La Turquie entend renouer avec l'Égypte et la Syrie

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, serre la main du président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, lors de la cérémonie d'ouverture de la Coupe du monde de la Fifa 2022 au Qatar (Photo, AFP).
Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, serre la main du président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, lors de la cérémonie d'ouverture de la Coupe du monde de la Fifa 2022 au Qatar (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 29 novembre 2022

La Turquie entend renouer avec l'Égypte et la Syrie

  • Ankara et Le Caire pourraient renommer des ambassadeurs et rétablir des liens diplomatiques complets dans les mois à venir, selon le ministre turc des Affaires étrangères
  • Recep Tayyip Erdogan s'est entretenu la semaine dernière avec son homologue égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, en marge de la Coupe du monde de football au Qatar

ANKARA: Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a déclaré lundi que la Turquie et l'Égypte pourraient renommer des ambassadeurs et rétablir des liens diplomatiques complets entre les deux pays dans les mois à venir.
Cette annonce est intervenue quelques jours après que le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a fait part de son intention de rencontrer le président syrien, Bachar al-Assad, lorsque les «conditions seront réunies», dans le but de rétablir les relations.
Ankara a récemment tenté de rétablir les ponts avec plusieurs nations de la région. En effet, le rapprochement avec l'Égypte succède à des années de tensions depuis l'éviction par un coup d'État militaire en 2013 de l'ancien président égyptien, Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans.
Dimanche, M. Erdogan a déclaré qu'il s'était entretenu la semaine dernière avec son homologue égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, pendant près de quarante-cinq minutes en marge de la Coupe du monde de football au Qatar, où les deux dirigeants se sont serré la main pour relancer les liens bilatéraux.
Les vice-ministres des Affaires étrangères des deux pays devraient se rencontrer prochainement pour entamer le processus d'ouverture de nouvelles voies de coopération.
Ozgur Unluhisarcikli, directeur à Ankara du German Marshall Fund of the United States, a déclaré à Arab News que les mesures de normalisation de la Turquie avec l'Égypte faisaient écho aux mêmes efforts déployés avec l'Arabie saoudite et d'autres pays de la région pour rompre son isolement.
«Il existe également des incitations financières sous la forme d'accords d'échange avec l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU) et d'investissements en provenance de ces pays», indique-t-il.
«La normalisation de la Turquie avec l'Égypte modifierait l'équilibre entre la Turquie et la Grèce en Méditerranée orientale en faveur de la première», ajoute-t-il.
Ankara et Le Caire devront résoudre de nombreux problèmes dont la question de leurs politiques concurrentes à l'égard de la Libye, en particulier le récent accord d'exploration des hydrocarbures entre le gouvernement libyen d'unité nationale et la Turquie, ainsi que la présence de dirigeants des Frères musulmans et de journalistes égyptiens dissidents en Turquie.
«Tourner la page avec M. Al-Sissi semble être une approche pragmatique, si l'on tient compte de quelques dimensions», souligne Nigar Göksel, directrice du projet Turquie au Crisis Group international.
«L'une d'entre elles est de reconnaître que les Frères musulmans ne seront pas en mesure de faire leur retour dans un avenir proche.»
«Une autre est la conviction que la rupture des relations entre Ankara et Le Caire a renforcé les adversaires traditionnels de la Turquie. En effet, Le Caire et Athènes ont signé un accord de zone économique exclusive et les gisements de gaz naturel découverts par les Chypriotes grecs finiront probablement par être acheminés vers les terminaux égyptiens de gaz naturel liquéfié», ajoute-t-elle.
Mme Göksel estime que la normalisation des relations avec l'Égypte faisait partie intégrante d'une réinitialisation régionale plus large pour la Turquie, incluant l'Arabie saoudite, Israël et les EAU – un ensemble qui, pour Ankara, a une valeur à la fois financière et géostratégique.
Pour Aydin Sezer, spécialiste en géopolitique basé à Ankara, l'accord controversé du 3 octobre sur les hydrocarbures ne risque pas de poser un problème majeur au rétablissement des liens entre Le Caire et Ankara, étant donné que l'accord a été rejeté par le Parlement libyen de l'est et par l'Égypte.
«Les côtes orientales de la Libye sont situées le long des gazoducs potentiels de l'Égypte qui atteindraient les côtes européennes. En cas de normalisation, la Turquie ne s'opposerait pas aux plans égyptiens d'exploration du gaz dans la région», affirme-t-il.
Dimanche, M. Erdogan a tendu un rameau d'olivier au régime de Bachar al-Assad, alors que les deux pays sont en désaccord depuis plus de dix ans en raison du soutien apporté par Ankara aux forces rebelles syriennes.
Recep Tayyip Erdogan a déclaré la semaine dernière qu'il pourrait rencontrer M. Al-Assad après les élections de juin, lorsque les «conditions seront réunies», car «il n'y a pas de place pour d'éternelles rancœurs en politique».
La Russie a également proposé d'organiser une réunion entre les ministres des Affaires étrangères syrien et turc pour entamer des négociations.
Selon les experts, les chefs des services de renseignement de Syrie et de Turquie ont récemment tenu des réunions régulières afin de discuter des moyens d'empêcher l'avancée de la milice kurde syrienne YPG dans le nord de la Syrie et de programmer le retour dans leur pays en toute sécurité des réfugiés syriens en Turquie.
«Les perspectives de discussion avec Bachar al-Assad sont liées aux encouragements de Moscou et aux tentatives de créer un front contre la milice YPG», estime Mme Göksel.
Cependant, M. Unluhisarcikli pense que la normalisation entre la Turquie et la Syrie a peu de chances de se concrétiser dans un avenir proche.
«Du point de vue de la Turquie, la normalisation avec la Syrie doit inclure un retour partiel des réfugiés syriens en Turquie, mais M. Al-Assad n'est pas prêt à l'accepter», souligne-t-il.
«Bachar al-Assad exigerait d'autre part que les troupes turques se retirent de Syrie, mais la Turquie ne peut le faire tant que le statut final de la Syrie n'est pas déterminé, et ce, pour sa propre sécurité frontalière», soutient-il.
Tout effort de normalisation avec le régime de M. Al-Assad permettrait également d'aider les quelque quatre millions de réfugiés syriens vivant en Turquie.
À l'approche des élections générales et présidentielle de l'année prochaine, plusieurs partis d'opposition turcs se sont engagés à normaliser les relations avec le régime syrien afin de soulager la Turquie du poids de l'accueil des réfugiés.
En mai, Meral Aksener, leader du Bon Parti, a juré de se rendre en Syrie, de serrer la main de Bachar al-Assad et de renvoyer les migrants syriens dans leur pays.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Les Etats-Unis reprennent leur aide alimentaire à la Somalie

