Comment les réfugiés syriens sont devenus le bouc émissaire d’une catastrophe humaine au Liban

Un camp de tentes abritant des réfugiés syriens dans la vallée de la Bekaa au Liban (Photo, AFP).
Un camp de tentes abritant des réfugiés syriens dans la vallée de la Bekaa au Liban (Photo, AFP).
Des soldats libanais à un poste de contrôle dans la vallée de la Bekaa supervisent un convoi transportant des familles de réfugiés syriens (Photo, AFP).
Des soldats libanais à un poste de contrôle dans la vallée de la Bekaa supervisent un convoi transportant des familles de réfugiés syriens (Photo, AFP).
Des enfants de réfugiés syriens jouent dans un camp de réfugiés non officiel dans la vallée de la Bekaa au Liban, le 8 mars 2018 (Photo, AFP).
Des enfants de réfugiés syriens jouent dans un camp de réfugiés non officiel dans la vallée de la Bekaa au Liban, le 8 mars 2018 (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 25 septembre 2022

Comment les réfugiés syriens sont devenus le bouc émissaire d’une catastrophe humaine au Liban

  • Le discours politique est devenu de plus en plus toxique, parallèlement à l'aggravation de la crise socio-économique
  • Un discours hostile pourrait être à l'origine d'une recrudescence de la violence à l'encontre des plus de 852 000 réfugiés syriens résidant au Liban

DUBAÏ: Lorsque Dareen et sa famille ont fui vers le Liban en 2014, s’évadant de la violence dans leur ville natale d'Alep, dans le nord de la Syrie, elle pensait que leur déplacement durerait un an tout au plus. Huit ans plus tard, elle et ses trois enfants résident toujours dans un campement informel à Chtaura, près de la frontière syrienne.
Selon les estimations de l'ONU, Dareen fait partie des 852 000 réfugiés syriens résidant au Liban, qui ont vu leurs conditions de vie se détériorer depuis le début de la crise financière de leur pays d'accueil vers la fin de 2019, aggravée par la pandémie de la Covid-19 et l'impact de la guerre en Ukraine.
Au milieu de cette crise économique, le discours politique libanais est devenu de plus en plus hostile aux réfugiés syriens, les experts comme les ministres mettant en avant un récit qui rend les familles déplacées responsables des difficultés du pays et de la pression constante sur les services publics.
Dans l'espoir d'alléger ce «fardeau» perçu comme pesant sur l'économie libanaise en difficulté, le gouvernement intérimaire du pays, qui affirme que le nombre de réfugiés syriens est plus proche de 1,5 million, a lancé un programme de rapatriement.
«Onze ans après le début de la crise syrienne, le Liban n'a plus la capacité de supporter ce fardeau, surtout dans les circonstances actuelles», a déclaré Najib Mikati, Premier ministre intérimaire du Liban, lors d'une cérémonie organisée en juin pour lancer le plan de réponse à la crise libanaise de cette année, parrainé par les Nations unies.
«J'appelle la communauté internationale à travailler avec le Liban dans le but de garantir le retour des réfugiés syriens dans leur pays, sinon le Liban s'emploiera à faire sortir les Syriens par des moyens légaux et l'application ferme de la loi libanaise», a-t-il averti.

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Le Premier ministre libanais par intérim, Najib Mikati (Photo, AFP).


Selon l'ONU, le Liban a lancé un appel de 3,2 milliards de dollars américains (1 dollar américain = 1,03 euro) pour faire face à l'impact continu de la crise en Syrie. Environ 9 milliards de dollars ont déjà été fournis en aide depuis 2015 par le biais du plan de réponse à la crise au Liban.
Les commentaires de Mikati, qui s'apparentent à un ultimatum à peine voilé adressé aux Nations unies pour qu'elles envoient une aide financière supplémentaire, font suite à des remarques similaires formulées en mai par le ministre des Affaires sociales par intérim, Hector Hajjar, qui a déclaré que le Liban ne pouvait plus se permettre d'accueillir une population de réfugiés aussi importante.
Selon les experts, les causes des problèmes économiques du Liban et de ses crises nombreuses et souvent simultanées sont bien plus complexes que le simple coût de l'accueil des réfugiés syriens, pour lequel il reçoit une aide mondiale.
En août, la Banque mondiale a accusé les dirigeants libanais de l'après-guerre civile d'avoir orchestré «une dépression délibérée» en accumulant une dette excessive, en utilisant et en dépensant à mauvais escient les dépôts des banques commerciales et en affaiblissant les services publics sur une période de 30 ans.
Toutefois, selon les experts, les réfugiés syriens sont devenus une sorte de bouc émissaire commode pour détourner la responsabilité de l'élite politique en difficulté du pays.

