Les créateurs saoudiens puisent leur inspiration dans les joyaux de la culture et du patrimoine

Samuda a intégré des paysages et des éléments du patrimoine saoudien dans ses produits, y compris le centre historique de Djeddah, connu sous le nom d’«Al-Balad». (Photo AN/Ghazi Yamani)
Samuda a intégré des paysages et des éléments du patrimoine saoudien dans ses produits, y compris le centre historique de Djeddah, connu sous le nom d’«Al-Balad». (Photo AN/Ghazi Yamani)
Un foulard décoré avec des champs de roses de Taïf. (Photo fournie)
Un foulard décoré avec des champs de roses de Taïf. (Photo fournie)
Un foulard de Samuda avec ses champs de lavande magnifiques au milieu du vaste désert du village de Samuda, dans la province d’Al-Qassim. (Photo fournie)
Un foulard de Samuda avec ses champs de lavande magnifiques au milieu du vaste désert du village de Samuda, dans la province d’Al-Qassim. (Photo fournie)
Vie marine et récifs coralliens de la mer Rouge. (Photo fournie)
Vie marine et récifs coralliens de la mer Rouge. (Photo fournie)
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Publié le Mercredi 21 décembre 2022

Les créateurs saoudiens puisent leur inspiration dans les joyaux de la culture et du patrimoine

  • Les entreprises de design saoudiennes créent de plus en plus de produits inspirés de l’histoire, du patrimoine et des traditions du Royaume
  • Une autre marque locale, Desert Design, propose des produits et services avec une touche saoudienne

DJEDDAH: Les entreprises de design saoudiennes créent de plus en plus de produits inspirés de l’histoire, du patrimoine et des traditions du Royaume.

Samuda en fait partie. Elle vise à promouvoir l’art local en concevant des cadeaux et des souvenirs uniques au moyen de joyaux encore méconnus au pays.

La marque porte le nom d’un village de la province d’Al-Qassim qui possède un paysage spectaculaire tapissé de lavande.

arabie
La marque de bijoux saoudienne Charmaleena propose également des pièces qui reflètent la culture locale, l’architecture islamique, l’emblème de l’Arabie saoudite et les deux Saintes Mosquées. (Photo fournie)

«C’est une région lointaine qui, au printemps, se transforme en un paysage violet constitué de fleurs de lavande», déclare un membre de l’équipe de conception de Samuda à Arab News. «Cette région est également célèbre pour ses chameaux blancs. C’est aussi un endroit où les campeurs viennent profiter de ce panorama exceptionnel, que l’on retrouve dans les toutes premières pièces des créations de Samuda.»

La marque, créée en 2020, a également intégré dans ses produits d’autres paysages et d’autres éléments du patrimoine saoudien, notamment les formations rocheuses d’AlUla, l’art arabe d’Al-Qatt al-Asiri, la ville historique de Diriyah et les merveilles architecturales de Rijal Almaa.

Les champs de roses de Taïf, la vie marine, les récifs coralliens de la mer Rouge, la beauté du léopard d’Arabie, le café saoudien et les anciennes portes du Hedjaz sont également des sources d’inspiration.

Arabie
Une autre marque locale, Desert Design, cherche à promouvoir la beauté du travail artisanal en Arabie saoudite à travers ses pièces de décoration intérieure. (Photo fournie)

Parmi les produits de Samuda, il y a des cravates, des shorts, des ponchos, des casquettes, des écharpes, des plaids, des boîtes et des plateaux en bois, des cartes de jeu ainsi que des puzzles. Les prix varient entre 150 riyals saoudiens (SAR), soit 40 dollars (1 dollar = 0,94 euro) et 25 000 SAR, soit 6 649 dollars. Les plaids en cachemire pur font partie des articles les plus chers.

Tous ces produits sont conçus en Arabie saoudite et fabriqués en Europe.

Focus

La marque de bijoux saoudienne Charmaleena propose également des pièces qui reflètent la culture locale, l’architecture islamique, l’emblème de l’Arabie saoudite et les deux Saintes Mosquées. (Photo fournie)

Les produits de Samuda comprennent des cravates, des shorts, des ponchos, des casquettes, des écharpes, des plaids, des boîtes et des plateaux en bois, des cartes de jeu ainsi que des puzzles.

