Un an après la tragédie de Calais, toujours plus de migrants, toujours plus de risques

Sur cette photo d'archive prise le 25 novembre 2021, un bateau déchiré est échoué près de la plage de Wimereux, sur la côte nord de la France, d'où partent des migrants pour traverser la Manche sur des bateaux pneumatiques pour tenter de rejoindre l'Angleterre. la veille, au moins 27 migrants tentant de rejoindre l'Angleterre se sont noyés au large des côtes nord de la France. (Photo de FRANCOIS LO PRESTI / AFP)
Sur cette photo d'archive prise le 25 novembre 2021, un bateau déchiré est échoué près de la plage de Wimereux, sur la côte nord de la France, d'où partent des migrants pour traverser la Manche sur des bateaux pneumatiques pour tenter de rejoindre l'Angleterre. la veille, au moins 27 migrants tentant de rejoindre l'Angleterre se sont noyés au large des côtes nord de la France. (Photo de FRANCOIS LO PRESTI / AFP)
Short Url
Publié le Jeudi 17 novembre 2022

Un an après la tragédie de Calais, toujours plus de migrants, toujours plus de risques

  • «Aidez-moi s'il vous plaît»: cette nuit-là, un migrant implore les sauveteurs français. Son canot prend l'eau au milieu du Channel
  • Personne ne leur est venu en aide. Ni côté français, ni côté britannique, chacun passant la nuit à se renvoyer la balle, selon des documents de l'enquête

LILLE: "Des milliers d'appels", 40 opérations de sauvetage, et au bout d'une nuit de cauchemar, 27 morts dans un naufrage au large du port français de Calais. Un an après cette tragédie migratoire, la pire dans la Manche, les secours sont mis en cause et les traversées redoublent.

"Aidez-moi s'il vous plaît": cette nuit-là, un migrant implore les sauveteurs français. Son canot prend l'eau au milieu du Channel. Il coulera au petit matin du 24 novembre, emportant 27 passagers, majoritairement des Kurdes irakiens, âgés de 7 à 46 ans.

Personne ne leur est venu en aide. Ni côté français, ni côté britannique, chacun passant la nuit à se renvoyer la balle, selon des documents de l'enquête consultés par l'AFP.

Ces éléments, qui concordent avec les déclarations des deux survivants, secouent le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (Cross), chargé des secours dans la Manche.

Ils ont suscité la "consternation" des associations d'aide aux migrants. Et l'indignation pour l'aparté d'une opératrice, dévoilé par Le Monde et vérifié par l'AFP: "Ah bah, t'entends pas, tu seras pas sauvé. +J'ai les pieds dans l'eau+, bah je t'ai pas demandé de partir".

"En aucun cas le moindre opérateur du Cross ne laisserait quelqu'un couler", a réagi auprès de l'AFP le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord, Marc Véran.

Auditionnés, les agents du Cross ont invoqué le manque de moyens qui contraint "à prioriser". "Quand les migrants appellent, on a l'impression qu'ils sont tous en situation d'urgence vitale", a dit l'une.

«On connaît les dangers»
Ce soir-là, le Cross a traité "des centaines, voire des milliers d'appels", a rapporté un autre.

Dix passeurs présumés, majoritairement afghans, ont été mis en examen pour ce drame, qui a fait monter la tension entre Paris et Londres. Mais sans décourager les candidats à l'Angleterre.

"Quoiqu'il arrive, nous tenterons la traversée", jure Ahmat, un Soudanais de 16 ans rencontré à Calais.

Avec deux compatriotes, il a rejoint les centaines d'exilés qui affluent sur la côte dans des camps de fortune. Par 10 degrés, le trio est en doudoune et sandales.

"On connaît les dangers", mais "on a déjà souffert", philosophe Tahir, 17 ans.

Avant eux, plus de 40.000 migrants ont déjà atteint les côtes anglaises cette année. Un record depuis le début de ces traversées en 2018.

