Migrants: une menace de tir de missiles, dernière violence derrière l'accord UE/Libye

Cette photo publiée le 17 novembre 2021 par Médecins sans frontières (MSF) montre des membres de l'équipage de Geo Barents de MSF participant à une opération de recherche et de sauvetage pour secourir des migrants à environ 30 miles des côtes libyennes. (AFP)
Cette photo publiée le 17 novembre 2021 par Médecins sans frontières (MSF) montre des membres de l'équipage de Geo Barents de MSF participant à une opération de recherche et de sauvetage pour secourir des migrants à environ 30 miles des côtes libyennes. (AFP)
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Publié le Dimanche 13 novembre 2022

Migrants: une menace de tir de missiles, dernière violence derrière l'accord UE/Libye

  • Les deux pays ont signé un accord parrainé par l'UE pour empêcher les migrants de traverser la Méditerranée centrale, un texte controversé qui refait débat
  • Malgré les appels à annuler l'accord, celui-ci a été automatiquement renouvelé début novembre, quelques jours après l'entrée en fonction du gouvernement d'extrême droite italien de Giorgia Meloni

ROME: Lorsque les gardes-côtes libyens ont récemment menacé d'abattre l'avion de l'ONG Sea-Watch qui surveillait l'assistance à une embarcation de migrants en Méditerranée, la docteure allemande Leona Blankenstein a d'abord cru avoir mal compris.

"Eloignez-vous des (eaux) territoriales libyennes, sinon nous vous tirons dessus avec des missiles SAM (sol-air)", a averti le Fezzan, l'un des patrouilleurs fournis par l'Italie à la Libye pour intercepter les migrants tentant de quitter le pays déchiré par la guerre.

Les deux pays ont signé un accord parrainé par l'UE pour empêcher les migrants de traverser la Méditerranée centrale, un texte controversé qui refait débat alors que Rome a adopté une ligne dure en matière de politique migratoire.

"C'est très bruyant dans l'avion et j'ai pensé que je les avais peut-être mal compris", a déclaré à l'AFP Mme Blankenstein, qui survolait les eaux maltaises, ce 25 octobre, à bord de l'avion de l'organisation humanitaire allemande Sea-Watch.

L'équipage libyen a fait monter les migrants à leur bord avant de retirer le moteur de leur canot pneumatique et de lui tirer dessus jusqu'à ce qu'il prenne feu, selon Mme Blankenstein et des séquences vidéo diffusées par Sea-Watch.

"C'est arrivé en quelques secondes (...) J'étais inquiète. Leur comportement est très imprévisible", a-t-elle confié, expliquant avoir quitté la zone immédiatement après avoir entendu l'avertissement.

«Très efficace»

Selon les associations, quelque 100 000 personnes ont ainsi été interceptées depuis la signature de l'accord avec la Libye en 2017 par l'Italie et l'UE, qui ont accepté de former et d'équiper les gardes-côtes libyens.

Malgré les appels à annuler l'accord, celui-ci a été automatiquement renouvelé début novembre, quelques jours après l'entrée en fonction du gouvernement d'extrême droite italien de Giorgia Meloni.

L'accord est né sous la pression du grand nombre de réfugiés fuyant les conflits en Syrie, en Irak et en Libye pour trouver refuge en Europe, et après une série de naufrages meurtriers, avec un record de 5.000 morts ou disparus en mer Méditerranée en 2016.

L'objectif était "d'empêcher les pertes de vies humaines en Méditerranée et en même temps de réprimer les réseaux de trafic de migrants et de traite des êtres humains", selon la Commission européenne.

Quelque 3.140 personnes ont été signalées mortes ou portées disparues en 2017 contre 2.062 l'an dernier, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

"Travailler avec les autorités des pays tiers pour empêcher les migrants d'arriver en Europe a été l'un des principaux axes de la politique européenne", relève Luigi Scazzieri, du groupe de réflexion Centre for European Reform.

