De la Syrie à l'Ukraine, les enfants sont les premières victimes des déplacements forcés

Les conflits dans le monde ont entraîné une hausse de la malnutrition chez les enfants (Photo, AFP).
Les conflits dans le monde ont entraîné une hausse de la malnutrition chez les enfants (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 22 septembre 2022

De la Syrie à l'Ukraine, les enfants sont les premières victimes des déplacements forcés

  • Raouf Mazou, haut-commissaire adjoint aux opérations du HCR, appelle à une augmentation des contributions des donateurs
  • La situation des personnes déplacées de force est «très, très préoccupante», a-t-il déclaré à Arab News en marge de l'Assemblée générale des Nations unies

NEW YORK: Près de la moitié des personnes déplacées de force dans le monde sont des enfants de moins de 18 ans, selon des données publiées par l'agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) – soit 1,5 million de personnes de plus que la population entière de l'Arabie saoudite.

C'est un vieux problème, qui reste néanmoins d’actualité.

Selon les données du HCR, le nombre de personnes de tous âges, déplacées de force à cause de persécutions, de conflits, de violences, de violations des droits de l'homme ou d'événements troublant gravement l'ordre public, s’est élevé à 89,3 millions fin 2021. Ce chiffre est passé à 100 millions depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie en mars.

«La situation des personnes déplacées de force est très, très préoccupante», a prévenu Raouf Mazou, haut-commissaire adjoint aux opérations du HCR, à Arab News en marge de l'Assemblée générale des Nations unies à New York.

«Cette année, nous avons atteint un nombre total d'environ 100 millions de personnes déplacées de force. Cela comprend les réfugiés et les personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays», a-t-il ajouté.

Mais même avec les chiffres publiés en juin, le pourcentage de 42% d'enfants forcés de quitter leur foyer équivaut à environ 37 506 000 individus.

Pour mettre les choses en perspective, cela représente 15 756 000 personnes de plus que la population totale du Caire, près de cinq fois le nombre d'habitants de Riyad et près de 28 millions de personnes de plus que Londres.

Raouf Mazou, responsable de l'agence des Nations unies pour les réfugiés (Photo, capture d'écran).

En outre, le problème s'aggrave. Alors que de nombreux enfants et adultes – généralement des femmes – ont été contraints de quitter leur foyer en raison de la sécheresse, de l'insécurité alimentaire et des conflits armés, on compte également 1,5 million d'enfants nés réfugiés.

Annuellement, entre 2018 et 2021, cela équivaut à une moyenne de 350 000 à 400 000 enfants nés en tant que réfugiés chaque année. Qu'ils soient seuls ou en famille, tous sont confrontés à l'insécurité alimentaire, à la pauvreté et à des menaces pour leur sécurité.

«En revenant sur les dix dernières années, nous avons vu chaque année une augmentation de ces chiffres», a affirmé Mazou.

En retour, cela les expose à une vulnérabilité accrue et à des attaques, souvent des agressions sexuelles violentes. Les victimes vont des enfants aux adultes, les agresseurs agissent seuls ou en groupe.

Les viols collectifs deviennent de plus en plus courants au Sud-Soudan, alors que la trêve fragile se rapproche de l'échec total.

«C'est le résultat du conflit, du climat, et de plusieurs autres raisons. C'est une situation très préoccupante», a déclaré Mazou à Arab News.

Lundi, Martin Griffiths, le sous-secrétaire général des Nations unies aux affaires humanitaires et coordinateur des secours d'urgence, a indiqué au Conseil de sécurité que la faim était utilisée comme une «tactique de guerre», ce que les organisations humanitaires essayent de combattre par le biais de lignes de vie, en travaillant avec des groupes locaux qui sont les premiers, et parfois les seuls, «intervenants sur le terrain».

Il a averti que la présence de travailleurs humanitaires ne signifie pas la fin des souffrances pour les personnes déplacées.

Le Sud-Soudan est «l'un des endroits les plus dangereux pour les travailleurs humanitaires l'année dernière, avec 319 incidents violents visant le personnel et les biens humanitaires», a signalé Griffiths.