Jeudi, le sous-secrétariat américain à l'Aide étrangère, aux Affaires humanitaires et à la Liberté religieuse a affirmé sur X "saluer le gouvernement fédéral somalien pour avoir assumé la responsabilité de ses actions ayant affecté les opérations du PAM, y compris l’aide financée par les États-Unis". (AFP)
Jeudi, le sous-secrétariat américain à l'Aide étrangère, aux Affaires humanitaires et à la Liberté religieuse a affirmé sur X "saluer le gouvernement fédéral somalien pour avoir assumé la responsabilité de ses actions ayant affecté les opérations du PAM, y compris l’aide financée par les États-Unis". (AFP)
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  • La Somalie est dans le viseur de Donald Trump. Fin novembre, le président américain l'avait qualifiée de "pays pourri"
  • Il s'est aussi pris de façon répétée à la communauté somalienne aux États-Unis

NAIROBI: Les Etats-Unis ont annoncé jeudi reprendre leur aide alimentaire à la Somalie, qu'ils avaient suspendue début janvier, après que Mogadiscio a annoncé avoir rendu l'aide alimentaire que Washington accusait les autorités somaliennes d'avoir saisie illégalement.

Le département d'Etat américain avait annoncé le 8 janvier avoir suspendu "tous les programmes américains d'assistance" à la Somalie, évoquant une "politique de tolérance zéro" en matière de gaspillage ou de vol après avoir reçu des informations selon lesquelles des responsables somaliens avaient "détruit un entrepôt du Programme alimentaire mondial (PAM) financé par les Etats-Unis et saisi illégalement 76 tonnes d'aide alimentaire".

La Somalie est dans le viseur de Donald Trump. Fin novembre, le président américain l'avait qualifiée de "pays pourri" et fait part de son intention de mettre fin au statut spécial protégeant les ressortissants somaliens de l'expulsion.

