Liban: Le procureur général inculpé dans l'affaire de l'explosion du port, les tensions montent

Le juge libanais Ghassan Oueidat (G) rencontrant le Premier ministre libanais Hassan Diab (C) et le juge Mahmoud Makieh à Beyrouth en janvier 2020 (Photo, AFP).
Le juge libanais Ghassan Oueidat (G) rencontrant le Premier ministre libanais Hassan Diab (C) et le juge Mahmoud Makieh à Beyrouth en janvier 2020 (Photo, AFP).
A la surprise générale, Tarek Bitar avait décidé lundi de reprendre son enquête sur cette explosion qui avait fait plus de 215 morts et 6 500 blessés (Photo, AP).
A la surprise générale, Tarek Bitar avait décidé lundi de reprendre son enquête sur cette explosion qui avait fait plus de 215 morts et 6 500 blessés (Photo, AP).
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Publié le Mercredi 25 janvier 2023

Liban: Le procureur général inculpé dans l'affaire de l'explosion du port, les tensions montent

  • Mardi, M. Bitar a inculpé le procureur général près la cour de Cassation, Ghassan Oueidate, et sept autres personnes parmi lesquelles trois magistrats
  • Le juge Bitar avait cependant dû interrompre son enquête en décembre 2021, du fait d'une quarantaine de poursuites lancées contre lui par des responsables politiques

BEYROUTH: Les tensions se sont poursuivies mardi après que Tarek Bitar, le juge libanais chargé d’enquêter sur l’explosion dévastatrice du port de Beyrouth en août 2020, a inculpé le procureur général de la République, Ghassan Oueidat, et sept autres responsables qui seraient impliqués dans l’explosion. Ils seraient accusés d’homicide, d’incendie criminel et d’autres crimes.
Lundi, Bitar a surpris beaucoup de monde en annonçant d’abord qu’il reprenait son enquête, qui avait été suspendue pendant plus d’un an en raison de l’opposition politique et juridique, puis qu’il allait poursuivre des responsables de la sécurité et de la justice, dont le juge Oueidat.
Cette annonce a exacerbé les tensions de longue date entre le juge Bitar et le parquet. Ghassan Oueidat a rejeté la décision et a déclaré que Bitar «a été retiré de l’affaire».
Plus d’une douzaine de hauts responsables sont désormais dans le collimateur de Bitar dans le cadre de l’enquête sur l’explosion, dont Abbas Ibrahim, directeur général de la Sûreté générale libanaise, Tony Saliba, directeur général de la Sûreté de l’État, et les juges Ghassan Khoury, Carla Shawah et Jad Maalouf.
L’explosion du 4 août 2020 a détruit la majeure partie du port de Beyrouth et des quartiers voisins de la capitale, faisant plus de 215 morts et plus de 6 500 blessés.
Des informations divulguées par l’ordre des avocats ont révélé que le juge Bitar a porté plainte contre le procureur Oueidat, la plus haute autorité judiciaire du pays et membre du Conseil judiciaire suprême; le brigadier général Assaad Toufaili, président du Conseil supérieur des douanes; Mme Gracia Al-Azzi, membre du Conseil supérieur des douanes; le brigadier général Camille Daher, ancien chef des renseignements militaires; Jawdat Oueidat, ancien officier supérieur des renseignements militaires; et le général Jean Kahwaji, ancien commandant de l’armée.
Bitar a également cité à comparaître l’ancien Premier ministre Hassan Diab, les députés Ghazi Zeaiter et Ali Hassan Khalil, ainsi que l’ancien député Nohad Machnouk. Ils ont répondu en déposant des plaintes contre Bitar et en demandant son retrait de l’affaire.
Le juge a l’intention de les interroger au cours du mois prochain sur leur rôle présumé dans un «possible homicide volontaire» et une «négligence fonctionnelle». Mardi, il a notifié Diab, Machnouk et Zeaiter des dates auxquelles ils doivent se présenter pour être interrogés et a affiché les convocations qui leur ont été envoyées.
Il a affirmé avoir fondé sa décision de reprendre son enquête sur une étude juridique révélant qu’un magistrat est autorisé à reprendre son travail juridique treize mois après sa suspension à la suite de plaintes déposées contre lui.
Ses annonces ont été accueillies favorablement par les familles des victimes de l’explosion et des personnes détenues en relation avec celle-ci, qui attendent de Bitar qu’il interroge les hauts responsables présumés coupables.
Cependant, Hatem Madi, un ancien procureur général, a confié à Arab News: «Je suis inquiet de l’image faible et de la réputation fragile du système judiciaire. L’étude sur laquelle Bitar s’est appuyé pour reprendre le travail est une erreur fatale.»
La décision de Bitar a ravivé les débats politiques et les craintes d’une escalade des tensions dans les rues, alors que des dizaines de manifestants ont bloqué une route dans le quartier Al-Chiyah-Aïn el-Remmané de Beyrouth avec des pneus en feu.
Des manifestations antérieures, dont le Hezbollah et le mouvement Amal seraient les instigateurs, demandant le retrait de Bitar de l’affaire, ont dégénéré en une confrontation sanglante avec les habitants d’un quartier à majorité chrétienne.
Mardi, une réunion de la commission parlementaire qui devait porter sur les lois sur l’indépendance du pouvoir judiciaire a donné lieu à des querelles et des échanges houleux entre les représentants du Hezbollah et du mouvement Amal, qui ont accusé Bitar de «mettre en œuvre des agendas étrangers», et les députés des partis opposés au Hezbollah, qui soutiennent le juge et son travail.
Ghassan Oueidat a publié un communiqué mardi dans lequel il indique que Bitar «nous avait ignorés et considérait que nous n’existions pas en tant que parquet, et en retour nous le considérerons comme inexistant».
Il a nié avoir l’intention de poursuivre Bitar et a ajouté : «C’est hors de question. Le juge Bitar a les mains liées et sa décision de reprendre le travail est illégale.»
Outre l’annonce des charges retenues contre les hauts responsables, Bitar avait également demandé la libération, sans caution, de cinq personnes détenues dans le cadre de cette affaire et l’interdiction pour elles de voyager. Compte tenu des manifestations suscitées par ses décisions, les détenus n’ont pas été libérés. Au total, 17 personnes sont actuellement en détention.
Dans un message publié sur son compte Twitter officiel, l’ambassade des États-Unis au Liban a écrit: «Nous soutenons et exhortons les autorités libanaises à mener à bien une enquête rapide et transparente sur l’horrible explosion du port de Beyrouth.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Israël annonce des frappes sur "plusieurs zones" du Liban contre le Hezbollah

