Les manifestations font tache d’huile en Iran, violences et blocage d’internet se poursuivent

Au total, six personnes ont trouvé la mort en plusieurs jours de troubles, selon le bilan officiel (Photo, AFP).
Au total, six personnes ont trouvé la mort en plusieurs jours de troubles, selon le bilan officiel (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 22 septembre 2022

Les manifestations font tache d’huile en Iran, violences et blocage d’internet se poursuivent

  • Dans nombre de villes d'Iran, comme dans le nord-ouest à Ourmia et Sardasht, des manifestations nocturnes ont encore éclaté mercredi soir
  • Le bilan s'établit à six morts selon les autorités iraniennes, auxquels il faut ajouter deux personnes tuées dans la nuit de mardi à mercredi selon un groupe kurde basé en Norvège

PARIS: Des manifestations nocturnes ont encore éclaté mercredi soir pour la cinquième nuit consécutive dans nombre de villes d'Iran, comme dans le nord-ouest à Ourmia et Sardasht, accompagnées de violences, alors que l’accès à internet et aux réseaux sociaux était de plus en plus perturbe dans la soirée.

Dans le même temps, à la tribune de l'ONU, le président des Etats-Unis Joe Biden s'est dit solidaire des "femmes courageuses d'Iran" après qu'au moins huit personnes ont été tuées lors d'une répression "brutale" de manifestations déclenchées par le décès de la jeune femme Masha Amini arrêtée par la police des mœurs.

Avant Joe Biden, son homologue iranien Ebrahim Raïssi a dénoncé l'hypocrisie de l'Occident et s'est montré intransigeant devant l'Assemblée générale des Nations unies, alors qu'il est sous pression sur le programme nucléaire de son pays et sur les droits des femmes, et qu'il est visé par une plainte de dissidents à New York.

Dans nombre de villes d'Iran, comme dans le nord-ouest à Ourmia et Sardasht, des manifestations nocturnes ont encore éclaté mercredi soir pour la cinquième nuit consécutive.

Elles se succèdent dans une quinzaine de villes depuis l'annonce du décès de Mahsa Amini, vendredi, jusqu'à la ville sainte de Qom, au sud-ouest de Téhéran, cité natale du guide suprême iranien Ali Khamenei.

Le bilan s'établit à six morts selon les autorités iraniennes, auxquels il faut ajouter deux personnes tuées dans la nuit de mardi à mercredi selon un groupe kurde basé en Norvège.

Amnesty International a également dénombré la mort de six hommes, une femme et un enfant. L'organisation a dénoncé une "répression brutale" et "le recours illégal aux tirs de grenailles, billes d'acier, gaz lacrymogène, canons à eau et coups de bâton pour disperser les manifestants".

Dans le sud, des vidéos datant apparemment de mercredi montrent des manifestants brûler un portrait immense du général Qassem Soleimani, tué par une frappe américaine en Irak en janvier 2020.

Ailleurs dans le pays, des manifestants ont incendié des véhicules de police, lancé des pierres sur les forces de sécurité et scandé des slogans hostiles au pouvoir, selon l'agence officielle Irna.

La police a riposté par des gaz lacrymogènes et de nombreuses arrestations, a précisé l'agence. D'autres images montrent des manifestants résistant aux forces de l'ordre. Les plus virales sur les réseaux sociaux sont celles où l'on voit des femmes mettre le feu à leur foulard.

«Non au foulard»

Des hommes et des femmes, dont beaucoup avaient ôté leur foulard, se sont rassemblés à Téhéran et dans d'autres grandes villes du pays, selon Irna.

"Non au foulard, non au turban, oui à la liberté et à l'égalité!", ont crié ces manifestants dans la capitale, leurs slogans ayant été repris par solidarité à New York ou à Istanbul.

Les informations circulent toutefois difficilement en Iran où les médias sociaux étaient très perturbés mercredi soir.

Agée de 22 ans et originaire du Kurdistan (nord-ouest), Mahsa Amini avait été arrêtée le 13 septembre à Téhéran pour "port de vêtements inappropriés" par la police des moeurs, une unité chargée de faire respecter le code vestimentaire strict dans la République islamique.

