Tensions Iran-Israël: «Nous sommes à l'aube d'une guerre»

Les dégâts au lendemain d'une frappe aérienne israélienne, qui aurait eu pour cible un centre logistique géré par le CGRI, à Damas le 19 février (Photo, AFP).
Les dégâts au lendemain d'une frappe aérienne israélienne, qui aurait eu pour cible un centre logistique géré par le CGRI, à Damas le 19 février (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 23 février 2023

Tensions Iran-Israël: «Nous sommes à l'aube d'une guerre»

  • On pense généralement qu'Israël est à l'origine des attaques et des actes de sabotage contre le CGRI et le programme nucléaire iranien
  • L'accord nucléaire étant pratiquement mort et Netanyahou étant de retour au pouvoir, les calculs de puissance régionale semblent avoir changé

ERBIL, KURDISTAN IRAKIEN: Après deux mois à peine, 2023 s'est déjà révélée être une année mouvementée dans le conflit secret qui oppose Israël et l'Iran
Tôt dimanche, une frappe aérienne israélienne a tué cinq personnes et endommagé plusieurs bâtiments dans la capitale syrienne, Damas. Deux agents de renseignement occidentaux cités par l'agence de presse Reuters ont révélé que la cible de l'attaque était un centre logistique géré par le puissant Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) de l'Iran.
Cette frappe au cœur de la capitale fait suite à deux incidents notables survenus en janvier. Le 28 janvier, une frappe nocturne de drone a visé une installation militaire dans la ville d'Ispahan, au centre de l'Iran. Cette attaque a été rapidement suivie d'une autre attaque aérienne, la nuit suivante, contre un convoi de camions iraniens qui était entré en Syrie depuis l'Irak.
Les experts estiment qu'Israël était très probablement derrière toutes ces opérations secrètes.
Au cours de la dernière décennie, Israël a mené une campagne aérienne dans le but d’empêcher le Corps des gardiens de la révolution islamique de transférer des armes de pointe à ses milices régionales mandataires, notamment le Hezbollah au Liban.
Tel-Aviv a également cherché à priver le CGRI de renforcer sa présence militaire en Syrie. En fait, le poste frontalier d'Al-Qaim entre l'Irak et la Syrie, site de l'attaque du 29 janvier, est une zone fréquemment visée par ces frappes.
Israël serait aussi à l'origine d'une série de frappes secrètes et d'actes de sabotage contre des installations de production de drones et de missiles en Iran et contre le programme nucléaire iranien.
En outre, il est le principal suspect dans l'assassinat de scientifiques nucléaires iraniens de haut rang, notamment Mohsen Fakhrizadeh, tué en novembre 2020 dans une embuscade routière près de Téhéran, par une arme télécommandée par satellite.
Le grand nombre de frappes en 2023 peut signaler qu'Israël accélère et intensifie ces campagnes simultanées à un moment où les priorités géopolitiques changent.

Le scientifique iranien Mohsen Fakhrizadeh lors d'une rencontre avec le guide suprême iranien (non visible) à Téhéran, le 23 janvier 2019 (Photo, AFP).

L'accord de 2015 sur le nucléaire iranien, officiellement connu sous le nom de plan d'action global conjoint, qui visait à limiter l'enrichissement d'uranium en Iran en échange d'un allègement des sanctions, est pratiquement mort, malgré tous les efforts de l'administration Biden et de ses alliés européens.
Loin de maîtriser son programme nucléaire, Téhéran a intensifié l'enrichissement de l'uranium au point de pouvoir fabriquer «plusieurs» armes nucléaires si elle le souhaite, selon Rafael Mariano Grossi, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
«Une chose est vraie: À ce stade, le régime iranien a amassé suffisamment de matériel nucléaire pour fabriquer pas une, mais plusieurs armes nucléaires», a déclaré Grossi aux législateurs européens le 24 janvier. «Il a 70 kilogrammes d'uranium enrichi à 60%. La quantité est là. Cela ne signifie pas qu'il possède une arme nucléaire. Donc, il n'a pas encore proliféré.»
Il a également mentionné que le niveau d'enrichissement «a largement dépassé» le point sur lequel le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, avait mis en garde en 2012.
Cette année-là, aux Nations unies, Netanyahou a brandi une carte représentant une bombe en dessin animé pour illustrer la quantité d'uranium hautement enrichi dont l'Iran avait besoin pour fabriquer une bombe.
Compte tenu de ce contexte et du retour au pouvoir de Netanyahou à la tête d'une nouvelle coalition fragile composée de membres de l’extrême droite, de nouvelles attaques en Iran et dans la région sont fort probables dans les semaines et les mois à venir.

