Du Yémen à l'Ukraine, les drones iraniens font des ravages

Drones kamikazes lors d'un exercice de deux jours dans un lieu non divulgué en Iran (Photo, AFP).
Drones kamikazes lors d'un exercice de deux jours dans un lieu non divulgué en Iran (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 04 octobre 2022

Du Yémen à l'Ukraine, les drones iraniens font des ravages

  • Les Houthis du Yémen et d'autres milices ont utilisé des drones de fabrication iranienne pour cibler des installations civiles saoudiennes
  • Le mois dernier, Shahed-136 et Mohajer-6 ont fait leurs débuts au combat en Ukraine au service de la Russie

ERBIL, Kurdistan irakien: Les drones armés conçus et fabriqués par l'Iran ont donné aux milices mandataires de Téhéran au Moyen-Orient des capacités uniques de causer des ravages dans toute la région.

La milice houthie au Yémen, par exemple, a fréquemment utilisé des drones chargés d'explosifs pour cibler l'Arabie saoudite. Téhéran a fourni à ces militants les moyens et le savoir-faire pour assembler et lancer ces drones aux effets dévastateurs.

En septembre 2019, des drones et des missiles de croisière iraniens ont été utilisés pour attaquer les installations de traitement du pétrole à Abqaiq et Khurais, dans l'est de l'Arabie saoudite, ce qui a fortement perturbé les marchés pétroliers mondiaux.

Des drones iraniens ont également été déployés à l'intérieur de l'Irak, ce qui témoigne de l'ampleur de leur prolifération dans cette région instable. La semaine dernière, les forces américaines ont déclaré avoir abattu un drone iranien de type Mohajer-6 qui se dirigeait vers Erbil, la capitale de la région semi-autonome du Kurdistan au nord de l'Irak.

Aujourd'hui, et pour la première fois, les drones iraniens sont mis à l'épreuve dans une tout autre guerre.

En septembre, les drones iraniens ont fait leurs débuts au combat en Ukraine, au service de l'armée russe, où ils semblent prêts à jouer un rôle important dans le conflit qui sévit depuis huit mois en Europe de l'Est. Les forces ukrainiennes ont abattu des drones kamikazes iraniens vendus à la Russie dans le but de cibler des civils, ce qui a conduit le président Volodymyr Zelensky à expulser des diplomates iraniens du pays.

«Il est triste de devoir reconnaître que le gouvernement iranien ment, tout comme le gouvernement de la Fédération de Russie, car nous avons eu des contacts avec les dirigeants iraniens au plus haut niveau. Nous avons parlé à l'ambassade, nous avons fait appeler les ambassadeurs au ministère des Affaires étrangères. Et on nous a assuré que rien n'avait été vendu à la Russie, que ce n'étaient pas leurs drones, rien de tel», a-t-il récemment déclaré à l'émission Frankly Speaking d'Arab News.

«Nous détenons un certain nombre de ces drones iraniens abattus, et ceux-ci ont été vendus à la Russie pour tuer notre peuple. Et ils sont – vous avez raison – utilisés contre des infrastructures civiles et des civils, des civils pacifiques. À cause de cela, nous avons renvoyé des diplomates iraniens du pays. Nous n'avons rien à discuter avec eux.»

Nicholas Heras, directeur de la stratégie et de l'innovation au New Lines Institute, affirme qu'il existe des différences importantes dans la façon dont la Russie et les Houthis choisissent de déployer leurs flottes de drones iraniens.

«Les Houthis déploient ces munitions rôdeuses de manière plus stratégique, en essayant généralement de frapper des cibles de grande valeur à l'intérieur du Yémen mais au-delà de leur zone de contrôle ou à l'intérieur de l'Arabie saoudite. Les drones iraniens servent de force aérienne bon marché aux Houthis», a-t-il expliqué à Arab News.

