Comment le président Xi Jinping est devenu l'incarnation d'un nouveau monde multipolaire

Le président chinois, Xi Jinping, a participé au sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique en Thaïlande au début de l'année (Photo, AFP).
Le président chinois, Xi Jinping, a participé au sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique en Thaïlande au début de l'année (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Mercredi 07 décembre 2022

Comment le président Xi Jinping est devenu l'incarnation d'un nouveau monde multipolaire

  • Le règne de Xi Jinping pourrait s'avérer transformateur, la Chine aspirant au titre de première puissance économique mondiale
  • Depuis son arrivée au pouvoir en 2013, Xi a poursuivi ce qu'il a appelé une «grande renaissance de la nation chinoise»

RIYAD: Lorsque Xi Jinping est devenu président de la Chine en 2013, le pays le plus peuplé du monde s'était déjà imposé comme la deuxième plus grande économie et semblait prêt à rétablir l'équilibre géopolitique mondial.

Après près de dix ans de mandat, Xi a consolidé la position de la Chine en tant que puissance régionale, étendu son influence en Asie centrale et en Afrique et réalisé d'énormes progrès dans tous les domaines, de la robotique à l'intelligence artificielle en passant par l'exploration spatiale.

La Chine dispose aujourd'hui de la plus grande infrastructure internet du monde, le nombre d'utilisateurs étant passé de 564 millions à 1,03 milliard au cours de la dernière décennie, et d'une économie numérique robuste, dont la valeur est passée de 11 000 milliards de yuans (1 yuan = 0,14 euro) à 45 500 milliards de yuans.

Au cours de cette période, le PIB de la Chine est passé de 53 900 milliards de yuans à 114 400 milliards de yuans, représentant désormais 18,5% de l'économie mondiale. L'espérance de vie moyenne est quant à elle passée à 78,2 ans et près de 100 millions de personnes sont sorties de la pauvreté.

Au cours de sa vie, Xi a été le témoin de l'ascension transformatrice de la Chine, depuis les premières décennies tumultueuses qui ont suivi la révolution communiste de 1949 jusqu'à l'accession rapide de la nation au statut de superpuissance.

Xi est né à Pékin le 15 juin 1953. Il est le fils de Xi Zhongxun, un haut responsable du Parti communiste, ancien vice-Premier ministre et ancien commandant de la guérilla pendant la guerre civile qui a porté les communistes au pouvoir.

Xi a passé ses premières années au sein de l'élite chinoise. Cependant, en 1969, à l'âge de 15 ans, Il fait partie des nombreux jeunes citadins instruits qui ont été envoyés vivre et travailler à la campagne pendant la Révolution culturelle, une période d'immenses bouleversements sociaux.

Resté sept ans dans le village reculé de Liangjiahe, dans la province du Shaanxi, au nord-est du pays, il a pu constater en personne comment la majorité de ses compatriotes vivaient et travaillaient. Au cours de cette période, Xi a rejoint la Ligue de la jeunesse communiste, puis, en 1974, le Parti communiste chinois.

En 1975, Xi est retourné à Pékin pour étudier le génie chimique à la prestigieuse université Tsinghua. C'est l'année suivante, le 9 septembre 1976, que Mao est mort à l'âge de 82 ans, mettant fin à un règne de vingt-sept ans, caractérisé par une transformation sociale et économique radicale.

Hua Guofeng, le successeur trié sur le volet de Mao, est devenu le nouveau dirigeant de la nation. Toutefois, il a rapidement été mis sur la touche par Deng Xiaoping, qui a introduit d'importantes réformes économiques dans les années 1980, semant ainsi les graines de l'émergence de la Chine en tant que superpuissance mondiale.

Après l'université, Xi s’engage dans l'armée en tant qu'assistant à la Commission militaire centrale et au ministère de la Défense. Puis, en 1982, il a obtenu son premier poste d'autorité en tant qu'adjoint puis chef du Parti communiste dans le comté de Zhengding, au sud de Pékin, dans la province du Hebei.

En 1985, après avoir fait ses preuves en tant que responsable provincial compétent, Xi est nommé vice-maire de la ville de Xiamen, un centre manufacturier de la province côtière de Fujian, poste qu'il occupera pendant les dix-sept années suivantes.

