Au procès Sarkozy, dernières flèches contre «les sables mouvants» des écoutes

L'ancien président français Nicolas Sarkozy arrive au palais de justice de Paris pour l'audience en appel d'un procès pour corruption, le 15 décembre 2022 (Photo, AFP).
L'ancien président français Nicolas Sarkozy arrive au palais de justice de Paris pour l'audience en appel d'un procès pour corruption, le 15 décembre 2022 (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 16 décembre 2022

Au procès Sarkozy, dernières flèches contre «les sables mouvants» des écoutes

  • Pour ses derniers mots, l'ancien chef de l'Etat a promis de se «battre jusqu'à son dernier souffle» pour son «innocence»
  • La défense est de nouveau montée à la charge pour s'attaquer au «matériau incertain» de ces interceptions téléphoniques

PARIS: Pour ses dernières banderilles dans l'affaire des "écoutes", la défense au procès en appel de Nicolas Sarkozy a pilonné jeudi les "sables mouvants" des interceptions téléphoniques qui valent à l'ancien président d'avoir comparu à Paris pour corruption et trafic d'influence.

Pour ses derniers mots, l'ancien chef de l'Etat a promis de se "battre jusqu'à son dernier souffle" pour son "innocence".

"Je sais qu'il faut du courage pour me juger pas pour ce que je fus comme homme politique mais pour ce que j'ai fait. Voyez-vous, je suis naïf: j'ai confiance", a-t-il lancé à la cour d'appel de Paris qui doit rendre sa décision le 17 mai.

Rejugé depuis le 5 décembre, M. Sarkozy a comparu aux côtés de son avocat historique Thierry Herzog et de l'ancien haut magistrat Gilbert Azibert dans ce dossier qui lui a valu une condamnation, inédite pour un ex-président, à une peine de prison ferme en première instance.

Ce retentissant dossier repose sur les échanges entre M. Sarkozy et Me Herzog captés début 2014, sur une ligne officieuse ouverte sous l'alias "Paul Bismuth", et dont la défense conteste la légalité.

Selon les enquêteurs, ces conversations révèlent l'existence d'un pacte de corruption noué entre les trois prévenus pour peser sur un pourvoi alors formé par Nicolas Sarkozy devant la Cour de cassation dans l'affaire Bettencourt.

Alors avocat général à la prestigieuse juridiction, Gilbert Azibert aurait fourni, via Me Herzog, des informations confidentielles sur ce recours à Nicolas Sarkozy et aurait reçu, en échange, la promesse d'un "coup de pouce" pour obtenir un poste à Monaco.

Fustigeant une "affaire d'une gravité sans précédent au cours de la Ve République", le ministère public a requis mardi trois ans de prison avec sursis pour les trois prévenus.

"Le plus grave scandale de la Ve République?, s'est récrié jeudi M. Sarkozy. "Connait-il la Ve République?", a-t-il poursuivi, citant l'affaire du Rainbow Warrior sous la présidence de François Mitterrand et celle des emplois fictifs de la mairie de Paris qui valut à Jacques Chirac une condamnation à la prison avec sursis.

«Matériau incertain»

Pour le dernier jour des débats, la défense est de nouveau montée à la charge pour s'attaquer au "matériau incertain" de ces interceptions téléphoniques, diffusées pour la première fois lors de ce procès en appel.

"Vous ne pourrez pas condamner un homme sur les sables mouvants et funestes de ces écoutes", a exhorté l'avocate de M. Sarkozy, Jacqueline Laffont. "On lit dans le marc de café", a-t-elle estimé, brocardant des "conversations tronquées et juxtaposées".

"Avez-vous une preuve? Une seule? Vous n'en avez pas!", avait lancé auparavant Me Hervé Temime, au nom de Thierry Herzog, dénonçant des écoutes qui reviennent, selon lui, "à placer des micros" dans un cabinet d'avocat.

Surtout, leur portée ne saurait être examinée sans tenir compte de la relation "très particulière" qui relie Me Herzog et son vieil ami Nicolas Sarkozy.

Dans ces écoutes, l'avocat vante à plusieurs reprises auprès de M. Sarkozy les interventions supposées de M. Azibert pour obtenir un document secret sur le pourvoi Bettencourt ou tenter de peser sur les délibérations.