Il a affirmé que cinq travailleurs humanitaires ont été tués en 2021 – cinq autres sont morts depuis le début de cette année.

Un enfant déplacé, près d’une école du village d'Afdera, à 225 km de Semera, en Éthiopie (Photo, AFP).

Jusqu'à l'invasion de l'Ukraine par la Russie, la grande majorité des réfugiés – 69% du nombre total, pour être précis – provenaient de cinq pays seulement, notamment la Syrie, le Sud-Soudan et l'Afghanistan.

En Syrie, plus de 6,9 millions de personnes ont fui leur foyer à l'intérieur du pays, et plus de 6,5 millions restent en dehors de la Syrie, dont 5,7 millions sont des réfugiés dans la région, toujours accueillis par des pays voisins. Jusqu'à l'arrivée du conflit russo-ukrainien, la Syrie comptait le plus grand nombre de personnes déplacées.

À ce jour, 14,6 millions de personnes en Syrie dépendent de l'aide, soit 1,2 million de plus que l’année dernière. Plus de 90% des Syriens vivent dans la pauvreté.

Après onze ans de conflit, les personnes déplacées par la guerre en Syrie commencent à devenir une cause oubliée.

«Il y a toujours un élément de fatigue de l'asile», a signalé Mazou. «Parce qu'après un certain temps, les gens s'attendent à ce que le problème soit résolu. Il y a donc moins d'attention portée au sujet. Et puis vous voyez une réduction du financement.»

Selon lui, les événements de 2021, tels que la guerre en Ukraine et le changement violent de régime en Afghanistan, ont écarté encore plus la Syrie des feux de la rampe.

«Chacune de ces nouvelles situations nécessite un financement supplémentaire et réduit la disponibilité des fonds pour d'autres endroits», a expliqué Mazou.

Il a ajouté que l'effet d'entraînement a été une augmentation des besoins.

Un sauveteur porte un enfant migrant alors qu'ils débarquent de l'Abeille Languedoc après avoir été secourus par son équipage (Photo, AFP).

«Les ressources mobilisées n'augmentent pas aussi vite que le nombre de réfugiés et l'ampleur des besoins que nous avons», a-t-il souligné.

La violence sexiste et les risques pour les enfants, tous deux en augmentation, figurent parmi les problèmes auxquels sont confrontés les réfugiés.

Vient ensuite la crise de la sécurité alimentaire, qui a battu de nouveaux records avec 13,9 millions de personnes souffrant de la faim chaque jour, une situation qui s’aggrave davantage par le conflit en Ukraine.

«Nous avons environ 11 millions de réfugiés qui dépendent de l'aide alimentaire, répartis dans 42 pays», a révélé Mazou.

«Et ce que nous constatons aujourd'hui, c'est que dans un certain nombre de pays, nous n'avons pas assez de ressources.»

Il a affirmé que la crise du coût de la vie avait aggravé le problème, ce qui signifie que la quantité de nourriture disponible diminuait à mesure que les coûts augmentaient.

La situation est si mauvaise, selon Mazou, que certains réfugiés ne reçoivent que peu ou pas d'aide alimentaire.

Mais le problème ne se limite pas à la pénurie de nourriture. L'une des premières choses que les enfants réfugiés perdent est l'accès à l'éducation.

Selon les données du HCR, près d'un enfant syrien sur deux n'est pas scolarisé et est exposé au travail des enfants, aux mariages précoces et forcés, à la traite et au recrutement par des groupes armés.

Mazou a expliqué que seulement 37% de tous les enfants réfugiés ont accès à l'enseignement secondaire, tandis que ceux qui suivent un enseignement supérieur ne représentent que 6% de ceux qui en ont besoin.

Le nombre de réfugiés ukrainiens a atteint 4,2 millions, selon les Nations unies (Photo, AFP).

«Le problème, c'est qu'un accès réduit à l'éducation signifie que ces enfants sont moins préparés et moins prêts à faire partie du pays lorsqu'ils sont en mesure d'y retourner. On peut donc certainement parler d'une génération perdue», a-t-il précisé.

Mazou a signalé que le HCR est en discussion permanente avec les gouvernements pour s'assurer que les enfants réfugiés sont inclus dans les systèmes éducatifs existants.

