Manifestations en Iran: des célébrités et des journalistes dans le collimateur

Une femme tenant des pancartes participe à une veillée aux chandelles pour Mahsa Amini, décédée en garde à vue par la police iranienne, à Los Angeles, Californie, le 29 septembre 2022. (AFP)
Une femme tenant des pancartes participe à une veillée aux chandelles pour Mahsa Amini, décédée en garde à vue par la police iranienne, à Los Angeles, Californie, le 29 septembre 2022. (AFP)
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Publié le Vendredi 30 septembre 2022

Manifestations en Iran: des célébrités et des journalistes dans le collimateur

  • La répression de ce mouvement de contestation a fait des dizaines de morts depuis mi-septembre, suscitant de nombreuses condamnations à l'étranger
  • Le président iranien Ebrahim Raïssi a prévenu que malgré «le chagrin» suscité par la mort d'Amini, «personne n'était autorisé à enfreindre la loi et à provoquer le chaos»

PARIS: L'Iran a intensifié jeudi la pression sur des célébrités et des journalistes sur fond d'une vague de manifestations déclenchées par la mort d'une jeune femme, Mahsa Amini, quelques jours après son arrestation par la police des moeurs.

La répression de ce mouvement de contestation a fait des dizaines de morts depuis mi-septembre, suscitant de nombreuses condamnations à l'étranger.

Des cinéastes, des athlètes, des musiciens et des acteurs iraniens ont exprimé leur solidarité avec les manifestants, y compris l'équipe nationale de football dont les joueurs ont porté des survêtements noirs pendant les hymnes interprétés avant un match à Vienne contre le Sénégal.

"Nous allons nous en prendre aux célébrités qui ont soufflé sur les braises" des "émeutes", a déclaré le gouverneur de la province de Téhéran, Mohsen Mansouri, cité jeudi par l'agence de presse Isna, en référence aux manifestations.

Le mouvement de contestation, le plus important depuis 2019, a été déclenché par la mort le 16 septembre de Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans, trois jours après son arrestation par la police des moeurs.

Il lui était reproché d'avoir enfreint le code vestimentaire strict de l'Iran qui oblige notamment les femmes à porter le voile islamique.

Ligne rouge 

Le chef de la justice iranienne, Gholamhossein Mohseni Ejei, a aussi pointé du doigt les célébrités: "Ceux qui sont devenus célèbres grâce au soutien du système, pendant les jours difficiles, ont rejoint l'ennemi au lieu d'être avec le peuple. Tous doivent savoir qu'ils doivent rembourser les dommages matériels et spirituels causés au peuple et au pays", a-t-il dit.

Pour sa part, le président iranien Ebrahim Raïssi a prévenu que malgré "le chagrin" suscité par la mort d'Amini, "personne n'était autorisé à enfreindre la loi et à provoquer le chaos".

Une journaliste qui avait couvert l'enterrement de Mahsa Amini a été interpellée jeudi, selon son avocat. Cette arrestation est intervenue après celle de la journaliste Nilufar Hamedi, du quotidien "Shargh", qui s'était rendue à l'hôpital où la jeune Kurde était dans le coma et qui avait contribué à rendre publique l'affaire.

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a annoncé jeudi que trois autres journalistes: Farshid Ghorbanpour, Aria Jaffari et Mobin Balouch, avaient été arrêtés, portant le total des arrestations à 28.

Selon l'agence de presse iranienne Fars, environ 60 personnes ont été tuées depuis le début des manifestations le 16 septembre, tandis que l'ONG Iran Human Rights, basée à Oslo, a fait état d'un bilan d'au moins 83 morts.

Imputant les manifestations à des forces extérieures, l'Iran a mené mercredi des frappes transfrontalières qui ont fait 13 morts dans la région du Kurdistan irakien, accusant les groupes armés d'opposition basés dans cette région d'alimenter les troubles. Un ressortissant américain a été tué dans ces frappes, selon la diplomatie américaine.

Jeudi, l'Iran a convoqué le chargé d'affaires français, dénonçant l'"ingérence" de la France dans ses affaires intérieures après la condamnation par Paris de la "répression violente" des manifestations.

«Violence impitoyable»

Des manifestations de solidarité avec les femmes iraniennes ont eu lieu dans le monde entier, et des rassemblements sont prévus dans 70 villes samedi.

En Afghanistan, les talibans ont dispersé jeudi un rassemblement devant l'ambassade d'Iran à Kaboul de femmes afghanes venues soutenir les manifestantes iraniennes, dont elles disent partager la lutte. Les forces talibanes ont tiré en l'air et tenté de frapper les manifestantes à coup de crosse, selon des journalistes de l'AFP.

