La tâche principale de Biden est le renouveau politique postpandémique

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Publié le Jeudi 19 novembre 2020

La tâche principale de Biden est le renouveau politique postpandémique

  • Joe Biden envisage cette semaine de nommer des membres du cabinet, lui qui a promis de gouverner pour «tous les Américains» après sa victoire dans l'une des élections présidentielles les plus controversées de mémoire d'homme
  • La capacité de Joe Biden à se lancer dans cette transition vers la présidence dépendra de l'habileté avec laquelle il configurera sa nouvelle administration et saura projeter l'autorité morale résultant de sa présumée victoire

Joe Biden envisage cette semaine de nommer des membres du cabinet, lui qui a promis de gouverner pour «tous les Américains» après sa victoire dans l'une des élections présidentielles les plus controversées de mémoire d'homme. Alors que Biden fait face à d’innombrables défis étrangers et nationaux, sa priorité est d'apporter la conciliation politique dans un pays qui n’a jamais été aussi divisé, depuis au moins une génération, et peut-être dans toute l’histoire récente.

Ce projet de renouvellement ne sera pas facile. Cependant, il pourrait facilement déterminer le sort de sa présidence dans le contexte du traumatisme lié à la pandémie de coronavirus dans le pays, qui a causé déjà plus de 250 000 décès.

La capacité de Biden à se lancer dans cette transition vers la présidence dépendra de l'habileté avec laquelle il saura configurer sa nouvelle administration et projeter l'autorité morale résultant de sa présumée victoire. La présidence offre au moins deux pouvoirs considérables: celui de définir des thèmes directeurs, y compris le renouvellement et l'unité, et celui de créer des coalitions interactives parmi le public et au sein du Congrès afin de soutenir le programme législatif de l'administration – que ses objectifs soient vastes ou limités par rapport aux présidences précédentes.

L'efficacité présidentielle dans la définition des thèmes directeurs et la constitution de coalitions de soutien dépend de l'habileté politique à exploiter deux sources de pouvoir: le prestige populaire du bureau présidentiel et sa réputation de leadership parmi les membres du Congrès et les hauts fonctionnaires fédéraux. Des présidents forts et efficaces exploitent chaque source de pouvoir de manière interactive – comme Franklin Roosevelt et Ronald Reagan l'ont respectivement fait dans les années 1930-1940 et 1980. Afin que le bureau fonctionne au mieux pour le titulaire et pour le pays, les présidents se doivent de montrer rapidement et avec confiance qu'ils savent comment faire les deux.

La première occasion d'exprimer un tel engagement et une telle réconciliation se présentera durant la période de transition officielle, entre aujourd'hui et le jour de l’investiture, le 20 janvier prochain. Les circonstances électorales polarisantes de la campagne de cette année font d’une telle décision une quasi-nécessité politique, si la chorégraphie des prochaines semaines doit permettre à la présidence de s’en tirer avec un minimum de dommages collatéraux dus à l’amertume récente. La campagne n'a pas seulement illustré les divisions à travers le pays, elle les a aussi intensifiées. Alors que les sondages préalables au scrutin indiquaient que Biden pourrait gagner sans problème, Trump a de nouveau prouvé qu’il ne devait pas être sous-estimé en tant que militant et il refuse, du moins à ce jour, de céder.

Pour la deuxième fois, Trump a lancé une vague anti-establishment afin de rendre la lutte du collège électoral beaucoup plus serrée que ne l’avaient prévu de nombreux sondeurs. Comme en 2016, Trump a tiré parti de la colère populaire contre l'establishment politique, en particulier du côté des électeurs mécontents issus de la classe ouvrière qui ont plusieurs motifs de colère, dont l’augmentation significative des inégalités de revenus. Biden a donc réalisé des performances inférieures aux attentes dans plusieurs États-clés, dont l'Ohio, dans la prétendue Rust Belt – «ceinture de rouille», en français; cette expression désigne une région industrielle du nord-est des États-Unis.

La lutte pour un plus grand consensus et une guérison des relations effilochées sera la voie de la prudence politique.

La polarisation actuelle de la nation renforce la nécessité pour Biden d'établir rapidement des thèmes de gouvernance forts pour les quatre prochaines années, des thèmes qui lui apportent la compréhension et le soutien de la population tout en lui offrant une latitude pour le développement politique et la manœuvre. Quels que soient les récits dernièrement exprimés, y compris ceux qui concernent la «reconstruction en mieux» après la pandémie, la lutte pour un plus grand consensus et la guérison des relations effilochées sera la voie de la prudence politique.

Pour s’assurer le succès, Biden doit également multiplier ses relations avec les législateurs dans un Congrès divisé, les démocrates conservant la Chambre des représentants et les républicains étant les plus susceptibles de garder le contrôle du Sénat. Cela pourrait être un défi difficile, pour certains sénateurs républicains en particulier, mais ce sera essentiel pour qu’il livre les éléments centraux de son programme.

Malgré une campagne longue et conflictuelle, la présidence peut encore, entre des mains suffisamment qualifiées, offrir une possibilité de renouveau national et d'unité en période de troubles pour les États-Unis. Ce sera un test monumental pour Biden, qui sera plus efficace en tant que chef d'État si lui et ses collègues du Congrès évitent tout excès et travaillent en étroite collaboration afin de forger un puissant programme de gouvernement postpandémie capable de rassembler le pays, plutôt que de le diviser davantage.

Andrew Hammond est un membre de LSE Ideas à la London School of Economics.

NDLR: Les opinions exprimées par les rédacteurs dans cette section sont les leurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d’Arab News.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com