Selon le rapport Data Finder du HCR, la grande majorité des personnes déplacées de force de leur foyer et de leur pays sont accueillies par des pays à revenu faible ou intermédiaire, et non par des pays occidentaux plus riches.

«Les pays à revenu faible et intermédiaire accueillent 83% des réfugiés dans le monde et des Vénézuéliens déplacés à l'étranger», a indiqué le rapport, qui a ajouté: «Les pays les moins développés offrent l'asile à 27% du total.»

De nombreux réfugiés syriens qui ont quitté le pays pendant la guerre se retrouvent aujourd'hui en Turquie, au Liban, en Jordanie, en Irak et en Égypte.

Il est bien connu que le Liban, un pays de la taille du comté britannique de Cornouailles et comptant quatre millions d'habitants, accueille environ deux millions de réfugiés connus.

Le Liban traverse une crise financière qui lui est propre et les banques refusent aux citoyens l'accès à leurs propres économies.

Il est clair que la crise du coût de la vie a considérablement affecté le financement des réfugiés au cours des trois dernières années, la pandémie et la prise de contrôle de l'Afghanistan par les Talibans ayant contraint des millions de personnes à fuir.

Dans son rapport d'impact sur les donateurs de 2021, le HCR a estimé que «2021 a été une autre année difficile.»

 «La crise économique, les conflits, le changement climatique et la pandémie actuelle de la Covid-19 ont exigé que nous nous adaptions à de nouveaux défis chaque jour.»

«Mais les épreuves et les tribulations de 2021 ont particulièrement touché certaines des personnes les plus vulnérables du monde, à savoir les plus de 84 millions de personnes contraintes de fuir leur foyer pour échapper à la guerre, aux persécutions et à d'autres situations mettant leur vie en danger».

En janvier 2022, l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa) a annoncé qu'il demandait à la communauté internationale 1,63 milliard d’euros cette année.

La faim est devenue une «arme de guerre» dans des pays comme l'Éthiopie et l'Afghanistan, selon Martin Griffiths, responsable des secours de l'ONU (Photo, AFP).

L'Unrwa a été créé par l'Assemblée générale en 1949, avec pour mandat de fournir assistance et protection aux 5,7 millions de réfugiés palestiniens enregistrés auprès de l'agence dans ses cinq domaines d'opération.

La mission de l'Unrwa est d'«aider les réfugiés palestiniens en Jordanie, au Liban, en Syrie, en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est et dans la bande de Gaza, à atteindre leur plein potentiel de développement humain, en attendant une solution juste et durable à leur situation. Les services de l'Unrwa englobent l'éducation, les soins de santé, les secours et les services sociaux, l'amélioration de l'infrastructure dans les camps, la protection et la microfinance».

En janvier, Philippe Lazzarini, commissaire général de l'Unrwa, a déclaré que la communauté internationale reconnaissait le «rôle salvateur de l'Unrwa» et sa contribution à la stabilité au Moyen-Orient.

«En 2022, cette reconnaissance doit être soutenue par un niveau de financement adéquat afin de faire face à ce moment critique pour les réfugiés palestiniens», a-t-il jugé.

«Les déficits budgétaires chroniques de l'agence menacent les moyens de subsistance et le bien-être des réfugiés palestiniens que l'Unrwa sert et constituent une menace sérieuse pour la capacité de l'agence à maintenir ses services.»

Au début du mois de septembre, Lazzarini a conclu une visite officielle au Caire au cours de laquelle il a rencontré Ahmed Aboul Gheit, le secrétaire général de la Ligue arabe, et Sameh Choukry, le ministre égyptien des Affaires étrangères.

Félicitant l'Égypte et la Ligue arabe pour leur soutien politique, il a appelé à la poursuite de la solidarité arabe avec les réfugiés palestiniens, en particulier par leur soutien financier à l'Unrwa.