Il s'est aussi pris de façon répétée à la communauté somalienne aux États-Unis. Après un scandale suscité par des révélations sur une gigantesque fraude aux aides publiques dans le Minnesota, mise en place par des membres de la diaspora somalienne, il a lancé une opération anti-immigration extrêmement critiquée à Minneapolis, capitale de cet Etat.

Jeudi, le sous-secrétariat américain à l'Aide étrangère, aux Affaires humanitaires et à la Liberté religieuse a affirmé sur X "saluer le gouvernement fédéral somalien pour avoir assumé la responsabilité de ses actions ayant affecté les opérations du PAM, y compris l’aide financée par les États-Unis".

"À la suite de cette déclaration, nous reprendrons la distribution de denrées alimentaires au PAM tout en continuant à réévaluer notre posture d’assistance plus générale en Somalie", peut-on lire dans le même message.

"Toutes les marchandises du PAM affectées par l'expansion du port ont été rendues" et un "plus grand entrepôt" avait été fourni à l'agence onusienne, avait annoncé mardi sur X le gouvernement somalien, insistant sur sa "transparence".

Mogadiscio avait initialement indiqué que la démolition de l'entrepôt s'inscrivait dans le cadre de "travaux d'agrandissement et de réaménagement" du port de Mogadiscio et que tous les vivres resteraient sous la responsabilité du PAM.

Les fragiles autorités somaliennes sont dépendantes de l'aide militaire américaine face aux insurgés islamistes shebab qu'elles combattent depuis près de 20 ans ainsi que contre des jihadistes de l'Etat islamique.

Mardi, le Commandement des États-Unis pour l'Afrique (Africom) avait indiqué avoir accéléré le rythme de leurs frappes aériennes contre ces deux groupes, avec 23 frappes depuis le 1er janvier.


Un groupe de femmes retrace la route sacrée de la Hijrah jusqu’à Médine

Ces 22 femmes seraient le premier groupe exclusivement féminin connu à avoir accompli ce périple. (Photo : fournie)
Ces 22 femmes seraient le premier groupe exclusivement féminin connu à avoir accompli ce périple. (Photo : fournie)
Ces 22 femmes seraient le premier groupe exclusivement féminin connu à avoir accompli ce périple. (Photo : fournie)
Ces 22 femmes seraient le premier groupe exclusivement féminin connu à avoir accompli ce périple. (Photo : fournie)
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  • L’environnement favorable du Royaume pour les femmes a rendu possible ce périple de 500 km à pied, selon la fondatrice de Soul Al-Hijrah

DJEDDAH : Dans un voyage spirituel unique, un groupe de femmes a retracé les pas sacrés du prophète Muhammad de La Mecque à Médine.

Les 22 participantes – aventurières, cadres, médecins, infirmières, enseignantes, mères âgées de 30 à 50 ans – seraient le premier groupe exclusivement féminin connu à avoir effectué le voyage le plus proche de l'itinéraire original.

Les femmes ont parcouru à pied près de 500 km pour revivre ce que le prophète Muhammad et ses compagnons ont pu traverser il y a plus de 1 400 ans.

« Oui, c’est la toute première marche de la Hijrah réservée aux femmes. Elles sont venues du monde entier pour marcher ensemble lors de ce périple inoubliable. Elles ont complété un voyage d’une semaine, expérimentant la signification historique et spirituelle du trajet », a déclaré Salma Abdulrahman, directrice de Soul Al-Hijrah, à Arab News.

Les 22 participantes ont visité des sites clés le long de la route, pour une immersion totale dans la valeur historique et spirituelle de la Hijrah. Abdulrahman faisait partie des premières à emprunter ce chemin.

« J’ai trouvé mon âme sur ce chemin et j’ai eu l’impression de renaître. Ce voyage a ravivé mon cœur et changé le cours de ma vie. C’est aussi le début de ma société de tourisme, Soul Al-Hijrah », a-t-elle expliqué.