C'est à cette époque, en 1987, que Xi épouse Peng Liyuan, une chanteuse populaire de la troupe de chant et de danse de l'Armée populaire de libération. Le couple a eu une fille, Xi Mingze, qui a poursuivi ses études à l'université Harvard aux États-Unis.

Avec le nouveau millénaire, la position de Xi au niveau national s'accroît rapidement. En 2000, il a été nommé gouverneur de la province de Fujian. Deux ans plus tard, il a été transféré dans la province voisine du Zhejiang, où il a été nommé chef du parti – un poste plus élevé que celui de gouverneur.

Devenu une étoile montante au sein du parti communiste chinois (PCC), Xi est nommé chef du parti de Shanghai en mars 2007. Il n'est resté à ce poste que quelques mois, car en octobre, il a rejoint la direction nationale au sein du Comité permanent du Politburo, composé de neuf membres. L'année suivante, en mars 2008, il est nommé vice-président.

Xi a ensuite commencé à bâtir son profil international. L'année-même où il est devenu vice-président, il a été chargé des Jeux olympiques d'été de 2008 à Pékin – un événement qui a marqué la résurgence de la Chine sur la scène mondiale.

En août 2011, Xi a accueilli le vice-président de l'époque, Joe Biden, lors de sa visite en Chine, près d'une décennie avant que Biden ne devienne président des États-Unis.

Puis, en novembre 2012, Xi a obtenu le poste le plus élevé au sein du PCC, remplaçant le président chinois, Hu Jintao, en tant que secrétaire général, entamant son premier mandat de cinq ans comme président de la Chine en mars de l'année suivante.

Depuis son arrivée au pouvoir, Xi a poursuivi ce qu'il a appelé une «grande renaissance de la nation chinoise» avec sa vision du «rêve chinois».

Sous sa direction, la Chine a adopté des réformes pour lutter contre le ralentissement de la croissance et a lancé le projet d'infrastructure «la Ceinture et la Route» (nouvelle route de la soie) doté de plusieurs milliards de dollars, qui vise à étendre les relations commerciales de la Chine avec l'Asie centrale et l'Europe.

Le pays s'est affirmé sur la scène mondiale, de la mer de Chine méridionale et de Taïwan à l'est, aux pays d'Asie et d'Afrique à l'ouest.

C'est en 2022 que la Chine de Xi a véritablement émergé comme une force mondiale exerçant une influence sur les événements mondiaux (Photo, AFP).

En octobre 2017, marquant le début de son second mandat, et en reconnaissance de son leadership transformationnel, le PCC a inscrit l'idéologie de Xi, connue sous le nom de «Pensée de Xi Jinping sur le socialisme aux caractéristiques chinoises pour une nouvelle ère», dans sa Constitution, ainsi que son initiative phare «la Ceinture et la Route».

Le prestige de Xi était tel au début de son second mandat que l'assemblée législative chinoise a voté en mars 2018 pour abolir la limite de deux mandats présidentiels imposée par la nation.

Le second mandat de Xi n'a cependant pas été sans difficultés. En juillet 2018, les États-Unis, sous la direction du président de l’époque, Donald Trump, ont imposé des droits de douane sur les importations chinoises, déclenchant une guerre commerciale. La Chine a riposté de la même manière en visant les produits américains.

Puis, en janvier 2020, la Chine a verrouillé la ville de Wuhan alors qu'un nouveau virus déclenchait ce qui allait devenir la pandémie de la Covid-19. Bien que la Chine ait connu l'un des taux de mortalité par habitant les plus bas du monde, sa politique de «zéro COVID» a nécessité l'imposition de confinements périodiques.

La Chine, qui est l'une des principales puissances industrielles du monde et l'un de ses principaux fabricants, est impatiente de jouer son rôle dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre, dans l'abandon du charbon sur son réseau électrique, dans le développement de technologies propres et renouvelables et dans la promotion de la durabilité.

En septembre 2020, dans un discours vidéo prononcé devant l'Assemblée générale des Nations unies, Xi a détaillé l'objectif de la Chine d'atteindre le pic des émissions de dioxyde de carbone avant 2030 et de parvenir à la neutralité carbone avant 2060.

