En Egypte, chasse au dollar, dette et rationnement

Cette photo d'archive prise le 25 août 2022 montre des billets de banque en livres égyptiennes et en dollars américains. Des retraits bancaires limités, des sacs de riz rationnés et la publicité sur les bienfaits des pattes de poulet pour la santé sont autant de signes de crise en Égypte, où la dégradation de l'économie étouffe les ménages. Bien que les chiffres officiels fassent état d'une inflation de 18,7 %, les Égyptiens se plaignent davantage. (AFP).
Cette photo d'archive prise le 25 août 2022 montre des billets de banque en livres égyptiennes et en dollars américains. Des retraits bancaires limités, des sacs de riz rationnés et la publicité sur les bienfaits des pattes de poulet pour la santé sont autant de signes de crise en Égypte, où la dégradation de l'économie étouffe les ménages. Bien que les chiffres officiels fassent état d'une inflation de 18,7 %, les Égyptiens se plaignent davantage. (AFP).
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Publié le Mercredi 04 janvier 2023

En Egypte, chasse au dollar, dette et rationnement

  • En mars, puis en octobre, Le Caire a dévalué sa monnaie. Mercredi, la livre a encore perdu plus de 8%. En moins de dix mois, elle aura chuté de près de 70%
  • Et pour les experts, tous les voyants sont passés au rouge quand deux banques publiques ont annoncé mercredi délivrer des certificats de dépôt avec 25% d'intérêt sur un an

LE CAIRE : Retraits bancaires limités, rationnement et publicité pour les bienfaits nutritionnels des pattes de poulet: en Egypte, les dollars manquent et les ménages ne peuvent plus remplir leurs paniers. 

Officiellement l'inflation atteint 18,7% mais "le pain que j'achetais à une livre est désormais à trois", raconte Rehab, 34 ans. 

"Mon mari gagne 6 000 livres par mois" (230 euros), "avant on tenait 30 jours avec ça, aujourd'hui on passe dans le rouge au bout de dix", poursuit-elle. 

Avec la majorité des biens importés et un bond de 8% des taux d'intérêt, tout a fondu: les galettes de pain, les falafels, les bouteilles d'huile, les sachets de légumineuses et même les paniers à prix subventionnés des 70 millions d'Egyptiens considérés comme "pauvres" et donc détenteurs d'une carte de rationnement. 

Au supermarché, des panneaux préviennent: "maximum trois sachets de riz", "pas plus de deux bouteilles de lait" ou "une bouteille d'huile". 

Dans les journaux, le Conseil national de l'alimentation vante "les pattes de poulets, bénéfiques pour l'organisme et le portefeuille". 

La viande, « plus une option »  

Car la viande --surgelée et importée, deux fois moins chère que la viande fraîche-- n'est "plus une option: elle est passée de 85 à 150 livres le kilo", commente Rida, 55 ans, qui elle aussi refuse de donner son nom. 

Cette matriarche peine à nourrir sa famille de 13 personnes: "je suis fonctionnaire et je fais des ménages dans un hôpital, mais même avec deux salaires il y a plein de choses que je ne peux plus acheter", explique-t-elle. 

Si les prix flambent, c'est aussi parce que les importateurs peinent à débloquer des dollars: actuellement, sept milliards de dollars de produits sont bloqués dans les ports, selon les autorités. 

Et la désinformation prospère: les marques chinoises Realme et Oppo et même McDonald's sont régulièrement données sur le départ sur les réseaux sociaux. 

Car, échaudées par l'hémorragie du début de la guerre en Ukraine, quand des investisseurs ont sorti des milliards de dollars, plusieurs banques limitent désormais les retraits en dollars à l'étranger et ont triplé les frais d'utilisation de la carte bancaire alors que chez les changeurs, les billets verts sont introuvables. 

Même le très pro-régime Amr Adib s'est énervé dans son talk-show: "laissez au moins les Egyptiens en vacances retirer de l'argent pour leur taxi de retour!". 

Mais Le Caire est pris à la gorge: il n'a plus que 33,5 milliards de dollars de réserve contre 41 en février --dont 28 sous forme de dépôts des alliés du Golfe-- et sa dette extérieure a plus que triplé en 10 ans à 150 milliards d'euros. 

« Ne vous en mêlez pas » 

En mars, puis en octobre, Le Caire a dévalué sa monnaie. Mercredi, la livre a encore perdu plus de 8%. En moins de dix mois, elle aura chuté de près de 70%. 

Et pour les experts, tous les voyants sont passés au rouge quand deux banques publiques ont annoncé mercredi délivrer des certificats de dépôt avec 25% d'intérêt sur un an. 