De la fumée s'élève du site d'une frappe aérienne israélienne qui a visé les sommets de la montagne Al-Rihane, dans le sud du Liban, le 9 janvier 2026. (AFP)
De la fumée s'élève du site d'une frappe aérienne israélienne qui a visé les sommets de la montagne Al-Rihane, dans le sud du Liban, le 9 janvier 2026. (AFP)
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  • Israël a mené de nouvelles frappes contre des cibles du Hezbollah au Liban, jugeant insuffants les efforts de désarmement annoncés par Beyrouth malgré l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024.
  • Le Liban, sous pression internationale, a lancé une première phase de désarmement au sud, saluée prudemment par Israël et la France, tandis que le Hezbollah refuse de rendre ses armes au nord du Litani

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé vendredi effectuer des frappes sur le Hezbollah dans "plusieurs zones" du Liban, au lendemain de l'annonce par Beyrouth du désarmement du mouvement islamiste pro-iranien dans le sud du pays, jugé "insuffisant" par Israël.

Les frappes ont "visé des dépôts d'armes et un site de production d'armement, utilisés pour la remise en état et le renforcement militaire de l'organisation terroriste Hezbollah", a affirmé l'armée, sans préciser leur localisation.

"Plusieurs sites de lancement et lance-roquettes, ainsi que des structures militaires", ont également été touchés, précise le communiqué, ajoutant que ces sites étaient "utilisés par le Hezbollah pour mener des attaques" en territoire israélien.

De telles activités "constituent une violation des arrangements entre Israël et le Liban", dénonce l'armée.

L'agence nationale d'information libanaise (Ani) a rapporté pour sa part des frappes sur le sud du pays dans des zones éloignées de la frontière, ainsi que dans la plaine de la Békaa (est), où le Hezbollah est fortement implanté.

Elle n'a fait état d'aucune victime vendredi mais une personne avait été tuée jeudi dans un bombardement près de la ville de Saïda, selon les médias officiels libanais. L'armée israélienne affirme avoir visé un membre du Hezbollah.

Le Liban est soumis à une forte pression des Etats-Unis pour désarmer le Hezbollah, sorti affaibli en novembre 2024 d'une guerre meurtrière avec Israël.

Jeudi, l'armée libanaise a affirmé avoir atteint "les objectifs de la première phase" de son plan, consistant à désarmer le mouvement chiite entre la frontière avec Israël et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord.

- "Annonces encourageantes" pour Macron -

Comme prévu par l'accord de cessez-le-feu de novembre 2024, Beyrouth doit ensuite appliquer progressivement ce plan de désarmement au reste du territoire, à commencer par toute la région sud du pays. Mais le Hezbollah a annoncé refuser de remettre ses armes au nord du fleuve.

En principe tenu de se retirer de chez son voisin, Israël continue de son côté d'occuper cinq points stratégiques près de la frontière et mène des frappes régulières au Liban.

Le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a jugé jeudi que les efforts de désarmement du Hezbollah constituaient "un début encourageant" mais étaient "loin d'être suffisants", justifiant la poursuite de frappes.

Vendredi, Emmanuel Macron a "salué" à son tour les "annonces encourageantes des autorités libanaises", appelant à poursuivre "résolument" ce processus.

"La seconde phase du plan sera une étape décisive. L'accord de cessation des hostilités doit être strictement respecté par toutes les parties", a déclaré le président français sur le réseau X.

