en tant que femme et mère émiratie, en France, un pays où elle se sent «chez elle». Photo fournie.
Sur une note plus personnelle, l’ambassadrice partage ses découvertes coups de cœur et sa vie, en tant que femme et mère émiratie, en France, un pays où elle se sent «chez elle». Photo fournie.
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Publié le Mercredi 21 septembre 2022

Hend al-Otaiba: «Nous sommes impatients de faire découvrir l'art, l'histoire et la culture des EAU dans l’Hexagone»

  • Francophone et experte en communications stratégiques, Hend al-Otaiba évoque la récente visite d'État du président Mohammed ben Zayed en France
  • Elle organise par ailleurs à l’ambassade une série de discussions et de débats réunissant des experts français et émiratis, les Majlons, à la croisée des «Majlis» du Golfe et des «salons» de la France des Lumières

PARIS: Le jeudi 4 novembre 2021, Hend al-Otaiba, présentait ses lettres de créance au président français, Emmanuel Macron, à l’Élysée. Aujourd’hui, la première ambassadrice des Émirats arabes unis (EAU) jamais nommée dans l’Hexagone revient pour Arab News en français sur cette année «intense, pleine de belles rencontres, d’événements, de visites et de projets».

Francophone et experte en communications stratégiques, Hend al-Otaiba évoque la récente visite d'État du président Mohammed ben Zayed en France, mais aussi les liens qui unissent les deux pays, dans les domaines de l’énergie, de la culture, des affaires. Elle organise par ailleurs à l’ambassade une série de discussions et de débats réunissant des experts français et émiratis, les Majlons, à la croisée des «Majlis» du Golfe et des «salons» de la France des Lumières. Sur une note plus personnelle, l’ambassadrice partage ses découvertes coups de cœur et sa vie, en tant que femme et mère émiratie, en France, un pays où elle se sent «chez elle».

Le président Mohammed ben Zayed a effectué en juillet dernier une visite d’État en France, la première de ce niveau depuis 1991. Pourquoi cette visite est-elle si importante et comment évaluez-vous ses retombées?
La visite d'État du président Mohammed ben Zayed en France est une étape importante dans l’approfondissement des relations entre les Émirats arabes unis [EAU] et la France, dans la continuité de la première visite présidentielle de cheikh Zayed en France en 1975. La visite fut très productive, axée sur le renforcement des partenariats et des investissements conjoints, tant dans le secteur public que privé.

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Le président Mohammed ben Zayed a effectué en juillet dernier une visite d’État en France. Photo fournie.


De nombreuses questions importantes ont été soulevées lors des discussions, douze protocoles d'accord ont été élaborés dans les domaines de l'éducation, de la sécurité, de la culture et du développement durable, et des engagements en faveur de l'innovation dans des domaines tels que l'exploration spatiale et la santé ont été discutés.
L'énergie et l'avenir de la sécurité énergétique ont été un sujet majeur tout au long de la visite, avec un certain nombre de discussions en vue d'objectifs à fixer avant la COP28 aux EAU l'année prochaine.
Le lancement du Conseil d'affaires EAU-France, qui réunit dix-huit chefs d'entreprise français et émiratis pour innover dans les domaines de l'énergie, des transports et des investissements, est une occasion de collaborer davantage.
Enfin, les EAU et la France accordent une importance particulière à leur partenariat culturel. En juillet, Noura al-Kaabi, ministre de la Culture et de la Jeunesse des EAU, et Rima Abdul Malak, ministre française de la Culture, se sont rencontrées pour discuter de la relation culturelle entre la France et les EAU, renforçant ainsi un partenariat fondé sur la confiance, l'ouverture et le dialogue.

L’Energie était l’un des thèmes les plus importants de cette visite, mais nous savons que la variété d’hydrocarbures fournis à la France n’inclut pas le diesel. La situation a-t-elle évolué à l’issue de la visite?
La durabilité de notre énergie est une priorité commune majeure. Au cours de la visite présidentielle de juillet, le Partenariat stratégique global pour l'énergie [CSEP] a été signé afin que les deux pays se concentrent sur l'amélioration de la sécurité énergétique et l'action climatique, tout en réduisant les émissions de carbone avant la COP28 aux EAU. Un protocole d'accord sur l'action climatique a été élaboré entre le bureau de l'envoyé spécial des EAU pour le changement climatique et le gouvernement français.
Au cours de la visite d'État, TotalEnergies et l’Abu Dhabi National Oil Company [Adnoc] ont aussi signé un accord majeur qui inclut l’approvisionnement de carburant diesel par les EAU. Cet accord est en cours de déploiement.
Nous continuons à travailler en étroite collaboration afin d’assurer la sécurité énergétique dans de nombreux domaines.