L'accord Italie-Libye s'est avéré "très efficace" pour réduire le nombre d'arrivées, du moins dans un premier temps.

«Far West»

Mais des organisations humanitaires dénoncent un "Far West", avec des milices armées se faisant passer pour des gardes-côtes libyens et des cas documentés d'utilisation de balles réelles contre des embarcations de migrants en haute mer.

Les critiques pointent un manque de responsabilité et de transparence sur les destinataires des subventions en Libye. Entre-temps, bon nombre des personnes interceptées se seraient retrouvées dans des centres de détention libyens, comparés par le pape François à des camps de concentration.

Save the Children, Médecins sans frontières et Amnesty International affirment que les migrants en Libye sont torturés, victimes de violences sexuelles ou d'esclavage.

Mais les autorités libyennes démentent. "Les arrestations sont effectuées conformément aux règles en vigueur", a assuré un responsable des migrations.

Les associations affirment également que l'agence de l'UE Frontex, qui utilise des avions pour repérer les migrants en détresse, aide les Libyens.

Pour Felix Weiss, porte-parole de la branche Seabird de Sea-Watch, "les gardes-côtes libyens ne sont pas professionnels, ils ont besoin de la surveillance aérienne et des conseils de l'UE pour trouver les bateaux de migrants".

L'avocat et défenseur des droits humains Arturo Salerni a déclaré à l'AFP que le "refoulement" des migrants des zones européennes de recherche et de sauvetage vers la Libye était, en vertu du droit de l'UE, "illégal si les États européens sont complices".

Interrogé, le gouvernement italien n'a pas donné suite.

Trafic d'êtres humains 

L'Italie accueille des dizaines de milliers de personnes qui tentent chaque année de traverser la Méditerranée centrale, la route migratoire la plus meurtrière au monde.

Le pays a signé de nombreux accords au cours des années 2000 avec l'ex-dictateur libyen Mouammar Kadhafi, renversé et tué en 2011, pour freiner les flux migratoires. Ce partenariat a été suspendu à la suite de l'effondrement du gouvernement libyen et de la condamnation de l'Italie en 2012 par la Cour européenne des droits de l'homme pour avoir intercepté et renvoyé de force des migrants en Libye.

Mais en 2017, Paolo Gentiloni, alors Premier ministre italien de centre-gauche, a signé un nouvel accord avec Fayez al-Sarraj, chef du gouvernement libyen d'union nationale soutenu par l'ONU.

Dès lors, les organisations humanitaires, dont la hotline Alarm Phone utilisée par les migrants en détresse, ont reçu l'ordre "d'alerter plutôt les garde-côtes libyens", a déclaré à l'AFP Chiara Denaro, d'Alarm Phone.

L'accord a aussitôt suscité des critiques, l'ONU sanctionnant plusieurs Libyens en 2018 qui seraient étroitement impliqués dans la traite d'êtres humains.

Parmi eux, Ahmad Oumar al-Dabbashi, dont la milice contrôlait des camps et bateaux et exposait les migrants, y compris mineurs, à "des conditions brutales et parfois mortelles sur terre et en mer", selon l'ONU.

En 2019, le journaliste italien Nello Scavo a révélé qu'un autre trafiquant d'êtres humains, Abd Al Rahman Al-Milad - surnommé Bija - avait participé à des pourparlers en Sicile avec des responsables italiens sur l'élaboration de l'accord de 2017 sur les migrants.

M. Bija a été suspendu des gardes-côtes libyens en 2018 mais est resté impliqué l'année suivante dans le "sauvetage de migrants", selon un rapport de l'ONU cité par M. Scavo.

Deux jours après la menace contre l'avion, Sea-Watch a annoncé avoir la preuve que les gardes-côtes libyens collaboraient avec des passeurs.

L'ONG a publié des photographies d'un bateau de migrants en bois, immatriculé 1688, prises par le Seabird début octobre lors d'une interception par les garde-côtes.

Le même bateau a été photographié trois jours plus tard avec différents migrants à bord, suggérant qu'il avait été ramené en Libye et réutilisé, a rapporté Sea-Watch.