"La souveraineté du Liban doit être pleinement restaurée", a-t-il ajouté, annonçant qu'une "conférence internationale se tiendrait prochainement à Paris" pour donner au Liban et à ses forces armées "les moyens concrets de garantir cette souveraineté".


Désarmement du Hezbollah: le Liban demande à l'Iran "une nouvelle approche"

Le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Rajji, serre la main de son homologue iranien, Abbas Araghchi, à Beyrouth, le 9 janvier 2026. (AP)
Le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Rajji, serre la main de son homologue iranien, Abbas Araghchi, à Beyrouth, le 9 janvier 2026. (AP)
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  • Le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Raggi, a appelé l’Iran à adopter une nouvelle approche pour le désarmement du Hezbollah et a insisté sur le monopole des armes par l’État libanais
  • L’armée libanaise a achevé le désarmement dans le Sud du pays, mais Israël juge les efforts insuffisants, tandis que Beyrouth renforce sa vigilance face aux pressions et ingérences iraniennes

BEYROUTH: Le chef de la diplomatie libanaise a appelé vendredi son homologue iranien, en visite au Liban, à trouver "une nouvelle approche" pour régler l'épineux problème du désarmement du Hezbollah financé par Téhéran.

Beyrouth est soumis à une intense pression des Etats-Unis pour désarmer le Hezbollah, affaibli par une guerre avec Israël, alors que l'Iran, comme la formation islamiste, ont affiché leur opposition à cette mesure.

"La défense du Liban est de la responsabilité de l'Etat libanais (...) qui doit avoir le monopole des armes", a déclaré le ministre Youssef Raggi à son homologue iranien Abbas Araghchi, selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

Il a demandé à son interlocuteur "si Téhéran accepterait l'existence d'une formation armée illégale sur son territoire".

Dans ces conditions, le ministre a exhorté l'Iran à "discuter avec le Liban afin de trouver une nouvelle approche concernant les armes du Hezbollah, en s'appuyant sur sa relation avec le parti, afin que ces armes ne soient pas un prétexte pour affaiblir le Liban".

En décembre, M. Raggi avait décliné une invitation de son homologue à se rendre en Iran, et proposé une rencontre dans un pays tiers.

L'armée libanaise a annoncé jeudi avoir mené à terme le désarmement du Hezbollah dans la partie sud du pays proche d'Israël, qui a cependant jugé les efforts du Liban "loin d'être suffisants" et de nouveau frappé son voisin vendredi.

Le ministre iranien, arrivé jeudi au Liban, a également été reçu par le président Joseph Aoun vendredi matin et devait rencontrer plusieurs autres hauts dirigeants libanais.

Il s'était rendu jeudi après-midi au mausolée de Hassan Nasrallah, l'ancien chef du Hezbollah tué dans une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth en septembre 2024.

Depuis la guerre entre le Hezbollah et Israël, les responsables libanais se sont montrés plus critiques envers l'Iran.

En août, le Liban avait signifié à un haut responsable iranien, Ali Larijani, en visite à Beyrouth, son refus catégorique de "toute ingérence" dans ses affaires internes, après des critiques par Téhéran de la décision du gouvernement de désarmer le Hezbollah.


Le ministre saoudien de la Défense : Riyad engagé pour une solution juste pour le Sud, la dissolution du STC est une décision courageuse

« Le Royaume soutiendra les résultats de la conférence qui seront présentés lors des discussions sur une solution politique globale au Yémen », a-t-il déclaré. (AFP)
« Le Royaume soutiendra les résultats de la conférence qui seront présentés lors des discussions sur une solution politique globale au Yémen », a-t-il déclaré. (AFP)
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  • Riyad affirme son engagement en faveur d’une solution juste pour le Sud, soutenue par la communauté internationale à travers la Conférence de Riyad
  • Le ministre saoudien de la Défense salue la dissolution du STC comme une décision courageuse favorisant une participation plus inclusive des acteurs du Sud.

RIYAD : Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, a déclaré que l’annonce de la dissolution du Conseil de transition du Sud (STC) allait dans le sens de l’intérêt général. Dans son premier commentaire depuis cette annonce, il a affirmé que « la question du Sud dispose désormais d’une véritable voie, parrainée par le Royaume et soutenue par la communauté internationale à travers la Conférence de Riyad, visant à rassembler nos frères du Sud afin d’élaborer une vision globale de solutions justes répondant à leur volonté et à leurs aspirations ».

Dans un message publié sur la plateforme X, le ministre de la Défense a ajouté : « Le Royaume constituera un comité préparatoire, en concertation avec des personnalités du Sud, afin d’organiser la conférence, laquelle réunira des participants de tous les gouvernorats du Sud, sans exclusion ni discrimination. Le Royaume soutiendra les résultats de la conférence afin qu’ils puissent être présentés dans le cadre du dialogue sur une solution politique globale au Yémen. »

Il a conclu en déclarant : « La décision prise par des figures et des dirigeants du Sud de dissoudre le Conseil de transition est une décision courageuse, motivée par la préoccupation pour l’avenir de la cause du Sud et visant à encourager une participation plus large des forces du Sud à la Conférence de Riyad, au service de leur cause. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com