Mondial: pour les Bleus, un élan à conserver et un tableau à éclaircir

L'attaquant français #10 Kylian Mbappe célèbre le deuxième but de son équipe lors du match de football du groupe D de la Coupe du monde Qatar 2022 entre la France et le Danemark au stade 974 de Doha le 26 novembre 2022. (Photo par FRANCK FIFE / AFP)
L'attaquant français #10 Kylian Mbappe célèbre le deuxième but de son équipe lors du match de football du groupe D de la Coupe du monde Qatar 2022 entre la France et le Danemark au stade 974 de Doha le 26 novembre 2022. (Photo par FRANCK FIFE / AFP)
Short Url
Publié le Mercredi 30 novembre 2022

Mondial: pour les Bleus, un élan à conserver et un tableau à éclaircir

  • La presse spécialisée s'interroge mercredi sur les changements prévus par Deschamps
  • La pression est maximale sur les Aigles de Carthage avant de pénétrer dans le stade Education City, dans l'ouest de Doha

DOHA: Déjà qualifiée, la France de Kylian Mbappé a une "dynamique" à entretenir et des remplaçants à impliquer, mercredi (16h00) contre la Tunisie, avant de savoir en soirée si l'Argentine de Lionel Messi, adversaire possible en 1/8, passe au tour suivant ou à la trappe.

"Le fait d'avoir cette tranquillité-là (...) laisse un peu plus de marge. Mais il ne faut en aucun cas galvauder ce troisième match. La dynamique est importante en interne", a affirmé le sélectionneur Didier Deschamps, resté très secret sur l'étendue de sa rotation.

Des changements, "il y en aura" après les deux victoires probantes contre l'Australie (4-1) et le Danemark (2-1). "Combien? Vous ne le saurez pas et l'adversaire surtout ne le saura pas", a-t-il glissé mardi avant un entraînement à huis clos sans enseignement définitif.

La presse spécialisée s'interroge mercredi sur les changements prévus par Deschamps: "Mise en plis pour les +coiffeurs+", titre Le Parisien, reprenant le surnom ingrat attribué aux habituels remplaçants. Le quotidien L'Equipe s'attarde lui sur le "banc d'essais" des doublures, rappelant que les derniers matches sans grand enjeu des Bleus en grande compétition (0-0 en 2014, 2016 et 2018) étaient restés "oubliables, voire carrément tartes".

Le flou demeure même sur l'identité du gardien titulaire, un poste où Deschamps n'entretient d'habitude aucun mystère. Cela se jouera donc entre le capitaine Hugo Lloris qui, avec une 142e sélection, partagerait le record national de Lilian Thuram, et le vétéran Steve Mandanda qui, à 37 ans et huit mois, deviendrait le joueur le plus âgé de l'histoire des Bleus.

Mondial: Messi et Lewandowski en grand danger, qui pour défier Mbappé ?

Lionel Messi ou Robert Lewandowski à la trappe? Le Mondial pourrait perdre certaines de ses plus brillantes étoiles mercredi à l'issue d'un choc Pologne-Argentine avec vue sur les huitièmes de finale, où la France de Kylian Mbappé, déjà qualifiée, attend de connaître son adversaire.

Les jours passent et le tableau de la phase à élimination directe est en cours de remplissage, du Brésil à la France en passant par les Pays-Bas, le Sénégal, l'Angleterre et les États-Unis.

Mais, mercredi soir, il n'y aura pas de billet pour toutes les stars alignées: la confrontation Messi-Lewandowski, entre l'ancienne star du Barça et l'actuel avant-centre du club catalan, s'annonce comme un match de titans où le vaincu risque fort de prendre la porte dans le groupe C.

En Argentine, le journal Clarin résume l'enjeu de la soirée: "recréer la passion ou un triste retour à la maison".

Côté argentin comme côté polonais, on refuse néanmoins de réduire la rencontre à un duel entre deux attaquants.

