Guerre en Ukraine: de faux fact-checks comme outils de désinformation pro-russes

Au moins 46 personnes ont été tuées le mois dernier lorsqu'un immeuble résidentiel à Dnipro a été bombardé. (Photo, AFP)
Au moins 46 personnes ont été tuées le mois dernier lorsqu'un immeuble résidentiel à Dnipro a été bombardé. (Photo, AFP)
Short Url
Publié le Jeudi 16 février 2023

Guerre en Ukraine: de faux fact-checks comme outils de désinformation pro-russes

  • Des internautes pro-russes ont utilisé de pseudo fact-checks pour tenter de discréditer les rapports des médias occidentaux, sur de multiples drames du conflit
  • Le détournement des procédures de fact-checking a intensifié ce que les experts qualifient de guerre de l'information et représente un nouveau défi pour les vrais services de vérification

WASHINGTON: Un missile russe a détruit un immeuble d'habitation ukrainien, tuant des dizaines de personnes. Les propagandistes pro-russes ont tenté d'exonérer Moscou en proposant sur internet un contre-récit astucieux en transformant le "fact-checking" en outil de désinformation.

Depuis le début de son invasion il y a un an, la Russie et ses partisans ont cherché à déformer le rôle de Moscou en utilisant ce que les experts qualifient de l'une des armes les plus efficaces de son arsenal: les campagnes de désinformation.

Les vérificateurs de faits sur internet ont identifié des campagnes élaborées de mensonges destinées à détourner l'attention des crimes de guerre dont les soldats russes sont accusés ou à calomnier l'adversaire.

En janvier, au moins 46 personnes ont été tuées quand un immeuble de la ville ukrainienne de Dnipro a été touché par ce que des responsables ukrainiens et des experts internationaux ont estimé être un missile de croisière russe KH-22.

Le bâtiment détruit est devenu le symbole de l'une des attaques les plus meurtrières depuis le début de l'offensive russe. Mais un site web nommé "War on Fakes" (Guerre aux fausses informations), spécialisé dans la diffusion de ce les experts qualifient de propagande russe, a affirmé que le bâtiment avait été détruit par un missile de la défense aérienne ukrainienne.

Comme le font les vérificateurs de faits sur internet, il a publié des photos de l'immeuble barrées de la mention FAUX en lettres rouges.

"Depuis l'invasion russe, le site War on Fakes est devenu une centrale de propagation de fausses démystifications", assure à l'AFP Roman Osadchuk, du Digital Forensic Research Lab de l'Atlantic Council.

Un outil efficace

War on Fakes, dont la chaîne Telegram compte des milliers d'abonnés, se dit "objectif" et "impartial" et prétend combattre la "guerre de l'information lancée contre la Russie".

Les animateurs de ce site de sont pas identifiés, mais parmi ceux qui relaient ses contenus figurent des acteurs pro-Kremlin dont des ministères et des ambassades russes.

"C'est un outil efficace de propagande d'Etat et de désinformation", ajoute M. Osadchuk. "Cela fonctionne surtout parce que le fact-checking est utilisé comme une source par les internautes à la recherche d'une +information objective+".

Des campagnes similaires de pseudo-vérification des faits sont apparues à la télévision d'Etat russe, qui diffuse un programme appelé +AntiFake+, ainsi qu'un compte Telegram pro-Moscou baptisé +Fake Cemetery+ (Cimetière des fausses informations).

Eux et d'autres internautes pro-russes ont utilisé de pseudo fact-checks pour tenter de discréditer les rapports des médias occidentaux, sur de multiples drames du conflit.

Parmi ceux-ci les massacres de Boutcha, près de Kiev, où des centaines de corps ont été découverts après que l'armée russe en a été chassée en mars, et le bombardement d'une maternité dans la ville portuaire de Marioupol, qui a été prise par les forces de Moscou après un long siège.

"Il y a une longue tradition d'utilisation du fact-checking dans le cadre de propagandes russes", explique à l'AFP Martin Innes, directeur du Security, Crime and Intelligence Innovation Institute de l'Université de Cardiff.

"Plutôt que de simplement utiliser la désinformation, cela permet de nier plus efficacement les affirmations d'un adversaire ou de semer des doutes sur la véracité de ses affirmations".

Confiance ébranlée

Le détournement des procédures de fact-checking a intensifié ce que les experts qualifient de guerre de l'information et représente un nouveau défi pour les vrais services de vérification.