Compte tenu du récent retour au pouvoir du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, – photographié en 2019 en train de parler des recherches nucléaires de l'Iran – à la tête d'un gouvernement de coalition d'extrême droite, certains analystes pensent qu'il est probable qu'Israël intensifie ses attaques contre l'Iran (Photo, AFP).

«À mon avis, ces deux attaques sont la poursuite de la campagne d'interdiction à long terme d'Israël visant à empêcher l'Iran d'armer (complètement) la Syrie et le Hezbollah et de se doter d'une capacité d'armement nucléaire», a déclaré à Arab News Farzin Nadimi, analyste de la défense et de la sécurité et chercheur associé à l’Institut de Washington pour la politique du Proche-Orient.
«Le moment est peut-être accidentel, mais je ne serais pas surpris d'apprendre que l’usine de production attaquée à Ispahan était d'une manière ou d'une autre impliquée dans le programme d’armes de précision du Hezbollah ou dans la fabrication de composants pour le programme nucléaire iranien.
«C'était la politique des administrations israéliennes précédentes et cela restera la priorité des gouvernements israéliens actuels et futurs», a-t-il précisé.
Nadimi prédit que ces attaques augmenteront probablement «en taille et en nombre», car «le régime iranien devrait accélérer tous ses programmes de dissuasion offensive à l'avenir».
Malgré un «risque permanent d'escalade à tout moment», il n'est pas certain qu'une guerre totale puisse éclater entre Israël et l'Iran en 2023. Néanmoins, il estime qu'«un échange sérieux avant 2025 est une possibilité».
Nicholas Heras, directeur principal de la stratégie et de l'innovation au New Lines Institute, estime qu'une confrontation militaire est inévitable si l'Iran s'apprête à produire une arme nucléaire.
«Nous sommes à l’aube d’une guerre régionale entre l'Iran, Israël et les États-Unis», a-t-il déclaré à Arab News.
«Israël, avec le soutien des États-Unis, envoie un signal clair à l'Iran qu’une option militaire pour amener une guerre sur le sol iranien est sur la table si Téhéran décide de fabriquer des armes nucléaires.»
Avec le recul, Heras a avisé: «Il est clair que les calculs ont changé à Washington et qu'il y a un sentiment croissant que Netanyahou pourrait avoir raison, à savoir que seule la menace crédible de la guerre empêchera Téhéran de se doter de la bombe atomique.»
Les opérations militaires d'Israël s'inscrivent dans le cadre d'un effort plus large visant à empêcher l'Iran de tenter d'armer ses mandataires au Liban, en Syrie et dans la bande de Gaza.

Une image tirée d'une vidéo montre une attaque de drone contre un site militaire iranien dans la province d'Ispahan, le 28 janvier. Les experts estiment qu'Israël est probablement derrière cette attaque et l'autre attaque récente contre une cible iranienne en Syrie (Photo, AFP).

«Avec cette incertitude permanente en Cisjordanie, et les partenaires de la coalition de Netanyahou qui poussent à l'annexion des terres palestiniennes, Netanyahou essaie de recentrer ses alliés politiques en Israël sur l'Iran», a estimé Heras.
«Netanyahou considère l'Iran, et les programmes d'armement iraniens, en particulier l'IA et les missiles avancés, comme la menace stratégique pour Israël», a-t-il expliqué.
Kyle Orton, un analyste indépendant du Moyen-Orient, considère les dernières frappes comme faisant partie de la «nouvelle normalité» de la guerre à bas niveau entre Israël et l'Iran et comme une extension de la campagne aérienne en Syrie.
«L'opération israélienne à Ispahan semble avoir été principalement symbolique, une affirmation du nouveau gouvernement israélien, principalement à son public national», a-t-il déclaré à Arab News. «Les preuves disponibles indiquent qu'il n'y a pas eu beaucoup de dégâts, donc ce qui a été détruit causera des perturbations minimes.»
Orton se demande également si la frappe israélienne a infligé des dommages sérieux ou durables à l'Iran et à ses mandataires, soulignant qu'Israël a frappé plusieurs fois les mêmes cibles en Syrie pour un effet négligeable.
«La concentration des frappes israéliennes sur les infrastructures physiques, et occasionnellement seulement sur les responsables du CGRI et le personnel scientifique du programme nucléaire, signifie que le régime iranien peut facilement reconstituer ce qui est perdu», a-t-il signalé.
Si Israël a largement infiltré l'appareil de renseignement iranien, dans la mesure où il a neutralisé les opérations étrangères du CGRI et établi une large portée à l'intérieur de l'Iran, Orton affirme qu'il continue néanmoins à perdre du terrain «au niveau stratégique».