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Les réfugiés syriens sont accusés d'aggraver les problèmes économiques du Liban (Photo, AFP).


En juillet, Issam Charafeddine, ministre libanais intérimaire des personnes déplacées, a déclaré que le gouvernement prévoyait de commencer à renvoyer au moins 15 000 réfugiés syriens par mois. Qualifiant cette mesure de «plan humain, honorable, patriotique et économique nécessaire pour le Liban», il insiste que les réfugiés pouvaient désormais retourner en Syrie en toute sécurité.
Lors d'une réunion conjointe avec Charafeddine, Hossein Makhlouf, ministre de l'Administration locale du régime syrien, a affirmé que «les portes sont ouvertes pour le retour des réfugiés syriens» et que le gouvernement du président Bachar Assad est prêt à faciliter leur retour.
Le plan de rapatriement du Liban a été conçu dans le contexte d'un ressentiment public croissant, voire d'une franche hostilité, à l'égard des réfugiés syriens. Les citoyens libanais, qui ont du mal à nourrir leurs familles, exigent que l'État donne la priorité à leurs besoins plutôt qu'à ceux des personnes perçues comme des étrangers.

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Des enfants syriens plongés dans la pauvreté dans des camps de réfugiés (Photo, AFP).


«Je ne supporte plus de les voir», a déclaré Maria, une institutrice de 51 ans, à Arab News. «Nous avons déjà du mal et leur présence ne fait qu'empirer les choses. Il y a tellement de choses à faire sans avoir à les partager avec des étrangers.»
«Quand je les vois mendier dans la rue, quand je les vois faire la queue avec une sorte de carte d'aide sociale pour payer leurs marchandises, je me surprends à lutter contre l'envie de leur crier dessus. Ils ne sont pas les bienvenus ici. C'est notre terre, notre nourriture, notre argent. Ils devraient simplement rentrer chez eux», a-t-elle ajouté.

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Des réfugiés syriens se préparent à quitter Beyrouth le 4 septembre 2018 (Photo, AFP).


Certains experts et personnalités politiques ont même affirmé que, grâce aux distributions d'argent par les organismes d'aide, les réfugiés syriens recevaient plus d'aide que les Libanais les plus pauvres. Ces déclarations ont alimenté un discours selon lequel les réfugiés syriens sont responsables du malheur du pays.
Postant en juillet sur son compte Twitter officiel, Nadim Gemayel, membre du parti Kataeb libanais, a écrit: «Pour le Liban, le retour des réfugiés syriens n'est pas une option, mais plutôt une nécessité nationale. Si la Syrie n'est pas sûre pour le retour des Syriens, alors leur séjour n'est pas sûr pour les Libanais et les récents événements en sont la preuve, alors soit le retour, soit le retour.»
Préoccupée par l'impact possible de ce durcissement du discours à l'encontre des Syriens, Najat Rochdi, coordinatrice humanitaire des Nations unies au Liban, a exhorté les personnalités publiques libanaises à s'abstenir d'attiser l'hostilité.
 

EN BREF

*9/10 des réfugiés syriens au Liban vivent dans la pauvreté.
*Le Liban prévoit d'expulser 15 000 réfugiés syriens par mois.
*Parmi les 3,7 millions de Syriens vivant en Turquie, beaucoup craignent d'être renvoyés dans leur pays après un changement dans les relations entre Ankara et Damas.
*L'étudiant syrien en médecine Faris Mohammed Al Ali a récemment perdu la vie dans une attaque de ses pairs à Hatay.
 

