Tunisie: Les banques accros aux prêts à l’État

 Cette photo prise le 12 janvier 2023 montre des rayons vides dans un supermarché au milieu d'une pénurie de café, de lait, de pâtes et de sucre à Tunis, la capitale tunisienne. (AFP).
Cette photo prise le 12 janvier 2023 montre des rayons vides dans un supermarché au milieu d'une pénurie de café, de lait, de pâtes et de sucre à Tunis, la capitale tunisienne. (AFP).
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Publié le Vendredi 20 janvier 2023

Tunisie: Les banques accros aux prêts à l’État

  • Plutôt fourmi avant 2011, la Tunisie est devenue depuis une cigale très vorace, qui consomme plus qu’elle ne produit
  • En 2023, la situation des finances publiques risque d’empirer

TUNIS: C’est une nouvelle drogue, tout à fait légale en Tunisie et néanmoins nocive, que les banques locales consomment de plus en plus: les prêts à l’État. S’ils en ont déjà usé dans les années 1970, avec modération et de manière saine, les pouvoirs publics en ont abusé au cours des cinq dernières années.

Plutôt fourmi avant 2011, la Tunisie est devenue depuis une cigale très vorace, qui consomme plus qu’elle ne produit. Confronté à des revendications sociales et ayant, pour éviter une explosion, fortement augmenté les recrutements dans la fonction publique – dont les effectifs ont presque doublé, à 700 000 agents –, avec des salaires qui ont progressé à un taux de 8% par an depuis 2011, l’État a totalement desserré les cordons de la bourse. De ce fait, le budget a presque été multiplié par quatre en douze ans, passant de 18 milliards de dinars (1dinar tunisien = 0,30 euro) en 2010 à 69 milliards en 2023.

Dérapage

Dans un premier temps, l’État a financé ce dérapage en s’endettant, principalement à l’étranger. Par conséquent, souligne l’expert financier et ancien banquier, Ezzeddine Saïdane, la dette «a été multipliée par cinq en douze ans», pour s’établir à 125 milliards de dinars, soit plus de 100% du produit intérieur brut (PIB).

Les gouvernements successifs n’ayant pas eu ni la volonté ni le courage de mettre en œuvre les douloureuses réformes structurelles nécessaires pour redresser l’économie, les bailleurs de fonds internationaux ont progressivement et fortement réduit le débit du robinet des crédits.

Entre 2017 et 2022, les banques tunisiennes ont accordé dix prêts à l’État pour un total de 1,2 milliard d’euros et 305 millions de dollars, provoquant ainsi une érosion de leurs fonds propres à hauteur de 90%.

Face à cette situation, l’État s’est mis à solliciter des financements auprès de bailleurs, de banques et de compagnies d’assurances. En réalité, rappelle M. Saïdane, ce dérapage a commencé dès 2011 et la Banque centrale de Tunisie (BCT) en «assume une part de responsabilité». Alors qu’auparavant, rappelle l’ancien banquier, les banques devaient respecter les deux critères d’un ratio global de financement du développement, c’est-à-dire consacrer 18% de la masse des dépôts au financement de l’investissement et 25% aux bons d’équipement qui financent l’investissement public, la BCT les a obligées après 2011 à en placer 60% en bons du Trésor assimilables (BTA).

À partir de 2017, les pouvoirs publics sont allés plus loin et ils ont exigé de la part des banques locales des prêts syndiqués. Ces dernières en ont accordé dix en cinq ans, pour un total de 1,2 milliard d’euros et 305 millions de dollars (1 dollar = 0,92 euro).

Ces prêts présentent un triple avantage pour les banques et un double inconvénient pour le pays, selon Ezzeddine Saïdane.

Marge confortable

D’un côté, «ils n’occasionnent pas de frais de gestion, ils n’exposent pas les banques à un risque de provisionnement et ils leur permettent d’engranger une marge confortable, car ils sont rémunérés entre 2 et 3%».

Les inconvénients consistent en un «effet d’éviction» qui rend plus difficile l’accès des petites et moyennes entreprises (PME) au financement et une inflation galopante qui désormais frôle les deux chiffres.

En 2023, la situation des finances publiques risque d’empirer. Alors que les remboursements au titre de la dette principale vont s’élever à 15,8 milliards de dinars (contre 9,8 milliards en 2022), il semble peu probable que l’État puisse emprunter les 24 milliards de dinars prévus pour s’acquitter de cette obligation et faire face à ses autres dépenses. L’État va donc inévitablement solliciter de nouveau les banques publiques. Mais celles-ci ne vont pas pouvoir suivre, estime notre interlocuteur. Les prêts à l’État ont érodé 90% de leurs fonds propres, a en effet averti l’agence de notation Fitch Ratings en octobre 2022.