Droits humains 

Au total, l'UE a consacré quelque 59 millions d'euros pour augmenter la capacité opérationnelle des gardes-côtes libyens, y compris pour la formation de quelque 500 membres entre 2015 et 2020, date de l'arrêt de l'opération.

Des pourparlers sont en cours avec les Libyens pour reprendre cette formation, "avec un accent substantiel sur les droits de l'homme et le droit international", a déclaré à l'AFP une porte-parole de l'UE.

La Commission européenne a chargé un sous-traitant indépendant en 2019 de surveiller les opérations en Libye, mais ses rapports ne sont pas rendus publics pour des raisons de sécurité, a-t-elle expliqué.

Pour sa part, l'Italie a affecté au moins 32,5 millions d'euros à des missions de soutien aux gardes-côtes libyens depuis 2017, a déclaré l'organisation humanitaire Arci dans un rapport l'année dernière.

En octobre, le journaliste d'investigation Duccio Facchini a révélé que l'Italie avait dépensé 6,65 millions d'euros supplémentaires pour 14 nouveaux bateaux rapides pour les gardes-côtes libyens il y a quelques mois à peine.

Amnesty a déclaré dimanche qu'il était "honteux" que Rome "continue d'aider les autorités libyennes à violer les droits humains de leur peuple".

Sea-Watch est l'une des organisations humanitaires avec des navires de sauvetage en Méditerranée qui se sont retrouvées dans le collimateur du nouveau gouvernement de Mme Meloni.

Le week-end dernier, l'Italie a refusé d'accorder le droit d'accoster à quatre navires, avant d'en autoriser finalement trois à débarquer. Le quatrième s'est rendu en France, déclenchant un conflit diplomatique entre Paris et Rome.

Le Conseil de l'Europe affirme que l'obstruction des activités de sauvetage des ONG et l'absence d'attribution de ports sûrs et proches pour débarquer les personnes secourues en mer, en l'occurrence en Italie, sont des tactiques qui "semblent viser, implicitement ou explicitement, à +ouvrir le champ+ aux interceptions par les garde-côtes libyens (...) malgré les preuves irréfutables de graves violations des droits humains".


Après l'afflux migratoire à Ceuta, mesures sécuritaires en France et Italie

Des migrants marchent le long du littoral de Ceuta après avoir franchi la frontière vers l'enclave espagnole, vus depuis les abords de la ville marocaine de Fnideq, à la frontière entre le Maroc et l'Espagne, le 31 juillet 2026. (AFP)
Des migrants marchent le long du littoral de Ceuta après avoir franchi la frontière vers l'enclave espagnole, vus depuis les abords de la ville marocaine de Fnideq, à la frontière entre le Maroc et l'Espagne, le 31 juillet 2026. (AFP)
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  • L'Italie et la France renforcent leurs contrôles aux frontières avec l'Espagne après l'entrée illégale d'environ 60.000 migrants à Ceuta
  • Cette crise ravive les tensions au sein de l'UE, tandis que Madrid appelle à l'unité et renforce les moyens de sécurité à Ceuta

CEUTA: L'Italie et la France durcissent samedi leurs contrôles frontaliers avec l'Espagne après l'entrée illégale cette semaine de quelque 60.000 migrants en provenance du Maroc dans l'enclave espagnole de Ceuta, ouvrant une crise au sein de l'Union européenne.

Dès jeudi, l'Italie avait annoncé vouloir suspendre l'Espagne de l'espace Schengen, une mesure pour laquelle Rome a obtenu le soutien de la Finlande et du Danemark. Mais la proposition a été qualifiée de "démagogique" par l'Espagne.

La portée de cette proposition reste incertaine, des juristes consultés par l'AFP assurant qu'il est impossible de l'appliquer dans le cadre légal actuel.

Par ailleurs, à compter de samedi selon le ministère italien de l'Intérieur, des contrôles aux frontières aériennes et maritimes avec l'Espagne sont établis sur les ressortissants non européens arrivant d'Espagne.