"Les comparaisons ne sont pas utiles", a déclaré l'Argentin Lionel Scaloni, sélectionneur sous pression. "Lewandowski est un grand joueur. C'est un privilège et un plaisir de le voir de près. Il n'y a pas besoin de les comparer avec Messi, profitons-en."

Si la Pologne peut se contenter d'un nul pour atteindre les huitièmes de finale pour la première fois depuis 1986, l'Argentine, elle, doit gagner pour s'éviter des sueurs froides après ses débuts ratés contre l'Arabie saoudite (défaite 2-1).

La France en embuscade 

Lors de son deuxième match face au Mexique, l'Albiceleste a paru dévorée par le stress, consciente qu'un but encaissé risquait de la renvoyer à la maison très prématurément. Mais Messi est entré en scène avec un but superbe, vécu comme un immense soulagement, et les Argentins se sont finalement imposés 2-0.

Pour venir à bout de la Pologne, il faudra percer une défense qui n'a pas encore pris de but dans ce tournoi et suivre le résultat d'Arabie saoudite-Mexique. C'est à ce prix que Messi, 35 ans et en lice pour ce qui est "sûrement" son dernier Mondial, pourra continuer à caresser le rêve d'un sacre mondial qui couronnerait son immense carrière et ferait de lui l'égal de Diego Maradona.

Reste que franchir cette phase de poules n'est que le début de l'affaire pour Messi et Lewandowski.

La France de Mbappé est en embuscade: quasi assurée de finir en tête du groupe D, l'équipe tenante du titre attend de connaître son futur adversaire, qui devrait être le deuxième du groupe C.

Retrouvailles France-Argentine? 

Et les possibles retrouvailles avec l'Argentine de Messi, comme en 2018, un match référence du Mondial russe (4-3), font saliver la planète football.

Ayant réglé la question de la qualification dès son deuxième match, la France a une "dynamique" à entretenir et des remplaçants à concerner, mercredi (16h00) contre la Tunisie. Dans l'autre rencontre, le Danemark tremble avant de défier l'Australie.

Mbappé d'entrée 

De l'autre côté du terrain, la pression est maximale sur les Aigles de Carthage avant de pénétrer dans le stade Education City, dans l'ouest de Doha.

L'unique point pris en deux matches par les partenaires de Montassar Talbi les contraint à réussir l'exploit pour avoir une chance d'atteindre les huitièmes, en espérant un faux pas de l'Australie face au Danemark à la même heure.

"On a une occasion en or de se racheter, de réaliser quelque chose de grand", a souligné le défenseur de Lorient, en référence à la défaite frustrante contre les Australiens (1-0).

Pour le milieu français Aurélien Tchouaméni, la Tunisie peut s'appuyer sur "des joueurs talentueux qui sont techniques, capables de mettre beaucoup d'intensité dans leur match. Ils vont tout donner avec l'apport de leurs supporters", nombreux au Qatar.

Les Bleus en comptent beaucoup moins mais ils ont Mbappé, trois buts en deux matches, animé par la quête du trophée de meilleur buteur du tournoi.

Sera-t-il aligné d'entrée mercredi? La question peut s'étendre aux autres attaquants titulaires, d'Ousmane Dembélé à Olivier Giroud en passant par Antoine Griezmann, installé comme meneur reculé dans l’entre-jeu depuis le début du Mondial.

L'Argentine tremble 

En défense, la menace de suspension planant sur Jules Koundé, averti contre le Danemark, plaide pour une mise au repos du Barcelonais au profit de Benjamin Pavard. Après deux titularisations, Dayot Upamecano pourrait laisser sa place à l'un des nombreux défenseurs centraux de l'effectif, comme Ibrahima Konaté ou William Saliba.

L'encadrement devra aussi faire un choix pour Raphaël Varane, revenu à la compétition seulement samedi après cinq semaines à l'infirmerie. Le défenseur de Manchester United, encore à la recherche de rythme, s'est dit prêt à enchaîner.