«En Ukraine, les Russes utilisent les drones iraniens dans un sens plus tactique, pour frapper l'artillerie ukrainienne ou les dépôts d'armes qui se trouvent plus près des lignes de front. Les Russes utilisent essentiellement ces drones comme un autre type de munition, alors que les Houthis les utilisent plutôt comme des missiles intermédiaires.»

Un défilé militaire en septembre 2022 à Sanaa (Photo, AFP/Bureau médiatique des Houthis).

Selon des responsables américains, l'Iran fournit à la Russie des «centaines» de drones armés pour tenter de renverser le cours de la guerre contre les forces armées ukrainiennes soutenues par l'Occident, qui ont reconquis de vastes étendues du territoire oriental du pays ces dernières semaines.

Dans une interview exclusive accordée cette semaine à la présentatrice de Frankly Speaking, Katie Jensen, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré: «Nous détenons un certain nombre de ces drones iraniens abattus, et ceux-ci ont été vendus à la Russie pour tuer notre peuple.» 

«Ils sont utilisés contre des infrastructures civiles et des civils, des civils pacifiques. À cause de cela, nous avons renvoyé des diplomates iraniens du pays. Nous n'avons rien à discuter avec eux.»

La Russie a déjà utilisé dans cette guerre plusieurs de ses munitions rôdeuses iraniennes nouvellement acquises, également appelées drones kamikazes ou drones suicides. Ces drones en particulier sont relativement bon marché et peuvent être utilisés en grand nombre, ce qui leur permet d’envahir les défenses ennemies, d'atteindre leur cible et de s'autodétruire.

La Russie a récemment employé, ou du moins tenté d'employer, cette technique dans le port d'Odessa, dans le sud de l'Ukraine, et dans la ville de Mykolaiv, en utilisant des drones iraniens Shahed-136.

Des drones de fabrication iranienne ont également visé des positions d'artillerie ukrainiennes dans la région de Kharkiv. Les autorités militaires ukrainiennes affirment avoir abattu plusieurs de ces drones, dont le modèle Mohajer-6, plus grand, ces derniers jours.

Le Shahed-136 et le Mohajer-6 sont deux types de drones bien distincts, conçus pour atteindre des objectifs différents.

«Le Shahed-136 est une munition rôdeuse d'une portée importante, tandis que le Mohajer-6 est un drone ISR (intelligence, surveillance et reconnaissance) et de combat de moyenne portée d'environ 200 kilomètres», a déclaré Samuel Bendett, analyste de recherche au Center for Naval Analyses, à Arab News.

«Le seul drone Mohajer-6 qui a été récemment abattu a probablement été victime d'une erreur de l'opérateur, ou des systèmes de guerre électronique ukrainiens.»

Bien qu'ils aient chacun des applications différentes, les deux modèles de drones sont également connus pour être utilisés en tandem.

Les débris d'un Shahed-136 iranien, abattu par les forces armées ukrainiennes près de Kupiansk dans la région de Kharkiv (Photo, Ministère ukrainien de la Défense/réseaux sociaux).

«Les commentateurs russes indiquent que Mohajer pourrait avoir dirigé Shahed-136 vers la cible, étant donné que Shahed-136 n'a pas sa propre caméra et doit compter sur le GPS pour le ciblage», a indiqué M. Bendett.

«Mohajer-6 est à peu près comparable au drone Bayraktar TB2 de fabrication turque en termes de capacités, ce qui donne aux Russes qui l'emploient comme système ISR et de combat une parité approximative avec certaines capacités des drones ukrainiens.»

James Rogers, professeur associé en études sur la guerre au Centre d'études sur la guerre de l'Université du Danemark Sud et chercheur principal non résident au Cornell Tech Policy Lab de l'Université Cornell, a également décrit les drones Shahed-136 et Mohajer-6 comme des systèmes très différents, «conçus pour combler d'importantes lacunes opérationnelles pour l'armée russe».