Charmaleena a lancé plus de vingt collections, qui comprennent de nombreuses pièces multifonctions.

Les produits Desert Design, y compris les tapis, les portes, les canapés, les tables gravées et les coussins, sont fabriqués à 90% à la main.

La marque, basée à Djeddah, a été cofondée par deux sœurs saoudiennes, Lina et Hala el-Khereiji, respectivement créatrice en chef et directrice générale.

«Toutes nos collections racontent une histoire et leurs pièces continuent d’écrire et de narrer cette histoire. Elles sont faites à la main et conçues dans le but de permettre à une femme de mettre en valeur son individualité et son autonomisation. Nos bijoux évoquent un sentiment de distinction et de beauté chez la femme», souligne Lina.

La société a lancé plus de vingt collections, qui comprennent de nombreuses pièces multifonctions.

La collection Salam propose deux des colliers les plus emblématiques de la marque, inspirés des mosquées sacrées de La Mecque et de Médine.

Le collier qui rend hommage à La Mecque comporte un petit cube noir en onyx noir et or 18 carats qui représente la Kaaba ainsi que sept diamants mobiles. Le second collier présente le dôme vert qui évoque la mosquée du Prophète, à Médine, en aventurine verte, onyx blanc, or 18 carats et diamants.

En 2012, Charmaleena a remporté le prix Young Creative Entrepreneur in the Kingdom («Jeune entrepreneur créatif du Royaume») du British Council.

En 2014, la marque a été récompensée par le classement Forbes Moyen-Orient comme l’un des cent meilleurs entrepreneurs créatifs qui façonnent l’avenir de l’Arabie saoudite.

Une autre marque locale, Desert Design, propose des produits et des services avec une touche saoudienne.

Basée à Alkhobar, elle a été fondée par Qamar et Farid Bukhari en 1990 afin de promouvoir la beauté du travail artisanal en Arabie saoudite à travers ses pièces de décoration intérieure fabriquées à 90% à la main, parmi lesquelles des tapis, des portes, des canapés, des tables gravées et des coussins.

Les propriétaires déclarent: «La marque représente notre propre patrimoine saoudien construit et repensé de manière à transformer le meuble en un objet d’art. Elle constitue un moyen de faire revivre les arts oubliés en encourageant les artisans à continuer de produire de tels arts, afin que les gens puissent apprécier le caractère unique de ces meubles.»
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le décès de Loana pourrait être dû à une chute, selon le parquet

Agée de 48 ans, l'ex-star a été retrouvée sans vie mercredi vers 18h à son domicile près de la gare de Nice par les pompiers, prévenus par un voisin inquiet de ne plus la voir depuis plusieurs jours. (AFP)
Agée de 48 ans, l'ex-star a été retrouvée sans vie mercredi vers 18h à son domicile près de la gare de Nice par les pompiers, prévenus par un voisin inquiet de ne plus la voir depuis plusieurs jours. (AFP)
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  • Une enquête en recherche des causes de la mort a été confiée à la police judiciaire, et le corps a été transporté à l'institut médico-légal en vue d'une autopsie et d'analyses toxicologiques et de recherches d'éventuelles pathologies
  • "A ce stade des investigations, aucun élément ne permet d'envisager l'intervention d'un tiers en lien avec le décès", a ajouté le procureur

NICE: Le décès de Loana, première vedette de la télé-réalité en France, retrouvée morte mercredi à son domicile à Nice, pourrait être dû à une chute, sans intervention d'un tiers, a annoncé jeudi le procureur de Nice, Damien Martinelli.

Agée de 48 ans, l'ex-star a été retrouvée sans vie mercredi vers 18h à son domicile près de la gare de Nice par les pompiers, prévenus par un voisin inquiet de ne plus la voir depuis plusieurs jours.

La porte de l'appartement étant fermée à clé de l'intérieur, les pompiers sont entrés par une fenêtre. Loana était "manifestement décédée depuis plusieurs jours", et son chien a également été retrouvé mort, selon le communiqué du procureur.