Au-delà des cas individuels, les Bleus veulent surtout préparer au mieux le "deuxième tournoi" qui les attend à partir des huitièmes, avec un adversaire connu en fin de soirée. Il se trouvera parmi les acteurs de Pologne-Argentine et Arabie saoudite-Mexique (20h00).

Les possibles retrouvailles avec l'Albiceleste de Messi, comme en 2018, un match référence du Mondial russe (4-3), font saliver. Mais les Sud-Américains doivent battre Robert Lewandowski et sa bande pour être certains de rester en vie.

La défaite initiale 2-1 contre l'Arabie saoudite de Hervé Renard a plombé les Argentins et le spectre d'une élimination hante encore tous les esprits, malgré le rebond réussi face au Mexique (2-0).

Les Français disent eux attendre leur adversaire sans se projeter. "Les huitièmes de finale, c'est là où il y a les meilleures équipes dans la Coupe du monde. Tu n'as pas le droit de te cacher", résume Tchouaméni.


Du blues de "Sinners" à une rare égalité: cinq temps forts des Oscars 2026

Priyanka Chopra et Javier Bardem sur scène. (AFP)
Priyanka Chopra et Javier Bardem sur scène. (AFP)
Short Url
  • Une bataille après l'autre triomphe aux Oscars, tandis que Sinners brille par sa performance musicale spectaculaire rendant hommage au blues et à la musique noire
  • Javier Bardem lance un message politique discret mais fort : « non à la guerre, libérez la Palestine », dans une cérémonie par ailleurs plutôt consensuelle

HOLLYWOOD: "Une bataille après l'autre" a triomphé aux Oscars dimanche devant "Sinners", auquel on doit un des temps forts de la cérémonie, une performance musicale magistrale.

Le blues de "Sinners" et la Corée de "KPop Demon Hunters" sur scène

Le blues s'est emparé du Dolby Theatre, transformé en bar de fortune dans une grange du Mississippi pour reproduire la scène musicale d'anthologie de "Sinners" (quatre Oscars dont la meilleure musique de film).

Miles Caton, qui interprète un fils de pasteur accro à la musique du diable, et l'auteur-compositeur-interprète Raphael Saadiq ont repris "I Lied To You", entourés d'artistes incarnant toutes les époques de la musique noire, de l'Afrique de l'Ouest jusqu'au hip-hop américain. Participaient à cet hommage le musicien Shaboozey et la danseuse étoile Misty Copeland, qui a récemment subi un remplacement de hanche.

Les chanteuses de "KPop Demon Hunters" (meilleur film d'animation) ont elles rendu hommage à la culture sud-coréenne en interprétant leur tube "Golden", meilleure chanson originale.

Robert Redford "cowboy intellectuel" pour Barbra Streisand

La cérémonie a honoré les figures du cinéma disparues récemment, dont l'acteur et réalisateur Robert Redford, "cow-boy intellectuel qui a tracé sa propre voie", selon Barbra Streisand, son amie depuis "Nos plus belles années" (1973).

Tué avec son épouse Michelle en décembre, le réalisateur Rob Reiner laisse en héritage des films qui "dureront des générations, parce qu'ils parlaient de ce qui nous fait rire et pleurer, et de ce à quoi nous aspirons à être", a dit Billy Crystal, héros de sa comédie romantique "Quand Harry rencontre Sally" (1989). Le fils du couple a plaidé non-coupable de ces meurtres.

Rachel McAdams, qui incarnait la fille de Diane Keaton dans "Esprit de famille" en 2005, a salué "une légende qui ne se terminera jamais".

Humour consensuel pour Conan O'Brien

"Je dois vous prévenir, cette soirée pourrait devenir politique", avait annoncé le présentateur de la cérémonie, l'humoriste Conan O'Brien. Ses piques sur le système de santé américain ou le patron de Netflix se sont avérées plutôt consensuelles.

