Tensions Iran-Israël: «Nous sommes à l'aube d'une guerre»

Les dégâts au lendemain d'une frappe aérienne israélienne, qui aurait eu pour cible un centre logistique géré par le CGRI, à Damas le 19 février (Photo, AFP).
Les dégâts au lendemain d'une frappe aérienne israélienne, qui aurait eu pour cible un centre logistique géré par le CGRI, à Damas le 19 février (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 23 février 2023

Tensions Iran-Israël: «Nous sommes à l'aube d'une guerre»

  • On pense généralement qu'Israël est à l'origine des attaques et des actes de sabotage contre le CGRI et le programme nucléaire iranien
  • L'accord nucléaire étant pratiquement mort et Netanyahou étant de retour au pouvoir, les calculs de puissance régionale semblent avoir changé

ERBIL, KURDISTAN IRAKIEN: Après deux mois à peine, 2023 s'est déjà révélée être une année mouvementée dans le conflit secret qui oppose Israël et l'Iran
Tôt dimanche, une frappe aérienne israélienne a tué cinq personnes et endommagé plusieurs bâtiments dans la capitale syrienne, Damas. Deux agents de renseignement occidentaux cités par l'agence de presse Reuters ont révélé que la cible de l'attaque était un centre logistique géré par le puissant Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) de l'Iran.
Cette frappe au cœur de la capitale fait suite à deux incidents notables survenus en janvier. Le 28 janvier, une frappe nocturne de drone a visé une installation militaire dans la ville d'Ispahan, au centre de l'Iran. Cette attaque a été rapidement suivie d'une autre attaque aérienne, la nuit suivante, contre un convoi de camions iraniens qui était entré en Syrie depuis l'Irak.
Les experts estiment qu'Israël était très probablement derrière toutes ces opérations secrètes.
Au cours de la dernière décennie, Israël a mené une campagne aérienne dans le but d’empêcher le Corps des gardiens de la révolution islamique de transférer des armes de pointe à ses milices régionales mandataires, notamment le Hezbollah au Liban.
Tel-Aviv a également cherché à priver le CGRI de renforcer sa présence militaire en Syrie. En fait, le poste frontalier d'Al-Qaim entre l'Irak et la Syrie, site de l'attaque du 29 janvier, est une zone fréquemment visée par ces frappes.
Israël serait aussi à l'origine d'une série de frappes secrètes et d'actes de sabotage contre des installations de production de drones et de missiles en Iran et contre le programme nucléaire iranien.
En outre, il est le principal suspect dans l'assassinat de scientifiques nucléaires iraniens de haut rang, notamment Mohsen Fakhrizadeh, tué en novembre 2020 dans une embuscade routière près de Téhéran, par une arme télécommandée par satellite.
Le grand nombre de frappes en 2023 peut signaler qu'Israël accélère et intensifie ces campagnes simultanées à un moment où les priorités géopolitiques changent.

Le scientifique iranien Mohsen Fakhrizadeh lors d'une rencontre avec le guide suprême iranien (non visible) à Téhéran, le 23 janvier 2019 (Photo, AFP).

L'accord de 2015 sur le nucléaire iranien, officiellement connu sous le nom de plan d'action global conjoint, qui visait à limiter l'enrichissement d'uranium en Iran en échange d'un allègement des sanctions, est pratiquement mort, malgré tous les efforts de l'administration Biden et de ses alliés européens.
Loin de maîtriser son programme nucléaire, Téhéran a intensifié l'enrichissement de l'uranium au point de pouvoir fabriquer «plusieurs» armes nucléaires si elle le souhaite, selon Rafael Mariano Grossi, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
«Une chose est vraie: À ce stade, le régime iranien a amassé suffisamment de matériel nucléaire pour fabriquer pas une, mais plusieurs armes nucléaires», a déclaré Grossi aux législateurs européens le 24 janvier. «Il a 70 kilogrammes d'uranium enrichi à 60%. La quantité est là. Cela ne signifie pas qu'il possède une arme nucléaire. Donc, il n'a pas encore proliféré.»
Il a également mentionné que le niveau d'enrichissement «a largement dépassé» le point sur lequel le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, avait mis en garde en 2012.
Cette année-là, aux Nations unies, Netanyahou a brandi une carte représentant une bombe en dessin animé pour illustrer la quantité d'uranium hautement enrichi dont l'Iran avait besoin pour fabriquer une bombe.
Compte tenu de ce contexte et du retour au pouvoir de Netanyahou à la tête d'une nouvelle coalition fragile composée de membres de l’extrême droite, de nouvelles attaques en Iran et dans la région sont fort probables dans les semaines et les mois à venir.

