Les Kurdes syriens appellent Washington à empêcher toute offensive terrestre de la Turquie

Mazloum Abdi, commandant des Forces démocratiques syriennes soutenues par les États-Unis (Photo, AP).
Mazloum Abdi, commandant des Forces démocratiques syriennes soutenues par les États-Unis (Photo, AP).
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Publié le Lundi 28 novembre 2022

Les Kurdes syriens appellent Washington à empêcher toute offensive terrestre de la Turquie

  • La menace d'une résurgence de Daech «est utilisée comme moyen de pression sur les États-Unis pour convaincre Ankara de désamorcer la situation»
  • La Turquie considère les Forces démocratiques syriennes et son principal groupe kurde, les Unités de protection du peuple (YPG), comme des groupes terroristes en raison de leurs liens avec le PKK

ANKARA: Le commandant des Forces démocratiques syriennes (FDS), Mazloum Abdi, a déclaré à la presse que ses troupes avaient interrompu leurs opérations contre Daech à la suite des attaques aériennes menées par la Turquie dans le nord de la Syrie la semaine dernière.
Quatre soldats turcs ont été tués samedi au cours d'une opération menée par la Turquie dans le nord de l'Irak, avec pour but officiel de libérer la zone de la présence de terroristes.
Certains signes laissent entendre qu'Ankara se prépare à une offensive terrestre avec l'aide de combattants de l'opposition soutenus par la Turquie. Dans ce contexte, la déclaration d'Abdi, représentant les forces kurdes soutenues par les États-Unis, est considérée comme un message lancé à Washington pour faire pression sur la Turquie afin d'empêcher toute action militaire dans la région.
À l'heure où les États-Unis tentent d'évaluer leurs relations avec leur allié de l'OTAN et leurs partenaires kurdes en Syrie, les dernières attaques aériennes de la Turquie ont été critiquées par Washington en raison de leur proximité avec les bases de la coalition où sont stationnés des soldats américains.
Ankara attribue aux ramifications syriennes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) la responsabilité de l'attentat à la bombe du 13 novembre dans la rue Istiklal d'Istanbul, qui a tué six citoyens turcs et en a blessé plus de 80.
La Turquie considère les FDS et son principal groupe kurde, les Unités de protection du peuple (YPG), comme des groupes terroristes en raison de leurs liens avec le PKK.
Selon Soner Cagaptay, membre du Washington Institute, les États-Unis ne s'opposeront pas à Ankara comme ils l'ont fait par le passé.
«L'importance de la Syrie recule rapidement pour le gouvernement américain en faveur de l'Ukraine, et l'importance relative des YPG diminue», a-t-il indiqué à Arab News.
«Le soutien militaire de la Turquie à l'Ukraine contre l'invasion russe et la position critique d'Ankara en tant qu'intermédiaire pour l'accord sur le corridor céréalier ont également renforcé leur valeur stratégique aux yeux des États-Unis», a-t-il ajouté.
Selon M. Cagaptay, la Turquie a également utilisé son influence en soutenant les candidatures suédoises et finlandaises à l'OTAN.
«Les alliés de l'OTAN ont exprimé leur soutien à la Turquie et n'ont pas critiqué leurs arguments contre les YPG», a-t-il souligné.
Pour Samuel Ramani, chercheur associé au Royal United Services Institute, «les Kurdes syriens utilisent la menace d'une résurgence de Daech comme moyen de pression sur les États-Unis pour convaincre la Turquie de désamorcer la situation».
«Ceci ressemble beaucoup aux événements qui ont suivi l'offensive de l'opération Printemps de la paix de 2019, où l'ancien président américain Donald Trump a été fortement critiqué pour avoir donné son feu vert à l'offensive turque et permis à Daech de potentiellement se rétablir», a-t-il déclaré à Arab News.
La stratégie des FDS a peu de chances de fonctionner, selon M. Ramani. Ce dernier estime qu'il est difficile de voir Washington faire face aujourd'hui au même retour de bâton que celui subi par Trump en 2019.