L’après-pétrole est une question prioritaire, autant pour la France que pour les EAU. Comment les Émirats peuvent-ils profiter du savoir français quand il s’agit de la transition énergétique?
Nous apprenons constamment les uns des autres, en nous associant pour construire des technologies et des systèmes qui profiteront à nos deux pays, ainsi qu’à d’autres nations dans le monde.
Les EAU et la France ont conclu de nombreux partenariats solides axés sur la transition énergétique. Le partenariat Emerge entre Masdar (EAU) et EDF (France) porte sur l'avenir de la technologie solaire, et les deux entreprises se sont conjointement lancées dans de grands projets.

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Les EAU et la France ont conclu de nombreux partenariats solides axés sur la transition énergétique. Photo fournie.


Le partenariat stratégique entre Adnoc et TotalEnergies nous permettra d'explorer de nouvelles opportunités d'innovation et de croissance sur l'ensemble de la chaîne d’approvisionnement en énergie. Cette relation et bien d'autres soulignent notre engagement en faveur des partenariats gouvernementaux et de la collaboration avec le secteur privé pour relever les défis énergétiques mondiaux.
Dans le cadre de l'Expo 2020, les EAU ont collaboré avec Siemens Energy pour lancer le projet Green Hydrogen afin d'explorer les possibilités de production durable d'hydrogène. La France s'est engagée à collaborer avec les EAU pour développer cette technologie. L'Emirates Nuclear Energy Corporation (Enec) et l'entreprise française EDF ont signé un protocole d'accord en 2021 afin de poursuivre la recherche et le développement dans ce domaine.

La France est le troisième plus grand investisseur aux Émirats, comment cela se traduit-il concrètement dans les différents secteurs?
La France et les EAU ont des relations d'investissement fructueuses dans de nombreux domaines. La France est très présente aux EAU, notamment dans les secteurs de l'énergie, de l'eau et de l'hôtellerie. Parmi les pays du Moyen-Orient, ce sont les EAU qui accueillent le plus grand nombre d'entreprises françaises; elles emploient collectivement plus de trente mille personnes.
Le transport maritime est un autre exemple de partenariat entre nos deux pays. La société française CMA CGM a investi dans Abu Dhabi Ports afin de créer un nouveau terminal de pointe au port de notre capitale, en pleine expansion.
Enfin, la France et les EAU collaborent de manière approfondie dans le domaine de la technologie et l'innovation, Dubaï étant désignée comme un «French Tech Hub» et certifiée depuis 2016, donnant lieu à des prix annuels décernés aux start-up les plus prometteuses. Cette année, les EAU ont lancé NextGenFDI pour attirer davantage d'entreprises et de talents en les accompagnant afin qu'ils se lancent et se développent aux EAU – nous pensons que cela constituera une excellente opportunité pour les entreprises en France et dans le monde entier.


Quels enseignements avez-vous tiré de l’expérience du projet Majlon, cette série d’événements à l’ambassade des EAU à Paris, et comment atteint-il l’objectif de renforcer les synergies entre les deux pays?
Les Majlons organisés par l’ambassade des EAU en France sont une série de discussions et de débats réunissant des experts français et émiratis. Ils s'inspirent des traditions des EAU et de la France: les majlis du Golfe, qui permettent le partage d'informations, et les salons de discussion de l'époque des Lumières en France. Par exemple, le Majlon «Dialogue interconfessionnel et coexistence pacifique» a mis l'accent sur l'importance du dialogue entre les religions, les multiples représentants religieux présents partageant leurs idées.

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Les Majlons organisés par l’ambassade des EAU en France sont une série de discussions et de débats réunissant des experts français et émiratis. Photo fournie.


La série Majlon permet une véritable ouverture et un échange entre des personnes d’horizons différents. C'est l’occasion pour les citoyens des EAU et de la France d'en apprendre plus sur la richesse de leurs patrimoines et cultures respectifs.