Compte tenu du récent retour au pouvoir du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, – photographié en 2019 en train de parler des recherches nucléaires de l'Iran – à la tête d'un gouvernement de coalition d'extrême droite, certains analystes pensent qu'il est probable qu'Israël intensifie ses attaques contre l'Iran (Photo, AFP).

«À mon avis, ces deux attaques sont la poursuite de la campagne d'interdiction à long terme d'Israël visant à empêcher l'Iran d'armer (complètement) la Syrie et le Hezbollah et de se doter d'une capacité d'armement nucléaire», a déclaré à Arab News Farzin Nadimi, analyste de la défense et de la sécurité et chercheur associé à l’Institut de Washington pour la politique du Proche-Orient.
«Le moment est peut-être accidentel, mais je ne serais pas surpris d'apprendre que l’usine de production attaquée à Ispahan était d'une manière ou d'une autre impliquée dans le programme d’armes de précision du Hezbollah ou dans la fabrication de composants pour le programme nucléaire iranien.
«C'était la politique des administrations israéliennes précédentes et cela restera la priorité des gouvernements israéliens actuels et futurs», a-t-il précisé.
Nadimi prédit que ces attaques augmenteront probablement «en taille et en nombre», car «le régime iranien devrait accélérer tous ses programmes de dissuasion offensive à l'avenir».
Malgré un «risque permanent d'escalade à tout moment», il n'est pas certain qu'une guerre totale puisse éclater entre Israël et l'Iran en 2023. Néanmoins, il estime qu'«un échange sérieux avant 2025 est une possibilité».
Nicholas Heras, directeur principal de la stratégie et de l'innovation au New Lines Institute, estime qu'une confrontation militaire est inévitable si l'Iran s'apprête à produire une arme nucléaire.
«Nous sommes à l’aube d’une guerre régionale entre l'Iran, Israël et les États-Unis», a-t-il déclaré à Arab News.
«Israël, avec le soutien des États-Unis, envoie un signal clair à l'Iran qu’une option militaire pour amener une guerre sur le sol iranien est sur la table si Téhéran décide de fabriquer des armes nucléaires.»
Avec le recul, Heras a avisé: «Il est clair que les calculs ont changé à Washington et qu'il y a un sentiment croissant que Netanyahou pourrait avoir raison, à savoir que seule la menace crédible de la guerre empêchera Téhéran de se doter de la bombe atomique.»
Les opérations militaires d'Israël s'inscrivent dans le cadre d'un effort plus large visant à empêcher l'Iran de tenter d'armer ses mandataires au Liban, en Syrie et dans la bande de Gaza.

Une image tirée d'une vidéo montre une attaque de drone contre un site militaire iranien dans la province d'Ispahan, le 28 janvier. Les experts estiment qu'Israël est probablement derrière cette attaque et l'autre attaque récente contre une cible iranienne en Syrie (Photo, AFP).

«Avec cette incertitude permanente en Cisjordanie, et les partenaires de la coalition de Netanyahou qui poussent à l'annexion des terres palestiniennes, Netanyahou essaie de recentrer ses alliés politiques en Israël sur l'Iran», a estimé Heras.
«Netanyahou considère l'Iran, et les programmes d'armement iraniens, en particulier l'IA et les missiles avancés, comme la menace stratégique pour Israël», a-t-il expliqué.
Kyle Orton, un analyste indépendant du Moyen-Orient, considère les dernières frappes comme faisant partie de la «nouvelle normalité» de la guerre à bas niveau entre Israël et l'Iran et comme une extension de la campagne aérienne en Syrie.
«L'opération israélienne à Ispahan semble avoir été principalement symbolique, une affirmation du nouveau gouvernement israélien, principalement à son public national», a-t-il déclaré à Arab News. «Les preuves disponibles indiquent qu'il n'y a pas eu beaucoup de dégâts, donc ce qui a été détruit causera des perturbations minimes.»
Orton se demande également si la frappe israélienne a infligé des dommages sérieux ou durables à l'Iran et à ses mandataires, soulignant qu'Israël a frappé plusieurs fois les mêmes cibles en Syrie pour un effet négligeable.
«La concentration des frappes israéliennes sur les infrastructures physiques, et occasionnellement seulement sur les responsables du CGRI et le personnel scientifique du programme nucléaire, signifie que le régime iranien peut facilement reconstituer ce qui est perdu», a-t-il signalé.
Si Israël a largement infiltré l'appareil de renseignement iranien, dans la mesure où il a neutralisé les opérations étrangères du CGRI et établi une large portée à l'intérieur de l'Iran, Orton affirme qu'il continue néanmoins à perdre du terrain «au niveau stratégique».