Dans une déclaration à l'agence de presse Fars, les agents de renseignement des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran, ont indiqué avoir arrêté 50 membres d'"un réseau organisé" à l'origine des "émeutes" dans la ville sainte chiite de Qom.

Amnesty International a critiqué les "pratiques généralisées de recours illégal à la force et la violence impitoyable des forces de sécurité" en Iran.

L'ONG a cité le recours à des balles réelles et boules de métal, des passages à tabac et violences sexuelles à l'encontre des femmes, le tout "sous couvert de perturbations continues et délibérées de l'Internet et de la téléphonie mobile".

"Des dizaines de personnes, parmi lesquelles des enfants, ont été tuées et des centaines blessées", a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale de l'ONG.

Dans ce contexte, la cheffe de la diplomatie allemande Annalena Baerbock a indiqué sur Twitter que son pays réclamait des sanctions de l'Union européenne contre "ceux qui en Iran battent les femmes à mort et abattent les manifestants au nom de la religion".


«Ça suffit»: Hillary Clinton et des artistes interpellent l'ONU sur la répression des femmes en Iran

Hillary Clinton s'exprime lors de l'exposition «Eyes on Iran» à New York, le 28 novembre 2022 (Photo, AFP).
Hillary Clinton s'exprime lors de l'exposition «Eyes on Iran» à New York, le 28 novembre 2022 (Photo, AFP).
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  • Hillary Clinton a pris part sur Roosevelt Island à une cérémonie de dévoilement d'installations d'art intitulées «Eyes on Iran»
  • Le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU a décidé le 24 novembre d'ouvrir une enquête internationale sur la répression des manifestations

NEW YORK: L'ancienne candidate à la présidentielle américaine Hillary Clinton et plusieurs artistes et militantes iraniennes ont interpellé l'ONU lundi sur la répression des femmes en Iran, à l'occasion d'un événement artistique à New York en face du siège des Nations unies.

L'ex-cheffe de la diplomatie américaine (2009-2013) a pris part sur Roosevelt Island, une île sur l'East River entre Manhattan et Queens, à une cérémonie de dévoilement d'installations d'art – notamment un oeil géant peint sur des marches – intitulées "Eyes on Iran".

"Cette campagne 'Eyes on Iran' face aux Nations unies vise à faire en sorte que l'opinion publique n'oublie pas la répression brutale en cours contre les femmes et les filles iraniennes" a lancé Mme Clinton entourée d'artistes iraniennes vivant aux Etats-Unis, comme Sheida Soleimani, Aphrodite Désirée Navab, Shirin Neshat et Mahvash Mostala.

D'après l'ancienne Première dame, "le meurtre de Mahsa Amini aux mains de la police a déclenché une révolution à travers laquelle le peuple iranien, conduit par des femmes et des filles, a dit 'ça suffit, nous ne tolérerons plus longtemps cette oppression'".

L'Iran est secoué par des manifestations depuis la mort en détention le 16 septembre de Mahsa Amini, arrêtée trois jours plus tôt par la police des moeurs pour avoir, selon celle-ci, enfreint le code vestimentaire strict de la République islamique prévoyant le port du voile.

Hillary Clinton a relayé une pétition internationale lancée il y a un mois et soutenue aussi par la vice-présidente Kamala Harris pour que "les Etats membres des Nations unies répondent au courage des citoyens iraniens et écartent l'Iran de la Commission de l'ONU sur les femmes".

En gardant Téhéran dans ses rangs, "cette commission et l'ONU perdent leur crédibilité", a tonné l'ex-secrétaire d'Etat.

Les pays membres de la Commission de la condition de la femme des Nations unies (CSW) sont élus par le Conseil économique et social de l'ONU. Le mandat de l'Iran s'achève en 2026, celui des Etats-Unis l'an prochain.

Le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU a décidé le 24 novembre d'ouvrir une enquête internationale sur la répression des manifestations que la République islamique qualifie d'"émeutes", encouragées selon elle par l'Occident.

Au moins 416 personnes ont été tuées selon l'ONG qui siège en Norvège Iran Human Rights (IHR) et 15 000 ont été arrêtées selon le Rapporteur spécial de l'ONU sur l'Iran.