« Marché stratégique » : PepsiCo souligne le rôle de l’Arabie saoudite dans sa croissance mondiale

Le PDG des boissons internationales chez PepsiCo, Eugene Willemsen, à Djeddah. (Fourni)
Le PDG des boissons internationales chez PepsiCo, Eugene Willemsen, à Djeddah. (Fourni)
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  • PepsiCo considère l’Arabie saoudite comme un marché stratégique majeur, avec des investissements continus et un fort alignement sur la Vision 2030
  • L’entreprise accélère l’innovation (IA, R&D, produits sans sucre) pour répondre à l’évolution des consommateurs et renforcer sa croissance régionale

RIYAD : PepsiCo considère l’Arabie saoudite comme un marché « stratégique » offrant des opportunités croissantes d’investissement et d’innovation, alors que le Royaume demeure une cible clé pour l’entreprise.

La société affirme s’être étroitement alignée sur les objectifs à long terme du Royaume, en s’appuyant sur une présence qui s’étend sur près de sept décennies.

« Nous opérons dans le Royaume depuis presque 70 ans », a déclaré Eugene Willemsen, PDG des boissons internationales chez PepsiCo, à Arab News. « Nous avons immédiatement adopté la Vision 2030 dès son lancement et avons clairement indiqué que nous voulions en faire partie, mais aussi y contribuer activement. »

Il a souligné plusieurs domaines dans lesquels PepsiCo a élargi son rôle, notamment en renforçant l’intégration des talents saoudiens et féminins, en faisant évoluer son portefeuille de produits et en soutenant des initiatives favorisant des modes de vie plus actifs.

« Nous nous voyons comme un contributeur à la Vision 2030… et nous nous réjouissons de continuer à le faire avec l’ensemble de nos activités en Arabie saoudite », a-t-il ajouté. 

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Le PDG des boissons internationales chez PepsiCo, Eugene Willemsen, à Riyad. (Fourni)

L’Arabie saoudite est l’un des marchés les plus importants de PepsiCo à l’échelle mondiale, soutenu par de solides capacités locales et des partenariats de longue date.

« C’est un marché très important pour PepsiCo. C’est un marché stratégique pour nous », a déclaré Willemsen. « Nous disposons de capacités très solides et avancées en marketing, dans les domaines commerciaux et dans la chaîne d’approvisionnement, que nous pouvons exploiter à l’échelle de notre réseau international. »

Il a également mis en avant le rôle des partenaires d’embouteillage locaux, évoquant des relations « qui remontent à plusieurs décennies » et offrant des « capacités exceptionnelles » au bénéfice de l’ensemble du système PepsiCo.

L’entreprise emploie environ 9 000 personnes dans ses opérations en Arabie saoudite et a continué d’étendre sa présence locale. Parmi les investissements récents figure un nouveau centre de recherche et développement dans le quartier financier King Abdullah à Riyad, développé en collaboration avec son activité snacks.

« Il s’agit d’un investissement d’environ 30 millions de riyals saoudiens (8 millions de dollars) », a précisé Willemsen, ajoutant que ce centre vise à développer des produits adaptés aux besoins locaux et potentiellement intégrant des cultures locales, avec des applications pouvant s’étendre à l’ensemble du Moyen-Orient.

L’évolution des préférences des consommateurs influence également la stratégie de PepsiCo dans le Royaume, notamment avec une demande croissante pour des options plus saines.

« Nous avons fortement mis l’accent sur les offres sans sucre ici en Arabie saoudite, et nous avons observé un changement significatif vers le zéro sucre », a-t-il expliqué. « Les consommateurs, tous âges et profils confondus, recherchent des options permettant de réduire leur consommation de sucre. »

Parallèlement, l’hydratation est une priorité majeure, notamment en raison du climat du Royaume. Willemsen a évoqué des opportunités d’élargir les produits contenant des électrolytes, destinés aussi bien aux consommateurs actifs qu’à un usage quotidien.

PepsiCo intensifie également l’utilisation de l’intelligence artificielle dans ses opérations, de l’agriculture au développement de produits.

« Nous voulons être parmi les leaders dans l’adoption de l’IA dans le secteur des biens de consommation », a déclaré Willemsen. « L’IA permet de tester et valider des concepts beaucoup plus rapidement, de développer des produits plus vite et de les lancer plus rapidement sur le marché. »

Il a précisé que l’IA est utilisée dans les opérations agricoles mondiales de l’entreprise pour aider les agriculteurs à optimiser l’utilisation de l’eau, l’application d’engrais et les rendements.

Concernant les chaînes d’approvisionnement, Willemsen a indiqué que l’entreprise se concentre sur le renforcement de la résilience locale face à la volatilité mondiale.

« Notre objectif à travers le monde est de créer des chaînes d’approvisionnement aussi locales que possible », a-t-il déclaré. « Nous avons développé une grande résilience et agilité pour faire face à différents scénarios. »

Malgré l’incertitude mondiale, il s’est dit confiant quant aux perspectives à long terme du marché saoudien.

