Comment les réfugiés syriens sont devenus le bouc émissaire d’une catastrophe humaine au Liban

Un camp de tentes abritant des réfugiés syriens dans la vallée de la Bekaa au Liban (Photo, AFP).
Un camp de tentes abritant des réfugiés syriens dans la vallée de la Bekaa au Liban (Photo, AFP).
Des soldats libanais à un poste de contrôle dans la vallée de la Bekaa supervisent un convoi transportant des familles de réfugiés syriens (Photo, AFP).
Des soldats libanais à un poste de contrôle dans la vallée de la Bekaa supervisent un convoi transportant des familles de réfugiés syriens (Photo, AFP).
Des enfants de réfugiés syriens jouent dans un camp de réfugiés non officiel dans la vallée de la Bekaa au Liban, le 8 mars 2018 (Photo, AFP).
Des enfants de réfugiés syriens jouent dans un camp de réfugiés non officiel dans la vallée de la Bekaa au Liban, le 8 mars 2018 (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 25 septembre 2022

Comment les réfugiés syriens sont devenus le bouc émissaire d’une catastrophe humaine au Liban

  • Le discours politique est devenu de plus en plus toxique, parallèlement à l'aggravation de la crise socio-économique
  • Un discours hostile pourrait être à l'origine d'une recrudescence de la violence à l'encontre des plus de 852 000 réfugiés syriens résidant au Liban

DUBAÏ: Lorsque Dareen et sa famille ont fui vers le Liban en 2014, s’évadant de la violence dans leur ville natale d'Alep, dans le nord de la Syrie, elle pensait que leur déplacement durerait un an tout au plus. Huit ans plus tard, elle et ses trois enfants résident toujours dans un campement informel à Chtaura, près de la frontière syrienne.
Selon les estimations de l'ONU, Dareen fait partie des 852 000 réfugiés syriens résidant au Liban, qui ont vu leurs conditions de vie se détériorer depuis le début de la crise financière de leur pays d'accueil vers la fin de 2019, aggravée par la pandémie de la Covid-19 et l'impact de la guerre en Ukraine.
Au milieu de cette crise économique, le discours politique libanais est devenu de plus en plus hostile aux réfugiés syriens, les experts comme les ministres mettant en avant un récit qui rend les familles déplacées responsables des difficultés du pays et de la pression constante sur les services publics.
Dans l'espoir d'alléger ce «fardeau» perçu comme pesant sur l'économie libanaise en difficulté, le gouvernement intérimaire du pays, qui affirme que le nombre de réfugiés syriens est plus proche de 1,5 million, a lancé un programme de rapatriement.
«Onze ans après le début de la crise syrienne, le Liban n'a plus la capacité de supporter ce fardeau, surtout dans les circonstances actuelles», a déclaré Najib Mikati, Premier ministre intérimaire du Liban, lors d'une cérémonie organisée en juin pour lancer le plan de réponse à la crise libanaise de cette année, parrainé par les Nations unies.
«J'appelle la communauté internationale à travailler avec le Liban dans le but de garantir le retour des réfugiés syriens dans leur pays, sinon le Liban s'emploiera à faire sortir les Syriens par des moyens légaux et l'application ferme de la loi libanaise», a-t-il averti.

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Le Premier ministre libanais par intérim, Najib Mikati (Photo, AFP).