C'est sur le traitement de l'affaire Epstein aux Etats-Unis qu'il a été le plus mordant, lançant: "C'est la première fois depuis 2012 qu'aucun Britannique n'est nommé dans les catégories meilleur acteur ou meilleure actrice. Un porte-parole britannique a déclaré: "+Ouais, mais au moins, nous on arrête nos pédophiles+".

En pleine guerre au Moyen-Orient déclenchée par Donald Trump, le ton est resté globalement très sage, hormis le "non à la guerre, libérez la Palestine" lancé par Javier Bardem sur scène.

"Bébé yoda" fait sa promo

Diffusée sur la chaîne américaine ABC, propriété du groupe Disney, la cérémonie a été l'occasion de faire la promotion de plusieurs films produits par la firme aux grandes oreilles.

"Bébé yoda", héros de la série "The Mandalorian" et du film "The Mandalorian and Grogu", en salles en France le 20 mai, est apparu dans le public. Anne Hathaway, à l'affiche du "Diable s'habille en Prada 2" le 29 avril, a remis un prix avec la papesse de la mode Anna Wintour. Et les "Avengers" Chris Evans et Robert Downey Jr se sont retrouvés sur scène avant la sortie de "Doomsday" le 16 décembre.

Les bandes-annonces ont ensuite été diffusées pendant les publicités.

Rare ex-aequo dans l'histoire des Oscars

Pour la 7e fois seulement depuis 1929, un prix a récompensé deux films ex-aequo. Le meilleur court métrage de fiction est revenu à "The Singers", de Sam Davis et Jack Piatt, et à une production française, "Deux personnes échangeant de la salive", d'Alexandre Singh et Natalie Musteata.

L'acteur et humoriste Kumail Nanjiani, qui remettait ce prix, s'est amusé de "l'ironie que l'Oscar du court métrage prenne deux fois plus de temps".

Barbra Streisand, pour "Funny Girl", et Katharine Hepburn, pour "Le Lion en hiver", s'étaient partagé le prix de la meilleure actrice en 1969. La dernière égalité remontait à 2013, avec "Skyfall" et "Zero Dark Thirty" dans la catégorie meilleur montage sonore.


L’Institut du monde arabe rend hommage à Leila Shahid

Engagée en politique dès ses 18 ans, cette proche de Yasser Arafat, qui parlait couramment anglais et français, a été la première femme à représenter l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l'étranger, à partir de 1989 en Irlande, puis aux Pays-Bas et au Danemark. (AFP)
Engagée en politique dès ses 18 ans, cette proche de Yasser Arafat, qui parlait couramment anglais et français, a été la première femme à représenter l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l'étranger, à partir de 1989 en Irlande, puis aux Pays-Bas et au Danemark. (AFP)
Short Url
  • Le président palestinien Mahmoud Abbas a déclaré dans un communiqué que Leïla Shahid "avait incarné le modèle d'une diplomatie engagée envers les valeurs de liberté, de justice et de paix"
  • "Elle est la Palestine incarnée dans le monde francophone", a résumé de son côté le représentant adjoint de la Palestine à l'ONU Majed Bamya, évoquant sur X une personnalité "si universelle et si palestinienne"

PARIS: Mardi 31 mars 2026, l’Institut du monde arabe rendra hommage à Leila Shahid pour une soirée exceptionnelle. Proches, amis et compagnons de route évoqueront son parcours et son engagement, avec notamment les interventions d’Elias Sanbar, Karim Kattan et de nombreux invités. Un moment de mémoire et de dialogue pour saluer une grande voix de la Palestine.

Engagée en politique dès ses 18 ans, cette proche de Yasser Arafat, qui parlait couramment anglais et français, a été la première femme à représenter l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l'étranger, à partir de 1989 en Irlande, puis aux Pays-Bas et au Danemark.

Elle a ensuite été déléguée générale de l'Autorité palestinienne en France de 1994 à 2005, avant d'occuper les mêmes fonctions à Bruxelles auprès de l'UE durant la décennie suivante.