"Les fausses vérifications des faits risquent de saper la confiance dans les médias crédibles et les institutions légitimes de fact-checking", explique à l'AFP Madeline Roache, de l'organisme de surveillance de l'information NewsGuard.

Elles "risquent également de déformer les perceptions de l'Ukraine et de l'Occident, et de donner l'impression que les faits véridiques sont impossibles à obtenir."

Les analystes soulignent que les acteurs pro-russes semblent saturer l'espace médiatique avec de multiples versions contradictoires d'une même histoire afin de rendre la manifestation de la vérité plus difficile.

Ainsi, War on Fakes publie souvent une série sur le même sujet, parfois avec des déclarations multiples et contradictoires qui visent à submerger et perdre les lecteurs.

Il publie "tellement de fausses déclarations que les vérifications des faits se contredisent souvent", explique le Poynter Institute, basé aux Etats-Unis.

"Le but est de semer la confusion au sein du public, de le surcharger d'informations", précise à l'AFP Jakub Kalensky, analyste au Centre d'excellence européen pour la lutte contre les menaces hybrides.

"Le résultat recherché est obtenu quand un lecteur finira par se dire: +il y a trop de versions des événements, il m'est impossible de savoir où est la vérité+", ajoute M. Kalensky.


Détroit d'Ormuz: l'Iran met en garde le Conseil de sécurité de l'ONU contre toute «action provocatrice»

 Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a mis en garde contre toute "action provocatrice" avant un vote prévu du Conseil de sécurité de l'ONU sur un usage de la force pour débloquer le détroit d'Ormuz. (AFP)
Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a mis en garde contre toute "action provocatrice" avant un vote prévu du Conseil de sécurité de l'ONU sur un usage de la force pour débloquer le détroit d'Ormuz. (AFP)
Short Url
  • Le détroit d'Ormuz, passage stratégique du marché mondial des hydrocarbures, est quasiment totalement bloqué par l'Iran en réaction à l'attaque américano-israélienne contre son territoire le 28 février
  • "M. Araghchi souligne que toute action provocatrice des agresseurs et de leurs soutiens, y compris au Conseil de sécurité de l'ONU concernant la situation dans le détroit d'Ormuz, ne fera que compliquer davantage la situation"

TEHERAN: Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a mis en garde contre toute "action provocatrice" avant un vote prévu du Conseil de sécurité de l'ONU sur un usage de la force pour débloquer le détroit d'Ormuz.

M. Araghchi s'exprimait jeudi et le vote était initialement prévu vendredi, avant l'annonce de son report sine die.

Le détroit d'Ormuz, passage stratégique du marché mondial des hydrocarbures, est quasiment totalement bloqué par l'Iran en réaction à l'attaque américano-israélienne contre son territoire le 28 février.

"M. Araghchi souligne que toute action provocatrice des agresseurs et de leurs soutiens, y compris au Conseil de sécurité de l'ONU concernant la situation dans le détroit d'Ormuz, ne fera que compliquer davantage la situation", selon un communiqué de son ministère.

Porté par Bahreïn, le texte fait l'objet de discussions par les 15 membres du Conseil depuis dix jours, reflétant leurs divergences.

Le dernier projet de résolution insiste sur le fait que le Conseil autoriserait tout Etat ou toute coalition d'Etats à utiliser des moyens "défensifs" pour assurer la sécurité des navires. Une stipulation de mandat défensif absente au départ.

Mais il n'est pas certain que cela soit suffisant à convaincre la Russie et la Chine, qui ont un droit de veto.

"L'Iran a fermé le détroit d'Ormuz, empêchant les navires commerciaux et les pétroliers de passer et posant des conditions pour permettre le passage de certains", a dénoncé jeudi le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jassem Al-Budaiwi, au nom de cette organisation qui regroupe l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Qatar, le Koweït et Oman.

"Nous appelons le Conseil de sécurité à prendre toutes ses responsabilités et à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les couloirs maritimes et assurer la poursuite en toute sécurité de la navigation internationale", a-t-il insisté à New York, avant l'annonce du report.