Des personnes déblayent des débris sur les lieux d'une frappe de missile israélienne à Damas, le 19 février 2023 (Photo, AFP).

Selon Orton, l'Iran est déjà enraciné en Syrie à un point tel qu'il est impossible de l'en déloger. Il n'est pas non plus impressionné par «la conviction persistante des Israéliens que la Russie leur “permet” de frapper l'Iran en Syrie, plutôt que d'être incapable de les en empêcher».
Il a décrit cette situation comme une «illusion dangereuse» dont l'effet d'entraînement a nui aux relations politiques d'Israël avec les États-Unis et l'Europe, puisque le pays «invoque cet "accord" avec la Russie pour expliquer son inaction en Ukraine».
L'ancrage de l'Iran en Syrie n'est pas le seul domaine dans lequel il défie Israël. Le 10 février, un drone iranien présumé a visé un pétrolier lié à Israël dans la mer d'Oman.
L'attaque du pétrolier battant pavillon libérien appartenant au milliardaire israélien Eyal Ofer, qui a causé des dégâts mineurs, a été considérée par les observateurs de la «guerre de l'ombre» comme une salve du côté iranien.
«L'Iran continue également sa domination en Irak, au Liban, à Gaza et au Yémen, avec des avant-postes menaçants et croissants de la révolution islamique au Bahreïn, en Afghanistan et en Afrique occidentale», a prévenu Orton.
En fait, Israël «partage trois frontières avec l'Iran», a-t-il ajouté.
Au Liban, en Syrie et à Gaza, le CGRI a également augmenté la quantité et la qualité des systèmes d'armes qu'il a fournis à ses mandataires.
Par exemple, dans le cadre de son programme d’armes de précision, le Corps des gardiens de la révolution islamique a amélioré l'important arsenal de missiles du Hezbollah au Liban afin que le groupe puisse frapper avec précision des cibles spécifiques.
En conséquence, selon Orton, ces groupes pourraient potentiellement «infliger des dommages catastrophiques» à Israël en représailles à des frappes aériennes contre le programme nucléaire iranien.
«À un moment donné, cela pourrait bien être une dissuasion suffisante de manière à empêcher Israël d'envisager même une telle attaque», a-t-il indiqué.
«Il faut admettre que le moment où Israël pourrait empêcher militairement l'Iran d'acquérir la bombe atomique est probablement déjà passé. Les Iraniens n'ont pas formellement franchi le seuil nucléaire, c'est-à-dire effectué un essai nucléaire, plus pour des raisons politiques que techniques.»
Entre-temps, Heras souligne que l'Iran continuera à mener «une campagne clandestine visant à accroître la pression sur les États-Unis en Irak et à frapper les actifs israéliens dans la région et dans le monde».

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le Kurde Nizar Amedi élu président de l'Irak, Al-Maliki pressenti pour Premier ministre

Le Parlement irakien a élu samedi à la présidence du pays Nizar Amedi, qui doit à présent choisir un Premier ministre, dans un pays récemment entraîné dans la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
Le Parlement irakien a élu samedi à la présidence du pays Nizar Amedi, qui doit à présent choisir un Premier ministre, dans un pays récemment entraîné dans la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Nizar Amedi a prêté serment après avoir obtenu la majorité des voix des députés, selon une retransmission en direct du vote par la chaîne officielle Al-Iraqiya. Il succède Abdel Latif Rachid
  • Agé de 58 ans, il était le candidat de l'une des deux principales formations kurdes, le Parti de l’Union patriotique du Kurdistan

BAGDAD: Le Parlement irakien a élu samedi à la présidence du pays Nizar Amedi, qui doit à présent choisir un Premier ministre, dans un pays récemment entraîné dans la guerre au Moyen-Orient.

Conformément au système de partage du pouvoir en vigueur en Irak, la présidence de la République, un poste largement honorifique, est attribuée à un Kurde, la fonction de Premier ministre à un chiite et la présidence du Parlement à un sunnite.