Des personnes déblayent des débris sur les lieux d'une frappe de missile israélienne à Damas, le 19 février 2023 (Photo, AFP).

Selon Orton, l'Iran est déjà enraciné en Syrie à un point tel qu'il est impossible de l'en déloger. Il n'est pas non plus impressionné par «la conviction persistante des Israéliens que la Russie leur “permet” de frapper l'Iran en Syrie, plutôt que d'être incapable de les en empêcher».
Il a décrit cette situation comme une «illusion dangereuse» dont l'effet d'entraînement a nui aux relations politiques d'Israël avec les États-Unis et l'Europe, puisque le pays «invoque cet "accord" avec la Russie pour expliquer son inaction en Ukraine».
L'ancrage de l'Iran en Syrie n'est pas le seul domaine dans lequel il défie Israël. Le 10 février, un drone iranien présumé a visé un pétrolier lié à Israël dans la mer d'Oman.
L'attaque du pétrolier battant pavillon libérien appartenant au milliardaire israélien Eyal Ofer, qui a causé des dégâts mineurs, a été considérée par les observateurs de la «guerre de l'ombre» comme une salve du côté iranien.
«L'Iran continue également sa domination en Irak, au Liban, à Gaza et au Yémen, avec des avant-postes menaçants et croissants de la révolution islamique au Bahreïn, en Afghanistan et en Afrique occidentale», a prévenu Orton.
En fait, Israël «partage trois frontières avec l'Iran», a-t-il ajouté.
Au Liban, en Syrie et à Gaza, le CGRI a également augmenté la quantité et la qualité des systèmes d'armes qu'il a fournis à ses mandataires.
Par exemple, dans le cadre de son programme d’armes de précision, le Corps des gardiens de la révolution islamique a amélioré l'important arsenal de missiles du Hezbollah au Liban afin que le groupe puisse frapper avec précision des cibles spécifiques.
En conséquence, selon Orton, ces groupes pourraient potentiellement «infliger des dommages catastrophiques» à Israël en représailles à des frappes aériennes contre le programme nucléaire iranien.
«À un moment donné, cela pourrait bien être une dissuasion suffisante de manière à empêcher Israël d'envisager même une telle attaque», a-t-il indiqué.
«Il faut admettre que le moment où Israël pourrait empêcher militairement l'Iran d'acquérir la bombe atomique est probablement déjà passé. Les Iraniens n'ont pas formellement franchi le seuil nucléaire, c'est-à-dire effectué un essai nucléaire, plus pour des raisons politiques que techniques.»
Entre-temps, Heras souligne que l'Iran continuera à mener «une campagne clandestine visant à accroître la pression sur les États-Unis en Irak et à frapper les actifs israéliens dans la région et dans le monde».

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le ministre des Affaires étrangères d'Oman en Iran pour discuter d'Ormuz

Le ministre des Affaires étrangères d'Oman, Badr al-Busaidi est attendu mardi en Iran, ont annoncé les autorités iraniennes, alors que Téhéran et Mascate discutent depuis des semaines d'un accord sur les modalités de passage dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
Le ministre des Affaires étrangères d'Oman, Badr al-Busaidi est attendu mardi en Iran, ont annoncé les autorités iraniennes, alors que Téhéran et Mascate discutent depuis des semaines d'un accord sur les modalités de passage dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
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  • M. al-Busaidi mènera les "consultations politiques en cours entre les deux parties, en tant qu'États riverains du détroit d'Ormuz, afin de contribuer à renforcer la paix et la sécurité dans la région"
  • Le ministre omanais doit également rencontrer son homologue iranien Abbas Araghchi, pour "renforcer la coopération bilatérale" et "discuter des enjeux régionaux"

TEHERAN: Le ministre des Affaires étrangères d'Oman, Badr al-Busaidi est attendu mardi en Iran, ont annoncé les autorités iraniennes, alors que Téhéran et Mascate discutent depuis des semaines d'un accord sur les modalités de passage dans le détroit d'Ormuz.