Selon l'ONU, le Liban a lancé un appel de 3,2 milliards de dollars américains (1 dollar américain = 1,03 euro) pour faire face à l'impact continu de la crise en Syrie. Environ 9 milliards de dollars ont déjà été fournis en aide depuis 2015 par le biais du plan de réponse à la crise au Liban.
Les commentaires de Mikati, qui s'apparentent à un ultimatum à peine voilé adressé aux Nations unies pour qu'elles envoient une aide financière supplémentaire, font suite à des remarques similaires formulées en mai par le ministre des Affaires sociales par intérim, Hector Hajjar, qui a déclaré que le Liban ne pouvait plus se permettre d'accueillir une population de réfugiés aussi importante.
Selon les experts, les causes des problèmes économiques du Liban et de ses crises nombreuses et souvent simultanées sont bien plus complexes que le simple coût de l'accueil des réfugiés syriens, pour lequel il reçoit une aide mondiale.
En août, la Banque mondiale a accusé les dirigeants libanais de l'après-guerre civile d'avoir orchestré «une dépression délibérée» en accumulant une dette excessive, en utilisant et en dépensant à mauvais escient les dépôts des banques commerciales et en affaiblissant les services publics sur une période de 30 ans.
Toutefois, selon les experts, les réfugiés syriens sont devenus une sorte de bouc émissaire commode pour détourner la responsabilité de l'élite politique en difficulté du pays.

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Les réfugiés syriens sont accusés d'aggraver les problèmes économiques du Liban (Photo, AFP).


En juillet, Issam Charafeddine, ministre libanais intérimaire des personnes déplacées, a déclaré que le gouvernement prévoyait de commencer à renvoyer au moins 15 000 réfugiés syriens par mois. Qualifiant cette mesure de «plan humain, honorable, patriotique et économique nécessaire pour le Liban», il insiste que les réfugiés pouvaient désormais retourner en Syrie en toute sécurité.
Lors d'une réunion conjointe avec Charafeddine, Hossein Makhlouf, ministre de l'Administration locale du régime syrien, a affirmé que «les portes sont ouvertes pour le retour des réfugiés syriens» et que le gouvernement du président Bachar Assad est prêt à faciliter leur retour.
Le plan de rapatriement du Liban a été conçu dans le contexte d'un ressentiment public croissant, voire d'une franche hostilité, à l'égard des réfugiés syriens. Les citoyens libanais, qui ont du mal à nourrir leurs familles, exigent que l'État donne la priorité à leurs besoins plutôt qu'à ceux des personnes perçues comme des étrangers.

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Des enfants syriens plongés dans la pauvreté dans des camps de réfugiés (Photo, AFP).


«Je ne supporte plus de les voir», a déclaré Maria, une institutrice de 51 ans, à Arab News. «Nous avons déjà du mal et leur présence ne fait qu'empirer les choses. Il y a tellement de choses à faire sans avoir à les partager avec des étrangers.»
«Quand je les vois mendier dans la rue, quand je les vois faire la queue avec une sorte de carte d'aide sociale pour payer leurs marchandises, je me surprends à lutter contre l'envie de leur crier dessus. Ils ne sont pas les bienvenus ici. C'est notre terre, notre nourriture, notre argent. Ils devraient simplement rentrer chez eux», a-t-elle ajouté.

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Des réfugiés syriens se préparent à quitter Beyrouth le 4 septembre 2018 (Photo, AFP).


Certains experts et personnalités politiques ont même affirmé que, grâce aux distributions d'argent par les organismes d'aide, les réfugiés syriens recevaient plus d'aide que les Libanais les plus pauvres. Ces déclarations ont alimenté un discours selon lequel les réfugiés syriens sont responsables du malheur du pays.
Postant en juillet sur son compte Twitter officiel, Nadim Gemayel, membre du parti Kataeb libanais, a écrit: «Pour le Liban, le retour des réfugiés syriens n'est pas une option, mais plutôt une nécessité nationale. Si la Syrie n'est pas sûre pour le retour des Syriens, alors leur séjour n'est pas sûr pour les Libanais et les récents événements en sont la preuve, alors soit le retour, soit le retour.»
Préoccupée par l'impact possible de ce durcissement du discours à l'encontre des Syriens, Najat Rochdi, coordinatrice humanitaire des Nations unies au Liban, a exhorté les personnalités publiques libanaises à s'abstenir d'attiser l'hostilité.
 