Comment voyez-vous l’avenir de Majlon et quels prochains événements pouvez-vous annoncer?
La série Majlon a pour objectif d’approfondir les relations entre nos pays. Cette série d’événements est une plate-forme pour le développement d'initiatives de partenaires français et émiratis, une occasion de construire et de sceller de futurs partenariats, et de développer des projets dans divers domaines.
L'avenir de la série Majlon est prometteur. Les prochains événements aborderont des thèmes tels que la culture, les médias, la jeunesse, l'éducation et les opportunités d'investissement entre la France et les EAU. Ils sont en cours de préparation, et nous partagerons plus d'informations sur les prochains thèmes en temps voulu.


Quels sont les principaux monuments/événements que vous avez eu l’opportunité de visiter en France. Lesquels vous ont le plus marquée et pourquoi?
C’est un plaisir pour moi de vivre en France depuis un an et d'avoir eu la chance d’apprendre à mieux connaître le pays et sa culture. J’étais honorée d’assister aux célébrations du 14-Juillet, une cérémonie fraternelle et un moment politique historique et symbolique puissant en France.
J'ai eu le privilège d’assister à de nombreux événements, de visiter de nombreux sites et monuments magnifiques qui font partie du patrimoine français. J’ai pu constater un engagement fort en faveur des arts, de la culture et de l'histoire à la fondation Louis Vuitton, créée par Gehry Partners, que je classerais parmi mes expériences les plus marquantes récemment. Elle est ouverte au public depuis 2014, et c’est un lieu remarquable de dialogue et de réflexion. Les visiteurs peuvent y découvrir des expositions passionnantes.

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C’est un plaisir pour moi de vivre en France depuis un an et d'avoir eu la chance d’apprendre à mieux connaître le pays et sa culture. Photo fournie.


Un autre moment fort depuis le début de mon affectation a été la visite du château de Chantilly, qui abrite des siècles d'histoire et constitue un centre du patrimoine culturel français. Du château au jardin, en passant par les grandes écuries, nous avons pu découvrir de nombreux éléments de l'histoire française.
J'ai également apprécié ma visite dans le sud de la France, en particulier la beauté du paysage naturel et l'architecture, sans oublier la cuisine. J’ai aimé visiter Fontainebleau, pour découvrir sa forêt et son château royal. Visiter le théâtre Cheikh Khalifa Bin Zayed, soigneusement restauré pour retrouver sa gloire d'antan, était une expérience unique.

Nous avons vu, avec Le Louvre et la Sorbonne, le rayonnement culturel français s’installer aux Émirats. Qu’en est-il de la culture émiratie en France? Y a-t-il des projets en vue?
Il existe des liens culturels forts entre la France et les EAU et plusieurs projets renforcent ce lien, ce qui s'est avéré inestimable tant pour les Émiratis que pour les Français.
Nous pouvons constater une sensibilisation croissante aux subtilités de la langue arabe en France, comme l'illustre le récent accord entre l'Institut du monde arabe [IMA] et le Centre de langue arabe d'Abu Dhabi pour coopérer sur un certificat linguistique. Cela fait suite à l'introduction du français comme troisième langue obligatoire dans les écoles publiques et l'inauguration d'un réseau de radio en langue française aux EAU pour soutenir l’enseignement du français.
Le Centre Cheikh Zayed du musée du Louvre rend hommage au père fondateur des EAU et place la relation culturelle entre les deux pays au cœur de Paris. D'autres espaces, dont le théâtre Cheikh Khalifa, témoignent de la volonté des EAU à participer à la restauration de monuments français et à la protection du patrimoine. La représentation des EAU par six artistes émiratis à la Biennale internationale Révélations à Paris est un autre exemple de cet engagement.
Nous attendons avec impatience les futures occasions de faire découvrir l'art, l'histoire et la culture des EAU dans l'Hexagone.

Le monde arabe, l’Islam et les communautés arabes sont aujourd’hui au cœur du débat sociopolitique en France. En tant qu’ambassadrice d’un pays arabe, comptez-vous prendre des initiatives dont l’impact serait positif sur les relations entre le monde arabe et la France?
Étant originaire des EAU, j'ai la chance de pouvoir faire partager des éléments de notre patrimoine et de participer à des rencontres interculturelles, ce qui permet aux Français d'entrevoir l'ouverture d'esprit et les progrès constants de notre pays.
Il existe encore des idées fausses sur la vie aux EAU, notamment sur le rôle des femmes. L'un de mes objectifs est de montrer combien de femmes brillantes et inspirantes occupent des postes de direction aux EAU, tant dans le secteur public que privé. Dans notre gouvernement, la participation des femmes est déjà très élevée: les femmes représentent 66% du secteur public des EAU et 50% des sièges au Conseil national fédéral. Il est important que les Français sachent que, pour ces raisons et bien d'autres, les EAU sont classés au 1er rang dans le monde arabe et au 18e rang mondial dans l'indice d'égalité des sexes 2020 du Programme des nations unies pour le développement.
Nous continuerons à établir des partenariats culturels pour permettre aux résidents des deux pays de visiter et d'explorer l'histoire, l'art et l'architecture de l’autre. La série Majlon a été une excellente plate-forme de partage d’idées pour l'avenir, tandis que nos partenariats commerciaux nouvellement établis ont permis à différents secteurs d'apprendre les uns des autres et de créer des liens durables.