Nizar Amedi a prêté serment après avoir obtenu la majorité des voix des députés, selon une retransmission en direct du vote par la chaîne officielle Al-Iraqiya. Il succède Abdel Latif Rachid.

Agé de 58 ans, il était le candidat de l'une des deux principales formations kurdes, le Parti de l’Union patriotique du Kurdistan.

M. Amedi a été ministre de l’Environnement entre 2022 et 2024 dans le gouvernement du Premier ministre sortant Mohammed Chia al-Soudani.

Il a également été conseiller des anciens présidents de la République, Jalal Talabani, Fouad Massoum et Barham Saleh.

Après les élections législatives de novembre, la date de l'élection du président avait été fixée à janvier mais avait été reportée deux fois en raison de désaccords politiques, reculant d'autant la nomination d'un Premier ministre.

Le président dispose désormais de 15 jours pour nommer un Premier ministre, qui devrait être Nouri al-Maliki.

Déjà deux fois consécutives à ce poste (entre 2006 et 2014), M. Maliki avait reçu en janvier l'appui de la principale alliance chiite du pays, le Cadre de coordination, qui détient la majorité au Parlement et a des liens avec Téhéran, pour redevenir Premier ministre.

Ce probable retour au pouvoir de M. Maliki avait suscité de vives inquiétudes à Washington.

M. Maliki avait dans un premier temps bénéficié du soutien américain après l'invasion de 2003 et la chute de Saddam Hussein, mais s'était brouillé avec Washington après s'être rapproché de l'Iran.

L'Irak a longtemps été un terrain de confrontation par procuration entre les Etats-Unis et l'Iran, les gouvernements successifs négociant un équilibre délicat entre ses deux partenaires, eux-même ennemis.

Les Etats-Unis et l'Iran ont entamé samedi à Islamabad des négociations pour tenter d'obtenir une trêve durable après plusieurs semaines de guerre au Moyen-Orient.

L'Irak a été happé par le conflit, des groupes pro-iraniens attaquant des intérêts américains dans le pays et ces mêmes groupes étant l'objet de frappes imputées aux Etats-Unis et à Israël.


Le Liban dit œuvrer pour un retrait israélien total, nouvel incident visant les Casques bleus 

Des soldats israéliens ont percuté dimanche "à deux reprises" des véhicules des Casques bleus avec un char Merkava, causant "des dégâts significatifs" à l'un des véhicules, a annoncé dans un communiqué la force de l'ONU, présente dans le sud du pays depuis 1978, date de la première invasion israélienne. (AFP)
Des soldats israéliens ont percuté dimanche "à deux reprises" des véhicules des Casques bleus avec un char Merkava, causant "des dégâts significatifs" à l'un des véhicules, a annoncé dans un communiqué la force de l'ONU, présente dans le sud du pays depuis 1978, date de la première invasion israélienne. (AFP)
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  • Au moins six personnes sont mortes dimanche dans de nouvelles frappes israéliennes sur le sud du pays, a précisé le ministère de la Santé, dont un secouriste de la Croix-Rouge libanaise
  • L'organisation a indiqué que son équipe avait été "directement visée par un drone israélien" alors qu'elle menait une mission humanitaire et que le logo de la Croix-Rouge était visible

BEYROUTH: Le Premier ministre du Liban, Nawaf Salam, a assuré dimanche œuvrer pour un retrait israélien total du territoire, alors que son homologue israélien Benjamin Netanyahu venait d'annoncer la poursuite de la guerre à ses troupes dans le sud du Liban.

Au moins six personnes sont mortes dimanche dans de nouvelles frappes israéliennes sur le sud du pays, a précisé le ministère de la Santé, dont un secouriste de la Croix-Rouge libanaise.

L'organisation a indiqué que son équipe avait été "directement visée par un drone israélien" alors qu'elle menait une mission humanitaire et que le logo de la Croix-Rouge était visible.

Le secrétaire général de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), Jagan Chapagain, s'est dit "consterné et attristé" par la mort d'un deuxième volontaire de la Croix-Rouge libanaise en quelques semaines.

Le ministère a lui dénoncé "une nouvelle violation du droit international humanitaire", précisant qu'un secouriste avait été également blessé dans la frappe, à Beit Yahoun.

Le ministère "engagera des poursuites judiciaires au niveau international afin de garantir que les responsables de ces crimes répondent de leurs actes", a-t-il ajouté, dans un communiqué.