C'est en 2022 que la Chine de Xi a véritablement émergé comme une force mondiale exerçant une influence sur les événements mondiaux. En février, lors de l'ouverture des Jeux olympiques d'hiver de Pékin, Xi a rencontré le président russe, Vladimir Poutine, annonçant un renouveau de la relation sino-russe.

Trois semaines plus tard, la Russie a envahi l'Ukraine, entraînant des sanctions occidentales et des efforts de l'Otan pour soutenir les défenseurs ukrainiens. La Chine, quant à elle, comme de nombreux pays équidistants, s'est abstenue de critiquer l'opération de la Russie, mais n'a pas soutenu Moscou militairement. Cet épisode démontre à lui seul le chemin parcouru par la Chine dans le nouveau monde multipolaire.

En octobre, Xi a entamé un troisième mandat de cinq ans à la tête du PCC, ce qui l'a amené à devenir le plus ancien président du pays depuis Mao, et très probablement le plus transformateur, alors que la Chine envisage de devenir la première puissance économique mondiale.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Mercosur: l'Union européenne donne son feu vert, sans la France

Un motard de la police escorte des agriculteurs participant à une manifestation organisée par le syndicat agricole français FDSEA et JA Sarthe (Jeunes Agriculteurs Sarthe) afin de pousser le gouvernement français à bloquer l'accord commercial avec le Mercosur et de protester contre sa gestion de l'épidémie de dermatite nodulaire contagieuse (CND) au Mans, dans l'ouest de la France, le 9 janvier 2026. (AFP)
Un motard de la police escorte des agriculteurs participant à une manifestation organisée par le syndicat agricole français FDSEA et JA Sarthe (Jeunes Agriculteurs Sarthe) afin de pousser le gouvernement français à bloquer l'accord commercial avec le Mercosur et de protester contre sa gestion de l'épidémie de dermatite nodulaire contagieuse (CND) au Mans, dans l'ouest de la France, le 9 janvier 2026. (AFP)
Short Url
  • L’Union européenne a donné son feu vert à l’accord de libre-échange avec le Mercosur après plus de 25 ans de négociations, malgré l’opposition de la France et la colère des agriculteurs européens
  • Le traité ouvre de vastes opportunités pour l’industrie européenne mais suscite des inquiétudes sur la concurrence agricole sud-américaine

BRUXELLES: Après plus de vingt-cinq ans de négociations, l'Union européenne a donné vendredi son feu vert à l'accord de libre-échange avec le Mercosur, malgré la colère des agriculteurs et l'opposition de la France.

Grâce au soutien d'une majorité d'États européens, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen pourrait se rendre dès lundi au Paraguay afin de parapher ce traité commercial avec l'Amérique latine.

Les eurodéputés se pencheront dans les semaines qui viennent sur la ratification de l'accord. Le scrutin pourrait être serré, au moment où la contestation agricole s'amplifie.

Vendredi, l'Italie a été décisive en donnant son aval. La cheffe du gouvernement Giorgia Meloni a vanté les "nombreux avantages" de cet accord, un "équilibre" entre les bénéfices pour les industriels et les "garanties" apportées aux agriculteurs.

En Allemagne, le chancelier Friedrich Merz a salué un "signal fort", qui soulage l'industrie automobile, déboussolée par les droits de douane des États-Unis et la concurrence chinoise.

Comme la Hongrie, la Pologne, l'Irlande et l'Autriche, la France s'est opposée à cet accord "d'un autre âge" et compte poursuivre la bataille au Parlement européen. 150 eurodéputés, sur 720, ont déjà appelé à saisir la justice pour tenter de suspendre l'application du traité.

- Pont de l'Europe bloqué -

La FNSEA, le premier syndicat agricole français, a promis un grand rassemblement le 20 janvier à Strasbourg, devant le siège du Parlement européen.

Dès vendredi, une cinquantaine de tracteurs d'agriculteurs français et allemands ont bloqué le Pont de l'Europe reliant Strasbourg à Kehl, de l'autre côté du Rhin.

Deux autoroutes à la frontière franco-belge étaient également bloquées, ainsi qu'un dépôt pétrolier dans le Nord de la France.

Des agriculteurs et leurs tracteurs étaient aussi à Paris jeudi et vendredi pour dénoncer le Mercosur, le prix des engrais et la gestion gouvernementale de l'épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins.