En tant que femme émiratie et mère, quelle différence pour vous entre votre vie aux EAU et la vie en France?
Être en France est une opportunité pour ma famille de découvrir une nouvelle culture et un nouveau mode de vie, cela nous donne à tous la chance d'explorer et d'apprendre. Comme aux EAU, il y a en France de remarquables grandes villes, et une grande diversité de magnifiques paysages.
Au-delà des différences linguistiques, historiques et climatiques, il existe de nombreuses similitudes, notamment en matière d’attachement au patrimoine culturel, d'ouverture à la discussion et de volonté d'apprendre des autres. Je suis chanceuse de pouvoir me sentir chez moi dans ces deux pays.

(Yara Sarkis a contribué à la réalisation de cette interview)


Iran: le bilan des morts s'alourdit, le pouvoir appelle à des contre-manifestations

Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains". (AFP)
Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains". (AFP)
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  • "Des informations non vérifiées indiquent qu'au moins plusieurs centaines, voire plus de 2.000 personnes selon certaines sources, auraient été tuées", a-t-elle souligné, dénonçant un "massacre" et un "crime (...) majeur contre le peuple iranien"
  • D'une ampleur inédite depuis trois ans, le mouvement pose à la République islamique, proclamée en 1979, l'un de ses plus grands défis

PARIS: Le pouvoir iranien a perpétré un "massacre", selon un groupe de défense des droits humains, pour réprimer le mouvement de contestation dans le pays, où les autorités ont appelé à des manifestations lundi en soutien à la République islamique.

L'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, a déclaré dimanche avoir confirmé la mort d'au moins 192 manifestants, mais averti que le nombre réel de victimes pourrait être beaucoup plus élevé.

"Des informations non vérifiées indiquent qu'au moins plusieurs centaines, voire plus de 2.000 personnes selon certaines sources, auraient été tuées", a-t-elle souligné, dénonçant un "massacre" et un "crime (...) majeur contre le peuple iranien".

D'une ampleur inédite depuis trois ans, le mouvement pose à la République islamique, proclamée en 1979, l'un de ses plus grands défis.

Déclenché à Téhéran le 28 décembre par des commerçants protestant contre la cherté de la vie, il a gagné de nombreuses autres villes. Les autorités ont imposé une coupure d'internet, désormais en vigueur depuis plus de 72 heures, selon l'ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, a appelé les autorités à "la plus grande retenue" dans l'usage de la force et à rétablir les communications.

L'IHR a aussi estimé à plus de 2.600 les manifestants arrêtés.

Le pouvoir judiciaire a réitéré que les mis en cause seraient traités "avec fermeté", après que le chef de la police a fait état "d'importantes arrestations".

"Deuil national" 

En fin de journée, le gouvernement a décrété trois jours de deuil national pour les "martyrs de la résistance", en référence notamment aux membres des forces de sécurité tués.

Si les autorités disent comprendre les revendications économiques des manifestants, elles fustigent désormais de plus en plus des "émeutiers" instrumentalisés selon elles par l'étranger, les Etats-Unis et Israël en tête.

Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains".

La télévision d'Etat a diffusé des images de bâtiments en feu, dont une mosquée, ainsi que de cortèges funéraires d'agents des forces de l'ordre.

Dimanche, une vidéo largement partagée montrait de nouveau des manifestants se rassemblant dans le quartier de Pounak, à Téhéran, en scandant des slogans en faveur de la monarchie déchue.

La télévision d'Etat s'est efforcée de montrer une forme de retour au calme, diffusant des images d'une circulation fluide. Le gouverneur de Téhéran, Mohammad-Sadegh Motamedian, a affirmé à la télévision que "le nombre de manifestations (était) en baisse".

Très présent sur les réseaux sociaux, Reza Pahlavi, fils en exil du chah renversé en 1979, a de son côté appelé à de nouvelles actions, se disant prêt à retourner dans son pays et mener une transition démocratique.