Le discours public toxique semble avoir entraîné une recrudescence de la violence contre les Syriens. En juin, des images ont été diffusées sur les médias sociaux montrant un propriétaire terrien libanais fouettant un groupe de garçons syriens avec un câble.
Les garçons, qui auraient été engagés par le propriétaire terrien pour récolter des cerises, peuvent être vus dans la vidéo avec des pommes de terre fourrées dans la bouche comme des bâillons pendant que le propriétaire terrien les bat en les accusant de vol.
Même les autorités libanaises ont été accusées de maltraiter les Syriens. Un rapport publié par l'organisation de défense des droits de l'homme, Amnesty International, en mars 2021 comprend les témoignages de 26 Syriens qui affirment avoir été torturés par les autorités libanaises, notamment à coups de tiges métalliques et détenus dans des conditions de stress.

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Un garçon syrien déneige l'entrée d'une tente dans un camp de réfugiés près de Baalbek (Photo, AFP).


Au début du mois de septembre, Bachar Abdel Saoud, un réfugié syrien, aurait été torturé à mort par des membres de l'agence de sécurité nationale du Liban. Lorsque des photos de son corps gravement meurtri ont été diffusées sur les médias sociaux, les autorités ont affirmé qu'il avait avoué être un membre de Daech. Abdel Saoud avait été arrêté en possession d'un faux billet de 50 dollars.
Malgré ces incidents préoccupants, de nombreux réfugiés syriens disent qu'ils préfèrent rester au Liban plutôt que de rentrer chez eux. «La raison pour laquelle je suis parti est toujours là. Assad est toujours président», a déclaré à Arab News, Abou Faisal, 68 ans, qui vit dans un camp de la vallée de la Bekaa au Liban.
Il a ajouté: «Je préfère mourir hors de chez moi par l'humiliation d'un étranger que de mourir dans ce que je considère comme ma maison par sa torture et son humiliation. Je vivrais sur un petit bout de terre isolé du monde et ne reviendrais pas en arrière.»

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Des réfugiés syriens attendent d'être évacués du village de Shebaa, dans le sud du Liban (Photo, AFP).


Certains observateurs soupçonnent le Hezbollah, qui a longtemps été un soutien de premier plan du régime Assad, d'encourager activement des attitudes sociales néfastes afin de faire pression sur les réfugiés syriens pour qu'ils rentrent chez eux — et de redorer ainsi l'image mondiale du régime et de sa main-d'œuvre.
Cependant, bien que l'intensité des combats ait diminué dans une grande partie de la Syrie ces derniers mois, les observateurs des droits de l'homme affirment que le pays est encore loin d'être sûr, avec des cas bien documentés de rapatriés détenus, torturés et même tués par le régime méfiant et vengeur.

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Avec la disparition des maris, de nombreuses femmes réfugiées syriennes doivent accomplir des travaux pénibles pour survivre (Photo, AFP).

«Mon mari est toujours porté disparu», a révélé à Arab News, Dareen, la femme syrienne d'Alep qui vit désormais comme réfugiée avec sa famille à Chtaura. «En 2018, il est retourné en Syrie parce qu'il avait travaillé sur le lancement d'un projet avec un de ses amis pour gagner de l'argent. Je n'ai pas eu de nouvelles de lui depuis le deuxième jour de son arrivée.»
«Mes amis et ma famille m'ont conseillé de continuer ma vie comme s'il était mort. Je suis certaine qu'il a été arrêté par des sbires syriens. Je préfère penser qu'il est mort plutôt que de croupir dans les abattoirs des prisons d'Assad», a-t-elle avisé.
Les témoignages recueillis par les observateurs des droits de l'homme indiquent que les rapatriés ne sont pas chaleureusement accueillis par le régime, mais sont au contraire traités comme des traîtres pour être partis.
«Ma belle-sœur est retournée en Syrie pour prendre des nouvelles de son frère malade l'année dernière», a indiqué Dareen. «Elle a été harcelée à la frontière syrienne. Les soldats l'ont traitée de traître pour avoir quitté la Syrie, l'ont traitée de prostituée et ont menacé de la violer. Elle ne voulait même pas revenir ici. Elle ne voulait pas repasser la frontière, mais elle devait le faire.»