«Le Shahed-136 peut être utilisé dans des essaims rudimentaires de cinq drones ou moins et est à peu près comparable à une famille croissante de drones rôdeurs, comme le Switchblade 600 (américain) ou le Harop (israélien)», a expliqué M. Rogers à Arab News.

«En revanche, le Mohajer-6 est une plate-forme d'armes qui peut remplir un rôle de surveillance et également déployer ses propres missiles et bombes guidées. Cela le rend largement comparable au type de drone TB2, dans la mesure où il s'agit d'une arme polyvalente de plus longue endurance.»

Selon M. Bendett, certaines sources ukrainiennes estiment que le coût du Shahed-136 ne dépasse pas 20 000 dollars par unité, «ce qui le rend suffisamment bon marché pour être produit en masse par les Russes».

«En fait, certains canaux Telegram russes indiquent que cette production de masse a déjà commencé dans des entreprises russes», a-t-il confié. «S'ils sont utilisés en masse, ils peuvent représenter un défi pour les défenses aériennes ukrainiennes et causer des dégâts.»

En septembre, les drones iraniens ont fait leurs débuts au combat en Ukraine, au service de l'armée russe (Photo, Agence de presse MEHR).

Néanmoins, M. Bendett doute que les nouvelles capacités des drones iraniens puissent changer la donne dans le conflit ukrainien.

«Ils ne seront pas en mesure d'inverser les gains ukrainiens, car ces gains sont réalisés par l'infanterie et les opérations d'armes combinées qui tiennent le territoire», a-t-il affirmé.

«Ils peuvent toutefois créer des problèmes aux Ukrainiens vu la possibilité d'un taux élevé de dégradation des armes, des systèmes et du personnel en raison des attaques continues des Shaheds.»

Pour sa part, M. Rogers estime qu'il est encore trop tôt pour déterminer si les Shahed-136 et Mohajer-6 «auront un impact transformateur» sur l'effort de guerre russe.

«Un certain nombre de drones iraniens ont déjà été abattus par l'armée ukrainienne, mais des rapports indiquent qu'ils ont été utilisés avec succès contre les systèmes de roquettes d'artillerie à haute mobilité fournis par les États-Unis, qui ont été indispensables aux forces ukrainiennes», a-t-il déclaré.

En effet, le Shahed-136 guidé par GPS s'est révélé d'une précision remarquable, comme le prouve le fait que les Ukrainiens ont récemment «reconnu que les Shaheds ont frappé des batteries d'artillerie ainsi que des cibles fixes telles que des bâtiments à Odessa», a ajouté M. Bennet.

Cependant, le modèle de drone ne dispose pas de composants électroniques sophistiqués, et un solide système de défense de guerre électronique «peut interférer avec leur fonctionnement», a-t-il souligné.

Les débris d'un autre Shahed-136 iranien, abattu par les forces armées ukrainiennes près de Kupiansk dans la région de Kharkiv (Photo, Ministère ukrainien de la Défense/réseaux sociaux).

On aurait tort de sous-estimer les avantages considérables que la technologie des drones peut apporter au champ de bataille.

Selon M. Rogers, le Shahed-136 est comparable à un missile de croisière moderne «en ce sens qu'il peut atteindre des cibles avec précision et exploser à l'impact, mais il en diffère par le fait qu'il peut rester en vol, surveiller le champ de bataille et ajuster sa cible en réaction à l'évolution de la situation au sol».

«Il peut également être utilisé dans le cadre d'un déploiement en essaim de plusieurs drones pour saturer les défenses terrestres, ouvrant la porte – pour ainsi dire – à toute une série d'autres missiles et roquettes», a-t-il ajouté.

De même, M. Bendett estime que le Shahed-136 a donné à l'armée russe la capacité «de lancer des munitions rôdeuses de longue portée sur des cibles en grand nombre à différentes profondeurs tactiques et opérationnelles».