En France, le nombre de policiers et gendarmes déployés en renfort à la frontière franco-espagnole est multiplié par cinq à compter de samedi, a annoncé vendredi le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.

Cette annonce faisait suite à la demande du président Emmanuel Macron de "renforcer les contrôles à la frontière avec l'Espagne".

De son côté, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a déclaré sur X: "ce n'est pas le moment de se diviser. C'est le moment de continuer à construire une Union européenne forte et unie".

Les images de cette crise ont déclenché une montée au créneau de la droite et de l'extrême droite européenne autour des contrôles aux frontières de l'espace Schengen.

- "Pas de futur" -

"Environ 60.000 personnes sont entrées dans notre ville", a déclaré le président du gouvernement local de Ceuta, Juan Vivas lors d'une conférence de presse vendredi, soit "70% de la population de Ceuta", et déplorant la mort de 34 migrants, dont beaucoup par noyades.

La plupart de ces migrants - en très grande majorité des Marocains, et principalement des jeunes hommes et des adolescents - seraient cependant retournés au Maroc, selon les autorités espagnoles.

Ceuta, petit territoire de 84.000 habitants situé à la pointe nord du Maroc, bordant le Détroit de Gibraltar, forme l'une des deux frontières terrestres entre l'Afrique et l'Europe (avec l'autre enclave espagnole de Melilla).

Dans la nuit de vendredi à samedi, des groupes de jeunes erraient dans les rues et le long de la plage de Ceuta, où sont déployés de nombreux militaires, notamment autour du port d'où partent les ferries pour le continent européen.

Vendredi soir, de nombreux policiers patrouillaient dans les rues de la ville, certains à moto poursuivant des groupes de jeunes hommes pour les disperser, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Sur une plage, des dizaines d'hommes dormaient dans le sable, et certains ont allumé des feux, à quelques mètres d'un véhicule de police.

"Ils viennent car ils n'ont pas de futur au Maroc, ils tentent le rêve européen", selon Mohamed, 35 ans chauffeur de taxi à Ceuta qui n'a pas souhaité donner son nom de famille.

Au poste-frontière aux alentours de minuit, devant un important déploiement policier et militaire, de nombreux jeunes rebroussaient chemin. Certains saluent les militaires qui leur indiquent la porte d'un "adiós!", ou "good bye!" avant de retraverser la frontière.

"La prochaine fois, je viens avec le passeport!", lance Oussam aux militaires, en se dirigeant vers la frontière. Le jeune homme de 25 ans, qui tient un salon de coiffure, dit avoir voulu quitter son pays car "c'est la misère au Maroc, on n'a pas de futur". Il est venu en nageant "trois kilomètres" : il rêve lui aussi de l'Europe mais en attendant, il rentre chez lui "pour prendre une douche et manger", car comme beaucoup, il n'a rien avalé depuis deux jours.

- Crise migratoire -

Arrivé vendredi matin avec son ministre de l'Intérieur, Pedro Sánchez a évoqué "une attaque, une violation de l'intégrité territoriale de l'Espagne" et accusé des "mafias" d'être à l'origine de la rumeur d'ouverture de la frontière.

Le ministère espagnol de l'Intérieur a annoncé l'envoi immédiat de plusieurs dizaines de membres de la Garde civile et policiers, parmi lesquels huit plongeurs, ainsi qu'un bateau et des drones.

A Washington, le président américain Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l'immigration illégale une de ses priorités, a jugé que les images de l'enclave espagnole de Ceuta ressemblaient à "l'invasion d'un pays", accusant sur X l'Espagne de mener des "efforts délibérés" ayant favorisé cette immigration clandestine.

Cette crise migratoire à Ceuta rappelle la précédente de 2021, lorsque des milliers de personnes avaient traversé la frontière à la faveur d'un assouplissement des contrôles par Rabat lors d’un différend diplomatique avec l'Espagne.