Israël accuse régulièrement le Hezbollah d'utiliser des ambulances à des fins militaires, sans fournir de preuves à ces accusations.

Au total, plus de 80 secouristes et personnels de santé ont été tués dans des frappes israéliennes depuis le début de la guerre, selon les autorités.

"Nous allons œuvrer pour arrêter cette guerre et obtenir le retrait israélien de l'ensemble de notre territoire", a déclaré Nawaf Salam dans un discours télévisé aux Libanais, à la veille de la commémoration du début de la guerre civile (1975-1990).

"Nous continuons nos efforts (...) en négociant pour arrêter la guerre", a-t-il ajouté.

Mardi, des responsables libanais, israéliens et américains doivent se rencontrer à Washington pour des pourparlers directs, une initiative rejetée par la formation pro-iranienne Hezbollah.

Lors d'une visite dans le sud du Liban, sa première depuis le début de la guerre le 2 mars contre le Hezbollah, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré: "la guerre continue, y compris dans la zone de sécurité au Liban".

"Nous avons contrecarré la menace d'une invasion à partir du Liban grâce à cette zone de sécurité", a-t-il ajouté, après avoir fait état la veille de la création "d'une zone tampon de sécurité de huit à dix kilomètres" à l'intérieur du territoire libanais pour protéger Israël des attaques du Hezbollah.

Nouvel incident visant les Casques bleus 

La Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) a dénoncé pour sa part un nouvel incident visant les Casques bleus.

Des soldats israéliens ont percuté dimanche "à deux reprises" des véhicules des Casques bleus avec un char Merkava, causant "des dégâts significatifs" à l'un des véhicules, a annoncé dans un communiqué la force de l'ONU, présente dans le sud du pays depuis 1978, date de la première invasion israélienne.

Israël, qui a annoncé que la fragile trêve au Moyen-Orient ne s'appliquait pas au Liban, a continué à bombarder le pays.

Une trentaine de localités du sud et quelques unes dans la Békaa (est), ont été visées dimanche, a affirmé l'Agence nationale d'information (Ani).

Une frappe israélienne sur le village de Qana (sud) a tué au moins cinq personnes et en a blessé 25 autres, a indiqué le ministère de la Santé.

Un photographe de l'AFP y a vu d'importantes destructions et une pelleteuse qui dégageait des gravats, pendant que des secouristes évacuaient un corps des décombres.

"Notre centre de secours a été touché et a été complètement détruit, avec tout ce qu'il contenait, notamment des lits et des équipements médicaux", a raconté à Bazouriyeh (sud) Hassan Berro, un secouriste de l'association Risala affiliée au mouvement Amal, parti allié du Hezbollah.

Un correspondant de l'AFP y a vu des vitres brisées et des lits médicalisés recouverts de débris dans le bâtiment endommagé.

L'armée israélienne a accusé le Hezbollah d'utiliser le complexe hospitalier de cette ville "à des fins militaires".

Les frappes israéliennes au Liban ont tué 2.055 personnes et en ont blessé plus de 6.500 autres depuis le début de la guerre entre le Hezbollah et Israël, a indiqué dimanche le ministère de la Santé.


Léon XIV est arrivé en Algérie pour une visite historique, la première d'un pape dans le pays 

La basilique Notre-Dame d'Afrique, site chrétien emblématique du pays qui surplombe la baie d'Alger. (AFP)
La basilique Notre-Dame d'Afrique, site chrétien emblématique du pays qui surplombe la baie d'Alger. (AFP)
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  • Première étape d'une grande tournée dans quatre pays d'Afrique, le pape américain se rend en Algérie pendant deux jours "pour continuer à construire des ponts entre le monde chrétien et le monde musulman "
  • Le pape américain est arrivé peu avant 10H00 locales (09H00 GMT) à l'aéroport d'Alger et doit rendre hommage aux victimes algériennes de la guerre d'indépendance contre la France (1954-1962)

ALGER: Léon XIV est arrivé lundi matin en Algérie pour une visite de deux jours hautement symbolique, la première d'un pape dans ce pays à majorité musulmane, terre natale de Saint Augustin, a constaté l'AFP à bord de l'avion papal.

Le pape américain est arrivé peu avant 10H00 locales (09H00 GMT) à l'aéroport d'Alger et doit rendre hommage aux victimes algériennes de la guerre d'indépendance contre la France (1954-1962).