Ceci est d'autant plus important que c'est «quelque chose qu'ils ont eu du mal à faire au cours des mois précédents étant donné leurs stocks limités de drones rôdeurs et de combat

nationaux».

«La Russie tire également de précieuses leçons de l'utilisation par l'Iran de ces drones via ses multiples mandataires au Moyen-Orient, ce qui peut contribuer à l'élaboration de nouvelles tactiques et procédures en Ukraine.»

En plus de fournir à la Russie des leçons et des doctrines, ces drones servent également de substituts au stock de missiles de croisière de la Russie, qui s'épuise, et qu'il faudra probablement des années à Moscou pour reconstituer aux niveaux d'avant-guerre.

Un soldat ukrainien dans la ville de Kupiansk, sur la ligne de front, dans la région de Kharkiv, le 24 septembre 2022, en pleine invasion russe de l'Ukraine (Photo, AFP).

«Avec les restrictions commerciales et les embargos imposés à la Russie, les militaires ont eu du mal à remplacer les actifs militaires perdus», a déclaré M. Rogers.

«C'est pourquoi l'arrangement commode avec l'Iran est apparu. Il permet à la Russie d'obtenir des ressources militaires dont elle manque ou qu'elle n'a pas les moyens de produire.»

Plus les drones iraniens accumulent les essais de combat en Ukraine et à travers le Moyen-Orient, plus ils sont susceptibles de devenir sophistiqués. C'est pourquoi M. Heras estime que Kiev et Riyad doivent renforcer leurs défenses aériennes pour faire face à cette menace de manière adéquate.

«Les Ukrainiens ont utilisé des missiles antiaériens portables tirés par des soldats d'infanterie ou des véhicules pour abattre les drones russes de fabrication iranienne, bien qu’avec un mélange de succès et d'échecs», a-t-il indiqué.

Ces dernières années, l'Arabie saoudite a lancé un grand nombre de missiles d'interception Patriot, qui coûtent des millions de dollars par tir, contre des drones houthis dont la fabrication ne coûte que quelques milliers de dollars.

«À terme, les systèmes anti-aériens développés par les Israéliens et les Américains et destinés à des types de roquettes plus petits pourraient être utiles à l'Ukraine et à l'Arabie saoudite», a affirmé M. Heras.

«Surtout pour l'Arabie saoudite, qui aurait besoin de ces défenses pour protéger les cibles stratégiques que les Houthis préfèrent frapper.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


«Si le Liban echoue, cela impactera sur la région et sur l'Europe», déclare Haneen Sayed, ministre des Affaires sociales, à Arab News

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  • Haneen Sayed avertit que la guerre et les déplacements risquent d'accélérer l'effondrement institutionnel et le déclin économique du Liban
  • Beyrouth appelle à un cessez-le-feu et à un soutien mondial pour reconstruire l'autorité de l'État et contenir l'influence du Hezbollah

NEW YORK CITY : Haneen Sayed, ministre libanaise des Affaires sociales, a profité de sa visite à New York et à Washington cette semaine pour souligner le besoin urgent de renforcer les institutions de l'État alors que le pays est confronté aux pressions combinées de la guerre, des déplacements massifs de population et de la pression économique.

Elle a déclaré que le renforcement de l'État libanais, de l'armée aux services sociaux, est essentiel non seulement pour répondre à la crise humanitaire immédiate, mais aussi pour restaurer la confiance du public et prévenir toute nouvelle érosion institutionnelle à un moment critique.

Mme Sayed a également souligné l'importance des pourparlers directs entre le Liban et Israël qui auront lieu cette semaine à Washington et qui visent à obtenir un cessez-le-feu entre Israël et la milice du Hezbollah soutenue par l'Iran, affirmant que l'arrêt de la violence est une première étape nécessaire pour rendre les négociations viables.

S'adressant à Arab News au siège des Nations unies à New York avant de participer aux réunions de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale à Washington, M. Sayed a décrit l'ampleur de la crise à laquelle le Liban est confronté.