Malgré tout, l'Egypte reste l'un des cinq pays les plus à risque de ne pas rembourser sa dette extérieure selon Moody's. 

Et les trois milliards de dollars du nouveau prêt du FMI pèsent peu: le seul service de la dette pour 2022-2023 s'élève à 42 milliards. 

Le ministre des Transports, Kamel al-Wazir, a proposé une solution: faire payer le train en dollars aux touristes. 

"Il me faut des dollars pour payer les trains importés. Ca arrange les touristes et moi aussi", expliquait récemment Kamel al-Wazir. 

Mais pour dégager plus d'argent, l'Etat veut privatiser tous azimuts. A tel point que l'opinion publique s'inquiète que l'Egypte perde sa souveraineté sur son joyau: le canal de Suez. 

Il n'est "pas à vendre" a martelé le régime, mais le président Abdel Fattah al-Sissi, lui, aimerait piocher dans ses revenus --pour créer un fond qu'il gèrera lui-même. 

"L'argent, je sais comment le gérer, ne vous en mêlez pas", lançait-il récemment. 

Pour Stephan Roll, du German Institute for International and Security Affairs, l'Egypte s'endette pour "consolider (son) régime autoritaire". 

"L'armée, sur laquelle M. Sissi se repose, est le premier bénéficiaire: l'endettement extérieur protège ses revenus et ses biens et finance des méga-projets qui lui rapportent gros" puisque la plupart des grands travaux sont confiés au génie militaire, ajoute-t-il. 

Loin des villes nouvelles et des trains électriques rutilants, Rehab voulait seulement acheter un manteau à sa fille pour l'hiver. 

"Mais à 1 000 livres, j'ai dû renoncer", dit-elle, les yeux embués. 

 


Le prince héritier saoudien discute de l'escalade militaire régionale avec plusieurs dirigeants

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a discuté de l'escalade militaire dans la région et de ses implications pour la sécurité régionale et internationale avec plusieurs dirigeants et responsables dimanche, a rapporté l'Agence de presse saoudienne. (AN)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a discuté de l'escalade militaire dans la région et de ses implications pour la sécurité régionale et internationale avec plusieurs dirigeants et responsables dimanche, a rapporté l'Agence de presse saoudienne. (AN)
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  • Erdogan affirme son soutien à toutes les mesures prises par le Royaume pour protéger sa sécurité
  • Le président du Conseil de souveraineté transitoire du Soudan, le général Al-Burhan, exprime sa solidarité avec le Royaume

RIYADH : Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a discuté de l'escalade militaire dans la région et de ses implications pour la sécurité régionale et internationale avec plusieurs dirigeants et responsables dimanche, a rapporté l'Agence de presse saoudienne.

Le prince héritier a tenu des appels téléphoniques distincts avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, le président du Conseil transitoire de souveraineté du Soudan, le général Abdel Fattah Al-Burhan, le président algérien Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Les responsables ont condamné l'agression iranienne visant le Royaume et leur rejet de tout ce qui porte atteinte à la souveraineté et à la stabilité du Royaume.

Ils ont également affirmé leur soutien à toutes les mesures prises par le Royaume pour protéger sa sécurité et ses citoyens.


A Beyrouth, des partisans du Hezbollah pleurent Khamenei

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  • "Quels que soient les sacrifices, nous ne quitterons pas (...) le terrain de la résistance", a assuré le chef du mouvement libanais pro-iranien, Naïm Qassem
  • "Nous accomplirons notre devoir en faisant face à l'agression", a-t-il encore dit, dans un communiqué, qualifiant la mort de l'ayatollah Khamenei de "summum du crime"

BEYROUTH: Drapeaux iraniens et portrait de l'ayatollah Ali Khamenei en main, des milliers de partisans du Hezbollah se sont rassemblés dimanche à Beyrouth pour pleurer la mort du guide suprême iranien, tué dans l'opération militaire américano-israélienne lancée la veille.

"Mort à l'Amérique", "Mort à Israël", ont-ils scandé à l'unisson, tous habillés de noir et brandissant aussi des drapeaux de leur mouvement, dans son bastion de la banlieue sud de Beyrouth.

Le poing levé, certains étaient en pleurs, a constaté une équipe de l'AFP, sur la grande place où a eu lieu le rassemblement.

"Quels que soient les sacrifices, nous ne quitterons pas (...) le terrain de la résistance", a assuré le chef du mouvement libanais pro-iranien, Naïm Qassem.

"Nous accomplirons notre devoir en faisant face à l'agression", a-t-il encore dit, dans un communiqué, qualifiant la mort de l'ayatollah Khamenei de "summum du crime".