Selon des militants, la jeune femme avait reçu un coup mortel à la tête, une allégation démentie par des responsables, qui ont annoncé une enquête.

Les femmes en Iran doivent se couvrir les cheveux et la police des moeurs leur interdit en outre de porter des manteaux courts au-dessus du genou, des pantalons serrés, des jeans troués ainsi que des tenues de couleurs vives.

Pour Mahtab, une maquilleuse de 22 ans coiffée d'un foulard orange qui laisse voir ses cheveux, interrogée à Téhéran, "le foulard doit être un choix, on ne doit pas nous forcer".

Condamnations internationales

L'annonce du décès de la jeune femme, dont le prénom kurde est Jhina, a suscité de vives condamnations internationales: de l'ONU, des Etats-Unis, de la France, du Royaume-Uni notamment.

"Nous sommes aux côtés des courageux citoyens et des courageuses femmes d'Iran, qui manifestent en ce moment même pour défendre leurs droits les plus élémentaires", a lancé le président Biden devant les Nations unies.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, James Cleverly, avait évoqué mercredi matin, dans un entretien à l'AFP, un "autre chemin" possible pour les dirigeants iraniens.

À la tribune de l'ONU, le président Raïssi a aussitôt accusé l'Occident d'appliquer un "deux poids, deux mesures" en matière de droits humains, dénonçant la mort de femmes de peuples autochtones au Canada ou la répression israélienne dans les territoires occupés palestiniens.

«Secousse très importante»

Ces manifestations constituent "une secousse très importante" en Iran, "c'est une crise sociétale", a déclaré David Rigoulet-Roze, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Ces manifestations sont "peut-être le début d'un grand changement", a renchéri le directeur de l'ONG Iran Human Rights (IHR), Mahmood Amiry-Moghaddam, interrogé à Oslo.

À New York, le président Raïssi est également la cible d'une plainte au civil annoncée mardi par des dissidents iraniens et d'anciens prisonniers politiques, le poursuivant pour la condamnation à mort de milliers de personnes quand il était juge dans les années 1980.

Enfin, M. Raïssi, sous pression des Occidentaux pour relancer l'accord encadrant le programme nucléaire de Téhéran, a assuré devant l'ONU que son régime ne cherchait pas à se doter de l'arme atomique.


L'armée américaine affirme avoir repoussé des attaques de missiles et drones iraniens dans le Golfe

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WASHINGTON: L'armée américaine a affirmé mardi avoir repoussé plusieurs attaques iraniennes, par missiles et drones, contre ses bases et ses alliés dans la région, et avoir répliqué en bombardant au sol une île iranienne.

"L'Iran a lancé plusieurs missiles balistiques vers des pays de la région, mais tous ont raté leur cible", a écrit le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient dans un communiqué sur X, ajoutant qu'aucun membre de l'armée n'avait été blessé.

"Deux missiles iraniens tirés vers le Koweït sont tombés avant d'atteindre le territoire ou se sont désintégrés en vol, et trois missiles lancés contre Bahreïn ont été immédiatement interceptés par les défenses aériennes américaines et bahreïniennes", a précisé le Centcom.

Avant cela, l'armée américaine avait "abattu trois drones" d'attaque "lancés par l'Iran contre des marins civils qui circulaient légitimement dans les eaux régionales", a encore déclaré l'armée américaine.

En réponse, le Centcom dit avoir "mené des frappes de légitime défense" sur des cibles au sol sur l'île iranienne de Qeshm, dans le détroit d'Ormuz.

Le Corps des Gardien de la Révolution, cités par les médias iraniens, a affirmé que les Etats-Unis ont visé une tour de télécommunication sur l'île et qu'en représailles, ils ont visé une base militaire américaine dans un pays de la région ainsi que le siège de la 5e flotte américaine, à Bahreïn.

Cette dernière affirmation a été démentie par le Centcom. "Toutes les attaques iraniennes contre les forces américaines ont échoué", a écrit le Centcom sur X.

Un peu plus tôt, le Koweït avait affirmé intercepter des "attaques de drones et missiles hostiles".

Le Centcom a ensuite déclaré avoir intercepté "plusieurs drones." "Une nouvelle vague de drones iraniens tentant d'attaquer les forces américaines au Koweït n'a pas atteint les cibles visées cette nuit," a déclaré le commandement américain sur X.