Hôpitaux "débordés" 

Des images publiées sur les réseaux sociaux  - probablement par des moyens satellitaires - ont montré de grandes foules défilant dans la nuit de samedi à dimanche dans plusieurs villes iraniennes, notamment la capitale Téhéran et Machhad, dans l'est du pays.

Dans une autre vidéo authentifiée par l'AFP, on voit des dizaines de corps enveloppés dans des sacs noirs devant une morgue de Téhéran, et ce qui semble être des Iraniens à la recherche de leurs proches disparus.

Le Centre pour les droits de l'homme en Iran (CHRI), dont le siège est à New York, a affirmé que les hôpitaux étaient "débordés" par l'afflux de manifestants blessés, et que les réserves de sang diminuent.

A Téhéran, un journaliste de l'AFP décrit une quasi-paralysie de la vie quotidienne, avec beaucoup de boutiques qui ont baissé le rideau.

Les écoles sont fermées et l'enseignement se fait désormais à distance mais sans internet, il est impossible de se connecter. De même, si de nombreux Iraniens se rendent encore au bureau, l'absence de réseau rend toute activité difficile.

Des manifestations de solidarité ont rassemblé des milliers de personnes dimanche à Paris, Londres ou Vienne, tandis qu'à Istanbul, la police turque a bloqué les manifestants devant le consulat iranien.

"Vivant ou non" 

"Nous ne savons rien de nos proches actuellement en Iran", a déploré dans la foule londonienne Fahimeh Moradi, 52 ans. "Mon fils est là-bas, et je ne sais pas s'il est vivant ou non".

Le président américain Donald Trump a répété samedi que Washington se tenait "prêt à aider" les manifestants "aspirant à la liberté".

En cas de frappes américaines, l'Iran ripostera en ciblant des sites militaires et le transport maritime des Etats-Unis, a averti le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui dit espérer que Téhéran "serait bientôt délivré du joug de la tyrannie", tandis qu'un haut responsable militaire affirmait que l'armée serait "en mesure de répondre avec force si nécessaire".

La mobilisation survient dans un pays affaibli par une guerre avec Israël en juin et les coups portés à plusieurs de ses alliés régionaux, ainsi que par les sanctions liées à son programme nucléaire rétablies en septembre par l'ONU.


Soudan: chassé par la guerre, le gouvernement annonce son retour à Khartoum

Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire. (AFP)
Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire. (AFP)
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  • "Nous sommes de retour aujourd'hui (...) le gouvernement de l'espoir revient dans la capitale nationale", a déclaré Kamel Idris aux journalistes à Khartoum, promettant de "meilleurs services" pour les habitants
  • Plus de 3,7 millions de personnes avaient fui la capitale dès les premiers mois du conflit, déclenché en avril 2023, lorsque les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) s'en étaient emparés

KHARTOUM: Le Premier ministre soudanais a annoncé dimanche le retour dans la capitale Khartoum du gouvernement qui en avait été chassé en 2023 par la guerre et avait été transféré à Port-Soudan, dans l'est du pays.

"Nous sommes de retour aujourd'hui (...) le gouvernement de l'espoir revient dans la capitale nationale", a déclaré Kamel Idris aux journalistes à Khartoum, promettant de "meilleurs services" pour les habitants.

Plus de 3,7 millions de personnes avaient fui la capitale dès les premiers mois du conflit, déclenché en avril 2023, lorsque les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) s'en étaient emparés.

Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire.

Reprise en mars 2024 par l'armée, Khartoum a depuis enregistré le retour de plus d'un  million de personnes, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Mais après plus de 1.000 jours de guerre, les services de base de la capitale -- hôpitaux, aéroports, centrales électriques-- restent dévastés.

L'ONU estime à environ 350 millions de dollars le coût de la réhabilitation des infrastructures.

Dans son discours dimanche, M. Idris a promis de reconstruire les hôpitaux, d'améliorer les services éducatifs, d'électricité, d'eau et d'assainissement.

Lors d'une visite à Khartoum en juillet dernier, la première depuis sa prise de fonction en mai, il avait déjà affirmé que "Khartoum redeviendra une capitale nationale fière".

Depuis, les autorités ont commencé à reconstruire certains quartiers, même si les FSR ont mené à plusieurs reprises des frappes de drones, notamment contre des infrastructures.

Fin octobre, les paramilitaires qui avaient redirigé leurs offensives vers l'ouest du pays après la perte de la capitale, s'étaient emparés d'El-Facher, la dernière des cinq capitales de la vaste région du Darfour qui était encore contrôlée par l'armée.