En Pologne, plus d'un millier d'agriculteurs ont défilé à Varsovie contre le Mercosur.

Négocié depuis 1999, cet accord crée l'une des plus grandes zones de libre-échange au monde, entre l'Union européenne, le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay, soit plus de 700 millions de consommateurs.

Pour ses détracteurs, il va bousculer l'agriculture européenne avec des produits moins chers et pas forcément respectueux des normes de l'UE, faute de contrôles suffisants.

Pour ses thuriféraires comme l'Allemagne et l'Espagne, il va permettre au contraire de relancer une économie européenne à la peine.

En supprimant une large part des droits de douane, ce traité favorise les exportations européennes de voitures, de machines, de vins et de fromages.

Dans le sens inverse, il facilite l'entrée en Europe de bœuf, de volaille, sucre, riz, miel et soja sud-américains, avec des quotas de produits détaxés qui alarment les filières concernées.

- "Échec diplomatique" français -

Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a donné un argument supplémentaire aux partisans de l'accord. L'Union européenne doit diversifier ses partenariats commerciaux, martèle ainsi la Commission.

Dans l'espoir d'amadouer les agriculteurs, Bruxelles a enchaîné les concessions ces derniers mois, dont des garanties renforcées pour les produits les plus sensibles.

Sur ce volet, les Vingt-Sept se sont alignés vendredi sur la position mieux-disante du Parlement européen pour protéger les agriculteurs en cas de déstabilisation du marché.

Mardi, Ursula von der Leyen avait également proposé un geste budgétaire dans la future politique agricole commune (PAC) de l'UE, avec 45 milliards d'euros débloqués de façon anticipée.

Rien n'y a fait, la colère agricole est repartie de plus belle.

En France, empêtrée dans l'instabilité politique, Emmanuel Macron a paru hésiter sur ce traité avec le Mercosur, "pas acceptable en l'état".

Mais la pression était trop forte, avec la menace de la droite de faire tomber le gouvernement en cas de soutien à l'accord.

Et malgré le non d'Emmanuel Macron au Mercosur, l'extrême droite française a annoncé deux motions de censure à l'Assemblée nationale et au Parlement européen, aux faibles chances d'aboutir. La gauche radicale a également annoncé le dépôt d'une motion de censure à l'Assemblée.

L'UE va aller signer un accord commercial contre l'avis de la première puissance agricole européenne, une situation quasiment inédite.

Certes, Paris souligne avoir pesé pour obtenir des gestes en faveur des agriculteurs. Mais c'est "un échec diplomatique et tactique", cingle un ancien ministre français, anonymement.


Vénézuéla: après la capture de Maduro, la diaspora libanaise entre souvenirs douloureux et espoir

Au-delà des règlements de comptes et des procès à venir, c’est cette aspiration démocratique qui traverse aujourd’hui la diaspora libanaise du Venezuela, partagée entre la douleur, la mémoire d’un pays perdu et le fragile espoir d’une renaissance. (AFP)
Au-delà des règlements de comptes et des procès à venir, c’est cette aspiration démocratique qui traverse aujourd’hui la diaspora libanaise du Venezuela, partagée entre la douleur, la mémoire d’un pays perdu et le fragile espoir d’une renaissance. (AFP)
Short Url
  • Longtemps perçue comme discrète et largement apolitique, la communauté syro-libanaise du Venezuela s’est pourtant retrouvée, au fil du temps, prise dans les soubresauts idéologiques et géopolitiques de son pays d’accueil
  • À partir des années 1960, une partie de la diaspora s’engage dans les grands combats de l’époque : soutien aux indépendantistes algériens, fascination pour la révolution cubaine, défense active de la cause palestinienne

PARIS: La présence arabe en Amérique du Sud ne date pas d’hier. Elle remonte au XIXᵉ siècle, lorsque des commerçants libano-syriens, majoritairement chrétiens, quittent l’Empire ottoman pour tenter leur chance sur le continent latino-américain.

Au fil des décennies, cette immigration s’enracine durablement, se structure et s’élargit. Après la Seconde Guerre mondiale et la fin du mandat français en Syrie et au Liban, de nouvelles vagues migratoires viennent renforcer cette diaspora, notamment au Venezuela, devenu l’un de ses principaux foyers.