 


Nouvelle session de pourparlers directs entre Israël et le Liban à Washington

Nada Hamadeh (au centre), ambassadrice du Liban aux États-Unis, participe à une réunion entre les délégations israélienne et libanaise organisée par les États-Unis au département d’État à Washington, le 2 juin 2026. (AFP)
Nada Hamadeh (au centre), ambassadrice du Liban aux États-Unis, participe à une réunion entre les délégations israélienne et libanaise organisée par les États-Unis au département d’État à Washington, le 2 juin 2026. (AFP)
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  • Des représentants d’Israël et du Liban participent à une quatrième session de pourparlers directs à Washington, sous médiation américaine, malgré l’absence de relations diplomatiques entre les deux pays
  • Malgré les appels à l’apaisement, les combats entre Israël et le Hezbollah se poursuivent

WASHINGTON: Les ambassadeurs d'Israël et du Liban ont été reçus mardi au département d'Etat pour une nouvelle session de pourparlers directs, alors qu'Israël et le Hezbollah ont échangé des tirs après que Donald Trump a assuré que les deux camps lui avaient promis l'apaisement.

Cette quatrième rencontre entre les représentants des deux pays, qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques, a lieu au département d'Etat et doit durer deux jours.

Elle réunit les représentants israélien Yechiel Leiter et libanais Nada Hamadeh Moawad, ainsi que Daniel Holler, un haut conseiller du secrétaire d'Etat Marco Rubio, qui ne participe pas à cette session.

Aucun des participants n'a fait de déclarations.

Le président américain a indiqué lundi soir sur son réseau Truth Social que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'était engagé à ne pas envoyer de troupes à Beyrouth et que le Hezbollah allait "cesser totalement le feu".

Mais les combats qui opposent l'armée israélienne et le Hezbollah depuis le 2 mars, se sont poursuivis malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis le 17 avril et qui avait été prolongé une fois à l'issue de ces pourparlers, les premiers depuis des décennies.

Des frappes israéliennes lundi soir ont fait au moins six morts dans le sud du pays, portant à 13 le bilan global pour la journée, selon des sources libanaises. Et le Hezbollah a revendiqué mardi une attaque à la roquette contre un char israélien à Hadatha dans la région, disant y lutter contre "l'avancée des forces israéliennes".


Israël dit avoir obtenu l'aval des Etats-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth si le Hezbollah attaque ses localités

Les premiers intervenants inspectent les dégâts sur le site d’une frappe israélienne qui a touché les environs d’un hôpital dans la ville de Tyr, dans le sud, le 1er juin 2026. (Reuters)
Les premiers intervenants inspectent les dégâts sur le site d’une frappe israélienne qui a touché les environs d’un hôpital dans la ville de Tyr, dans le sud, le 1er juin 2026. (Reuters)
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  • Le ministre de la Défense israélien Israël Katz affirme qu’Israël aurait obtenu l’aval des États-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth (Dahiyeh), bastion du Hezbollah, en cas d’attaques contre le nord d’Israël
  • Il expose une logique de dissuasion : si les tirs continuent, Israël dit qu’il ciblerait Dahiyeh, en liant le sort de cette zone aux attaques subies par les localités israéliennes

JERUSALEM: Le ministre de la Défense israélien Israël Katz a affirmé mardi que son pays avait obtenu l'aval des Etats-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, en cas d'attaque du groupe pro-iranien sur son sol, selon un communiqué de son bureau.

"Le Premier ministre et moi-même avons mené, avec l'armée israélienne, une démarche visant à établir une équation selon laquelle le sort de Dahiyeh (la banlieue sud, ndlr) à Beyrouth serait lié à celui des localités du nord d'Israël. Si les localités israéliennes continuent d'être attaquées, nous évacuerons et frapperons le quartier chiite de Dahiyeh à Beyrouth, bastion du Hezbollah", a dit M. Katz.

"Les Etats-Unis ont validé ce principe et l'ont communiqué au gouvernement libanais ainsi qu'à toutes les parties concernées (...) Soit les tirs contre les localités cessent, soit, s'ils se poursuivent, nous frapperons Dahiyeh à Beyrouth", a poursuivi le ministre.