Une visite historique 

Le pape Léon XIV est parti lundi matin pour un voyage historique en Algérie, marquant le début d'une tournée de onze jours en Afrique, premier voyage international de son pontificat mais qui risque d'être éclipsé par les critiques du président américain Donald Trump.

Son avion a décollé peu après 07H00 GMT de l'aéroport romain de Fiumicino.

Première étape d'une grande tournée dans quatre pays d'Afrique, le pape américain se rend en Algérie pendant deux jours "pour continuer à construire des ponts entre le monde chrétien et le monde musulman ", a déclaré à l'AFP l'archevêque d'Alger, le cardinal Jean-Paul Vesco.

Ce déplacement revêt aussi une forte dimension personnelle pour le pape américain: il marchera dans les pas de Saint Augustin, grand penseur chrétien du IVe siècle dont l'héritage spirituel irrigue son pontificat.

Dans un contexte international tendu par la guerre au Moyen-Orient, la coexistence pacifique sera au cœur du message du pape dans ce pays de 47 millions d'habitants, où l'islam sunnite est religion d'Etat.

Sa récente allocution antiguerre lui a valu dimanche soir une diatribe de Donald Trump: "Je ne suis pas un grand fan du pape Léon (...), c'est un homme qui ne croit pas à la lutte contre la criminalité", a déclaré le président américain à la presse. Puis d'ajouter sur son réseau Truth Social: "Je ne veux pas d'un pape qui critique le président des Etats-Unis" - même si celui-ci n'avait nommé personne dans son discours.

Première grande tournée 

Attendu à 10H00 (09H00 GMT) à Alger, Léon XIV sera accueilli avec les honneurs. Il rendra d'abord hommage, devant le monument des martyrs, aux victimes de la guerre d'indépendance contre la France (1954-62), un geste de reconnaissance de la douloureuse histoire nationale.

Dans la foulée, il sera reçu par le président Abdelmadjid Tebboune et prononcera un premier discours devant les autorités et le corps diplomatique.

L'après-midi, il visitera la Grande Mosquée, complexe monumental au plus haut minaret du monde (267 m), avant de se rendre à la basilique Notre-Dame d'Afrique, site chrétien emblématique du pays qui surplombe la baie d'Alger.

Au cours d'une célébration à dimension interreligieuse mêlant chrétiens et musulmans, le chef des 1,4 milliard de catholiques y lancera un appel à la fraternité dans le pays où les catholiques représentent moins de 0,01 % de la population.

Ce déplacement ouvre la première grande tournée internationale du pape de 70 ans, qui le conduira ensuite au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale (13-23 avril), un marathon de 18.000 km à l'agenda très dense.

Fleurs et travaux 

Pour cette visite historique, Alger a sorti ses plus beaux atours, et l'ambiance des grands jours règne dans la capitale algérienne.

Les murs de certaines façades ont été rafraîchis, des routes refaites à neuf, des espaces verts agrémentés de plantes et de grands pots de fleurs déposés sur une partie du parcours.

Dans certains quartiers, comme celui de Bab El Oued, les travaux se sont poursuivis pendant la nuit, créant parfois des embouteillages à des heures tardives.

Des barrières ont été posées le long du parcours qu'empruntera le souverain pontife. Aucun bain de foule n'est cependant prévu dans la capitale et la fameuse papamobile, ce véhicule blanc emblématique, restera à l'aéroport, selon le site d'information Casbah Tribune.

Lundi, Léon XIV se recueillera aussi en privé dans la chapelle des 19 "martyrs d'Algérie", des prêtres et religieuses assassinés pendant la décennie noire de guerre civile (1992-2002), symbole du prix payé par les religieux engagés dans le dialogue avec l'islam.

Mais aucun déplacement n'est prévu au monastère de Tibhirine, dont les moines furent enlevés et assassinés en 1996, un épisode encore entouré de zones d'ombre.

Dans un pèlerinage à la dimension plus personnelle, le pape se rendra mardi à Annaba (est), près de la frontière tunisienne, l'antique Hippone dont Saint Augustin (354-430) fut l'évêque.

Dans son premier discours en tant que pape, depuis le balcon de la basilique Saint‑Pierre, Léon XIV s'était présenté comme "un fils de Saint Augustin" en référence à l'ordre qui porte son nom.

Avant son élection à la tête de l'Eglise catholique en mai 2025, Robert Francis Prevost s'était rendu deux fois en Algérie, en tant que responsable de cet ordre, fondé au XIIIe siècle sur des préceptes de vie commune et de partage.