Longtemps perçue comme discrète et largement apolitique, la communauté syro-libanaise du Venezuela s’est pourtant retrouvée, au fil du temps, prise dans les soubresauts idéologiques et géopolitiques de son pays d’accueil. À partir des années 1960, une partie de la diaspora s’engage dans les grands combats de l’époque : soutien aux indépendantistes algériens, fascination pour la révolution cubaine, défense active de la cause palestinienne.

Cette politisation progressive s’accentue avec l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez, puis de son successeur, Nicolás Maduro. Certaines figures issues de cette diaspora ont accédé aux plus hautes sphères du pouvoir vénézuélien, à l’image de l’ancien vice-président Tareck El Aissami, d’origine libano-syrienne. Fils du fondateur du parti Baas au Venezuela et petit-neveu de l’un de ses fondateurs en Syrie, il incarne cette porosité entre trajectoires migratoires, idéologies moyen-orientales et pouvoir chaviste. Aujourd’hui, il est visé par des sanctions américaines pour blanchiment d’argent et liens présumés avec le Hezbollah. Son parcours cristallise les soupçons pesant sur certaines connexions politico-sécuritaires entre Caracas et le Moyen-Orient.

Autre nom cité par Washington : celui du diplomate Ghazi Nasr al-Din, accusé d’avoir facilité le financement du Hezbollah et la délivrance de faux passeports vénézuéliens.

Pourtant, réduire la diaspora libanaise du Venezuela à ces figures controversées serait profondément réducteur. Dans l’ombre des scandales et des sanctions, cette communauté est avant tout composée d’entrepreneurs, de commerçants, de médecins, d’ingénieurs et de familles qui ont contribué de manière décisive au développement économique du pays.

Rodríguez Khalaf, entrepreneur dans le bâtiment public, interrogé par téléphone par Arab News en français, est d’origine libanaise mais natif de Caracas, où sa famille s’est installée il y a plusieurs décennies. Il se souvient avec amertume de la rupture provoquée par le chavisme :
« Il y avait quarante ans de démocratie. Et puis, en 1998, tout a basculé. Ils ont perdu, mais ils ont volé l’accord. »

Cet ingénieur a longtemps travaillé avec les autorités sur de grands projets d’infrastructures. « Il y a quinze ans, j’ai décidé de ne plus travailler avec le gouvernement. La corruption était partout. On ne pouvait plus obtenir un contrat sans intermédiaire. »

Comme beaucoup, il pointe l’effondrement d’un État rongé par la corruption, le narcotrafic et la mauvaise gestion des ressources pétrolières. « Le Venezuela n’est pas un pays producteur de drogue, mais un pays de transit. Et tout le monde le sait », assure-t-il. Le résultat est une crise économique et sociale d’une ampleur inédite, qui a poussé près de six millions de Vénézuéliens à l’exil, y compris au sein de la diaspora libanaise, pourtant historiquement bien intégrée.

Magali Chahine, ancienne journaliste, également née à Caracas dans une famille libanaise, évoque avec émotion le Venezuela de son enfance : « C’était un pays libre, prospère. Ça n’a rien à voir avec ce qu’on voit aujourd’hui. »

Si elle a étudié à l’étranger avant de s’installer aux États-Unis, elle reste profondément attachée à son pays natal. « Toute ma famille est partie à cause de la situation. Mais dès que je pourrai y retourner, j’irai. J’en ai très envie. » Malgré tout, elle refuse le fatalisme : « Rien ne peut être pire que Maduro. J’ai beaucoup d’espoir, même si cela prendra du temps. »

L’annonce spectaculaire, début 2026, de la capture de Nicolás Maduro par les États-Unis a ravivé ces espoirs mêlés d’effroi parmi les Vénézuéliens, dont fait partie cette diaspora.

Giorgio Nahas, jeune étudiant, décrit une communauté marquée par la peur : « On vit avec cette psychose permanente. Si le régime apprend que vous parlez, ce sont vos proches qui paient. »

Le fracas des bombes et les premières heures de l’opération américaine ont d’abord suscité la terreur, puis, pour certains, un soulagement inattendu. « Je ne soutiens pas Trump, mais pour cet acte précis, je suis d’accord. On n’a jamais été écoutés pendant presque trente ans. »

Pour Nohad Achkar, elle aussi étudiante, l’essentiel est ailleurs : « Après trente années comme celles-là, les Vénézuéliens méritent au moins une chose : choisir eux-mêmes leur président. »

Au-delà des règlements de comptes et des procès à venir, c’est cette aspiration démocratique qui traverse aujourd’hui la diaspora libanaise du Venezuela, partagée entre la douleur, la mémoire d’un pays perdu et le fragile espoir d’une renaissance.