Pour enrayer cette envolée, Paris et Londres ont conclu lundi un nouvel accord visant à renforcer la surveillance des côtes et la traque des passeurs.

Le préfet Marc Véran espère une réduction des départs, lui dont les services ont "sauvé 7.000 personnes depuis le 1er janvier", pour un mort.

«Assassins»

Les passeurs - "des assassins" - font monter "44 personnes par bateau en moyenne, contre 25 en 2021", souligne-t-il.

Et malgré des démantèlements de filières - 55 depuis 2020 - ils ne cessent d'innover. Désormais, des "bateaux-taxis" embarquent des passagers directement dans l'eau, pour éviter d'être interceptés.

"D'un seul coup, les passeurs ont crié et une centaine de migrants ont surgi des dunes" avant de se jeter à l'eau, raconte à l'AFP Olivier Folcke, un pêcheur plaisancier. Témoin de la scène, sur la plage de Sangatte-Blériot, à quelques kilomètres de Calais, il a sauvé trois Syriens jetés hors d'un canot.

"Les filières sont extrêmement professionnelles. On n'a pas affaire à des enfants de choeur", explique-t-on à la préfecture.

L'activité est très "rentable et moins risquée sur le plan pénal que le trafic de drogue". Prix de la traversée: entre 3.000 et 5.000 euros. Le matériel, bas de gamme, coûte peu, et est livré à la demande.

"Ce sont essentiellement des Kurdes irakiens qui détiennent le marché" mais "de nouveaux entrants, comme des Albanais, apparaissent", conduisant à des "querelles de territoire", poursuit-on.

Les forces de l'ordre ont une doctrine claire, rappelée après le naufrage dans une circulaire: "quelles que soient les circonstances, la nécessité de sauver la vie (...) l'emporte sur toute autre considération", l'impératif étant en cas de risque vital d'empêcher les départs.

Le 12 novembre, au large de Dunkerque (nord), 40 personnes, dont plusieurs déjà à l'eau, ont encore été sauvées de justesse.


France: un défilé du 14-Juillet "massif", l'Ukraine à l'honneur

Des membres du 35e Régiment d’Infanterie (35e RI) "l’As de Trèfle" (à gauche) et du 1er Régiment de Tirailleurs (1er RTir) défilent lors du traditionnel défilé militaire de la Fête nationale du 14 Juillet sur l’avenue des Champs-Élysées, avec l’Arc de Triomphe en arrière-plan, à Paris, le 14 juillet 2025. (AFP)
Des membres du 35e Régiment d’Infanterie (35e RI) "l’As de Trèfle" (à gauche) et du 1er Régiment de Tirailleurs (1er RTir) défilent lors du traditionnel défilé militaire de la Fête nationale du 14 Juillet sur l’avenue des Champs-Élysées, avec l’Arc de Triomphe en arrière-plan, à Paris, le 14 juillet 2025. (AFP)
Short Url
  • Le défilé du 14 Juillet mettra en avant le renforcement de la défense française et européenne, avec un format plus important et moderne
  • L’Ukraine sera à l’honneur, tandis que les alliés européens et de l’OTAN afficheront leur soutien et leur unité

PARIS: Des pilotes ukrainiens et français, un défilé "plus massif": la parade militaire du 14 Juillet sur les Champs Elysées aura cette année pour thème "le réveil stratégique de l'Europe" et s'attachera à montrer que la France est "déterminée" et "n'est pas seule", a annoncé lundi le gouverneur militaire de Paris.

"Nous allons avoir un défilé plus massif, plus puissant, plus moderne", a déclaré le général Loïc Mizon lors d'une conférence de presse.

La parade mobilisera près de 8.500 participants, dont 6.500 défileront à pied. Près de 300 véhicules, dont une centaine de motos, 95 avions, 35 hélicoptères, ainsi que 193 chevaux de la Garde Républicaine participeront également.

L'Ukraine, entrée dans sa cinquième année de guerre déclenchée par la Russie en 2022, sera mise à l'honneur. La Patrouille de France ouvrira le défilé aérien, accompagnée de deux Mirage 2000 pilotés par des équipages franco-ukrainiens.