"Lorsque le Hezbollah a décidé de lancer six missiles sur la frontière (israélienne) le 2 mars, ce qui nous a entraînés dans cette guerre, notre économie ne s'était pas encore rétablie", a-t-elle déclaré.

"Notre secteur financier et les réformes que nous avons entreprises l'année dernière en tant que gouvernement n'ont pas encore porté leurs fruits. Au niveau régional, nos partenaires du Golfe font face à leurs propres défis et, au niveau mondial, les financements sont en baisse depuis deux ans.

"Nous comprenons les contraintes, mais notre message à la communauté internationale est que le Liban ne peut pas échouer : en tant que pays, en tant que gouvernement ou en tant qu'idée. L'échec du Liban aurait des conséquences pour ses voisins, la région et même l'Europe."

Le 2 mars, le Hezbollah a lancé des roquettes et des drones sur le nord d'Israël en représailles à l'assassinat par les États-Unis et Israël du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le 28 février. Israël a répondu par une nouvelle offensive aérienne et terrestre contre le Liban.

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Un volontaire de la Croix-Rouge libanaise inspecte les dégâts subis par ses véhicules de secours sur le site d'une attaque de drone israélien, le 13 avril. (AFP)


Les perspectives de paix restent incertaines après qu'Israël a déclaré le 11 avril qu'il ne discuterait pas d'un cessez-le-feu avec le Hezbollah lors des discussions avec les responsables libanais à Washington, selon les médias.

À ce jour, le conflit a fait plus de 2 000 morts, plus de 6 500 blessés et plus d'un million de personnes déplacées à travers le pays, selon les autorités libanaises.

M. Sayed a vivement critiqué le rôle du Hezbollah dans le conflit et son impact plus large sur le pays. "Le Hezbollah est un groupe armé dont les activités sont illégales", a-t-elle déclaré.

"Je ne crois pas que le Hezbollah ait réussi à défendre le pays et son peuple. Il n'a fait qu'apporter la dévastation à son peuple, à son pays.

Ces propos ont été tenus alors que le chef du Hezbollah, Naim Qassem, a appelé le gouvernement libanais à annuler les pourparlers directs avec Israël à Washington, les qualifiant d'"inutiles" et d'une forme de "soumission et de capitulation".

Il a également promis que le Hezbollah poursuivrait ses opérations militaires et ne rendrait jamais ses armes, affirmant que le groupe se battrait "jusqu'à son dernier souffle" et qu'il était prêt à une confrontation prolongée.

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Environ 85 % des personnes déplacées ne se trouvent pas dans des abris officiels. (AFP)



La réponse de M. Sayed à cette menace reflète une réalité difficile mais inéluctable. Nous ne nous attendions pas à ce que Naim Qassem vienne nous dire : "D'accord, nous allons nous asseoir à la table avec vous", a-t-elle déclaré.

"Et bien sûr, il y a un facteur externe majeur, à savoir les soutiens du Hezbollah, y compris l'Iran, et cela se joue sur un autre front. Je pense que les décisions ne sont pas prises uniquement par le Hezbollah lui-même.

Il y a, en quelque sorte, un "grand frère" qui prend ces décisions, ce qui est préjudiciable à notre pays. Nous espérons que cette question sera abordée dans le cadre d'un accord régional plus large.

La priorité du Liban reste le renforcement de l'État lui-même, a-t-elle déclaré. "Il faut du temps et de la patience, et maintenir le cap en voulant ce qu'il y a de mieux pour le pays.

"Nous voulons une armée forte. Si l'armée libanaise est en mesure de protéger les citoyens, c'est ce que nous voulons, plutôt qu'une faction armée, qui n'a pas réussi à protéger les gens. Elle a semé la dévastation sur son propre territoire".

M. Sayed a également souligné que l'État devait être le principal fournisseur de services et de sécurité. "Les gens ont besoin d'être rassurés sur la présence de l'État et sur le fait qu'en fin de compte, seul l'État peut vraiment les protéger.