Ce sont de simples paroles qu'aucun fait ne "corrobore" et qui visent simplement à réconforter un client "singulier", affirme Me Temime, se tournant alors vers l'ancien président.

"Monsieur Sarkozy, vous n'êtes pas un justiciable ordinaire ni un client ordinaire (...). Vous êtes un gagnant, un vainqueur, vous n'avez pas envie d'entendre de mauvaises nouvelles qui viendraient encombrer votre esprit", énumère Me Temime.

Ce lien et le rang d'"idole" qu'il confère à l'ancien président le démontre: "On ne peut rien tirer de ce que dit Thierry Herzog à M. Sarkozy comme moyen de preuve", tranche-t-il.

Parallèlement, selon Me Laffont, les "montagnes d'investigations" dans ce dossier n'ont "abouti à rien". Les perquisitions n'ont ainsi pas permis de trouver trace du document secret qu'aurait obtenu Gilbert Azibert et aucun témoin n'a confirmé avoir été approché par ce magistrat pour changer le sens des délibérations.

Face à la cour, Me Laffont le déplore: "On vous demande de vous bander les yeux" et de "condamner des hommes sur une simple interprétation".


France: jugement pour Lafarge, accusé de financement du terrorisme en Syrie

Bruno Lafont, ancien directeur général de Lafarge, quitte la salle d'audience pour une pause lors de la première journée du procès du groupe cimentier français Lafarge et de huit personnes, dont d'anciens dirigeants, accusés de financement du terrorisme en Syrie, au tribunal de Paris, le 4 novembre 2025. (AFP)
Bruno Lafont, ancien directeur général de Lafarge, quitte la salle d'audience pour une pause lors de la première journée du procès du groupe cimentier français Lafarge et de huit personnes, dont d'anciens dirigeants, accusés de financement du terrorisme en Syrie, au tribunal de Paris, le 4 novembre 2025. (AFP)
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  • L'entreprise française - avalée depuis par le groupe suisse Holcim - et d'anciens responsables sont poursuivis pour le versement en 2013-2014, via la filiale syrienne Lafarge Cement Syria (LCS), de plusieurs millions d'euros à des groupes jihadistes armés
  • Durant l'âpre procès en novembre-décembre, la défense a cherché à casser le narratif selon lequel la cimenterie de Jalabiya, investissement flambant neuf de 680 millions d'euros, a été maintenue en activité pour des raisons purement financières

PARIS: La justice française rend lundi son jugement à l'encontre du cimentier Lafarge et huit anciens responsables du groupe accusés de financement du terrorisme pour avoir payé des groupes jihadistes afin qu'ils laissent tourner une usine au milieu de la guerre en Syrie

Dans ce dossier à la croisée du monde international des affaires, de la géopolitique et des eaux troubles du renseignement, l'affaire Lafarge raconte la retentissante compromission d'une grande entreprise pour préserver ses intérêts économiques dans une Syrie à feu et à sang, que les autres multinationales avaient quittée.

"C'est l'histoire d'un dérapage, d'un dévoiement qui fait que la société Lafarge, fleuron de l'industrie française, en est venue à financer des organisations terroristes, dans une seule visée: mercantile", avait fustigé le parquet national antiterroriste (Pnat) dans ses réquisitions en décembre dernier.

L'entreprise française - avalée depuis par le groupe suisse Holcim - et d'anciens responsables sont poursuivis pour le versement en 2013-2014, via la filiale syrienne Lafarge Cement Syria (LCS), de plusieurs millions d'euros à des groupes jihadistes armés afin de maintenir l'activité d'une cimenterie à Jalabiya, dans le nord de la Syrie.

Durant l'âpre procès en novembre-décembre, la défense a cherché à casser le narratif selon lequel la cimenterie de Jalabiya, investissement flambant neuf de 680 millions d'euros, a été maintenue en activité pour des raisons purement financières, au détriment de la sécurité de son millier de salariés.

"On peut se laver les mains et partir, mais que seraient devenus les salariés de l'usine si nous étions partis?", a soutenu en interrogatoire Christian Herrault, ancien directeur général adjoint de Lafarge. "On avait le choix entre deux mauvaises solutions, la pire et la moins pire."