Depuis, les FSR se concentrent sur la région voisine du Kordofan, terre pétrolifère située sur l'axe entre le Darfour et Khartoum.

La guerre a tué plusieurs dizaines de milliers de personnes et déraciné plus de 11 millions d'autres, tant à l'intérieur du territoire qu'au-delà de ses frontières.


Syrie: les forces kurdes quittent Alep après des jours de combats meurtriers

Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles. (AFP)
Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles. (AFP)
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  • L'agence officielle syrienne Sana a confirmé que "les bus transportant le dernier groupe de membres des FDS ont quitté le quartier de Cheikh Maqsoud à Alep, en direction du nord-est"
  • Après avoir pris le contrôle d'Achrafieh, l'armée syrienne avait déjà annoncé samedi la fin de ses opérations à Cheikh Maqsoud et le départ des combattants kurdes vers le nord. Mais les forces kurdes avaient démenti ces affirmations

ALEP: Les forces kurdes en Syrie ont annoncé dimanche l'évacuation de leurs combattants des deux quartiers où ils étaient retranchés à Alep, après plusieurs jours de combats meurtriers contre les forces gouvernementales.

"Nous sommes parvenus à un accord qui a conduit à un cessez-le-feu et permis l'évacuation des martyrs, des blessés, des civils pris au piège et des combattants des quartiers d'Achrafieh et de Cheikh Maqsoud vers le nord et l'est de la Syrie", ont écrit les Forces démocratiques kurdes (FDS) dans un communiqué.

L'agence officielle syrienne Sana a confirmé que "les bus transportant le dernier groupe de membres des FDS ont quitté le quartier de Cheikh Maqsoud à Alep, en direction du nord-est".

Après avoir pris le contrôle d'Achrafieh, l'armée syrienne avait déjà annoncé samedi la fin de ses opérations à Cheikh Maqsoud et le départ des combattants kurdes vers le nord. Mais les forces kurdes avaient démenti ces affirmations.

Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles.

Accusations mutuelles 

Les deux camps s'accusent mutuellement d'en être à l'origine.

Ces combats ont fragilisé encore plus un accord conclu en mars entre les deux parties pour intégrer les institutions civiles et militaires de l'administration autonome kurde au sein de l'Etat syrien, qui n'a pas encore été appliqué.

L'évacuation des combattants a été obtenue "grâce à la médiation des parties internationales pour mettre fin aux attaques et aux violations commises contre notre peuple à Alep", a affirmé le FDS, après avoir au contraire dénoncé quelques heures plus tôt des déplacements forcés et des enlèvements de civils.

Depuis Damas, l'émissaire américain Tom Barrack avait lancé samedi un appel à la "retenue" et à la fin des hostilités, après avoir rencontré le président Ahmad al-Chareh dont le gouvernement se dit déterminé à asseoir son autorité sur Alep, la deuxième ville du pays.

Un correspondant de l'AFP posté samedi à l'entrée du quartier Cheikh Maqsoud a vu au moins cinq autocars transporter des hommes, escortés par les forces de sécurité.

Prises au piège pendant des jours, des familles hagardes ont enfin pu quitter le lieu des combats.

Des hommes portent leurs enfants sur le dos, des femmes et des enfants pleurent. "Papa, papa", répète une petite fille cherchant son père.

Mais plusieurs dizaines de jeunes gens sont mis à l'écart par les forces de sécurité, qui les forcent à s'asseoir par terre, tête baissée, sous leur garde, avant de les embarquer dans des cars.

Les FDS, qui ont été le fer de lance de la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique en Syrie, sont soutenues par Washington qui appuie également Ahmad al-Chareh.

Les combats ont fait craindre une escalade régionale, la Turquie voisine se disant prête à intervenir aux côtés des autorités syriennes et Israël prenant la défense des Kurdes.

Depuis la chute de Bachar al-Assad, le pouvoir islamiste s'est engagé à protéger les minorités. Mais les combats d'Alep sont le troisième épisode de violences avec des minorités, après des massacres d'alaouites sur la côte en mars et des combats avec les druzes dans le sud en juillet.

Les Kurdes, qui ont tiré profit du chaos de la guerre civile (2011-2024) pour s'emparer de vastes territoires du nord et du nord-est de la Syrie, y compris des champs pétroliers et gaziers, réclament notamment un système de gouvernance décentralisé, ce que rejette Damas.