Elle a ajouté que le renforcement des capacités de l'État doit aller de pair avec le soutien international, car le Liban est confronté à des pressions à la fois sécuritaires et sociales. Ces pressions ont alimenté les craintes d'instabilité interne.

Si Mme Sayed s'est déclarée convaincue que le Liban pourrait éviter un retour à la guerre civile, elle a néanmoins reconnu la pression qu'elle subit. "Pour être honnête, nous sommes à bout de souffle", a-t-elle déclaré. "On ne peut pas s'en cacher, et toutes les communautés sont anxieuses.

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Une pelleteuse dégage les décombres d'un bâtiment dans le quartier de Hay al-Selloum à Beyrouth, visé par une frappe israélienne. (AFP)
 


Elle a expliqué qu'elle se rendait régulièrement dans des abris pour personnes déplacées et qu'elle était témoin des difficultés croissantes. "On voit le désespoir sur les visages des mères, les maris et les fils assis dans les abris, attendant que quelque chose se passe.

Selon elle, l'aggravation des conditions pourrait intensifier la pression sur des communautés déjà fragiles, d'autant plus que la plupart des personnes déplacées ne sont pas dans des abris formels mais restent dans des communautés d'accueil ou comptent sur des économies qui s'épuisent rapidement.

La situation humanitaire est gérée sous une forte pression financière. Le Liban a lancé un appel d'urgence de 308 millions de dollars auprès des Nations unies, mais n'a reçu qu'à peine 30 % des fonds nécessaires.

"Nous sommes déjà dans le deuxième mois, et nous ne savons pas exactement où cela va nous mener", a-t-elle déclaré.

Elle a souligné la nécessité d'un soutien urgent en matière d'abris, de nourriture, d'eau et de services d'assainissement, notant que les municipalités sont également soumises à une forte pression alors que les systèmes d'infrastructure luttent pour absorber l'impact des déplacements massifs.

Environ 85 % des personnes déplacées ne sont pas dans des abris formels - elles vivent avec des proches, louent un logement ou comptent sur leurs économies.

"Ces économies s'épuiseront si la guerre se prolonge", a-t-elle averti, ajoutant que l'économie libanaise, déjà fragile, pourrait voir sa croissance récente s'inverser si le conflit se poursuit.

"L'économie se contracte et les 5 % de croissance atteints en 2025 pourraient être effacés en quelques mois. Si la guerre se poursuit pendant l'été, période où le Liban reçoit habituellement des envois de fonds et des activités touristiques, la contraction de l'économie devrait s'aggraver de manière significative."


Les services municipaux des régions accueillant des populations déplacées, notamment Beyrouth, Sidon et le Mont-Liban, sont particulièrement sollicités, avec une demande accrue d'eau, d'électricité et de services de gestion des déchets.

Malgré la crise, M. Sayed a déclaré que le renforcement des institutions de l'État était une priorité essentielle. "Les institutions de l'État sont encore plus importantes aujourd'hui, c'est une priorité absolue", a-t-elle déclaré.

Elle a souligné que l'armée libanaise était une institution clé nécessitant un soutien, aux côtés des services publics tels que l'éducation et les programmes de protection sociale.

"Nous avons mis au point un programme très solide", a-t-elle déclaré, faisant référence aux transferts directs d'argent liquide conçus pour créer un lien plus fort entre les citoyens et l'État. "Le citoyen sait alors que c'est le gouvernement qui l'aide.

Elle a également souligné l'importance de maintenir la présence de l'État sur le terrain. "L'État est là, nous sommes là pour aider les gens", a-t-elle déclaré.

Mme Sayed a déclaré que la crise libanaise avait des implications plus larges au-delà des frontières du pays. "Le Liban ne peut pas échouer en tant que pays, en tant que gouvernement, en tant qu'idée", a-t-elle déclaré. "L'échec du Liban aura des conséquences ... pour les voisins, pour la région et même pour l'Europe.