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Des membres de l'Organisation syrienne pour les victimes de la guerre exposent des images de la torture de détenus dans les prisons et les centres de détention du régime d'Assad (Photo, AFP).


Le Réseau syrien pour les droits de l'homme, basé au Royaume-Uni, a recensé au moins 3 057 cas d'arrestation de rapatriés par le régime entre 2014 et 2021 — dont 203 femmes et 244 enfants. La majorité de ces rapatriés viennent du Liban. 
Compte tenu de ces menaces pour la vie et le bien-être des rapatriés, les organisations humanitaires ont demandé à plusieurs reprises au gouvernement libanais de ne pas expulser les réfugiés et de continuer à leur offrir l'asile.
«Le Liban est obligé de ne pas renvoyer ou extrader toute personne risquant d'être torturée car il est lié par le principe de non-refoulement du droit international coutumier, en tant que partie à la Convention contre la torture et les peines cruelles, inhumaines ou dégradantes», a expliqué Human Rights Watch, un organisme de surveillance basé à New York, dans un rapport publié en juillet.
L’UNHCR, l'agence des Nations unies pour les réfugiés, a également rappelé au gouvernement libanais son devoir de «respecter le droit fondamental de tous les réfugiés à un retour volontaire, sûr et digne».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com
 


Au moins 9 morts dans des raids israéliens contre le sud du Liban

Des secouristes arrivent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
Des secouristes arrivent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
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  • Des frappes israéliennes dans le sud du Liban ont fait au moins 9 morts et plusieurs blessés, tandis que des ordres d’évacuation ont été donnés dans la banlieue sud de Beyrouth
  • Les tensions s’intensifient : Israël affirme cibler des infrastructures du Hezbollah, tandis que le mouvement riposte par des attaques de roquettes vers le nord d’Israël

BEYROUTH: Au moins neuf personnes, selon les médias officiels libanais, ont été tuées dans la nuit de mardi à mercredi dans trois raids israéliens contre des localités du sud du Liban, qu'Israël considère comme un bastion du mouvement pro-iranien Hezbollah.

D'après l'Agence nationale d'information (ANI), une attaque israélienne a fait au moins trois morts et 18 blessés dans la région de Nabatiyeh, et une autre quatre morts et un blessé à Aadloun, au sud de la ville de Saïda, également appelée Sidon.

Selon la même source, une frappe israélienne contre un appartement du camp de réfugiés de Mieh Mieh, également près de Saïda, a par ailleurs fait deux morts et quatre blessés.

L'armée israélienne a en outre ordonné aux habitants de sept quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, autre fief du Hezbollah, d'évacuer en prévision d'actions militaires.

Elle a aussi annoncé avoir, au cours de son opération terrestre dans le sud du Liban, avoir "démantelé des centres de commandement du Hezbollah" ainsi qu'un dépôt d'armes, et avoir tué plusieurs combattants du mouvement, sans en préciser le nombre.

De son côté, le Hezbollah a affirmé mercredi matin avoir attaqué un char et des soldats israéliens près de la frontière, et tiré un "barrage de roquettes" vers Kiryat Shmona, dans le nord d'Israël.

Les sirènes d'alerte ont retenti dans cette ville de la vallée de la Houla, proche de la frontière libanaise. Les autorités israéliennes n'ont fait état d'aucune victime.

Mardi, une Israélienne d'une trentaine d'années avait été tuée dans le nord du pays par un autre tir de roquettes depuis le Liban.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, les frappes israéliennes ont tué plus de mille personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a affirmé mardi que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière.

"Les centaines de milliers de résidents du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord ne retourneront pas au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord (d'Israël) ne sera pas assurée", a-t-il prévenu.