Décortiquant échanges de mails, comptes-rendus de réunions et relevés bancaires, le tribunal correctionnel de Paris s'est plongé de longues semaines durant dans l'engrenage des paiements de Lafarge, via son intermédiaire syrien Firas Tlass, aux groupes Etat islamique (EI) et Jabhat al-Nosra.

Pour le Pnat, les versements aux entités classées comme "terroristes" ont atteint un montant minimal de près de 4,7 millions d'euros.

"Ahurissant de cynisme" 

Ce système prévoyait le versement d'argent pour, d'une part, financer l'acquisition d'intrants destinés à la production de ciment, tels que les hydrocarbures ou la pouzzolane, et, d'autre part, assurer des "paiements de sécurité" et permettre aux employés de la cimenterie et aux marchandises de passer les barrages dans la région.

Si les prévenus ont soutenu avoir été victimes de "racket", le terme a fait tiquer la présidente du tribunal Isabelle Prévost-Desprez, plusieurs messages internes à Lafarge faisant plutôt état de "négociations" ou d'"accords".

"Il y avait cette conviction que (la guerre) n'allait pas durer. Si on ne comprend pas ça, on ne comprend pas certaines décisions qui ont été prises", a expliqué Bruno Pescheux, l'un des protagonistes du dossier en tant que directeur de la filiale syrienne de Lafarge de 2008 à l'été 2014.

"Cette crise était un tunnel. Tout le monde nous disait que cette crise serait courte, qu'on allait voir la lumière. Mais en fait, la lumière n'est jamais venue", a-t-il dit.

A l'audience, les deux procureures du Pnat ont souligné "l'absence totale d'adhésion à l'idéologie jihadiste" des prévenus, mais noté leur "absence de reconnaissance" et de "regrets" sur les faits.

Elles ont requis à l'encontre de la société Lafarge l'amende maximale de 1,125 million d'euros ainsi qu'une confiscation partielle du patrimoine à hauteur de 30 millions d'euros.

Contre l'ex-PDG du groupe, Bruno Lafont, qui nie mordicus avoir été au courant des versements illicites, le parquet a demandé six ans d'emprisonnement avec mandat de dépôt différé mais sans exécution provisoire.

Le Pnat estime que Bruno Lafont était bien informé et qu'il a "donné des directives claires" pour maintenir l'activité de l'usine, "un choix purement économique, ahurissant de cynisme".

Malgré les millions versés, la cimenterie de Jalabiya est finalement évacuée par Lafarge dans l'urgence et l'impréparation la plus totale le 18 septembre 2014 face à l'avancée de l'EI. Le lendemain, elle tombe aux mains des jihadistes.

Particularité de ce dossier, des victimes des attentats jihadistes du 13 novembre 2015 à Paris et ses environs se sont constituées parties civiles, voyant dans cette affaire l'un des "rouages" des attaques qui ont ensanglanté la France les années suivantes.

 


Macron: Paris et Londres organiseront une «conférence» en vue d'une «mission multinationale pacifique» à Ormuz

La France va organiser avec le Royaume-Uni "dans les tout prochains jours une conférence avec les pays prêts à contribuer" à "une mission multinationale pacifique destinée à restaurer la liberté de navigation" dans le détroit d'Ormuz, a annoncé lundi le président Emmanuel Macron. (AFP)
La France va organiser avec le Royaume-Uni "dans les tout prochains jours une conférence avec les pays prêts à contribuer" à "une mission multinationale pacifique destinée à restaurer la liberté de navigation" dans le détroit d'Ormuz, a annoncé lundi le président Emmanuel Macron. (AFP)
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  • "Cette mission strictement défensive et distincte des belligérants aura vocation à se déployer dès que la situation le permettra", a ajouté le président français sur le réseau X
  • Emmanuel Macron, qui s'était entretenu dimanche avec le Premier ministre britannique Keir Starmer, ne commente pas la décision américaine d'un "blocus" naval dans ce passage maritime du Golfe, annoncée par Donald Trump après l'échec des négociations

PARIS: La France va organiser avec le Royaume-Uni "dans les tout prochains jours une conférence avec les pays prêts à contribuer" à "une mission multinationale pacifique destinée à restaurer la liberté de navigation" dans le détroit d'Ormuz, a annoncé lundi le président Emmanuel Macron.