Les 35 pays de la Coalition des volontaires, prêts à fournir des garanties de sécurité à l'Ukraine une fois conclu un cessez-le-feu, ont été invités à participer par le président Emmanuel Macron, qui assistera à son 10e et dernier défilé en tant que chef d'Etat.

La présidente de la Commission européenne Ursula Von Der Leyen et le général Grynkewich, commandant suprême de l'OTAN, ont aussi été conviés.

Les soldats français des bataillons multinationaux de l'Otan déployés sur le flanc Est de l'Europe (Roumanie, Estonie) descendront la célèbre avenue parisienne.

La présence des alliés et des partenaires doit ainsi témoigner que "l'Europe n'est pas seule", a dit le général Mizon.

Le but de ce défilé est aussi de concrétiser aux yeux des Français les "efforts budgétaires consacrés depuis 10 ans aux forces armées", a fait-t-il valoir.

Le commissariat numérique de Défense défilera pour la première fois, pour "souligner la transformation numérique du ministère des Armées".

Deux blocs de réservistes défileront également: l'un composé de réservistes de la SNCF et un un autre de réservistes d'Airbus France.

La Marine nationale, qui fête cette année ses 400 ans d'existence clôturera le défilé au son du bagad de Lann-Bihoué, basé près de Lorient (Morbihan).

La parade militaire durera 2 heures et se terminera par l'hymne européen, "l'Ode à la joie".


Merz et Macron se sont entendus pour arrêter le projet d'avion de combat commun SCAF, selon Berlin

Une maquette grandeur nature du « New Generation Fighter » (NGF), qui fait partie du Future Combat Air System (FCAS) en cours de développement par Dassault Aviation, Airbus et Indra Sistemas, est présentée à l’aéroport de Paris-Le Bourget le 20 juin 2023. (AFP)
Une maquette grandeur nature du « New Generation Fighter » (NGF), qui fait partie du Future Combat Air System (FCAS) en cours de développement par Dassault Aviation, Airbus et Indra Sistemas, est présentée à l’aéroport de Paris-Le Bourget le 20 juin 2023. (AFP)
Short Url
  • Friedrich Merz et Emmanuel Macron ont constaté l’échec du projet SCAF en raison des désaccords persistants entre Airbus et Dassault Aviation sur le développement de l’avion de combat commun
  • Le programme d’avion de combat est abandonné, mais les deux pays souhaitent maintenir la coopération sur les technologies clés du FCAS, notamment le réseau numérique reliant avions, drones et autres systèmes de défense européens

BERLIN: Friedrich Merz et Emmanuel Macron se sont entendus pour "ne plus poursuivre la construction d'un avion de combat commun", le SCAF, a appris l'AFP lundi auprès du gouvernement allemand.

Depuis des mois, le projet d'avion de combat franco-germano-espagnol, le SCAF, était en panne sur fond de tensions germano-françaises et entre Airbus et Dassault. En février, le chancelier allemand Friedrich Merz avait déjà ouvertement douté de son avenir.

Cette fois, il semble enterré définitivement.

"Le président français et le chancelier allemand sont arrivés au constat partagé que les entreprises (Airbus et Dassault Aviation, ndlr) ne parviennent pas à s'entendre sur la construction d'un avion de combat commun", indique le gouvernement allemand.

"Ils reconnaissent cette réalité. Le chancelier fédéral Merz a donc suggéré au président Macron de ne plus poursuivre la construction d’un avion de combat commun", ajoute-t-il.

Lancé en 2017 par M. Macron et la chancelière Angela Merkel, rejoint par l'Espagne deux ans plus tard, le SCAF est un système qui comprend non seulement un avion mais aussi des drones reliés entre eux par un système de communication numérique innovant, "un cloud de combat".

Selon le gouvernement allemand, "le véritable noyau du FCAS doit être poursuivi en tant que système de systèmes européen".