- Traces de sang -

Après avoir envahi le Liban en 1982, Israël avait maintenu une zone tampon de 10 à 20 kilomètres de profondeur, jusqu'à son retrait total en 2000, sous les coups de boutoir du Hezbollah.

"La bataille contre le Hezbollah (...) ne fait que commencer", a averti lundi la porte-parole arabophone de l'armée israélienne, Ella Waweya.

Mardi, des frappes israéliennes avaient déjà tué cinq personnes dans le sud du pays et trois autres dans une zone résidentielle proche de Beyrouth, après des raids sur la banlieue sud.

"Ma maison a été entièrement détruite. Il ne reste plus rien, tout a brûlé", dit à l'AFP Abbas Qassem, 55 ans, dont l'appartement voisin du sien a été visé par la frappe à Bchamoun, un village dans les montagnes au sud-est de Beyrouth qui est pourtant à l'écart des zones contrôlées par le Hezbollah.

"Qu'est-ce que j'ai fait pour que ma maison soit détruite? Je suis une personne normale", ajoute-t-il en pleurant, comme sa femme, découvrant l'appartement dévasté.

Un journaliste de l'AFP a vu des traces de sang et des restes d'un projectile dans l'appartement visé.

A Haret Hreik, l'un des quartiers de la banlieue sud désertée par une majorité d'habitants, un photographe de l'AFP a vu des immeubles effondrés et des rues jonchées de débris.

Beyrouth accuse les Gardiens de la révolution iraniens de diriger les opérations du Hezbollah contre Israël, et a interdit leurs activités sur son territoire.

Mardi, la décision des autorités d'expulser l'ambassadeur d'Iran a provoqué une vive réaction du Hezbollah, qui leur a demandé de se rétracter.

"Nous demanderons à l’ambassadeur iranien de rester à Beyrouth et de considérer la mesure comme nulle et non avenue", a affirmé une source de l'organisation à l'AFP.


Nouvelles vagues d'attaques au Moyen-Orient, les négociations Washington-Téhéran restent à confirmer

Les frappes aériennes israéliennes menées dans la nuit du 24 mars 2026 ont causé d’importants dégâts dans le quartier de Haret Hreik, une banlieue densément peuplée du sud de Beirut, considérée comme un bastion du Hezbollah. (AFP)
Les frappes aériennes israéliennes menées dans la nuit du 24 mars 2026 ont causé d’importants dégâts dans le quartier de Haret Hreik, une banlieue densément peuplée du sud de Beirut, considérée comme un bastion du Hezbollah. (AFP)
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  • L’Iran a intensifié les frappes (missiles et drones) contre Israël et plusieurs pays du Golfe, tandis qu’Israël poursuit ses bombardements en Iran et au Liban, aggravant le conflit régional
  • Les États-Unis proposent un plan de paix incluant un cessez-le-feu temporaire, des restrictions sur le programme nucléaire iranien et la levée des sanctions, alors que le détroit d’Ormuz rouvre partiellement, faisant baisser les prix du pétrole

TEHERAN: L'Iran a tiré mercredi des salves de missiles et de drones contre ses voisins du Golfe et Israël, et celui-ci continue de bombarder Téhéran et le Liban, malgré la promesse américaine de négociations de paix qui a calmé les marchés.

Iran et Etats-Unis négocient "en ce moment" pour tenter de mettre un terme au conflit, a affirmé mardi Donald Trump, ajoutant que son émissaire Steve Witkoff, son gendre Jared Kushner, le vice-président JD Vance et le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio participent au processus.

Plusieurs médias, dont le New York Times et la chaîne de télévision israélienne Channel 12, avancent que l'administration Trump a proposé un plan de paix en 15 points à l'Iran par l'entremise du Pakistan, qui entretient de bonnes relations avec les deux parties.

Selon trois sources non identifiées citées par Channel 12, les Etats-Unis proposent un cessez-le-feu d'un mois, le temps que les autorités iraniennes étudient leurs demandes.