«Toutefois, l’agence requiert de ressources adéquates afin de mettre en œuvre le mandat que cette région, et la plupart du monde, lui confie», a indiqué Lazzarini. «Le soutien politique – sans ressources financières correspondantes – ne couvrira pas le coût de 700 écoles, de 140 centres de santé, de l'aide alimentaire et de l’aide en espèces pour plus de deux millions de réfugiés palestiniens pauvres et touchés par le conflit.»

Cela en va de même pour le HCR, a indiqué Mazou, qui a expliqué que si la pandémie a entraîné une augmentation des dons du secteur privé et des particuliers – probablement motivés par leurs propres difficultés – les besoins continuent de croître.

«Il y a des situations – au Yémen par exemple, où vous avez 5 millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays, en plus d’environ 100 000 réfugiés dans une situation où il y a un conflit depuis un certain temps», a déclaré Mazou à Arab News.

«Il est clair qu'un soutien financier, ainsi qu'un soutien pour traiter les causes profondes du conflit ayant comme impact et comme conséquence le déplacement, est nécessaire. Il est donc certain que davantage de ressources financières sont nécessaires.»

Mazou a fait l'éloge des États membres du CCG pour leurs contributions à la cause des réfugiés, mais a ajouté: «On ne peut jamais être satisfait du niveau des contributions que nous recevons pour le moment.»

Soulignant que le budget global du HCR est d'environ 10,19 milliards d’euros, Mazou a affirmé: «Nous recevons normalement la moitié de ce montant sous forme de contribution, ce qui fait que nous avons déjà un écart au niveau mondial.»

S'adressant aux pays du CCG, il a insisté: «Qu'il s'agisse des Émirats arabes unis, de l'Arabie saoudite ou du Qatar, ils ont apporté leur contribution. Mais bien sûr, ils doivent contribuer davantage.»

Il ne s'agit pas d'être ingrat, a expliqué Mazou. «C'est ce que nous demandons à tous nos donateurs, nous apprécions ce qu'ils font, mais nous demandons plus.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Les Etats-Unis affirment avoir les moyens de repartir en guerre contre l'Iran

Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, prend la parole alors qu’il est assis à côté de Bastian Giegerich, directeur général de l’International Institute for Strategic Studies (IISS), lors du sommet sur la sécurité IISS Shangri-La Dialogue à Singapore, le 30 mai 2026. (Reuters)
Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, prend la parole alors qu’il est assis à côté de Bastian Giegerich, directeur général de l’International Institute for Strategic Studies (IISS), lors du sommet sur la sécurité IISS Shangri-La Dialogue à Singapore, le 30 mai 2026. (Reuters)
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  • Les États-Unis excluent tout accord avec l’Iran sans garanties sur le nucléaire et la réouverture du détroit d’Ormuz
  • Washington affirme être prêt à reprendre les hostilités si les négociations échouent

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont affirmé samedi qu'ils avaient les moyens de repartir en guerre contre l'Iran, après avoir assuré qu'un accord de paix ne sera possible que si leurs "lignes rouges sont satisfaites".

L'incertitude règne quant à l'issue des discussions entre Téhéran et Washington, après les affrontements les plus graves cette semaine depuis l'entrée en vigueur de la trêve le 8 avril.

Des sources à Washington avaient évoqué jeudi un cadre d'accord prévoyant une extension de 60 jours du cessez-le-feu, et une réunion de deux heures vendredi à la Maison Blanche, consacrée à ce sujet, n'a débouché sur aucune annonce dans l'immédiat.

"L'Iran doit accepter qu'ils n'auront jamais d'arme nucléaire. Le détroit d'Ormuz doit être ouvert immédiatement" et Téhéran doit s'engager à le déminer, a énuméré avant cette réunion le président Donald Trump sur son réseau Truth Social.

Il a également demandé, tout en lettres capitales, à ce que le stock d'uranium hautement enrichi de l'Iran soit "DETRUIT".

Dans la soirée, un responsable de la Maison Blanche a affirmé à l'AFP que "le président Trump ne signera un accord que s'il est bon pour l'Amérique et que ses lignes rouges sont satisfaites".

"L'Iran ne peut pas avoir d'arme nucléaire", a répété ce responsable.

"Les échanges se poursuivent mais aucun accord final n'a encore été conclu", avait affirmé le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Esmaïl Baghaï, en réaction aux propos de M. Trump.