"Cette mission strictement défensive et distincte des belligérants aura vocation à se déployer dès que la situation le permettra", a ajouté le président français sur le réseau X. Autrement dit, cette mission n'a pas vocation à être intégrée directement dans les efforts des Etats-Unis dans le détroit.

Aucun effort ne doit être ménagé pour parvenir rapidement à un règlement solide et durable du conflit au Moyen-Orient par la voie de la diplomatie.

Un règlement qui permette de doter la région d’un cadre robuste permettant à chacun de vivre en paix et en sécurité.…

— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) April 13, 2026

Emmanuel Macron, qui s'était entretenu dimanche avec le Premier ministre britannique Keir Starmer, ne commente pas la décision américaine d'un "blocus" naval dans ce passage maritime du Golfe, annoncée par Donald Trump après l'échec des négociations entre les Etats-Unis et l'Iran et censé entrer en vigueur lundi.

Keir Starmer a lui dit ne pas soutenir ce blocus.

Dans son message sur X, le président français a appelé à ne ménager "aucun effort" pour "parvenir rapidement à un règlement solide et durable du conflit au Moyen-Orient par la voie de la diplomatie", "qui permette de doter la région d’un cadre robuste permettant à chacun de vivre en paix et en sécurité".

"Pour y parvenir, toutes les questions de fond doivent être traitées en leur apportant une réponse durable, aussi bien s’agissant des activités nucléaires et balistiques de l’Iran que de ses actions déstabilisatrices dans la région, mais aussi pour permettre la reprise, le plus rapidement possible, d’une navigation libre et sans entrave dans le détroit d’Ormuz et faire en sorte que le Liban retrouve le chemin de la paix dans le plein respect de sa souveraineté et de son intégrité territoriale", a-t-il insisté.

 


Grenoble: un homme tué par balles, le troisième en une semaine

Un homme a été tué par balles dans la nuit de dimanche à lundi près d'un point de vente de drogue à Grenoble, portant à trois le nombre de morts par balles en une semaine dans la ville, a indiqué la police. (AFP)
Un homme a été tué par balles dans la nuit de dimanche à lundi près d'un point de vente de drogue à Grenoble, portant à trois le nombre de morts par balles en une semaine dans la ville, a indiqué la police. (AFP)
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  • La victime est un homme de 27 ans atteint par balles "au thorax et au visage", qui n'a pas pu être ranimé par les secours, selon une autre source policière. L'auteur des tirs a pris la fuite à pied, a-t-on ajouté
  • Dans la nuit de samedi à dimanche, c'est un homme de 38 ans, videur d'un établissement de nuit, qui est mort après avoir été visé par plusieurs tirs dans le centre-ville

LYON: Un homme a été tué par balles dans la nuit de dimanche à lundi près d'un point de vente de drogue à Grenoble, portant à trois le nombre de morts par balles en une semaine dans la ville, a indiqué la police.

Les coups de feu ont été tirés vers 01H15 place André Malraux, dans le quartier Hoche, près d'un point de deal connu de la ville, a précisé cette source.

La victime est un homme de 27 ans atteint par balles "au thorax et au visage", qui n'a pas pu être ranimé par les secours, selon une autre source policière. L'auteur des tirs a pris la fuite à pied, a-t-on ajouté.

Dans la nuit de samedi à dimanche, c'est un homme de 38 ans, videur d'un établissement de nuit, qui est mort après avoir été visé par plusieurs tirs dans le centre-ville. Une femme de 26 ans qui se trouvait à ses côtés a été légèrement touchée à un bras, "victime collatérale" des tirs, selon le parquet.

Le 8 avril, un homme de 27 ans avait été tué par balles sur un point de deal dans le quartier Villeneuve-Village-Olympique. Il avait été condamné à plusieurs reprises, notamment pour trafic de stupéfiants et des violences.

Grenoble et certaines de ses banlieues sont régulièrement marquées par des épisodes de violence par arme à feu liées au trafic de drogue.