EN BREF

*9/10 des réfugiés syriens au Liban vivent dans la pauvreté.
*Le Liban prévoit d'expulser 15 000 réfugiés syriens par mois.
*Parmi les 3,7 millions de Syriens vivant en Turquie, beaucoup craignent d'être renvoyés dans leur pays après un changement dans les relations entre Ankara et Damas.
*L'étudiant syrien en médecine Faris Mohammed Al Ali a récemment perdu la vie dans une attaque de ses pairs à Hatay.
 

Le discours public toxique semble avoir entraîné une recrudescence de la violence contre les Syriens. En juin, des images ont été diffusées sur les médias sociaux montrant un propriétaire terrien libanais fouettant un groupe de garçons syriens avec un câble.
Les garçons, qui auraient été engagés par le propriétaire terrien pour récolter des cerises, peuvent être vus dans la vidéo avec des pommes de terre fourrées dans la bouche comme des bâillons pendant que le propriétaire terrien les bat en les accusant de vol.
Même les autorités libanaises ont été accusées de maltraiter les Syriens. Un rapport publié par l'organisation de défense des droits de l'homme, Amnesty International, en mars 2021 comprend les témoignages de 26 Syriens qui affirment avoir été torturés par les autorités libanaises, notamment à coups de tiges métalliques et détenus dans des conditions de stress.

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Un garçon syrien déneige l'entrée d'une tente dans un camp de réfugiés près de Baalbek (Photo, AFP).


Au début du mois de septembre, Bachar Abdel Saoud, un réfugié syrien, aurait été torturé à mort par des membres de l'agence de sécurité nationale du Liban. Lorsque des photos de son corps gravement meurtri ont été diffusées sur les médias sociaux, les autorités ont affirmé qu'il avait avoué être un membre de Daech. Abdel Saoud avait été arrêté en possession d'un faux billet de 50 dollars.
Malgré ces incidents préoccupants, de nombreux réfugiés syriens disent qu'ils préfèrent rester au Liban plutôt que de rentrer chez eux. «La raison pour laquelle je suis parti est toujours là. Assad est toujours président», a déclaré à Arab News, Abou Faisal, 68 ans, qui vit dans un camp de la vallée de la Bekaa au Liban.
Il a ajouté: «Je préfère mourir hors de chez moi par l'humiliation d'un étranger que de mourir dans ce que je considère comme ma maison par sa torture et son humiliation. Je vivrais sur un petit bout de terre isolé du monde et ne reviendrais pas en arrière.»

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Des réfugiés syriens attendent d'être évacués du village de Shebaa, dans le sud du Liban (Photo, AFP).


Certains observateurs soupçonnent le Hezbollah, qui a longtemps été un soutien de premier plan du régime Assad, d'encourager activement des attitudes sociales néfastes afin de faire pression sur les réfugiés syriens pour qu'ils rentrent chez eux — et de redorer ainsi l'image mondiale du régime et de sa main-d'œuvre.
Cependant, bien que l'intensité des combats ait diminué dans une grande partie de la Syrie ces derniers mois, les observateurs des droits de l'homme affirment que le pays est encore loin d'être sûr, avec des cas bien documentés de rapatriés détenus, torturés et même tués par le régime méfiant et vengeur.

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Avec la disparition des maris, de nombreuses femmes réfugiées syriennes doivent accomplir des travaux pénibles pour survivre (Photo, AFP).