Le président palestinien Mahmoud Abbas a déclaré dans un communiqué que Leïla Shahid "avait incarné le modèle d'une diplomatie engagée envers les valeurs de liberté, de justice et de paix".

"Elle est la Palestine incarnée dans le monde francophone", a résumé de son côté le représentant adjoint de la Palestine à l'ONU Majed Bamya, évoquant sur X une personnalité "si universelle et si palestinienne".

"Combattante infatigable" 

L'ancien Premier ministre français et ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin a salué, toujours sur X, "une ardente amoureuse de la culture, de la poésie et des arts", qui "fut de celles et ceux qui, dès les premières heures, crurent obstinément à la possibilité d'une paix juste et durable au Proche-Orient".

De nombreuses réactions en France sont venues de la gauche, à l'instar de l'ancienne ministre socialiste Martine Aubry, qui a évoqué une "inlassable militante pour la reconnaissance d'un État palestinien et pour la paix avec Israël".

"Leïla Shahid aura été de ces diplomates exemplaires qui marquent une génération", a pour sa part réagi dans un communiqué l'Institut du Monde Arabe (IMA): "Combattante infatigable, héroïne des temps modernes, elle portait la Palestine en elle avec force et dignité".

"Le désastre des souffrances du peuple palestinien à Gaza l'a hantée jusqu’à sa fin tragique", ajoute l’institution parisienne.

Face à la guerre dans la bande de Gaza, déclenchée par l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, Leïla Shahid n'avait eu de cesse d'appeler la communauté internationale à agir pour un cessez-le feu.

Mais dans un entretien à France-Inter deux jours après le 7-Octobre, elle se disait "pessimiste" quant à l'avenir de la Palestine, et mettait en garde contre une annexion par Israël de "ce qu'il reste comme territoires palestiniens".


La femme au cœur de la transformation saoudienne selon Doha Brahim

L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
L’épouse de l’ambassadeur Fatima Al Ruwaily accueillant ses invités.
Short Url
  • Décorés sobrement, mais avec beaucoup d’élégance, les salons de la résidence de l’Arabie saoudite ont été, l’espace d’une soirée, un lieu de retrouvailles et de convivialité
  • Après une brève allocution de bienvenue, Al Ruwaily a donné la parole à la docteure Doha Brahim, spécialiste en administration des affaires et membre de la Commission des droits de l’homme en Arabie saoudite depuis 2020

PARIS: Délicatesse et chaleur humaine étaient au rendez-vous lors de l’iftar organisé par l’épouse de l’ambassadeur saoudien à Paris, Fatima Al Ruyaily, qui a réuni plusieurs dizaines de personnalités féminines connues de la place parisienne.

Décorés sobrement, mais avec beaucoup d’élégance, les salons de la résidence de l’Arabie saoudite ont été, l’espace d’une soirée, un lieu de retrouvailles et de convivialité.

Après une brève allocution de bienvenue, Al Ruwaily a donné la parole à la docteure Doha Brahim, spécialiste en administration des affaires et membre de la Commission des droits de l’homme en Arabie saoudite depuis 2020.

De passage à Paris pour quelques heures seulement, la docteure Brahim a livré un témoignage éclairant sur l’évolution de la place des femmes dans le Royaume.

Vision 2030 et promotion du rôle des femmes

Arrivée le matin même de Riyad, elle devait repartir dès le lendemain, mais son intervention a permis de mesurer l’ampleur des transformations engagées ces dernières années.

Au cœur de son propos : la Vision 2030, vaste programme de réformes lancé par le Royaume pour diversifier son économie et transformer en profondeur la société saoudienne.

« Nous vivons un moment historique dans l’histoire de notre pays », a-t-elle déclaré, ajoutant que cette vision stratégique constitue bien plus qu’un projet économique : elle dessine une transformation globale fondée sur l’innovation, le progrès social et l’ouverture culturelle.

Portée par le roi Salman ben Abdelaziz et mise en œuvre par le prince héritier Mohammed ben Salmane, la Vision 2030 place le développement humain au cœur de ses priorités. « Les citoyens sont à la fois le moteur, le sujet et les bénéficiaires de cette vision », a insisté Doha Brahim.