Il a par ailleurs démenti toute discussion à ce stade sur la question nucléaire et a défendu "la situation spéciale" du détroit stratégique d'Ormuz, en raison de sa localisation géographique dans les eaux territoriales de l'Iran et d'Oman.

A Téhéran, les habitants suivent désabusés ces tractations diplomatiques. "Les deux camps tiennent des propos destinés à satisfaire leurs partisans. Il est difficile de savoir qui dit la vérité", commente Ali, un Iranien de 49 ans originaire de Tonekabon, sur la mer Caspienne.

- Hegseth prêt à reprendre le combat -

Dans ce contexte, le ministre américain de la Défense Pete Hegseth a affirmé que les Etats-Unis étaient "tout à fait capables" de reprendre les hostilités contre l'Iran "si nécessaire".

"Nos stocks sont largement adaptés à cet objectif, tant sur place que dans le reste du monde, compte tenu de la manière dont nous équilibrons des munitions de haute technologie et d'autres produites en plus grande quantité", a-t-il déclaré pendant le Dialogue de Shangri-La, un forum sur la défense à Singapour.

La guerre, déclenchée le 28 février par une offensive israélo-américaine contre l'Iran, a fait des milliers de morts, et ébranle l'économie mondiale en faisant grimper les prix du pétrole.

Le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz s'est accéléré ces derniers jours, mais "cela ne signifie pas un retour à la situation d'avant-guerre", selon la télévision d'Etat iranienne, l'accès restant d'après elle interdit aux navires des pays "hostiles".

Téhéran réclame la fin des combats sur tous les fronts, en particulier au Liban où s'affrontent son allié, le Hezbollah, et Israël. Une trêve en vigueur depuis le 17 avril n'a jamais été respectée.

L'armée israélienne a encore étendu vendredi sa "zone de combat" dans le sud du Liban, tout en poursuivant ses frappes. Le ministère de la Santé libanais a fait état vendredi de 11 morts dans le sud du pays. Le mouvement pro-iranien a pour sa part revendiqué une nouvelle série d'attaques contre des cibles militaires dans le nord d'Israël, près de la frontière avec le Liban.

Pendant ce temps, des responsables militaires libanais et israéliens ont tenu une réunion à Washington qualifiée de "constructive" par le gouvernement américain. Selon le Pentagone, ces discussions militaires serviront de base à une nouvelle séance de négociations politiques entre représentants des deux pays pour parvenir à un accord de sécurité, les 2 et 3 juin à Washington.

Le Hezbollah est opposé à ces pourparlers et son bloc parlementaire a à nouveau appelé jeudi le Liban à s'en retirer.

Selon le dernier bilan officiel, les frappes israéliennes ont tué au Liban 3.355 personnes depuis le début de la guerre.


Iran et Etats-Unis ont établi un cadre d'accord, en attente de validation par Trump

Les Etats-Unis et l'Iran ont établi un cadre d'accord qui prévoit une extension du cessez-le-feu de soixante jours mais qui n'a pas encore été validé par Donald Trump, ont indiqué jeudi à l'AFP des sources américaines. (AFP)
Les Etats-Unis et l'Iran ont établi un cadre d'accord qui prévoit une extension du cessez-le-feu de soixante jours mais qui n'a pas encore été validé par Donald Trump, ont indiqué jeudi à l'AFP des sources américaines. (AFP)
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  • Prudent, le ministre des Finances américain Scott Bessent n'a pas confirmé fermement l'existence d'un tel protocole d'accord pendant une conférence de presse à la Maison Blanche, en déclarant: "Nous avons peut-être l'ébauche d'un accord"
  • "Ce sera totalement la décision du président", a encore dit Scott Bessent, qui a été assailli de questions sur ces révélations d'Axios

WASHINGTON: Les Etats-Unis et l'Iran ont établi un cadre d'accord qui prévoit une extension du cessez-le-feu de soixante jours mais qui n'a pas encore été validé par Donald Trump, ont indiqué jeudi à l'AFP des sources américaines.