M. al-Busaidi mènera les "consultations politiques en cours entre les deux parties, en tant qu'États riverains du détroit d'Ormuz, afin de contribuer à renforcer la paix et la sécurité dans la région", a déclaré lundi le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, dans un communiqué.

Le ministre omanais doit également rencontrer son homologue iranien Abbas Araghchi, pour "renforcer la coopération bilatérale" et "discuter des enjeux régionaux".

En riposte aux frappes israélo-américaines sur son sol le 28 février, qui ont déclenché la guerre au Moyen-Orient, l'Iran a verrouillé le stratégique détroit d'Ormuz, par lequel circulait, avant le conflit, un cinquième des hydrocarbures mondiaux.

Téhéran a indiqué qu'il entendait imposer des frais de navigation pour des services aux navires y transitant, ce que refusent fermement les Etats-Unis et certains pays de la région. L'Iran a pris pour cible des navires qui tentent de traverser le détroit sans demander d'autorisation.

De son côté, le président américain Donald Trump martèle avoir le "contrôle total" du détroit et a affirmé qu'il en ferait, après la guerre un "territoire américain".

Il a également menacé de bombarder Oman si le pays se mettait "en travers" du chemin des Etats-Unis.

L'Iran et Oman discutent depuis plusieurs semaines pour établir une nouvelle route de navigation dans le détroit.

Mardi, le Qatar, un des pays médiateurs dans le conflit, les a appelés à conclure leurs négociations, pour permettre de "reprendre" les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran.

Téhéran affirme que la voie maritime restera fermée tant que Washington n'aura pas rempli ses engagements prévus par le protocole d'accord conclu mi-juin, dont la levée du blocus imposé par les Etats-Unis aux  ports iraniens.


La Syrie dit vouloir désamorcer les tensions avec Israël après l'attaque d'une base

Cette photo, diffusée par la page Telegram de la présidence syrienne, montre le président syrien Ahmed al-Sharaa (à droite) serrant la main de l'envoyé américain Tom Barrack au palais présidentiel de Damas, le 18 janvier 2026. (AFP)
Cette photo, diffusée par la page Telegram de la présidence syrienne, montre le président syrien Ahmed al-Sharaa (à droite) serrant la main de l'envoyé américain Tom Barrack au palais présidentiel de Damas, le 18 janvier 2026. (AFP)
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  • Selon des sources interrogées par l'AFP, le chef de la diplomatie syrienne, Assaad al-Chaibani, et le chef du Mossad, les services de renseignement extérieur israéliens, Roman Gofman, se sont rencontrés en Jordanie
  • Ils ont abordé, entre autres, la question de la mise en place d'une "salle des opérations spéciales" en Jordanie, sous supervision américaine, afin d'éviter tout affrontement en Syrie, y compris avec la Turquie

DAMAS: La Syrie et Israël ont tenu dimanche des discussions de haut niveau en Jordanie, Damas affirmant vouloir désamorcer la crise provoquée par une attaque israélienne et rester à l'écart des tensions entre Israël et la Turquie.

Avec cette frappe sur une base aérienne du nord du pays, vivement condamnée par Damas, Israël avait dit vouloir y empêcher le déploiement de troupes turques. Ankara a démenti toute présence militaire.

Selon des sources interrogées par l'AFP, le chef de la diplomatie syrienne, Assaad al-Chaibani, et le chef du Mossad, les services de renseignement extérieur israéliens, Roman Gofman, se sont rencontrés en Jordanie.

Ils ont abordé, entre autres, la question de la mise en place d'une "salle des opérations spéciales" en Jordanie, sous supervision américaine, afin d'éviter tout affrontement en Syrie, y compris avec la Turquie, selon ces sources qui ont requis l'anonymat.

L'agence de presse officielle syrienne Sana, citant une source au ministère syrien des Affaires étrangères, a confirmé que des pourparlers parrainés par les Etats-Unis avaient eu lieu en Jordanie, dans l'objectif d'"une désescalade après le récent bombardement israélien du territoire syrien".

D'après Sana, un groupe mené par le chef de la diplomatie syrienne s'est entretenu avec une "délégation israélienne de haut niveau". Les discussions devaient, entre autres, "faire en sorte que les tensions actuelles entre les deux pays ne se répercutent pas sur le territoire syrien", de même source.