Tunisie: Le chef d'Ennahdha de nouveau devant la justice

Rached Ghannouchi quitte son domicile pour se rendre dans les bureaux du procureur antiterroriste à Tunis, le 20 septembre 2022 (Photo, AFP).
Rached Ghannouchi quitte son domicile pour se rendre dans les bureaux du procureur antiterroriste à Tunis, le 20 septembre 2022 (Photo, AFP).
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  • Ghannouchi, 81 ans, est arrivé dans la matinée aux bureaux du pôle judiciaire antiterroriste en banlieue de Tunis pour une nouvelle audition
  • Le juge d'instruction doit décider à l'issue des auditions de l'inculper ou non

TUNIS: Le chef du parti tunisien d'inspiration islamiste Ennahdha, Rached Ghannouchi, a de nouveau comparu lundi devant un juge d'instruction antiterroriste en lien avec l'envoi présumé de djihadistes en Syrie et en Irak.

M. Ghannouchi, 81 ans, est arrivé dans la matinée aux bureaux du pôle judiciaire antiterroriste en banlieue de Tunis pour une nouvelle audition après celle du 21 septembre, selon l'un de ses avocats, Mokhtar Jemai.

Le juge d'instruction doit décider à l'issue des auditions d'inculper ou non M. Ghannouchi.

L'ancien Premier ministre Ali Laarayedh, vice-président d'Ennahdha, doit également être auditionné par le pôle judiciaire antiterroriste lundi.

Dans cette affaire dite de "l'expédition de djihadistes", qui fut au coeur du débat politique pendant des années et a refait surface ces dernières semaines, plusieurs responsables d'Ennahdha et des politiciens proches du mouvement sont poursuivis.

Le président Kais Saied, dont Ennahdha est la bête noire, a considérablement renforcé sa tutelle sur la justice après s'être arrogé les pleins pouvoirs en 2021.

Après la chute de la dictature de Zine el Abidine Ben Ali en 2011, des milliers de Tunisiens avaient rejoint les rangs d'organisations djihadistes, notamment le groupe Etat islamique (EI), en Irak, en Syrie et en Libye.

Le parti Ennahdha, pilier des gouvernements qui se sont succédé au pouvoir depuis 2011, est soupçonné par ses détracteurs et une partie de la classe politique d'avoir facilité le départ de ces djihadistes vers les zones de conflit, ce que le mouvement dément catégoriquement.

Ennahdha ne cesse de dénoncer des accusations "fabriquées" et accuse le pouvoir de chercher à détourner l'opinion publique des "préoccupations économiques et sociales et de la dégradation des conditions de vie".

M. Ghannouchi, qui dirigeait le Parlement dissous par M. Saied en juillet 2021, a été entendu le 10 novembre par un magistrat du tribunal de Sousse (est) dans le cadre d'une enquête pour "blanchiment d'argent" et "incitation à la violence".


L’insécurité alimentaire au centre d’une réunion de la Ligue arabe

En juin 2021, une étude de l’ONU a mis en garde contre l’augmentation de la faim dans la région arabe. (Photo, Reuters)
En juin 2021, une étude de l’ONU a mis en garde contre l’augmentation de la faim dans la région arabe. (Photo, Reuters)
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  • Le sous-comité assure le suivi de la mise en œuvre du cadre stratégique pour l’objectif faim zéro de l’ONU
  • Le Cadre stratégique pour la faim zéro dans la région arabe a été lancé en février lors de la quatrième édition de la Semaine arabe du développement durable au Caire

LE CAIRE: Lundi, la Ligue arabe a tenu la huitième réunion du sous-comité pour l’éradication de la faim, l’assurance de la sécurité alimentaire et la promotion de l’agriculture durable dans la région, a rapporté l’Agence de presse officielle saoudienne.

Présidée par le Soudan, la réunion s’est focalisée sur la mise en œuvre du «deuxième objectif de développement durable des Nations unies: faim zéro», qui vise à éliminer l’insécurité alimentaire et la malnutrition dans la région.

Nada el-Agizy, directrice du développement durable et de la coopération internationale à la Ligue arabe, a affirmé que la sécurité alimentaire était une priorité absolue pour une action arabe commune.

Elle a souligné l’importance des efforts de collaboration et a appelé au renforcement des partenariats existants, ainsi qu’à l’établissement de nouveaux partenariats, afin de relever les défis.

Le Cadre stratégique pour la faim zéro dans la région arabe a été lancé en février lors de la quatrième édition de la Semaine arabe du développement durable au Caire.

En juin 2021, une étude de l’ONU a mis en garde contre l’augmentation de la faim dans la région arabe, qui menaçait les efforts de la région visant à s’en débarrasser d’ici 2030.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com