Selon lui, la Turquie «est apparue comme un médiateur essentiel dans la guerre en Ukraine et les États-Unis se sont abstenus de prendre des sanctions contre le pays en raison de l'utilisation continue des systèmes S-400».
«S'ils ne s'opposent pas à l'acquisition de technologies militaires russes, les États-Unis ne vont certainement pas sévir contre la Turquie en cas d'escalade dans le nord de la Syrie ou en Irak», a-t-il ajouté.
«Les responsables des FDS ont admis qu'ils craignaient que les États-Unis n'en fassent pas assez et qu'ils les perçoivent comme désengagés du conflit syrien dans son ensemble», a-t-il indiqué.
Selon M. Abdi, commandant des FDS, les frappes aériennes turques de la semaine dernière ont endommagé les infrastructures de la région.
«Les forces qui collaborent symboliquement avec la coalition internationale dans la lutte contre Daech sont désormais des cibles pour l'État turc et les opérations (militaires) ont donc cessé», a-t-il déclaré.
Pour sa part, M. Cagaptay estime que les FDS et les YPG étaient autrefois des partenaires importants pour les États-Unis dans la lutte contre Daech, qui est aujourd'hui vaincu.
Les FDS, qui sont le principal partenaire des États-Unis dans la lutte contre Daech en Syrie, ont également rappelé l'importance de conserver intacte la sécurité du camp d'Al-Hol, qui abrite des membres de la famille de combattants de Daech, alors que les autorités kurdes gèrent plusieurs centres de détention dans le nord-est de la Syrie qui hébergent des milliers de combattants de l'opposition.
Pour M. Cagaptay, «le rôle principal des YPG est désormais réduit à celui de gardien de prison des lieux détenant des proches des extrémistes, principalement irakiens et syriens, qu'aucun pays occidental ne veut reprendre».
Les bases accueillant les forces de la coalition menée par les États-Unis dans la ville de Shaddadeh, au nord-est de la Syrie, ont été visées par deux roquettes. Ces attaques auraient été perpétrées par des milices soutenues par l'Iran.
Dans une brève déclaration mercredi, le commandement central américain a annoncé que les troupes américaines avaient été mises en danger, mais qu'aucun membre des forces armées n'avait été blessé lors de la frappe.
Le ministre turc de la Défense, Hulusi Akar, a déclaré vendredi que ses forces ne porteraient jamais atteinte aux forces de la coalition ou aux civils, après avoir été interrogé sur les allégations indiquant que des avions de guerre auraient frappé des cibles près d'une base américaine dans le nord de la Syrie.
M. Akar a également tenu une réunion samedi avec le chef d'état-major turc, Yasar Guler, et les autorités du commandement des forces terrestres turques à Ankara.
«Diminuer la sécurité des camps en représailles aux frappes aériennes de la Turquie ne fera que mettre fin au soutien américain aux YPG et réduire l'importance des Kurdes syriens aux yeux des décideurs politiques américains», a lancé M. Cagaptay.
La Turquie a poursuivi ses frappes aériennes – à l'aide d'avions de chasse et de drones – contre les rebelles kurdes dans le nord de l'Irak et de la Syrie afin d'éloigner les militants de la frontière.
Les experts estiment que les déclarations des FDS ne modifieront pas les plans de la Turquie destinés à poursuivre une éventuelle opération terrestre, la quatrième de ce genre depuis 2016, à l'ouest de l'Euphrate dans les semaines à venir.
Ankara et Moscou ont convenu en 2019 de faire reculer les forces des YPG de 30 kilomètres au sud de la frontière turque.
Le président Recep Tayyip Erdogan a déclaré samedi que la Turquie était «déterminée à sécuriser ses frontières contre le terrorisme».
«Espérons qu'avec ces opérations, nous montrons notre détermination à sécuriser progressivement chaque centimètre de notre pays, en commençant par l'extérieur de la frontière», a-t-il ajouté.


Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Gaza: 400 tonnes d'aide alimentaire envoyées par la France arrivent en Egypte

L'aide internationale à destination de la bande de Gaza, où la situation humanitaire reste dramatique malgré le cessez-le-feu entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas, arrive généralement par les ports égyptiens de Port-Saïd ou d'al-Arich. (AFP)
L'aide internationale à destination de la bande de Gaza, où la situation humanitaire reste dramatique malgré le cessez-le-feu entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas, arrive généralement par les ports égyptiens de Port-Saïd ou d'al-Arich. (AFP)
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  • L'aide a été accueillie à Port-Saïd par le gouverneur de cette ville, Mohab Habachi, l'ambassadeur de France au Caire, Eric Chevallier, et le directeur régional du Programme alimentaire mondial (PAM), Samer Abdeljaber
  • Elle a été réceptionnée par le PAM qui doit l'acheminer dans la bande de Gaza

PORT-SAID: Un porte-conteneur transportant près de 400 tonnes d'aide alimentaire envoyée par la France à Gaza est arrivé mercredi sur les côtes égyptiennes, ont annoncé le gouverneur de Port-Saïd et l'ambassade française en Egypte.

L'aide internationale à destination de la bande de Gaza, où la situation humanitaire reste dramatique malgré le cessez-le-feu entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas, arrive généralement par les ports égyptiens de Port-Saïd ou d'al-Arich, la ville la plus proche du territoire palestinien, dans le nord de l'Egypte.

L'aide a été accueillie à Port-Saïd par le gouverneur de cette ville, Mohab Habachi, l'ambassadeur de France au Caire, Eric Chevallier, et le directeur régional du Programme alimentaire mondial (PAM), Samer Abdeljaber.

Elle a été réceptionnée par le PAM qui doit l'acheminer dans la bande de Gaza.

L'aide est destinée à "plus de 42.000 enfants âgés de 6 mois à 2 ans", a indiqué l'ambassade française dans un communiqué, sans dire quand la marchandise devait arriver à Gaza.

M. Habachi a assuré dans un communiqué de son bureau que "toutes les dispositions ont été prises pour garantir le passage fluide" du convoi humanitaire français vers Gaza.

"Il est impératif qu'Israël supprime tous les obstacles entravant la capacité de l'ONU et des ONG à acheminer l'aide humanitaire de manière indépendante et neutre dans l'ensemble de la bande de Gaza", a indiqué l'ambassade.

Affrété par la fondation de l'armateur français CMA CGM, le paquebot Tokyo qui transporte l'aide était parti du Havre mi-janvier, selon l'ambassade.

Le point de passage de Rafah --le seul entre Gaza et le monde extérieur qui ne passe pas par Israël-- a rouvert cette semaine au compte-gouttes.

Les autorités israéliennes, qui l'avaient fermé en mai 2024, n'ont pas accepté pour l'heure l'ouverture totale réclamée par les organisations humanitaires pour permettre une entrée massive de l'aide internationale.

Jusqu'à présent, quelques dizaines de Palestiniens l'ont emprunté dans les deux sens, essentiellement des malades ou des blessés évacués vers l'Egypte et accompagnés de leurs proches, ou des habitants de retour après avoir reçu des soins.

Israël et le Hamas s'accusent quotidiennement de violer les termes de l'accord de cessez-le-feu en place depuis le 10 octobre.

Mercredi, des bombardements israéliens ont fait 23 morts dans le territoire palestinien, selon le ministère de la Santé du Hamas.

Après le cessez-le-feu, le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), un organisme de l'ONU basé à Rome, avait déclaré que la famine était terminée à Gaza, mais avait alerté sur des niveaux élevés d'insécurité alimentaire.


Nouvelles frappes israéliennes meurtrières à Gaza

Des bombardements israéliens ont fait 24 morts mercredi à Gaza, selon les services de santé, tandis que l'armée a affirmé avoir riposté à des tirs et tué plusieurs combattants palestiniens, malgré le fragile cessez-le-feu en place depuis le 10 octobre. (AFP)
Des bombardements israéliens ont fait 24 morts mercredi à Gaza, selon les services de santé, tandis que l'armée a affirmé avoir riposté à des tirs et tué plusieurs combattants palestiniens, malgré le fragile cessez-le-feu en place depuis le 10 octobre. (AFP)
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  • Selon les services de santé de la bande de Gaza, 24 Palestiniens ont été tués et une quarantaine blessés mercredi par des frappes aériennes ou tirs d'artillerie israéliens
  • "Nous dormions quand soudain une pluie d'obus et de tirs s'est abattue sur nous", a raconté un survivant

GAZA: Des bombardements israéliens ont fait 24 morts mercredi à Gaza, selon les services de santé, tandis que l'armée a affirmé avoir riposté à des tirs et tué plusieurs combattants palestiniens, malgré le fragile cessez-le-feu en place depuis le 10 octobre.

Le poste frontalier de Rafah avec l'Egypte, seul accès vers le monde extérieur pour les habitants du territoire assiégé par Israël, reste pendant ce temps entrouvert sous de très strictes conditions.

Selon les services de santé de la bande de Gaza, 24 Palestiniens ont été tués et une quarantaine blessés mercredi par des frappes aériennes ou tirs d'artillerie israéliens.

"Nous dormions quand soudain une pluie d'obus et de tirs s'est abattue sur nous", a raconté un survivant, Abou Mohammed Haboush, dont le fils a été tué à Gaza-ville, dans le nord. "De jeunes enfants ont été tués, mon fils et mon neveu sont parmi les morts", a-t-il ajouté.

Des images de l'AFP dans cette ville ont montré des proches de victimes priant dans l'enceinte de l'hôpital Al-Chifa, où étaient allongés des corps enveloppés de linceuls blancs.