La Turquie a été le premier pays à majorité musulmane à reconnaître Israël, mais les relations sont tendues avec le président Recep Tayyip Erdogan, qui a été qualifié vendredi par Benjamin Netanyahu de "dictateur antisémite".

Un porte-parole du bureau du Premier ministre israélien a, lui, indiqué à l'AFP ne pas avoir de commentaire à faire à ce sujet.

Selon une source diplomatique, ces négociations entre Israël et la Syrie sont les premières depuis plusieurs mois.

Après l'arrivée au pouvoir fin 2024 de l'islamiste Ahmad al-Chareh, dont la coalition de rebelles a renversé le président Bachar al-Assad, Israël a lancé des centaines de frappes contre la Syrie.

L'armée israélienne a également mené des incursions dans le sud du pays et déployé des troupes dans la zone tampon placée sous surveillance de l'ONU, qui séparait les forces israéliennes et syriennes sur le plateau du Golan, où Israël revendique la mise en place d'une "zone de sécurité" qu'il entend maintenir.

"Violation flagrante" 

En parallèle, les deux pays ont tenu, sous la pression des Etats-Unis, plusieurs cycles de discussions directes.

A l'issue de négociations en janvier, les deux pays avaient convenu de mettre en place un mécanisme de partage de renseignements.

Un diplomate arabe à Damas avait indiqué à l'époque à l'AFP qu'une salle d'opérations conjointe basée en Jordanie devait notamment suivre les questions de coordination sécuritaire et de contrôle des frontières.

Tom Barrack, l'envoyé spécial américain en Syrie qui est également ambassadeur en Turquie, a condamné le bombardement israélien de mardi, accusant Israël d'"escalade inutile".

Dans un entretien accordé à l'influenceur Mario Nawfal et diffusé vendredi, il a aussi suggéré que la frappe pourrait avoir cherché à provoquer un conflit avec la Turquie dans le cadre d'une manœuvre électoraliste du Premier ministre, Benjamin Netanyahu, qui aborde en position difficile les législatives d'octobre en Israël.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a dénoncé des "positions qui contredisent la ligne du président américain Donald Trump".

M. Barrack a également déclaré que le plateau du Golan - un territoire syrien dont Israël s'est emparé en 1967 avant de l'annexer en 1981 - était "occupé" par Israël, alors que les Etats-Unis sont parmi les rares pays à avoir reconnu son annexion par Israël, sous le premier mandat de Donald Trump en 2019.

Les discussions ont par ailleurs eu lieu au lendemain de frappes israéliennes visant, selon Israël, des combattants en Syrie, près du plateau du Golan.

Damas a fait état d'un blessé et dénoncé une "violation flagrante" de sa souveraineté.


De Riyad à Paris : pourquoi les Saoudiens reviennent toujours en France

Paris reste une destination attractive pour les touristes saoudiens, les amateurs de gastronomie et les passionnés de culture. (Shutterbox)
Paris reste une destination attractive pour les touristes saoudiens, les amateurs de gastronomie et les passionnés de culture. (Shutterbox)
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  • Pour les voyageurs saoudiens, la France offre bien plus que ses monuments, avec une culture, une histoire et une gastronomie qui laissent une impression durable
  • Des lunes de miel aux carrières dans la pâtisserie, en passant par des années d’études à Paris, les visiteurs racontent des expériences qui continuent de les attirer en France

RIYAD : Le secteur touristique français a franchi une étape remarquable en 2025, en accueillant 102 millions de visiteurs internationaux et en confortant sa position de destination la plus visitée au monde.

Pour de nombreux voyageurs saoudiens, la France n’est pas simplement une destination incontournable : c’est une expérience enrichissante, façonnée par les rencontres avec sa culture, son histoire, sa gastronomie, son art et sa vie intellectuelle.

Les deux pays sont de plus en plus connectés grâce à des liaisons aériennes directes. Saudia assure des vols directs entre Paris et Riyad ainsi qu’entre Paris et Djeddah. Dans le même temps, Air France a lancé sa liaison directe Paris-Riyad à l’été 2025, élargissant les possibilités de voyage entre les deux capitales.

Pour les visiteurs saoudiens, ces liaisons ouvrent la porte aux attractions emblématiques, mais surtout à une ville qui peut se découvrir à travers sa culture, son histoire, ses musées, sa gastronomie et la vie quotidienne.

Marwan Alrasheed, traducteur et consultant culturel, s’est rendu en France à l’automne 2025, animé précisément par cette curiosité.