Plus de 10.000 migrants avaient alors atteint Ceuta depuis le Maroc en deux jours.


Le Pakistan fait état de négociations entre Washington et Téhéran

Cette photo de presse, prise le 29 juillet 2026 et diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, montre le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar (à droite), s'entretenant avec son homologue koweïtien, le cheikh Jarrah Jaber al-Ahmad al-Sabah, lors d'une réunion au ministère des Affaires étrangères à Islamabad. (AFP)
Cette photo de presse, prise le 29 juillet 2026 et diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, montre le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar (à droite), s'entretenant avec son homologue koweïtien, le cheikh Jarrah Jaber al-Ahmad al-Sabah, lors d'une réunion au ministère des Affaires étrangères à Islamabad. (AFP)
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  • La diplomatie pakistanaise a assuré jeudi que des négociations étaient "en cours" afin de "parvenir à une désescalade", en particulier concernant le détroit d'Ormuz, passage stratégique verrouillé par Téhéran,au coeur des tensions
  • Elle a indiqué faire "tout (son) possible pour ramener toutes les parties au protocole d'accord d'Islamabad" signé à la mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix

TEHERAN: Le Pakistan, médiateur dans le conflit entre Washington et Téhéran, a affirmé jeudi que les belligérants négociaient en vue d'une désescalade après une nouvelle série de bombardements américains sur l'Iran dans la nuit, et des tirs de représailles iraniens.

En attendant une éventuelle percée dans ces discussions, le conflit au Moyen-Orient s'étend à de nouveaux pays: après l'Irak, où des groupes pro-iraniens ont été ciblés par des frappes conjointes américaines et saoudiennes, l'Egypte a fait état d'une attaque de drone dans le port de Damiette (nord).

La diplomatie pakistanaise a assuré jeudi que des négociations étaient "en cours" afin de "parvenir à une désescalade", en particulier concernant le détroit d'Ormuz, passage stratégique verrouillé par Téhéran,au coeur des tensions.

Elle a indiqué faire "tout (son) possible pour ramener toutes les parties au protocole d'accord d'Islamabad" signé à la mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix.

Ce processus a déraillé depuis début juillet avec une reprise des frappes menées par les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran visant des bases américaines et des pays alliés de Washington au Moyen-Orient.

Plus tôt jeudi, le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a annoncé avoir "frappé des dizaines de cibles" des Gardiens de la Révolution en Iran.

Mettre fin à "l'escalade" 

Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par cette puissante force armée de la République islamique, de "multiples missiles balistiques" contre "les forces américaines basées au Moyen-Orient", précisant que ces missiles avaient été interceptés.

Les Gardiens ont, eux, annoncé jeudi que trois de leurs membres avaient été tués dans une attaque américaine  dans le nord-ouest du pays, tandis que les médias officiels iraniens ont fait état d'attaques dans des provinces méridionales.

Trois membres d'une même famille ont été tués dans une frappe contre une maison sur l'île de Qeshm, selon l'agence Fars.

Alors que l'Egypte a fait état d'une frappe de drone qui a touché deux navires, dont un américain, dans le port de Damiette mercredi, le président Abdel Fattah al-Sissi a appelé la communauté internationale à mettre fin à "l'escalade" dans la région.

Il s'agit de la première attaque en Egypte depuis le début de la guerre. M. Sissi a précisé qu'une enquête se poursuivait sur les circonstances de l'attaque qui n'a pas été revendiquée.

Les rebelles Houthis au Yémen, alliés de Téhéran et qui contrôlent une partie des rives de la mer Rouge, ont dit ne pas être derrière cette frappe.

Des pays de la région accueillant des forces américaines ont été visés de nouveau jeudi.

Le Koweït a rapporté qu'une personne avait été tuée par un bombardement iranien sur une entreprise chinoise.

La Jordanie a de son côté annoncé avoir intercepté cinq missiles tirés depuis l'Iran. Les Gardiens ont revendiqué avoir ciblé, en représailles à la frappe à Qeshm, des avions américains stationnés sur la base aérienne d'Al-Azraq.