Une plaie à l'arrière du crâne et des ecchymoses dans la région lombaire laissent envisager que le décès puisse être lié à une chute en arrière.

Une enquête en recherche des causes de la mort a été confiée à la police judiciaire, et le corps a été transporté à l'institut médico-légal en vue d'une autopsie et d'analyses toxicologiques et de recherches d'éventuelles pathologies.

"A ce stade des investigations, aucun élément ne permet d'envisager l'intervention d'un tiers en lien avec le décès", a ajouté le procureur.

La France avait découvert Loana Petrucciani (de son nom complet) en avril 2001 lorsqu'elle a vécu avec d'autres anonymes dix semaines durant 24 heures sur 24 sous l'oeil des caméras de M6.

Le succès du "Loft" a été immédiat et phénoménal et l'émission, considérée comme culte, a inspiré une série pour la plateforme de streaming d'Amazon, Prime Video, en 2024.

Mais Loana a quitté peu à peu le monde du show business et entamé un long déclin personnel, entre violences subies, problèmes de santé, tentatives de suicide, overdoses et épisodes psychiatriques.

"On peut dire que nous avons vécu un conte de fées. Une vie que jamais nous n'aurions osé imaginer. Un rêve éveillé, intense. Et puis, je t'ai vue tomber, te redresser, te battre, lutter, céder... Tu as tout donné, jusqu'au bout", a témoigné sur Instagram le chroniqueur Steevy Boulay, autre "lofteur" de la première édition.

 

 


A Tyr, dans le sud du Liban, des joyaux de l'antiquité sous les bombes israéliennes

Fumée s’élevant après une frappe aérienne israélienne, en arrière-plan du site archéologique des ruines de l’ancien port phénicien à Tyr, dans le sud du Liban, le 23 mars 2026. Au site d’Al-Bass, seul un symbole de l’UNESCO rappelle la protection des vestiges antiques, désormais menacés par les frappes. (AFP)
Fumée s’élevant après une frappe aérienne israélienne, en arrière-plan du site archéologique des ruines de l’ancien port phénicien à Tyr, dans le sud du Liban, le 23 mars 2026. Au site d’Al-Bass, seul un symbole de l’UNESCO rappelle la protection des vestiges antiques, désormais menacés par les frappes. (AFP)
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  • Le site antique de Tyr, classé à l’UNESCO, est protégé symboliquement par l’initiative « Boucliers bleus », mais reste exposé aux frappes israéliennes dans le contexte du conflit avec le Hezbollah
  • Les attaques ont déjà causé des victimes civiles à proximité des vestiges, suscitant des inquiétudes sur la protection du patrimoine archéologique du sud du Liban en pleine guerre

TYR: Le "bouclier" pourra-t-il arrêter la foudre? Sur le site archéologique d'Al-Bass, dans le sud du Liban, aucune présence militaire mais un panneau symbolique de l'Unesco flanqué d'un écusson bleu et blanc, unique rempart pour protéger les ruines antiques des bombes israéliennes.

Située à une vingtaine de km de la frontière avec Israël, Tyr, l'une des plus anciennes cités du monde méditerranéen, a été la cible de plusieurs frappes israéliennes depuis le début de la guerre avec le Hezbollah le 2 mars.

L'initiative "Boucliers bleus", lancée par un comité lié à l'Unesco, concerne une trentaine de sites au Liban, dont celui de Tyr. C'est d'abord un message adressé à l'armée israélienne: la convention de la Haye de 1954 oblige à préserver les biens culturels en cas de conflit armé.

Le 6 mars, une frappe israélienne s'est abattue à quelques mètres des poteries anciennes. Huit personnes, une famille entière, ont été tuées, selon les autorités. Leur maison, pulvérisée par l'explosion, n'est plus qu'un amas de gravats, à côté d'une voiture calcinée. 

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Un emblème de protection renforcée, symbole du droit international humanitaire, est affiché sur le site de l’hippodrome romain à Tyr, le 23 mars 2026. À Al-Bass, aucun dispositif militaire, seulement un signe censé protéger les ruines antiques, désormais touchées par les frappes. (AFP)

"C'était nos voisins, ils vivaient ici depuis des décennies (...) Ils pensaient que la proximité du site les protégerait parce qu'il est classé au patrimoine mondial de l'Unesco, qu'il ne serait pas touché", raconte Nader Saqlaoui, directeur des fouilles archéologiques dans le sud, rattaché au ministère de la Culture.