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a exhorté Israël et le Liban à saisir une "occasion historique" lors de l'ouverture mardi à Washington de pourparlers directs - les premiers depuis 1993 - afin de tracer la voie vers un cessez-le-feu et une stabilité à long terme.

Ces pourparlers interviennent alors que les États-Unis craignent que le conflit entre Israël et le Hezbollah ne déstabilise le fragile cessez-le-feu lié à l'impasse plus large avec l'Iran, après que la diplomatie avec Téhéran la semaine dernière n'a pas abouti à une percée.

Le Hezbollah a lancé des salves de roquettes simultanées sur 13 villes du nord d'Israël peu après le début des pourparlers, soulignant ainsi l'instabilité de la situation.

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Une boule de feu s'élève d'un bâtiment touché par une frappe aérienne israélienne dans la région d'Abbasiyeh, à la périphérie de la ville de Tyr, au sud du Liban, le 8 avril. (AFP)



Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a déclaré mardi qu'il était peu probable que les pourparlers aboutissent à une percée immédiate. "Personne ne s'attend à ce que ces pourparlers aujourd'hui résolvent tous les problèmes", mais il a souligné qu'ils pourraient contribuer à modifier des dynamiques de longue date.

Il a décrit un cycle dans lequel "le Hezbollah et Israël se sont toujours aidés mutuellement à déstabiliser le gouvernement libanais", les actions de chaque partie fournissant à l'autre une justification pour l'escalade.

Les opérations israéliennes, a-t-il dit, permettent au Hezbollah d'affirmer que "nous ne pouvons pas désarmer", tandis que les tirs de roquettes du Hezbollah donnent à Israël des raisons de mener de nouvelles attaques à grande échelle.

M. Guterres a souligné que le gouvernement libanais recherchait à la fois l'intégrité territoriale et "le monopole de l'usage de la force", ce qui implique le désarmement du Hezbollah, et a appelé à une évolution vers la coopération afin que le Liban ne soit plus "la victime" de ce cycle "négatif".

M. Sayed a déclaré qu'un arrêt immédiat de la violence était essentiel.

"Avant toute chose, nous avons besoin d'un cessez-le-feu. Nous devons arrêter les bombes qui nous tombent sur la tête", a-t-elle déclaré, ajoutant qu'un cessez-le-feu rendrait également les négociations plus réalisables.

"J'espère qu'il y aura une désescalade et un cessez-le-feu. Je pense qu'en fin de compte, même pour les Israéliens, ce n'est pas dans leur intérêt. S'il y a un véritable conflit civil au Liban, cela ne fera qu'engendrer le chaos".

Le 8 avril, le Liban a été frappé par une importante vague de frappes aériennes israéliennes qui ont touché plusieurs zones, notamment Beyrouth, la banlieue sud, Sidon, Tyr et la vallée de la Bekaa, quelques heures seulement après l'annonce d'un cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran et alors que le Hezbollah signalait une pause dans ses attaques.

Les frappes ont touché sans préavis des quartiers résidentiels et commerciaux très fréquentés, ont submergé les hôpitaux de blessés et ont fait au moins 350 morts et plus de 1 000 blessés, certains rapports libanais et internationaux faisant état d'un bilan encore plus lourd.

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Un volontaire de la Croix-Rouge libanaise inspecte les dégâts subis par ses véhicules de secours sur le site d'une attaque de drone israélien, le 13 avril. (AFP)


Certains Libanais craignent qu'Israël n'essaie délibérément d'attiser les divisions sectaires internes au Liban avec de telles attaques.

"C'est possible, c'est possible", a déclaré M. Sayed. "Je pense que ce qu'a fait Israël aurait pu facilement attiser les tensions. Mais heureusement, je fais confiance aux Libanais pour qu'ils voient plus loin. Il y a eu de la retenue et beaucoup de sympathie. Les communautés se sont rassemblées.