"Notre tour" 

"On va les frapper très fort, parce que c'est à notre tour", avait menacé mercredi le président américain Donald Trump.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient annoncé avoir mené des frappes conjointes contre des groupes armés pro-iraniens en Irak, accusés d'avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes, ce qu'ils ont démenti.

Ces attaques à travers l'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens - et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué cette alliance de groupes armés irakiens qui inclut des factions pro-iraniennes.

Avant les dernières frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, opposant les Houthis à l'Arabie saoudite, qui soutient le gouvernement yéménite.

"La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", a commenté pour l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial avant la guerre, lancée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Jeudi matin, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que deux pétroliers avaient tenté la veille au soir "de quitter le couloir maritime sûr" désigné par l'Iran, et que l'un d'entre eux avait "pris feu", sans autre précision.


Les Etats-Unis reprennent leurs bombardements sur l'Iran

Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
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  • L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones"
  • Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques"

TEHERAN: Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays.

L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones, des sites de surveillance et de défense côtières, ainsi que des capacités maritimes", a écrit le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques" lors d'une "tentative d'attaque surprise contre les forces américaines basées au Moyen-Orient", précisant que tous ces missiles avaient été interceptés.

La Jordanie, qui héberge des forces américaines sur ses bases, a de son côté annoncé jeudi matin avoir intercepté cinq missiles tirés depuis l'Iran, qui n'ont pas fait de victime.

"Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", avait prévenu mercredi le président américain Donald Trump dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News.

"On va les frapper très fort, parce que c'est à notre tour", avait-il insisté plus tard devant la presse à la Maison Blanche.

Les médias officiels iraniens ont fait état d'attaques dans les provinces méridionales du Khuzestan et d'Hormozgan.

"Une attaque américaine contre une maison d'habitation dans le quartier de Chah Tangu, à Qeshm, a tué trois membres d'une même famille: le père, la mère et leur enfant de deux ans", a écrit l'agence Fars sur Telegram, en citant l'Université des sciences médicales d'Hormozgan, ajoutant que deux autres enfants âgés de sept et neuf ans, blessés, avaient été hospitalisés.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient annoncé avoir mené des frappes conjointes contre des groupes armés pro-iraniens en Irak, accusés d'avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes (ce qu'ils ont démenti).

Riposte inévitable 

Ces attaques dans plusieurs villes d'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens - et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et englobant des groupes armés pro-Iran.

"Notre riposte contre l'ennemi américain est inévitable, et pourrait frapper ses instruments en Arabie saoudite", a soutenu mercredi dans un communiqué la Résistance islamique en Irak, une puissante alliance armée irakienne pro-Iran.

Téhéran a condamné les frappes chez son voisin.

Dans la capitale iranienne, des habitants expriment leur lassitude.

"On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix (...) Ce que je vois, c'est une population profondément découragée et déprimée", déclare à l'AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans.

Avant les dernières frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, opposant les rebelles yéménites houthis pro-iraniens à l'Arabie saoudite.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir "violé le blocus naval" dont ils menacent le royaume, premier exportateur de brut au monde.

"Téhéran utilise désormais son réseau de proxys (...). La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", a déclaré à l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial avant la guerre, lancée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Jeudi matin, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que deux pétroliers avaient tenté la veille au soir "de quitter le couloir maritime sûr" désigné par l'Iran, et que l'un d'entre eux avait "pris feu", sans autre précision. "Les deux bâtiments ont fait demi-tour à grande vitesse", selon la même source.

Ces nouvelles violences ont fait brièvement monter les cours du pétrole, avant qu'ils ne repartent à la baisse jeudi matin. "On craint que la guerre soit en train de s'étendre", a commenté auprès de l'AFP Andy Lipow, analyste chez Lipow Oil Associates. "Ce qui n'aiderait en rien à rétablir les flux pétroliers" dans la région.