«Mon mari est toujours porté disparu», a révélé à Arab News, Dareen, la femme syrienne d'Alep qui vit désormais comme réfugiée avec sa famille à Chtaura. «En 2018, il est retourné en Syrie parce qu'il avait travaillé sur le lancement d'un projet avec un de ses amis pour gagner de l'argent. Je n'ai pas eu de nouvelles de lui depuis le deuxième jour de son arrivée.»
«Mes amis et ma famille m'ont conseillé de continuer ma vie comme s'il était mort. Je suis certaine qu'il a été arrêté par des sbires syriens. Je préfère penser qu'il est mort plutôt que de croupir dans les abattoirs des prisons d'Assad», a-t-elle avisé.
Les témoignages recueillis par les observateurs des droits de l'homme indiquent que les rapatriés ne sont pas chaleureusement accueillis par le régime, mais sont au contraire traités comme des traîtres pour être partis.
«Ma belle-sœur est retournée en Syrie pour prendre des nouvelles de son frère malade l'année dernière», a indiqué Dareen. «Elle a été harcelée à la frontière syrienne. Les soldats l'ont traitée de traître pour avoir quitté la Syrie, l'ont traitée de prostituée et ont menacé de la violer. Elle ne voulait même pas revenir ici. Elle ne voulait pas repasser la frontière, mais elle devait le faire.»

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Des membres de l'Organisation syrienne pour les victimes de la guerre exposent des images de la torture de détenus dans les prisons et les centres de détention du régime d'Assad (Photo, AFP).


Le Réseau syrien pour les droits de l'homme, basé au Royaume-Uni, a recensé au moins 3 057 cas d'arrestation de rapatriés par le régime entre 2014 et 2021 — dont 203 femmes et 244 enfants. La majorité de ces rapatriés viennent du Liban. 
Compte tenu de ces menaces pour la vie et le bien-être des rapatriés, les organisations humanitaires ont demandé à plusieurs reprises au gouvernement libanais de ne pas expulser les réfugiés et de continuer à leur offrir l'asile.
«Le Liban est obligé de ne pas renvoyer ou extrader toute personne risquant d'être torturée car il est lié par le principe de non-refoulement du droit international coutumier, en tant que partie à la Convention contre la torture et les peines cruelles, inhumaines ou dégradantes», a expliqué Human Rights Watch, un organisme de surveillance basé à New York, dans un rapport publié en juillet.
L’UNHCR, l'agence des Nations unies pour les réfugiés, a également rappelé au gouvernement libanais son devoir de «respecter le droit fondamental de tous les réfugiés à un retour volontaire, sûr et digne».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com
 


Yémen : l’aide vitale de 346 millions de dollars accordée par l’Arabie saoudite

L’Arabie saoudite soutient l’économie du Yémen depuis des années à travers une réhabilitation économique progressive, incluant des projets d’infrastructure, de santé et d’énergie, ainsi que des initiatives humanitaires. (Saba)
L’Arabie saoudite soutient l’économie du Yémen depuis des années à travers une réhabilitation économique progressive, incluant des projets d’infrastructure, de santé et d’énergie, ainsi que des initiatives humanitaires. (Saba)
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  • Un nouveau programme de 1,3 milliard de riyals saoudiens vise les salaires, les pénuries de liquidités et la stabilité de l’État à un moment charnière pour le gouvernement d’Aden
  • Le soutien économique renforce la dynamique des réformes et positionne la sécurité comme fondement du redressement à long terme du Yémen

​​​​​​LONDRES : Lorsque Riyad a annoncé mercredi un nouveau programme de 1,3 milliard de riyals saoudiens (346,6 millions de dollars) pour soutenir le budget du gouvernement yéménite, les salaires et les coûts opérationnels, il s’agissait de bien plus qu’un simple geste financier. Cela réaffirmait une doctrine constante : la diplomatie par la stabilisation économique.

L’engagement militaire et humanitaire de l’Arabie saoudite au Yémen attire depuis longtemps l’attention internationale. Pourtant, son rôle économique — à travers un soutien budgétaire direct, des dépôts et de vastes projets de développement — a été tout aussi central dans l’orientation du fragile chemin du pays vers la reprise.

Cette dernière aide traduit la conviction de Riyad que la stabilité budgétaire est le socle d’un progrès politique et sécuritaire durable.

Le Royaume a déployé de nombreuses initiatives économiques et humanitaires ces dernières années.