Elle a accompagné les participantes tout au long du voyage : « Ce fut un honneur de les servir et d’accueillir les invités de notre bien-aimé Prophète Muhammad, paix et bénédictions sur lui, en veillant à leur confort tout au long du parcours. C’est un honneur que je chéris profondément, et ma joie envers elles est indescriptible. »

Abdulrahman a ajouté que plus de 20 voyages ont déjà été organisés sur la route de la Hijrah pour des groupes venus du monde entier, témoignant de l’intérêt croissant pour ce type de tourisme spirituel et historique.

« Il faut dire que ce type d’initiative n’aurait pas été possible sans l’environnement favorable offert par le Royaume aux femmes saoudiennes, leur donnant la confiance nécessaire pour être à l’avant-garde du secteur touristique », a-t-elle souligné.

La Dre Dina Altayeb, parodontiste et implantologue, a décrit ce voyage comme le plus intense et profond parmi toutes ses aventures. « J’aimerais que plus de gens aient cette opportunité, car elle offre d’innombrables bienfaits pour l’âme, le corps et l’esprit », a-t-elle déclaré.

Altayeb, qui est la première femme saoudienne à se qualifier et à participer au championnat du monde Ironman,  a déclaré à Arab News que c'était une expérience totalement différente. « Pour moi, ce n'était pas aussi difficile que mes aventures habituelles, mais spirituellement, ce fut une expérience formidable, car c'était une expérience émotionnelle indescriptible... (et) ce fut aussi une expérience enrichissante. »

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Les 22 femmes seraient le premier groupe exclusivement féminin connu à avoir accompli ce périple. (Photo: fournie)

Elle s’est dite ravie d’arriver à Médine. « Nous avons traversé des montagnes, des vallées et des déserts, tout comme l'avait fait le Prophète. Ce fut un sentiment extraordinaire lorsque nous sommes arrivés à Médine après huit jours de marche. »

Ghadeer Sultan, responsable en ressources humaines, a rejoint le groupe par hasard. « Je n’avais pas prévu de suivre le voyage de la Hijrah, c’était une coïncidence, une invitation qui m’est parvenue, et un peu de curiosité pour vivre l’expérience », a-t-elle confié.

« Lorsque nous sommes entrés dans le jardin ombragé de Médine, j'ai eu l'impression que la paix et la lumière avaient pénétré au plus profond de mon âme. J'ai ressenti la joie des Ansar à l'arrivée du Prophète, que la paix et les bénédictions soient sur lui, et mon cœur a vibré à tous ces moments historiques. Je découvrais les véritables grandes valeurs incarnées par la ville du Prophète : les valeurs d'amour et de tolérance. »

À leur arrivée à Médine, après un voyage qui a débuté le 22 décembre et s'est terminé le 29 décembre, les participantes ont été chaleureusement accueillis avec des roses et des prières.

Leur première visite a été la mosquée Quba, où le Prophète a séjourné lors de sa migration. Première mosquée de l’histoire de l’Islam et en partie construite par le Prophète lui-même, elle revêt une profonde signification spirituelle. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le prince héritier saoudien reçoit le lauréat du prix Nobel de chimie 2025, Omar Yaghi

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane reçoit le professeur Omar Yaghi à Riyad mercredi. (SPA)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane reçoit le professeur Omar Yaghi à Riyad mercredi. (SPA)
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  • Le prince héritier a félicité Yaghi pour avoir reçu ce prix et lui a souhaité beaucoup de succès pour l'avenir

RIYAD : Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a reçu mercredi à Riyad le professeur Omar Yaghi, lauréat du prix Nobel de chimie 2025.

Le prince héritier a félicité Omar Yaghi pour cette distinction et lui a souhaité un succès continu, a rapporté l’Agence de presse saoudienne.

Le professeur a été récompensé par le prix Nobel de chimie 2025, qu’il partage avec Richard Robson, de l’Université de Melbourne en Australie, et Susumu Kitagawa, de l’Université de Kyoto au Japon.

Les scientifiques ont été distingués pour la création de « constructions moléculaires dotées de vastes espaces permettant la circulation de gaz et d’autres substances chimiques. Ces structures, appelées réseaux métallo-organiques, peuvent être utilisées pour capter l’eau de l’air du désert, piéger le dioxyde de carbone, stocker des gaz toxiques ou catalyser des réactions chimiques ».

Omar Yaghi a exprimé sa gratitude au prince héritier pour cette rencontre ainsi que pour le soutien qu’il a reçu dans ses travaux.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com