Le droit de manifester "attaqué" au Royaume-Uni, déplore Human Rights Watch

Un manifestant montre un message à travers la vitre d'un fourgon de police après avoir été arrêté lors d'une manifestation « Lift The Ban » (Lève l'interdiction) en soutien au groupe interdit Palestine Action, appelant à la levée de l'interdiction récemment imposée, sur Parliament Square, dans le centre de Londres, le 6 septembre 2025. (AFP)
Un manifestant montre un message à travers la vitre d'un fourgon de police après avoir été arrêté lors d'une manifestation « Lift The Ban » (Lève l'interdiction) en soutien au groupe interdit Palestine Action, appelant à la levée de l'interdiction récemment imposée, sur Parliament Square, dans le centre de Londres, le 6 septembre 2025. (AFP)
Short Url
  • Human Rights Watch alerte sur une érosion du droit de manifester au Royaume-Uni, dénonçant des lois jugées répressives et contraires aux obligations internationales en matière de droits humains
  • L’ONG critique l’inaction du gouvernement de Keir Starmer et s’inquiète de nouvelles restrictions visant les manifestations pacifiques, y compris via l’usage de lois antiterroristes

LONDRES: Le droit de manifester est "attaqué" au Royaume-Uni après l'adoption de mesures "répressives" qui ont progressivement durci les conditions et les sanctions appliquées aux manifestations pacifiques, dénonce l'ONG Human Rights Watch (HRW) dans un rapport publié jeudi.

Intitulé "Faire taire la rue: le droit de manifester attaqué au Royaume-Uni", ce rapport déplore la mise en place de "restrictions antidémocratiques" au droit de manifester "en violation des obligations internationales en matière de droits humains" du pays.

"Nous voyons une érosion des droits démocratiques fondamentaux se produire sous nos yeux" et "il est absolument crucial d'enrayer cette spirale", a déclaré à l'AFP Yasmine Ahmed, directrice de HRW au Royaume-Uni.

L'ONG déplore que le gouvernement travailliste de Keir Starmer, arrivé au pouvoir en juillet 2024, ne soit pas revenu sur deux lois adoptées sous les précédents gouvernements conservateurs en 2022 et 2023, qui ont par exemple baissé le seuil de définition du trouble à l'ordre public afin de faciliter les arrestations, ou encore permis des arrestations préventives.

Ces lois faisaient suite notamment à la multiplication des actions des groupes écologistes Extinction Rebellion et Just Stop Oil, durant lesquelles leurs militants bloquaient des axes routiers ou s'attachaient à des bâtiments.

Elles ont abouti à davantage d'arrestations, d'inculpations et dans certains cas à l'imposition de peines de prison de plusieurs années, là où précédemment les manifestants n'auraient écopé que d'amendes ou de peines avec sursis, souligne HRW.

Et l'ONG s'inquiète des nouvelles restrictictions prévues dans le projet de loi sur la criminalité et la police (en cours d'examen au Parlement, ndlr) du gouvernement de Keir Starmer, lui-même ancien avocat des droits humains.

Ce texte prévoit des mesures pour réprimer les personnes dissimulant leur visage durant une manifestation, ou encore pour restreindre les rassemblements devant les lieux de culte.

HRW dénonce aussi "le détournement sans précédent de la législation sur le terrorisme, pour cibler et criminaliser des manifestations pacifiques".

En juillet dernier, le gouvernement a interdit le groupe propalestinien Palestine Action en l'inscrivant sur la liste des organisations terroristes, après qu'il a vandalisé une base de l'armée de l'air. Plus de 2.300 personnes ayant manifesté contre cette décision ont depuis été arrêtées.

En octobre, le Conseil de l'Europe a appelé le Royaume-Uni à préserver la liberté de manifester et recommandé un examen complet du cadre juridique relatif aux manifestations afin de s'assurer de sa conformité avec ses obligations internationales.