L'information a d'abord été révélée par Axios, selon qui cet accord préalable ne règle pas la question du programme nucléaire iranien mais ouvre la voie à des négociations plus poussées à ce sujet.

Prudent, le ministre des Finances américain Scott Bessent n'a pas confirmé fermement l'existence d'un tel protocole d'accord pendant une conférence de presse à la Maison Blanche, en déclarant: "Nous avons peut-être l'ébauche d'un accord."

"Les équipes ont eu plusieurs échanges", a-t-il dit, ajoutant que le président américain avait "plusieurs lignes rouges", à savoir que l'Iran devait "livrer son stock d'uranium enrichi. Ils ne peuvent pas avoir d'arme nucléaire et il doit y avoir une libre circulation dans le détroit d'Ormuz".

"Ce sera totalement la décision du président", a encore dit Scott Bessent, qui a été assailli de questions sur ces révélations d'Axios.

Selon le site d'informations, le cadre d'accord soumis au président américain prévoit que l'accès au détroit d'Ormuz soit "illimité" pendant la période de soixante jours, ce qui implique notamment que l'Iran retire toutes les mines dans la zone.

Toujours selon la même source, le blocus américain des ports iraniens serait levé en proportion du rétablissement de la circulation maritime, et Téhéran serait autorisé à vendre du pétrole grâce à une suspension des sanctions américaines.

Ces dernières annonces ont suivi de peu un échange de frappes qui a conduit les Etats-Unis et l'Iran à s'accuser mutuellement de violer le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, les Etats-Unis ont abattu quatre drones d'attaque iraniens qui représentaient une "menace autour du détroit d'Ormuz" et ont frappé "une station de contrôle au sol à Bandar Abbas qui menaçait de lancer un cinquième drone", selon un responsable américain.

En représailles, les Gardiens de la Révolution iraniens ont annoncé avoir visé une base américaine, sans préciser laquelle. De leur côté, le Koweït et l'armée américaine ont fait état de frappes, attribuées à l'Iran, sur le territoire de cette monarchie du Golfe.


Les Etats-Unis frappent l'Iran qui réplique en visant une base américaine

Les Etats-Unis ont abattu quatre drones iraniens et mené des frappes sur une base au sol dans le sud du pays dans la nuit de mercredi à jeudi, entraînant des représailles de Téhéran qui a visé une base américaine, dans ce qui constitue les affrontements les plus graves depuis le début du cessez-le-feu. (AFP)
Les Etats-Unis ont abattu quatre drones iraniens et mené des frappes sur une base au sol dans le sud du pays dans la nuit de mercredi à jeudi, entraînant des représailles de Téhéran qui a visé une base américaine, dans ce qui constitue les affrontements les plus graves depuis le début du cessez-le-feu. (AFP)
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  • Les forces iraniennes ont par ailleurs effectué des tirs de semonce à l'intention de quatre navires qui tentaient de franchir le détroit d'Ormuz, a indiqué jeudi la télévision d'Etat (Irib)
  • Ces incidents sont les plus sérieux depuis la trêve entrée en vigueur depuis le 8 avril, après plus d'un mois de frappes israélo-américaines qui ont fait des milliers de morts

TEHERAN: Les Etats-Unis ont abattu quatre drones iraniens et mené des frappes sur une base au sol dans le sud du pays dans la nuit de mercredi à jeudi, entraînant des représailles de Téhéran qui a visé une base américaine, dans ce qui constitue les affrontements les plus graves depuis le début du cessez-le-feu.

Quatre drones d'attaque qui représentaient une "menace autour du détroit d'Ormuz" ont été abattus, a affirmé un responsable américain sous couvert d'anonymat, ajoutant que l'armée américaine avait aussi frappé "une station de contrôle au sol à Bandar Abbas qui menaçait de lancer un cinquième drone."

"Ces actions étaient mesurées, uniquement défensives et menées avec l'intention de maintenir le cessez-le-feu", a-t-il affirmé.

Les médias iraniens avaient auparavant rapporté trois fortes explosions près de Bandar Abbas, ville portuaire sur le détroit stratégique d'Ormuz, vers 01h30 jeudi (22h00 GMT mercredi).