« Le marché saoudien est en lui-même très résilient », a-t-il affirmé. « Parce qu’il évolue rapidement, il continue d’offrir des opportunités d’innovation et de réponse aux besoins changeants des consommateurs. »

Il a ajouté : « Il existe une forte résilience intrinsèque en Arabie saoudite, ce qui nous donne confiance dans le fait que ce pays continuera à croître et à prospérer. » 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L’euro numérique, un enjeu stratégique de souveraineté européenne

Dans un contexte où près d’un Européen sur dix détient déjà des actifs numériques décentralisés, la question demeure : l’euro numérique parviendra-t-il à s’imposer comme une alternative crédible et à renforcer l’indépendance financière de l’Europe ? (AFP)
Dans un contexte où près d’un Européen sur dix détient déjà des actifs numériques décentralisés, la question demeure : l’euro numérique parviendra-t-il à s’imposer comme une alternative crédible et à renforcer l’indépendance financière de l’Europe ? (AFP)
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  • À la suite de l’émission d’un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou par la Cour pénale internationale, plusieurs juges de l’institution ont été visés par des sanctions américaines
  • Résultat : certains se sont retrouvés dans l’incapacité d’utiliser leurs cartes bancaires, y compris sur le territoire européen, révélant la portée extraterritoriale du système financier dominé par les États-Unis

PARIS: Derrière l’écrasante majorité des paiements par carte en Europe se cachent deux acteurs américains incontournables : Visa et Mastercard. Cette dépendance structurelle du système de paiement européen a récemment été mise en lumière par un épisode aux répercussions politiques et juridiques sensibles.

À la suite de l’émission d’un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou par la Cour pénale internationale, plusieurs juges de l’institution ont été visés par des sanctions américaines. Résultat : certains se sont retrouvés dans l’incapacité d’utiliser leurs cartes bancaires, y compris sur le territoire européen, révélant la portée extraterritoriale du système financier dominé par les États-Unis.

Cet incident illustre les vulnérabilités de l’Europe en matière de souveraineté financière. Pour y remédier, l’Union européenne accélère ses travaux sur un projet d’euro numérique. Cette monnaie digitale, émise directement par la Banque centrale européenne, ambitionne de garantir une autonomie accrue face aux infrastructures de paiement étrangères et de se prémunir contre d’éventuelles sanctions extérieures.

Mais le projet suscite des inquiétudes au sein du secteur bancaire. Les établissements privés redoutent une migration des dépôts vers cette monnaie publique, qui pourrait réduire leurs ressources et, par conséquent, leurs revenus liés aux services bancaires.

Dans un contexte où près d’un Européen sur dix détient déjà des actifs numériques décentralisés, la question demeure : l’euro numérique parviendra-t-il à s’imposer comme une alternative crédible et à renforcer l’indépendance financière de l’Europe ?


Dispositif pour les carburants: la France «n'a pas les moyens d'amortir les crises», estime Larcher

Le ministre français de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, Roland Lescure, s'adresse à la presse à l'issue d'un conseil des ministres consacré à l'énergie, à l'Hôtel de Matignon à Paris, le 21 avril 2026. (Photo : Kenzo TRIBOUILLARD / AFP)
Le ministre français de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, Roland Lescure, s'adresse à la presse à l'issue d'un conseil des ministres consacré à l'énergie, à l'Hôtel de Matignon à Paris, le 21 avril 2026. (Photo : Kenzo TRIBOUILLARD / AFP)
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  • "Nous n'avons pas les moyens d'amortir les crises et de faire face dans un pays qui est déjà surendetté et surfiscalisé", a affirmé sur BFMTV Gérard Larcher
  • "Cette réalité-là, elle ne donne pas au gouvernement d'autres marges de manœuvre que de faire ce qu'il est possible de faire en direction de certaines catégories", a expliqué le président du Sénat, écartant une baisse de la TVA comme le demande le RN

PARIS: Le président LR du Sénat Gérard Larcher a estimé mercredi que la France "n'a pas les moyens d'amortir les crises" au lendemain de la présentation par le Premier ministre Sébastien Lecornu d'un "dispositif d'accompagnement" pour les "grands rouleurs" touchés par la hausse du prix du carburant.

"Nous n'avons pas les moyens d'amortir les crises et de faire face dans un pays qui est déjà surendetté et surfiscalisé", a affirmé sur BFMTV Gérard Larcher.

"Cette réalité-là, elle ne donne pas au gouvernement d'autres marges de manœuvre que de faire ce qu'il est possible de faire en direction de certaines catégories", a expliqué le président du Sénat, écartant une baisse de la TVA comme le demande le RN.

Il a tenu Emmanuel Macron pour responsable de cette situation: "On paye le quoi qu'il en coûte, on paye un ensemble d'engagements où on n'a pas réduit la dépense publique, on n'a pas réformé l'État", a-t-il expliqué. "C'est quelque part le bilan de deux quinquennats d'Emmanuel Macron", a-t-il souligné, estimant que le chef de l'Etat a laissé la France en situation "d'hypoxie".

Sur la situation financière du pays, Gérard Larcher a précisé que le Sénat, contrôlé par une majorité de droite et du centre, présentera pour le budget 2027 "une proposition au gouvernement (...) à la fin du mois de juin".

L'exécutif a annoncé mardi une aide à trois millions de "travailleurs modestes grands rouleurs", et le renforcement du soutien aux pêcheurs et agriculteurs.