Détail macabre, l'équipe venue inspecter d'éventuels dégâts sur les monuments a, dit-il, "découvert des restes humains sur le toit du musée" encore en construction.

Celui-ci a subi quelques dommages, ses vitres ont volé en éclats, mais l'explosion n'a pas atteint la nécropole des IIe et IIIe siècles, ni l'arc de triomphe monumental, les aqueducs ou encore l'hippodrome qui s'élèvent sur le site, témoins d'une époque romaine prospère.

Beaucoup d'habitants de la ville ont fui, à la suite d'un appel à évacuer d'Israël, mais quelques milliers sont restés, avec des combattants du Hezbollah pro-iranien - et les précieux vestiges.

Durant l'Antiquité, la ville fut un important port phénicien, avant d'être conquise par Alexandre le Grand, puis l'Empire romain.

Le ministre de la Culture Ghassan Salamé a dénoncé une "agression" d'Israël.

"Il n'existe aucune présence militaire ou sécuritaire sur ces sites (archéologiques, NDLR) et un tel argument ne peut être utilisé pour les bombarder ou y porter atteinte", a-t-il fustigé dans un communiqué.

Interrogée par l'AFP, l'armée israélienne, qui dit viser le Hezbollah, n'a pas commenté dans un premier temps.

- Transport risqué -

Les archéologues doivent encore examiner les vieilles pierres pour détecter d'éventuelles fissures ou altérations qui pourraient avoir été provoquées par l'onde de choc.

"Le Liban est plein de richesses archéologiques (...) et les dépôts de Beyrouth n'ont pas la capacité d'accueillir tous ces objets" menacés, raconte David Sassine, expert de l'Alliance internationale pour la protection du patrimoine (Aliph), une fondation qui aide le gouvernement à aménager des lieux sécurisés pour les objets de valeur.

Le dilemme est double: rien ne garantit qu'ils seront davantage en sécurité dans la capitale, elle-même bombardée régulièrement par Israël, et le transport des objets depuis le sud du pays, même sous escorte militaire, "reste risqué", dit-il. 

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Caisses remplies de fragments de poteries antiques après une frappe israélienne près de l’hippodrome romain à Tyr, au sud du Liban, le 23 mars 2026. À Al-Bass, un simple emblème de protection marque un site archéologique désormais touché par les frappes. (AFP)

Lors du précédent conflit de 2023-2024, des pièces d'or, des amphores plurimillénaires et des sarcophages de grande valeur avaient ainsi été transférés à Beyrouth - où ils se trouvent encore.

Les environs immédiats de Tyr avaient déjà été touchés. Et la citadelle de Chamaa, une forteresse médiévale de la zone frontalière, a été à moitié détruite par l'armée israélienne.

Le directeur des fouilles ne se fait pas beaucoup d'illusion.

"Les Israéliens savent tout, même la pointure de vos chaussures (...) Ils savaient très bien où se trouvait le site", assure M. Saqlaoui. "Nous avons vécu au moins six guerres avec Israël (...) ça ne les a pas empêché d'attaquer des sites archéologiques". 

Mustafa Najdi, employé comme gardien, était présent à Al-Bass le jour du bombardement: "j'ai entendu un choc très violent et j'ai pris la fuite avant de prévenir les responsables", dit-il.

"Personne ne s'intéresse à nous", dénonce le trentenaire à la barbe épaisse, appelant "tous ceux qui le peuvent à faire pression pour mettre fin à cette barbarie".

"Cette civilisation représente l'histoire et elle nous représente tous, Libanais comme non Libanais".