Un secouriste tué 

Le directeur de l'hôpital, Mohammed Abu Salmiya, a déclaré que 14 morts et des dizaines de blessés y avaient été transportés. Il a dénoncé "une situation extrêmement difficile dans les hôpitaux du territoire, en raison des graves pénuries de médicaments et d'équipements".

D'autres frappes ont visé le secteur d'Al-Mawasi à Khan Younès, dans le sud de Gaza, où des dizaines de milliers de déplacés vivent sous des abris de fortune.

Le Croissant-Rouge palestinien a annoncé la mort d'un de ses secouristes, Hassan Hussein Al-Samiri, durant une intervention pour évacuer des blessés dans cette zone.

L'armée a déclaré avoir tué mercredi dans une frappe dans le sud de Gaza un commandant du Hamas, Bilal Abou Assi, présenté comme le chef du commando auteur d'un assaut contre le kibboutz Nir Oz le 7 octobre 2023, lors des attaques qui ont déclenché la guerre.

Elle a indiqué avoir mené cette frappe en riposte à des tirs qui ont blessé un officier dans le nord de Gaza.

L'armée a aussi annoncé avoir tué un commandant du Jihad islamique, Ali Raziana, ainsi que le chef d'une "cellule terroriste" du Hamas, Muhammad Issam Hassan al-Habil, accusé d'être l'auteur du meurtre d'une soldate israélienne, Noa Marciano, prise en otage le 7 octobre 2023.

Elle a assuré avoir pris des mesures "afin de limiter autant que possible les dommages aux civils".

"Retrouver mon pays" 

Dans ce contexte de trêve très précaire, Israël avait accepté de rouvrir partiellement lundi le passage de Rafah, fermé depuis mai 2024.

Seuls quelques dizaines de Palestiniens de Gaza ont transité jusqu'à présent dans les deux sens, essentiellement des malades ou blessés évacués vers l'Egypte, accompagnés de leurs proches, ou des habitants de retour après avoir reçu des soins.

Pendant la nuit, un autocar transportant des Palestiniens de retour d'Egypte est arrivé à Khan Younès, selon des images de l'AFP. Des femmes et des enfants en sont descendus, accueillis par leurs proches impatients de les serrer dans leurs bras.

"Je ne peux décrire ce que je ressens", a confié une Palestinienne, Fariza Barabakh. "Je suis si heureuse de retrouver mon mari, mes enfants, ma famille, mes bien-aimés, et bien sûr, retrouver mon pays".

"Le sentiment d'appartenir à une terre est plus important que tout autre", a-t-elle ajouté.

Aux termes du plan de Donald Trump visant à mettre fin définitivement à la guerre, le passage de Rafah devait rouvrir une fois libérés les derniers otages retenus à Gaza.

Mais les autorités israéliennes n'ont pas accepté pour l'heure de rouvrir totalement la frontière, comme réclamé par les organisations humanitaires pour permettre un afflux de l'aide internationale.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, au moins 556 personnes ont été tuées par des frappes israéliennes depuis le 10 octobre, tandis que l'armée a annoncé avoir perdu quatre soldats.

 


Le ministre iranien des Affaires étrangères appelle son homologue saoudien avant les pourparlers nucléaires avec les États-Unis

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, a reçu mercredi un appel téléphonique de son homologue iranien, Abbas Araqchi. (Capture d’écran)
Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, a reçu mercredi un appel téléphonique de son homologue iranien, Abbas Araqchi. (Capture d’écran)
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  • Ils ont discuté de l’importance de résoudre les différends par le dialogue et la diplomatie
  • Des puissances régionales ont œuvré en faveur de ces pourparlers, prévus vendredi à Oman, entre Téhéran et Washington

​​​​​​LONDRES : Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, a reçu mercredi un appel téléphonique de son homologue iranien, Abbas Araghchi, à la veille de discussions nucléaires cruciales entre Téhéran et Washington.

Selon l’Agence de presse saoudienne, les deux responsables ont souligné l’importance de régler les différends par le dialogue et la diplomatie, ainsi que les efforts visant à préserver la sécurité et la stabilité de la région.

Des puissances régionales ont encouragé la tenue de ces pourparlers, programmés vendredi à Oman, entre l’Iran et les États-Unis, dans le but de parvenir à un accord sur le programme nucléaire de Téhéran et d’éviter une nouvelle escalade dans la région.

Dans un message confirmant ces discussions, publié mercredi sur la plateforme X, Abbas Araghchi a écrit :
« Les négociations nucléaires avec les États-Unis doivent se tenir à Mascate vendredi vers 10 heures. Je remercie nos frères omanais pour avoir pris toutes les dispositions nécessaires. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com