"Il s’agit en quelque sorte du système nerveux qui relie les avions, les drones et d’autres composants pour former un ensemble intégré", ajoute-t-il.

Il précise que les ministères français et allemand de la Défense "doivent formuler un plan de travail commun et contemporain pour la coopération dans l’industrie de défense, concentré sur quelques projets réalistes et pertinents", lors du conseil des ministres franco-allemand en Allemagne en juin.


G7: les ministres de l'Agriculture réunis à Paris sur la «sécurité des approvisionnements en engrais»

La ministre française de l'Agriculture, Annie Genevard, s'adresse au 59e congrès du syndicat des Jeunes Agriculteurs (JA) au parc des expositions Ainterexpo de Bourg-en-Bresse, dans le centre de la France, le 4 juin 2026. (Photo : OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP)
La ministre française de l'Agriculture, Annie Genevard, s'adresse au 59e congrès du syndicat des Jeunes Agriculteurs (JA) au parc des expositions Ainterexpo de Bourg-en-Bresse, dans le centre de la France, le 4 juin 2026. (Photo : OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP)
Short Url
  • La France, qui importe plus de 60% de ses engrais, planche depuis des mois sur un "plan engrais", annoncé par la ministre qui n'en a toutefois pas dévoilé les contours
  • Pour Paris comme l'Europe, l'enjeu est de réduire sa dépendance en diversifiant ses approvisionnements, en réduisant sa consommation et consommant davantage d'engrais organiques (lisiers, purins d'orties...)

PARIS: La France réunit lundi les ministres de l'Agriculture du G7 pour une réunion consacrée aux engrais et à la question de la "sécurité des approvisionnements" en fertilisants dans le contexte du conflit au Moyen-Orient.

Cette réunion est destinée à dresser un bilan des difficultés actuelles des agriculteurs et à identifier "des actions communes" dans un contexte de flambée des cours des fertilisants  depuis le début de la guerre en Iran fin février et la quasi-fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transitent environ 30% des engrais mondiaux.

Cette rencontre, qui se tient dans le cadre de la présidence française du groupe des sept puissances économiques, vise à définir comment "sécuriser les approvisionnements", "améliorer le partage d'informations et la transparence des marchés" et "renforcer la résilience des filières agricoles face aux chocs économiques et géopolitiques", selon un communiqué du ministère français.

La ministre française de l'Agriculture, Annie Genevard, réunit à midi ses homologues des États-Unis, du Royaume-Uni, de l'Allemagne, de l'Italie, du Canada et du Japon, ainsi que des représentants de l'Union européenne, de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et du Système d'information sur les marchés agricoles (AMIS).

Il n'est pas prévu pour l'heure de point presse à l'issue de cette rencontre.

La France, qui importe plus de 60% de ses engrais, planche depuis des mois sur un "plan engrais", annoncé par la ministre qui n'en a toutefois pas dévoilé les contours.

Pour Paris comme l'Europe, l'enjeu est de réduire sa dépendance en diversifiant ses approvisionnements, en réduisant sa consommation et consommant davantage d'engrais organiques (lisiers, purins d'orties...).

Autre piste envisagée, à court terme, la constitution de stocks stratégiques d'engrais, ce qui pourrait toutefois renforcer la hausse des prix et poserait des questions de sécurité (les engrais sont potentiellement explosifs).

L'Europe et ses partenaires occidentaux sont moins exposés que l'Asie ou l'Afrique aux difficultés d'approvisionnement liées à la guerre en Iran. Mais l'impact sur les prix est global et le coût des fertilisants a augmenté d'environ 50% - et jusqu'à 70% pour l'urée, engrais azoté très consommé produit au Moyen-Orient.

Cela aura des conséquences pour la récolte 2027: si les agriculteurs s'étaient déjà approvisionnés pour leurs semis de 2026, la question se posera dès la fin de l'été pour les semis de céréales d'hiver comme le blé ou l'orge. Avec in fine un risque sur le rendement des récoltes mondiales.