Elle a également répondu aux avertissements israéliens selon lesquels le Liban pourrait connaître le même sort que Gaza, en déclarant que la population libanaise est profondément consciente des risques, mais qu'elle s'efforce d'éviter l'escalade.

"Ces menaces, nous les avons entendues à maintes reprises de la part des Israéliens. Il faut prendre au sérieux ce que disent les Israéliens, surtout après ce qui s'est passé lors du 'mercredi noir' il y a une semaine. Ils ne s'arrêteront probablement pas là.

"Le peuple libanais se méfie donc et c'est pourquoi, en tant que gouvernement, nous avons pris des mesures. Le président a déclaré il y a plus d'un mois que nous étions prêts pour des négociations et des pourparlers directs, et c'est ce qui se passe.

"Espérons que ce sera le début d'un processus.

Mme Sayed a déclaré que le but ultime de sa visite était d'obtenir un soutien humanitaire et politique de la part de la communauté internationale - "l'assurance pour le peuple libanais que la communauté internationale est toujours à ses côtés".


Le Hezbollah a tiré une trentaine de roquettes sur le nord d'Israël mercredi matin 

Les camarades du sergent-major (réserve) Ayal Uriel Bianco, qui aurait été tué au combat dans le sud du Liban, se tiennent au garde-à-vous devant son cercueil recouvert du drapeau lors de ses funérailles à Katzrin, dans le plateau du Golan annexé par Israël, le 14 avril 2026. (AFP)
Les camarades du sergent-major (réserve) Ayal Uriel Bianco, qui aurait été tué au combat dans le sud du Liban, se tiennent au garde-à-vous devant son cercueil recouvert du drapeau lors de ses funérailles à Katzrin, dans le plateau du Golan annexé par Israël, le 14 avril 2026. (AFP)
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  • Ces tirs interviennent au lendemain de discussions directes, à Washington, entre Israël et le Liban, les premières en plus de 30 ans, dénoncées par le Hezbollah
  • "Environ 30 tirs ce matin", a déclaré vers 06h40 GMT le porte-parole militaire à l'AFP, en réponse à une question sur le nombre de roquettes tirées depuis les premières heures de la matinée par le mouvement chiite

JERUSALEM: Les combattants du mouvement libanais Hezbollah ont tiré une trentaine de roquettes sur Israël à partir du Liban mercredi matin, a indiqué à l'AFP un porte-parole de l'armée israélienne.

Ces tirs interviennent au lendemain de discussions directes, à Washington, entre Israël et le Liban, les premières en plus de 30 ans, dénoncées par le Hezbollah. A l'issue de ces discussions, Israël et le Liban ont accepté d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable, selon le département d'Etat américain qui accueillait la rencontre.

"Environ 30 tirs ce matin", a déclaré vers 06h40 GMT le porte-parole militaire à l'AFP, en réponse à une question sur le nombre de roquettes tirées depuis les premières heures de la matinée par le mouvement chiite, allié de l'Iran.

 

 


Liban: frappe israélienne au sud de Beyrouth 

Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable. (AFP)
Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable. (AFP)
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  • "L'aviation ennemie a visé une voiture à Saadiyat", une localité côtière, a annoncé l'Agence nationale d'information (Ani, officielle)
  • Depuis ses frappes massives du "mercredi noir", le 8 avril, qui avaient fait plus de 350 morts à Beyrouth et ailleurs dans le pays, Israël n'a plus visé la capitale libanaise à la suite de pressions diplomatiques

BEYROUTH: Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable.

"L'aviation ennemie a visé une voiture à Saadiyat", une localité côtière, a annoncé l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Depuis ses frappes massives du "mercredi noir", le 8 avril, qui avaient fait plus de 350 morts à Beyrouth et ailleurs dans le pays, Israël n'a plus visé la capitale libanaise à la suite de pressions diplomatiques.