Toujours selon la chaîne israélienne, parmi les 15 points, cinq concernent le programme nucléaire iranien, d'autres imposent l'abandon du soutien aux alliés de l'Iran dans la région, comme le Hezbollah ou le Hamas, et un point insiste pour que le détroit d'Ormuz reste ouvert à la navigation maritime. En contrepartie l'Iran obtiendrait une levée des sanctions internationales à son encontre et un soutien pour son programme nucléaire civil.

- L'Iran desserre l'étreinte sur Ormuz -

L'Iran a justement affirmé que les "navires non hostiles" pouvaient désormais "bénéficier d'un passage sûr par le détroit d'Ormuz en coordination avec les autorités compétentes", selon l'Organisation maritime internationale (OMI).

Près de 20% de la production mondiale d'hydrocarbures transite par ce détroit stratégique, dont le blocage de fait par Téhéran ces dernières semaines a fait flamber les prix du pétrole.

Donald Trump a évoqué mardi "un très gros cadeau" lié aux hydrocarbures, sans donner de précisions, qui pourrait justement être lié à cette réouverture partielle du détroit.

En réaction à ces informations les cours du pétrole retombent mercredi, et les Bourses d'Asie sont revenues dans le vert.

Mais l'Iran, pour l'heure, n'a pas confirmé la moindre négociation.

Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien - présenté par le site d'informations Axios comme l'interlocuteur des Etats-Unis - a démenti en bloc. La diplomatie iranienne a juste reconnu en début de semaine avoir reçu, via des "pays amis", des "messages transmettant une demande américaine de négociations".

- Incendie à l'aéroport de Koweït -

La presse américaine évoque en outre l'envoi de 3.000 soldats parachutistes en renfort au Moyen-Orient, où la guerre ne donne aucun signe d'accalmie avec de nouvelles vagues d'attaques israéliennes contre l'Iran et le Liban, et de nouveaux tirs de missiles et de drones iraniens vers Israël, la Jordanie et plusieurs pays du Golfe.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de l'Iran, ont annoncé mercredi avoir lancé des attaques contre le nord et le centre d'Israël, dont la région de Tel-Aviv, ainsi que sur deux bases militaires américaines au Koweït, une en Jordanie et une au Bahreïn.

Selon les secours israéliens, 12 personnes ont été blessées mardi soir près de Tel-Aviv par un ou plusieurs missiles iraniens.

Au Koweït, une attaque de drones a mis le feu à un réservoir de carburant à l'aéroport international de l'émirat, selon l'Autorité de l'aviation civile du pays, qui n'a pas fait état de victime.

De son côté, comme au cours des nuits précédentes, l'armée israélienne a annoncé avoir "lancé une série de frappes visant les infrastructures du régime terroriste iranien à Téhéran".

"Les bruits, les explosions et les missiles font désormais partie de notre vie quotidienne", a confié à l'AFP par téléphone une femme de 35 ans, originaire du Kurdistan iranien et résidant à Téhéran.

- Au moins 9 morts au Liban -

Israël poursuit également son offensive au Liban, où au moins neuf personnes ont été tuées dans la nuit de mardi à mercredi dans trois raids dans le sud du pays, région considérée par Israël comme un bastion du mouvement pro-iranien Hezbollah, selon l'agence de presse officielle libanaise ANI.

L'armée israélienne a en outre ordonné aux habitants de sept quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, autre fief du Hezbollah, d'évacuer en prévision d'actions militaires.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, les frappes israéliennes y ont tué plus de mille personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a affirmé mardi que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière.


Liban: Israël veut s'emparer d'une zone du sud, trois morts près de Beyrouth

Des poupées gisent sur un lit jonché de petits débris sur le site d'une frappe aérienne israélienne menée dans la nuit et qui a visé un appartement à Bshamoun, au sud-est de Beyrouth, le 24 mars 2026. (AFP)
Des poupées gisent sur un lit jonché de petits débris sur le site d'une frappe aérienne israélienne menée dans la nuit et qui a visé un appartement à Bshamoun, au sud-est de Beyrouth, le 24 mars 2026. (AFP)
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  • "Les centaines de milliers de résidents du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord ne retourneront pas au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord (d'Israël) ne sera pas assurée"
  • Mardi, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani

BEYROUTH: Israël a annoncé mardi qu'il allait s'emparer d'une large zone du sud du Liban pour assurer sa sécurité, alors qu'il poursuit ses frappes sur le reste du territoire libanais, faisant trois morts près de Beyrouth et cinq autres dans le sud.