Leïla Slimani ausculte son rapport à la langue arabe avec son nouveau livre

L’écrivaine et journaliste franco-marocaine Leïla Slimani, lors d’une séance photo à Paris, le 17 mars 2026. (AFP)
L’écrivaine et journaliste franco-marocaine Leïla Slimani, lors d’une séance photo à Paris, le 17 mars 2026. (AFP)
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  • Leïla Slimani évoque une relation complexe à l’arabe, dont l’enseignement rigide et dévalorisé dans le système scolaire français a accentué son éloignement et son sentiment d’étrangeté culturelle
  • Aujourd’hui, elle adopte une vision plus apaisée et transmet une relation libérée à la langue à ses enfants, affirmant que l’identité et les liens linguistiques peuvent toujours se reconstruire

PARIS: Dans "Assaut contre la frontière", publié jeudi en France, Leïla Slimani interroge son rapport à la langue arabe, qu'elle déplore de ne pas parler, au point d'en "avoir honte" en tant que Franco-Marocaine "aux identités boiteuses".

L'autrice de 44 ans, prix Goncourt (le plus prestigieux en France) en 2016 pour "Chanson douce", explique dans un entretien à l'AFP avoir commencé à parler l'arabe dialectal, la darija, "toute petite avec (sa) grand-mère, (sa) nounou, dans la rue" au Maroc, mais pas avec ses parents, des bourgeois francophiles.

"Ils ne me parlaient qu'en français. Et je les entendais peu discuter en arabe", affirme cette mère de deux enfants qui vit désormais à Lisbonne, où elle s'est mise au portugais.

Elle découvre l'arabe classique en cours préparatoire, car "c'était obligatoire", et poursuit jusqu'en terminale. Mais l'enseignement ne lui plaît pas: "On y allait un peu à reculons" et "j'avais l'impression d'une sorte de langue qui était étrangère".

Et puis, à l'époque, "c'était très dévalorisé: à l'école française, les gens se moquaient des profs d'arabe", se remémore-t-elle. "Il y avait quelque chose de vraiment méchant, de condescendant à leur égard. Ils étaient beaucoup moins bien payés. Et donc, nous, les élèves, on les prenait moins au sérieux."

En arrivant à Paris, où elle est élève en classe préparatoire littéraire puis à Sciences Po, elle est "obligée d'expliquer à des Français pourquoi (elle) ne parle pas l'arabe", ce qu'elle vit comme une "humiliation".

"Parfois, je mens en leur disant que je parle très bien et ça me met dans des situations très inconfortables, parce qu'on commence à me demander de traduire des trucs, ce dont je suis incapable", raconte-t-elle.

- "Mal à l'aise" -

En même temps, "je me rends compte que les gens en France ont une vision très parcellaire, très caricaturale, à la fois de mon pays, de ces questions linguistiques, et je me sens très mal à l'aise vis-à-vis de ça", ajoute-t-elle.

C'est alors que la question de la langue se mêle à celle de son identité arabe, que jusqu'à présent elle ne s'était pas posée, car ses parents en "avaient une vision extrêmement ouverte, extrêmement plastique".

"Quand j'arrive en France, je me retrouve dans une identité qui vient beaucoup plus des autres que de moi-même", analyse la romancière. "Ça m'amène à beaucoup de contradictions, de chagrins aussi parfois et un sentiment de solitude."

Pour en sortir, elle se met à écrire car cela lui permet "de se détacher d'une identité qui (lui) serait assignée par les autres".

L'autrice de la trilogie "Le pays des autres" va plus loin: "Quand on écrit, on peut ajouter de la nuance, de la fêlure. Moi, mes identités, elles sont boiteuses, imparfaites, infirmes, pleines de maladresse."

D'ailleurs, poursuit-elle, "je pense que beaucoup de gens, en France ou ailleurs, sont très insatisfaits de la manière dont on veut nous vendre l'identité: comme une sorte de fierté, de bandoulière héroïque qu'il faudrait qu'on porte en étendard, qu'il faudrait mériter, prouver constamment".

Aujourd'hui, son rapport à l'arabe est "apaisé": il lui arrive toujours d'avoir "honte" de ne pas le parler mais, avec ce livre édité par Gallimard, elle veut dire à ceux qui seraient dans sa situation que "rien n'est jamais perdu".

La preuve: ses enfants apprennent l'arabe, "avec un grand plaisir, en étant détachés de toutes ces pressions, de toutes ces connotations".