Le patron du Pentagone obtient le départ du chef d'état-major de l'armée de terre

Pete Hegseth, à la tête d'un ministère qu'il a renommé "ministère de la Guerre", a assuré qu'il choisissait tout simplement les chefs qu'il veut pour diriger l'armée au plus grand budget du monde. (AFP)
Pete Hegseth, à la tête d'un ministère qu'il a renommé "ministère de la Guerre", a assuré qu'il choisissait tout simplement les chefs qu'il veut pour diriger l'armée au plus grand budget du monde. (AFP)
Short Url
  • Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a obtenu le départ immédiat du chef d'état-major de l'armée de terre, le général Randy George
  • Ce très haut gradé "va quitter ses fonctions de 41e chef d'état-major de l'armée de terre, avec effet immédiat", a écrit sur la plateforme X Sean Parnell, le porte-parole du Pentagone, lui souhaitant "une belle retraite"

WASHINGTON: Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a obtenu le départ immédiat du chef d'état-major de l'armée de terre, le général Randy George, a fait savoir un responsable américain à propos de ce limogeage qui survient en pleine guerre contre l'Iran.

Ce très haut gradé "va quitter ses fonctions de 41e chef d'état-major de l'armée de terre, avec effet immédiat", a écrit sur la plateforme X Sean Parnell, le porte-parole du Pentagone, lui souhaitant "une belle retraite."

Il ne donne pas la raison de ce départ soudain.

CBS News, qui a révélé l'information, cite un responsable américain anonyme affirmant que Pete Hegseth souhaite nommer à sa place quelqu'un qui pourra appliquer la vision de Donald Trump et de son ministre pour l'armée de terre.

Le général Randy George, diplômé de la prestigieuse académie militaire de West Point, qui a servi en Irak et en Afghanistan, avait été nommé à ce poste en 2023, sous le mandat du président démocrate, Joe Biden.

Il s'agit d'un départ forcé de plus chez les plus hauts gradés de l'armée américaine depuis le retour au pouvoir de Donald Trump.

Le président américain avait, sans explication, limogé début 2025 Charles "CQ" Brown, le chef d'état-major des armées, pour le remplacer par Dan Caine.

Depuis, ce sont les chefs de la marine, des gardes-côtes, de l'agence d'espionnage NSA, ainsi que de nombreux autres, qui ont été poussés vers la sortie par le gouvernement de Donald Trump.

Selon le Washington Post et CBS, deux autres généraux, David Hodne, chargé du Commandement de la transformation et de l'entraînement de l'armée, et William Green Jr, à la tête du corps des aumôniers militaires, ont par ailleurs été mis à l'écart en même temps que le général George.

Pete Hegseth, à la tête d'un ministère qu'il a renommé "ministère de la Guerre", a assuré qu'il choisissait tout simplement les chefs qu'il veut pour diriger l'armée au plus grand budget du monde.

Des parlementaires de l'opposition démocrate se sont inquiétés d'une potentielle politisation de l'armée, traditionnellement plus isolée des batailles politiciennes que le reste de l'appareil d'Etat américain.

Pete Hegseth a aussi décidé l'an passé de réduire le nombre de plus hauts gradés de l'ensemble de l'armée.

 


Trump menace de nouvelles destructions de ponts et de centrales en Iran

Le président des Etats-Unis Donald Trump a menacé jeudi de nouvelles destructions d'infrastructures civiles en Iran, citant les ponts et les centrales électriques. (AFP)
Le président des Etats-Unis Donald Trump a menacé jeudi de nouvelles destructions d'infrastructures civiles en Iran, citant les ponts et les centrales électriques. (AFP)
Short Url
  • "Les ponts sont les prochains, puis les centrales électriques!", a mis en garde Donald Trump sur son réseau Truth Social
  • Donald Trump avait précédemment applaudi jeudi la destruction d'un pont emblématique près de Téhéran. Huit civils ont été tués dans cette frappe contre ce pont en construction, selon les médias iraniens

WASHINGTON: Le président des Etats-Unis Donald Trump a menacé jeudi de nouvelles destructions d'infrastructures civiles en Iran, citant les ponts et les centrales électriques.

"Les ponts sont les prochains, puis les centrales électriques!", a mis en garde Donald Trump sur son réseau Truth Social.

Donald Trump avait précédemment applaudi jeudi la destruction d'un pont emblématique près de Téhéran. Huit civils ont été tués dans cette frappe contre ce pont en construction, selon les médias iraniens.

Les Etats-Unis n'ont "même pas commencé" leur programme de destruction des infrastructures civiles du pays, a prévenu M. Trump dans la soirée.

Le dirigeant américain a répété à plusieurs reprises que la grande majorité des sites militaires, cibles premières de l'offensive américano-israélienne débutée le 28 février en Iran, avait déjà été endommagée ou détruite.

"Les dirigeants du nouveau régime (iranien) savent ce qu’il faut faire, et qu’il faut le faire VITE!", a ajouté le président américain, qui alterne menaces et appels à Téhéran à accepter un accord de cessez-le-feu.