En représailles, les Gardiens de la Révolution iraniens ont annoncé jeudi avoir visé une base américaine. Ils n'ont pas précisé laquelle, mais de son côté, l'armée koweïtienne a annoncé jeudi faire face à "des attaques menées par des missiles et des drones".

Les forces iraniennes ont par ailleurs effectué des tirs de semonce à l'intention de quatre navires qui tentaient de franchir le détroit d'Ormuz, a indiqué jeudi la télévision d'Etat (Irib), sans fournir de détails sur le type de navires ni sur leur nationalité.

Ces incidents sont les plus sérieux depuis la trêve entrée en vigueur depuis le 8 avril, après plus d'un mois de frappes israélo-américaines qui ont fait des milliers de morts.

Frappes au Liban 

Bombardements et combats se poursuivent par ailleurs au Liban, malgré un autre cessez-le-feu théoriquement en vigueur depuis le 17 avril.

L'armée israélienne a annoncé jeudi avoir frappé des cibles du mouvement chiite pro-iranien Hezbollah à Tyr, dans le sud du pays, un jour après avoir averti qu'elle considérait comme une "zone de combat" tout le territoire situé au sud du Zahrani, fleuve s'écoulant à une quarantaine de kilomètres au nord de la frontière entre Israël et le Liban.

Les négociations entre l'Iran et les Etats-Unis pour mettre un terme au conflit sont laborieuses, et le détroit d'Ormuz reste verrouillé par l'Iran, ce qui a renchéri l'or noir et fait vaciller l'économie mondiale.

Mercredi, le président américain Donald Trump a une nouvelle fois agité la menace d'une reprise des hostilités.

L'Iran "veut vraiment conclure un accord. Ils n'y sont pas encore. Nous ne sommes pas satisfaits mais nous finirons par l'être (...). Ou alors nous devrons simplement finir le travail", a-t-il dit.

Dans les échanges matinaux jeudi en Asie, le baril de Brent de la mer du Nord, principale référence internationale, progressait de près de 2% pour s'établir à 96,13 dollars, tandis que le West Texas Intermediate (WTI), référence américaine du pétrole brut, gagnait 1,75 % à 90,23 dollars le baril.

Passer "du pire au mauvais" 

En Iran, l'accès à internet a été en partie rétabli après une coupure de près de trois mois. Les connexions restent erratiques, les données mobiles étant encore largement coupées, de nombreux sites filtrés et des services de messagerie difficilement accessibles.

"Ce n'est pas du bonheur ou de la joie (que je ressens, NDLR), j'ai juste l'impression qu'on est passé du pire au mauvais", a réagi auprès de l'AFP Bahareh, 32 ans, nutritionniste à Téhéran.

"On se demande tous les jours: +Y aura-t-il des frappes de missiles ce soir?+", décrit Amir, un développeur de logiciel de 27 ans, également depuis la capitale iranienne.

L'Iran a affirmé être en train de finaliser un accord-cadre en 14 points avec les Etats-Unis, donnant la priorité à la fin de la guerre "sur tous les fronts", y compris au Liban.

"Le projet d'accord-cadre (...) est une totale invention", a réagi la Maison Blanche.

Selon la télévision iranienne, le protocole en discussion prévoit notamment un engagement des Etats-Unis à lever leur blocus des ports iraniens en contrepartie du rétablissement du trafic commercial dans le détroit d'Ormuz, par où transite en temps normal un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde.

Mercredi, le Trésor américain a annoncé des sanctions à l'encontre de l'Autorité iranienne du détroit du golfe Persique, la nouvelle agence de Téhéran chargée de percevoir les droits de passage à Ormuz.

Téhéran cherche aussi à obtenir le déblocage de 24 milliards d'avoirs gelés à l'étranger, "avec mise à disposition de la moitié dès l'annonce du protocole d'accord", selon l'agence iranienne Isna.

C'est un des principaux points de contentieux, aux côtés du volet nucléaire que l'Iran souhaite aborder dans un second temps.

Les Etats-Unis réclament la destruction de son stock d'uranium hautement enrichi, dont le sort est incertain. Téhéran dément de son côté vouloir se doter de la bombe atomique.