Dans ce cadre, la promotion des femmes occupe une place centrale. Loin d’être perçue comme un simple symbole ou un privilège, l’autonomisation féminine est présentée comme un droit fondamental et un levier indispensable du développement.

« Un développement global ne peut être atteint que par la participation de tous », a-t-elle affirmé, soulignant que les réformes engagées dépassent le cadre économique pour s’inscrire dans une véritable transformation culturelle et sociale.

Cette évolution s’inscrit également dans les engagements internationaux du Royaume, notamment dans le cadre des Objectifs de développement durable des Nations unies, parmi lesquels figure l’égalité entre les sexes.

Au cours des dernières années, l’Arabie saoudite a multiplié les initiatives destinées à mesurer et encourager la participation des femmes dans la société, parmi lesquelles la création d’outils statistiques et d’institutions dédiées, comme l’Observatoire national des femmes, chargé de suivre leur participation dans les différents secteurs de la vie publique et économique.

Ces efforts commencent à produire des résultats tangibles, souligne Brahim. La participation des femmes au marché du travail a connu une progression spectaculaire, passant d’environ 17 % à plus de 36 %, dépassant même les objectifs initialement fixés dans le cadre de la Vision 2030.

Aujourd’hui, les femmes saoudiennes occupent des postes dans des domaines autrefois largement masculins. Elles participent à la vie politique à travers leur présence dans les instances consultatives, exercent des responsabilités diplomatiques et contribuent activement au développement économique.

La femme saoudienne est également présente dans les secteurs d’avenir, notamment la technologie, l’innovation et l’entrepreneuriat, et cette présence ne cesse de croître.

De nombreuses femmes créent désormais leurs propres entreprises, contribuant à dynamiser l’économie nationale et à renforcer le tissu entrepreneurial du pays.

L’éducation constitue l’un des moteurs les plus puissants de cette transformation, puisque les femmes représentent aujourd’hui plus de la moitié des étudiants dans les universités du Royaume, notamment dans les disciplines scientifiques.

Certaines participent désormais à des projets scientifiques internationaux majeurs, affirme Brahim, qui signale au passage la participation d’une astronaute saoudienne à une mission vers la Station spatiale internationale.

La transformation touche également des domaines inattendus : les femmes s’illustrent dans les arts, la littérature et la culture, devenant des ambassadrices de l’identité saoudienne sur la scène internationale.

Mais c’est peut-être dans les secteurs de la sécurité et de la justice que le changement apparaît le plus marquant, car les femmes sont désormais présentes dans les forces armées, la garde nationale ou encore l’armée de l’air.

Parallèlement, le système judiciaire s’est ouvert à leur participation, avec un nombre croissant d’avocates et de juristes. Sur la scène diplomatique, plusieurs femmes ont été nommées ambassadrices, représentant le Royaume dans des capitales importantes et au sein d’organisations internationales, y compris auprès de l’Union européenne.

Le sport féminin constitue un autre symbole de cette évolution rapide. En quelques années seulement, l’Arabie saoudite est passée d’une absence quasi totale de pratique sportive féminine à la création de ligues professionnelles et à la participation de sportives saoudiennes à des compétitions internationales.

Pour Doha Brahim, ces évolutions traduisent une transformation profonde de la société saoudienne. « Le parcours d’autonomisation des femmes n’est pas un projet temporaire », a-t-elle souligné. Il s’inscrit dans une dynamique de long terme visant à construire une société plus inclusive et durable.

« Nous ne construisons pas seulement une économie », a-t-elle conclu, « nous construisons aussi une société fondée sur la justice, le partenariat et l’égalité des opportunités ».

L’iftar, qui s’est prolongé par un échange entre les convives sur le potentiel des femmes et le rôle central qui leur revient dans le développement social, a constitué une parenthèse de détente et d’espoir au milieu des turbulences que traverse le monde.