« Je suis venu découvrir la richesse culturelle de Paris, qu’elle soit artistique, historique, philosophique ou culinaire », a-t-il déclaré à Arab News, décrivant Paris comme occupant « une place prépondérante dans l’histoire de la culture humaine ».

Alrasheed a séjourné pendant dix jours dans le Quartier latin, près de la Sorbonne, l’un des quartiers les plus étroitement associés à l’histoire intellectuelle de la ville.

Son itinéraire, riche et varié, reflétait ces centres d’intérêt. Il s’est notamment rendu aux Deux Magots, le célèbre café associé à des écrivains, artistes et philosophes tels que Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre et Albert Camus.

Il a également exploré le Louvre, où il a admiré la Joconde de Léonard de Vinci et la Victoire de Samothrace.

Alrasheed s’est aussi arrêté à Shakespeare and Company, la librairie anglophone de la rive gauche associée à plusieurs générations d’écrivains, qualifiant son voyage d’« hors du commun et instructif ».

La gastronomie a constitué une autre manière de découvrir la ville.

Passionné d’histoire, Alrasheed a participé à une visite consacrée aux boulangeries historiques parisiennes, explorant l’univers culinaire de la capitale parallèlement à ses visites de musées et de lieux littéraires.

Pris dans leur ensemble, ces expériences ont durablement marqué sa perception de Paris et lui ont donné toutes les raisons d’y revenir. « La gastronomie, la culture, l’art et l’histoire vous invitent tous à revenir », a-t-il déclaré.

Pour Dania Halawani, originaire de Djeddah, la France a offert un autre type de lien personnel. Sa première visite a eu lieu pendant sa lune de miel, lorsqu’elle a passé une semaine à voyager entre Paris, Versailles et Marseille.

« En plus d’être d’une beauté à couper le souffle et incroyablement riche en culture à chaque coin de rue, c’est un pays absolument romantique », a-t-elle déclaré à Arab News.

Versailles a été l’un des temps forts du voyage. « Nous avons parcouru le palais et nous avions l’impression de revivre son histoire et de la respirer », a-t-elle raconté.

Le séjour lui a également permis de se familiariser davantage avec la langue française, l’anglais ne lui permettant pas toujours de communiquer, et elle a commencé à apprendre des mots et des expressions au fil de son voyage.

Pour d’autres visiteurs saoudiens, la France a été une source d’inspiration professionnelle.

Les voyages répétés à Paris de la cheffe pâtissière saoudienne Al-Batoul Al-Maddah l’ont aidée à transformer son intérêt pour la pâtisserie en véritable carrière.

« Je voyageais à Paris à chaque vacances et je découvrais de nouvelles pâtisseries et de nouvelles saveurs, car la pâtisserie ressemble à la mode : tout est question de nouvelles tendances », a-t-elle déclaré à Arab News.

Elle a ensuite choisi d’étudier à Paris, attirée par la culture culinaire de la ville et la créativité de sa scène pâtissière.

« Ma vie étudiante à Paris a été remarquable et j’ai eu la chance d’en apprendre davantage sur ce que j’aime vraiment », a-t-elle déclaré.

Pour Hadeel Al-Nufaiey, l’expérience est allée encore plus loin. Elle a vécu cinq ans à Paris pendant ses études à l’université Paris Descartes, décrivant cette période comme une expérience culturelle, éducative et sociale déterminante.

La vie à Paris l’a amenée à participer à des conversations sur l’Arabie saoudite avec des personnes qui connaissaient peu le Royaume.

Elle a expliqué qu’elle se retrouvait souvent à présenter la société et la culture saoudiennes à des personnes dont la perception était largement façonnée par la couverture médiatique.

« J’ai essayé de contribuer au changement autant que possible et j’espère avoir représenté l’Arabie saoudite de la meilleure manière », a-t-elle déclaré.

À son retour à Riyad, la France était également devenue une partie de sa vie familiale : ses deux jeunes enfants parlent couramment français.

Cafés philosophiques, bibliothèques historiques, pâtisseries et bien d’autres découvertes sont autant d’expériences que les voyageurs saoudiens rapportent de France. Ce qui les relie souvent, c’est le sentiment que le pays offre bien plus qu’une simple liste d’attractions incontournables : il offre la possibilité de découvrir des idées, des goûts et des traditions qui continuent de façonner leurs souvenirs longtemps après la fin du voyage. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com