"Sa mort est très douloureuse, c'est une tragédie", déplore aussi Zainab al Moussawi, une enseignante de 23 ans, à Beyrouth.

"On se sent comme après la mort du Sayyed, tombé en martyr", poursuit-elle en référence à l'ex-chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, tué par Israël en 2024.

"Entrer en guerre" 

Les dirigeants libanais redoutent une implication du Hezbollah dans le conflit régional, même si lors des raids israéliens et américains sur l'Iran en juin dernier, il n'était pas intervenu.

La formation chiite est sortie affaiblie d'une guerre avec Israël, qui continue de la frapper malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis novembre 2024 et l'accuse de se réarmer.

"Je demande à cheikh Naïm (Qassem) d'entrer en guerre", lance à Beyrouth Hassan Jaber, un partisan.

S'il ne s'est pas joint à la riposte iranienne, le mouvement a appelé des mosquées à organiser des cérémonies en mémoire du guide suprême iranien, dans la banlieue sud de la capitale libanaise et dans d'autres zones du pays dans lequel il est ancré.

Mais au Liban, pays très divisé, l'ayatollah Khamenei n'était pas soutenu par tous.

"Il était tout le temps en train de menacer (...) les pays arabes et avait des relais partout", déclare à l'AFP Hassan Harouq, un infirmier de 44 ans.

Lui dit ne vouloir qu'un pays "stable et qui ferait la paix avec le reste de la région", car "il est temps pour le Liban d'être de nouveau sur le droit chemin".

"Le peuple libanais est fatigué", ajoute-t-il.

Dimanche, le président Joseph Aoun, après une réunion d'urgence du Conseil supérieur de la Défense, a souligné que "la décision de guerre et de paix relève exclusivement de l'Etat libanais".

La présidence libanaise a indiqué avoir reçu, par l'entremise des Etats-Unis, l'assurance qu'Israël n'entraînera pas le Liban dans une "escalade" tant que son territoire ne sera pas visé par des attaques depuis le Liban.

Peu de temps avant le début de l'offensive israélo-américaine, Israël avait frappé des positions du Hezbollah dans le sud du Liban.

Beyrouth n'acceptera pas d'être "entraîné" dans le conflit avec l'Iran, a assuré le Premier ministre Nawaf Salam.


Iran: le ministre des Affaires étrangères d'Oman, pays médiateur, appelle à un cessez-le-feu

Le ministre omanais des Affaires étrangères, qui avait mené une médiation dans les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran, a appelé dimanche à un cessez-le-feu lors d'un entretien avec son homologue iranien, alors que l'Iran poursuivait ses frappes de représailles aux raids américano-israéliens. (AFP)
Le ministre omanais des Affaires étrangères, qui avait mené une médiation dans les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran, a appelé dimanche à un cessez-le-feu lors d'un entretien avec son homologue iranien, alors que l'Iran poursuivait ses frappes de représailles aux raids américano-israéliens. (AFP)
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  • Dimanche à Oman, seul Etat du Golfe à avoir été épargné lors de la première journée de la campagne iranienne, une attaque de drones a fait un blessé sur un port, tandis qu'un pétrolier a été visé au large de ses côtes
  • Lors de l'entretien, le chef de la diplomatie iranienne a pour sa part affirmé que l'Iran "appelait à la paix" et exprimé "l'ouverture de la partie iranienne à tout effort sérieux susceptible de contribuer à mettre fin à l'escalade"

MASCATE: Le ministre omanais des Affaires étrangères, qui avait mené une médiation dans les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran, a appelé dimanche à un cessez-le-feu lors d'un entretien avec son homologue iranien, alors que l'Iran poursuivait ses frappes de représailles aux raids américano-israéliens.

Badr al-Busaidi "a réaffirmé l'appel constant du sultanat d'Oman à un cessez-le-feu et à un retour au dialogue (...) de manière à répondre aux revendications légitimes de toutes les parties", a indiqué son ministère dans un compte rendu de son entretien avec Abbas Araghchi.

Dimanche à Oman, seul Etat du Golfe à avoir été épargné lors de la première journée de la campagne iranienne, une attaque de drones a fait un blessé sur un port, tandis qu'un pétrolier a été visé au large de ses côtes.

Lors de l'entretien, le chef de la diplomatie iranienne a pour sa part affirmé que l'Iran "appelait à la paix" et exprimé "l'ouverture de la partie iranienne à tout effort sérieux susceptible de contribuer à mettre fin à l'escalade et à rétablir la stabilité".