Après avoir envahi le Liban en 1982, Israël avait maintenu une zone tampon de 10 à 20 kilomètres de profondeur, jusqu'à son retrait total en 2000, sous les coups de boutoir du Hezbollah pro-iranien.

Mardi, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à une trentaine de km de la frontière.

"Les centaines de milliers de résidents du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord ne retourneront pas au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord (d'Israël) ne sera pas assurée", a-t-il prévenu.

Depuis que le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre régionale, Israël mène des frappes massives à travers le pays, qui ont fait plus d'un millier de morts et plus d'un million de déplacés.

"La bataille contre le Hezbollah (...) ne fait que commencer", a averti lundi la porte-parole arabophone de l'armée israélienne, Ella Waweya.

Mardi à l'aube, des frappes israéliennes ont tué cinq personnes dans le sud du pays et trois autres dans une zone résidentielle proche de Beyrouth, après des raids sur la banlieue sud de la capitale, bastion du Hezbollah.

"Qu'est-ce que j'ai fait?" 

"Ma maison a été entièrement détruite. Il ne reste plus rien, tout a brûlé", dit à l'AFP Abbas Qassem, 55 ans, dont l'appartement voisin du sien a été visé par la frappe à Bchamoun, au sud-est de Beyrouth.

"Qu'est-ce que j'ai fait pour que ma maison soit détruite? Je suis une personne normale", ajoute-t-il en pleurant, comme sa femme, découvrant l'appartement dévasté.

La frappe a notamment tué une fillette de quatre ans et fait quatre blessés, selon le ministère de la Santé.

Bchamoun n'est pas un bastion du Hezbollah, dont l'armée israélienne dit viser les combattants.

Un journaliste de l'AFP a vu des traces de sang et des restes d'un projectile dans l'appartement visé.

Lundi après-midi, une frappe ciblée avait visé un immeuble de la ville d'Hazmieh, dans une zone résidentielle surplombant Beyrouth, proche du palais présidentiel et abritant de nombreuses ambassades, faisant un mort.

Un porte-parole de l'armée israélienne a affirmé qu'un "terroriste de la force al-Qods", la branche des opérations extérieures des Gardiens de la Révolution iraniens, était visé.

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a déclaré que des membres des Gardiens de la Révolution iraniens, se trouvant au Liban, dirigeaient les opérations du Hezbollah.

L'accréditation de l'ambassadeur d'Iran a été retirée, Beyrouth lui donnant jusqu'à dimanche pour quitter le pays.

Incursion 

Dans la nuit, une série de frappes a visé des quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

A Haret Hreik, l'un des quartiers de la banlieue sud désertée par une majorité d'habitants, un photographe de l'AFP a vu des immeubles effondrés et des rues jonchées de débris.

L'Ani a aussi rapporté des frappes sur plusieurs régions de l'est et du sud, où des stations essence de la société al-Amana, qui selon Israël finance le Hezbollah, ont été visées.

Dans le sud, l'armée israélienne a visé la région de la ville côtière de Tyr, faisant cinq morts selon le ministère de la Santé.

Dans le même temps, elle a à nouveau frappé un pont sur le Litani, visé la veille, dans le cadre de son opération de destruction de plusieurs ponts sur ce fleuve reliant une partie du sud au reste du pays.

Le Hezbollah a pour sa part annoncé s'opposer à la progression des forces israéliennes dans des localités frontalières, revendiquant notamment des attaques contre des soldats dans le village de al-Qaouzah ainsi que sur le nord d'Israël.

Selon l'Ani, une unité israélienne a effectué une incursion dans le village frontalier de Halta, où les soldats "ont effectué des perquisitions dans plusieurs maisons et ouvert le feu sur les habitants", tuant l'un d'entre eux et en blessant un autre.