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Des soldats gouvernementaux circulent à l’arrière d’un pick-up dans la ville portuaire de Mukalla, sur la mer d’Arabie. (Reuters/File)

Le projet Masam, programme de déminage financé par l’Arabie saoudite et lancé en juin 2018 sous l’égide de KSrelief en partenariat avec le Centre exécutif yéménite de lutte antimines, a permis de neutraliser plus de 450 000 engins explosifs.

En septembre 2025, KSrelief et l’agence des Nations unies pour les migrations, Organisation internationale pour les migrations (OIM), ont lancé deux projets d’un montant total de 4,45 millions de dollars : l’un remplaçant l’acheminement coûteux d’eau par camion à Ma’rib par des systèmes d’approvisionnement permanents, l’autre réhabilitant des établissements scolaires à Aden, Lahj et Taëz pour les communautés affectées par le conflit.

Cela s’appuie sur le portefeuille du Programme saoudien pour le développement et la reconstruction du Yémen (SDRPY), qui comprend des centaines de projets d’infrastructure couvrant l’éducation, la santé, l’eau, l’énergie, les transports, l’agriculture, la pêche et le renforcement des capacités institutionnelles, offrant une bouée de sauvetage à des millions de personnes au cœur de ce que l’ONU qualifie souvent de pire crise humanitaire au monde.

Cependant, cette orientation, impulsée par les dirigeants saoudiens et mise en œuvre par le SDRPY, intervient à un tournant pour la gouvernance yéménite.

Fraîchement remanié à la suite de récents changements à sa tête, le pays fait face à de graves tensions économiques. Les institutions publiques sont confrontées à de sévères pénuries de liquidités et à des arriérés de salaires qui menacent d’éroder la confiance déjà fragile envers l’État.

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Des habitants se promènent dans le marché traditionnel de Mukalla, dans le Hadramout, au Yémen. (Reuters/File)

Le programme du SDRPY vise à renforcer la stabilité économique, financière et monétaire, à améliorer les capacités gouvernementales, la gouvernance et la transparence, et à donner au secteur privé les moyens de stimuler une croissance durable.

Avec un produit intérieur brut de seulement 19 à 20 milliards de dollars, classé environ au 125e rang mondial, ce plan entend relancer une économie yéménite exsangue et briser le cercle vicieux où l’effondrement alimente la dépendance à l’aide, rendant l’État quasiment ingouvernable.

« Il ne fait aucun doute que le récent soutien saoudien au gouvernement yéménite intervient à un moment important, après la formation du nouveau gouvernement dirigé par le Dr Shaea Al-Zandani et son retour dans la capitale provisoire Aden pour gérer les affaires depuis l’intérieur du pays », a déclaré l’analyste du Golfe Abdulhadi Al-Habtoor à Arab News.

« Comme l’a annoncé le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, ce soutien vise à couvrir les dépenses opérationnelles et les salaires, répondant aux besoins urgents du gouvernement yéménite.

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Un Yéménite déplacé pose pour un portrait avec ses filles dans leur abri à l’intérieur d’un camp à Marib, au Yémen. (Reuters/File)

« À mon avis, cette aide permettra également au gouvernement de poursuivre les réformes économiques engagées récemment, en mettant l’accent sur la transparence, la lutte contre la corruption et l’unification des recettes de l’État sous l’autorité de la banque centrale yéménite. »

La masse salariale publique du Yémen — pilier vital de toute société — s’est presque effondrée. Enseignants, soldats, personnels médicaux et fonctionnaires dans les zones contrôlées par le gouvernement ont passé des mois sans être payés.

Même lorsque les salaires sont versés, la forte dépréciation du rial yéménite en a érodé la valeur, contraignant les familles à emprunter, vendre leurs biens ou sauter des repas pour survivre.

Sur le plan économique, le programme cible le défi structurel le plus grave du Yémen : l’incapacité à rémunérer régulièrement environ un demi-million de fonctionnaires.

Des responsables saoudiens ont indiqué que les fonds soutiendront le volet salarial du budget yéménite, garantiront des décaissements réguliers et poseront les bases d’une stabilité financière à long terme.

« Le Yémen demeure la priorité régionale numéro un de l’Arabie saoudite », a affirmé Salman Al-Ansari, chercheur saoudien en géopolitique, à Arab News. « L’Arabie saoudite est le principal partenaire humanitaire et de développement du Yémen dans le monde, ayant fourni plus de 20 milliards de dollars d’aide au cours de la dernière décennie.

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KSrelief distribue 390 bons d’habillement dans la province de Lahj, au Yémen. (KSrelief)

« Plus de deux millions de Yéménites vivent et travaillent dans le Royaume, reflétant les liens humains profonds entre nos peuples. Le paiement des salaires à nos frères et sœurs au Yémen n’est qu’un volet d’un engagement saoudien plus large visant à aider les Yéménites à reconstruire leur vie et à restaurer la stabilité. »

Les implications dépassent la seule question des salaires. En injectant des liquidités dans les différentes régions du Yémen, le programme vise à restaurer le pouvoir d’achat, stabiliser les revenus des ménages et raviver la confiance dans les marchés locaux.

À terme, cela pourrait relancer les petites entreprises, renforcer les chaînes d’approvisionnement et affaiblir les économies parallèles contrôlées par des milices et des réseaux informels — apportant un semblant de normalité à un pays où le désespoir semblait omniprésent.

« Il ne faut pas oublier que ce soutien saoudien intervient après les récents événements dans l’est du Yémen (Hadramout et Al-Mahra) et les troubles provoqués par le Conseil de transition du Sud avant sa dissolution — des développements qui ont eu un impact négatif sur les conditions de vie des habitants », a ajouté Al-Habtoor.

« Ce dernier soutien devrait rétablir la normalité dans les provinces libérées, renforcer l’unité des rangs du gouvernement légitime et consolider les efforts pour faire face au groupe terroriste houthi, qui contrôle toujours la capitale yéménite, Sanaa. »

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De la fumée s’élève après une frappe aérienne de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite dans le port sudiste de Mukalla, au Yémen. (SABAA/Reuters)

L’approche de Riyad se distingue par sa continuité.

Depuis 2012, l’Arabie saoudite a injecté environ 12,6 milliards de dollars d’aide économique au Yémen — sous forme de dépôts à la banque centrale, de transferts monétaires et de subventions directes — afin d’éviter un effondrement budgétaire et de freiner la spirale inflationniste qui a sapé la gouvernance locale.

Cette aide s’inscrit dans le récit régional central du Royaume : sécurité et développement sont indissociables.

Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, a récemment souligné que le soutien de Riyad « incarne l’engagement du Royaume à renforcer la sécurité et la stabilité et à contribuer à bâtir un avenir meilleur pour le Yémen et son peuple ».

Cette logique façonne une grande partie de la stratégie actuelle de l’Arabie saoudite au Yémen : privilégier une réhabilitation économique progressive — via un soutien en liquidités et des projets ciblés — plutôt que de vastes promesses de reconstruction.

La déclaration du ministère de la Défense en janvier indiquant que l’Arabie saoudite avait lancé 28 projets de développement d’une valeur de 1,9 milliard de riyals dans des secteurs clés tels que la santé, l’énergie et l’éducation a consolidé cette approche intégrée : stabiliser les services essentiels tout en redynamisant les infrastructures publiques.

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Un projet du Programme saoudien pour le développement et la reconstruction du Yémen. (SDRPY)

Au Yémen, de telles mesures revêtent un poids social et politique profond. Des salaires réguliers et un financement opérationnel signalent une forme de légitimité, maintenant les employés publics liés à l’appareil d’État et empêchant l’érosion de la gouvernance.

Dans un paysage longtemps marqué par l’autorité fragmentée, la continuité financière devient un acte simple mais essentiel de construction étatique.

Les critiques soulignent toutefois que l’ampleur des besoins dépasse largement le montant de l’aide. L’économie yéménite — fonctionnant à une fraction de sa capacité d’avant-guerre, confrontée aux blocages des exportations pétrolières, aux flambées inflationnistes et à la baisse du soutien des donateurs — devrait se contracter de 1,5 % en termes réels en 2025 et demeure institutionnellement divisée.

Cependant, du point de vue de Riyad, la stabilisation à court terme doit précéder le changement structurel, une philosophie qui fait écho à ses propres doctrines économiques internes, où les marges budgétaires ouvrent la voie à la diversification.

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Une clinique médicale mobile de KSrelief à Hajjah, au Yémen. (KSrelief)

Le soutien de 346 millions de dollars agit ainsi sur deux fronts étroitement liés : une bouée humanitaire pour des millions de personnes confrontées à l’insécurité salariale, et une ancre géopolitique préservant la souveraineté du Yémen face à un effondrement supplémentaire.

Les analystes y voient une diplomatie calibrée : moins une aide transactionnelle qu’un leadership soutenu dans un voisinage volatil vital pour les intérêts saoudiens.

Alors que le Yémen entame une nouvelle année d’incertitudes, le dernier soutien de l’Arabie saoudite ne résoudra peut-être pas la crise, mais il réaffirme un principe devenu central dans la politique étrangère de Riyad : l’endurance économique est la pierre angulaire de la sécurité.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Echange de 86 détenus entre Damas et des factions druzes à Soueïda

Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange. (AFP)
Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange. (AFP)
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  • Soueïda reste le dernier grand territoire échappant au contrôle des troupes de Damas, qui consolide son autorité sur le pays morcelé par près de 14 ans de guerre civile
  • Dans un communiqué, le CICR a précisé avoir "facilité la libération de 86 détenus entre Damas et Soueïda: 61 ont été transférés vers Soueïda et 25 vers Damas"

SYRIE: Le gouvernement syrien et des factions druzes de la province méridionale de Soueïda ont procédé jeudi à un échange de 86 détenus, a indiqué le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Ces hommes étaient détenus depuis les violences meurtrières survenues à l'été 2025 dans ce bastion des druzes, une minorité arabophone professant une foi issue d'un islam hétérodoxe.

Soueïda reste le dernier grand territoire échappant au contrôle des troupes de Damas, qui consolide son autorité sur le pays morcelé par près de 14 ans de guerre civile.

Dans un communiqué, le CICR a précisé avoir "facilité la libération de 86 détenus entre Damas et Soueïda: 61 ont été transférés vers Soueïda et 25 vers Damas".

Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange.

A un point de contrôle de la localité d'Al-Mtouna, dans le nord de la province et sous contrôle gouvernemental, une équipe de l'AFP a vu deux bus transportant des détenus en provenance de la prison d'Adra, près de Damas.

Escortés par les forces syriennes et le CICR, ils ont pris la route de Soueïda, accompagnés d'une ambulance et d'un véhicule de la Croix-Rouge.

Peu après, un bus transportant des membres des forces de sécurité et de l'armée détenus par la Garde nationale - faction armée druze de Soueïda - est arrivé.

Le chef du CICR en Syrie, Stephan Sakalian, a dit espérer que l'opération ouvre la voie à d'autres libérations et à un dialogue sur le sort des personnes portées disparues depuis les violences de juillet.

Des affrontements avaient alors opposé combattants druzes et bédouins sunnites avant l'intervention des forces de sécurité et de tribus venues d'autres régions pour prêter main forte aux bédouins.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), ces violences ont fait plus de 2.000 morts, dont 789 civils druzes. Elles ont été marquées par des exactions et des exécutions sommaires visant cette minorité, d'après des témoignages de survivants et des ONG.

Après la fin de l'échange, Tarek al-Maghoush, chargé du dossier au sein de la Garde nationale, a parlé de négociations indirectes "difficiles".

Le porte-parole de la Garde nationale, Talal Amer, a déclaré à l'AFP que les négociations s'étaient déroulées via les Etats-Unis et "sous la supervision" d'Israël, pays qu'il a remercié pour son "soutien total" lors des violences.

En 2025, Israël, où vivent plus de 150.000 druzes, était intervenu en Syrie en bombardant les forces gouvernementales au nom de la défense de la communauté druze dans le pays voisin.

Un cessez-le-feu est entré en vigueur le 20 juillet, mais la situation demeure tendue et l'accès à Soueïda difficile.

Des habitants accusent le gouvernement d'imposer un siège aux zones hors de son contrôle, qui accueillent des dizaines de milliers de déplacés, ce que dément Damas. Plusieurs convois d'aide ont toutefois pu entrer depuis.


Israël vise à imposer «un changement démographique permanent» en Cisjordanie et à Gaza, selon l'ONU

Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk. (AFP)
Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk. (AFP)
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  • "Prises dans leur ensemble, les actions d'Israël semblent viser à opérer un changement démographique permanent à Gaza et en Cisjordanie, suscitant des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique", a déclaré M. Türk dans un discours à Genève
  • Il a souligné notamment que les opérations militaires israéliennes menées depuis janvier 2025 dans le nord de la Cisjordanie avaient entraîné le déplacement de 32.000 Palestiniens

GENEVE: Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk.

"Prises dans leur ensemble, les actions d'Israël semblent viser à opérer un changement démographique permanent à Gaza et en Cisjordanie, suscitant des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique", a déclaré M. Türk dans un discours à Genève.

Il a souligné notamment que les opérations militaires israéliennes menées depuis janvier 2025 dans le nord de la Cisjordanie avaient entraîné le déplacement de 32.000 Palestiniens.

"Les forces de sécurité israéliennes continuent à faire un usage non nécessaire et disproportionné de la force" en Cisjordanie, a ajouté M. Türk.

Les violences ont flambé en Cisjordanie occupée depuis le début de la guerre dans la bande de Gaza, déclenchée par l'attaque sanglante du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.

M. Türk a indiqué que, selon des chiffres vérifiés par son bureau, 1.020 Palestiniens avaient été tués depuis cette date "par les forces de sécurité israéliennes" en Cisjordanie.

Pendant la même période, 45 Israéliens, y compris des soldats, ont été tués lors d'attaques palestiniennes, selon les chiffres officiels israéliens.

Le gouvernement israélien a annoncé depuis le début février une série de mesures visant à renforcer son contrôle sur la Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967, en facilitant notamment l'achat de terre par des Israéliens.

Ces mesures ont suscité de nombreuses condamnations à l'international. Une haute responsable de l'ONU a estimé qu'elles équivalaient à une "annexion progressive de facto".

Le Haut-Commissaire aux droits de l'homme a par ailleurs souligné que depuis le début du cessez-le-feu dans la bande de Gaza, le 10 octobre 2025, "des attaques israéliennes ont tué plus de 600 Palestiniens et en ont blessé plus de 1.600, selon le ministère palestinien de la Santé" de ce territoire.

"N'importe où ailleurs, cela serait considéré comme une crise majeure", a-t-il affirmé.

La quasi-totalité des plus de deux millions d'habitants de Gaza ont été déplacés au moins une fois depuis le début de la guerre, qui a réduit en ruines une grande partie du territoire.

"L'intensification des attaques, la destruction méthodique de quartiers entiers, (...) le refus d'apporter une aide humanitaire (...) conjugués aux transferts forcés qui semblent viser à un déplacement permanent, suscitent des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique à Gaza et en Cisjordanie", avait écrit le Haut-Commissariat dans un rapport la semaine dernière.