Tensions Iran-Israël: «Nous sommes à l'aube d'une guerre»

Les dégâts au lendemain d'une frappe aérienne israélienne, qui aurait eu pour cible un centre logistique géré par le CGRI, à Damas le 19 février (Photo, AFP).
Les dégâts au lendemain d'une frappe aérienne israélienne, qui aurait eu pour cible un centre logistique géré par le CGRI, à Damas le 19 février (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 23 février 2023

Tensions Iran-Israël: «Nous sommes à l'aube d'une guerre»

  • On pense généralement qu'Israël est à l'origine des attaques et des actes de sabotage contre le CGRI et le programme nucléaire iranien
  • L'accord nucléaire étant pratiquement mort et Netanyahou étant de retour au pouvoir, les calculs de puissance régionale semblent avoir changé

ERBIL, KURDISTAN IRAKIEN: Après deux mois à peine, 2023 s'est déjà révélée être une année mouvementée dans le conflit secret qui oppose Israël et l'Iran
Tôt dimanche, une frappe aérienne israélienne a tué cinq personnes et endommagé plusieurs bâtiments dans la capitale syrienne, Damas. Deux agents de renseignement occidentaux cités par l'agence de presse Reuters ont révélé que la cible de l'attaque était un centre logistique géré par le puissant Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) de l'Iran.
Cette frappe au cœur de la capitale fait suite à deux incidents notables survenus en janvier. Le 28 janvier, une frappe nocturne de drone a visé une installation militaire dans la ville d'Ispahan, au centre de l'Iran. Cette attaque a été rapidement suivie d'une autre attaque aérienne, la nuit suivante, contre un convoi de camions iraniens qui était entré en Syrie depuis l'Irak.
Les experts estiment qu'Israël était très probablement derrière toutes ces opérations secrètes.
Au cours de la dernière décennie, Israël a mené une campagne aérienne dans le but d’empêcher le Corps des gardiens de la révolution islamique de transférer des armes de pointe à ses milices régionales mandataires, notamment le Hezbollah au Liban.
Tel-Aviv a également cherché à priver le CGRI de renforcer sa présence militaire en Syrie. En fait, le poste frontalier d'Al-Qaim entre l'Irak et la Syrie, site de l'attaque du 29 janvier, est une zone fréquemment visée par ces frappes.
Israël serait aussi à l'origine d'une série de frappes secrètes et d'actes de sabotage contre des installations de production de drones et de missiles en Iran et contre le programme nucléaire iranien.
En outre, il est le principal suspect dans l'assassinat de scientifiques nucléaires iraniens de haut rang, notamment Mohsen Fakhrizadeh, tué en novembre 2020 dans une embuscade routière près de Téhéran, par une arme télécommandée par satellite.
Le grand nombre de frappes en 2023 peut signaler qu'Israël accélère et intensifie ces campagnes simultanées à un moment où les priorités géopolitiques changent.

Le scientifique iranien Mohsen Fakhrizadeh lors d'une rencontre avec le guide suprême iranien (non visible) à Téhéran, le 23 janvier 2019 (Photo, AFP).

L'accord de 2015 sur le nucléaire iranien, officiellement connu sous le nom de plan d'action global conjoint, qui visait à limiter l'enrichissement d'uranium en Iran en échange d'un allègement des sanctions, est pratiquement mort, malgré tous les efforts de l'administration Biden et de ses alliés européens.
Loin de maîtriser son programme nucléaire, Téhéran a intensifié l'enrichissement de l'uranium au point de pouvoir fabriquer «plusieurs» armes nucléaires si elle le souhaite, selon Rafael Mariano Grossi, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).
«Une chose est vraie: À ce stade, le régime iranien a amassé suffisamment de matériel nucléaire pour fabriquer pas une, mais plusieurs armes nucléaires», a déclaré Grossi aux législateurs européens le 24 janvier. «Il a 70 kilogrammes d'uranium enrichi à 60%. La quantité est là. Cela ne signifie pas qu'il possède une arme nucléaire. Donc, il n'a pas encore proliféré.»
Il a également mentionné que le niveau d'enrichissement «a largement dépassé» le point sur lequel le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, avait mis en garde en 2012.
Cette année-là, aux Nations unies, Netanyahou a brandi une carte représentant une bombe en dessin animé pour illustrer la quantité d'uranium hautement enrichi dont l'Iran avait besoin pour fabriquer une bombe.
Compte tenu de ce contexte et du retour au pouvoir de Netanyahou à la tête d'une nouvelle coalition fragile composée de membres de l’extrême droite, de nouvelles attaques en Iran et dans la région sont fort probables dans les semaines et les mois à venir.

Compte tenu du récent retour au pouvoir du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, – photographié en 2019 en train de parler des recherches nucléaires de l'Iran – à la tête d'un gouvernement de coalition d'extrême droite, certains analystes pensent qu'il est probable qu'Israël intensifie ses attaques contre l'Iran (Photo, AFP).

«À mon avis, ces deux attaques sont la poursuite de la campagne d'interdiction à long terme d'Israël visant à empêcher l'Iran d'armer (complètement) la Syrie et le Hezbollah et de se doter d'une capacité d'armement nucléaire», a déclaré à Arab News Farzin Nadimi, analyste de la défense et de la sécurité et chercheur associé à l’Institut de Washington pour la politique du Proche-Orient.
«Le moment est peut-être accidentel, mais je ne serais pas surpris d'apprendre que l’usine de production attaquée à Ispahan était d'une manière ou d'une autre impliquée dans le programme d’armes de précision du Hezbollah ou dans la fabrication de composants pour le programme nucléaire iranien.
«C'était la politique des administrations israéliennes précédentes et cela restera la priorité des gouvernements israéliens actuels et futurs», a-t-il précisé.
Nadimi prédit que ces attaques augmenteront probablement «en taille et en nombre», car «le régime iranien devrait accélérer tous ses programmes de dissuasion offensive à l'avenir».
Malgré un «risque permanent d'escalade à tout moment», il n'est pas certain qu'une guerre totale puisse éclater entre Israël et l'Iran en 2023. Néanmoins, il estime qu'«un échange sérieux avant 2025 est une possibilité».
Nicholas Heras, directeur principal de la stratégie et de l'innovation au New Lines Institute, estime qu'une confrontation militaire est inévitable si l'Iran s'apprête à produire une arme nucléaire.
«Nous sommes à l’aube d’une guerre régionale entre l'Iran, Israël et les États-Unis», a-t-il déclaré à Arab News.
«Israël, avec le soutien des États-Unis, envoie un signal clair à l'Iran qu’une option militaire pour amener une guerre sur le sol iranien est sur la table si Téhéran décide de fabriquer des armes nucléaires.»
Avec le recul, Heras a avisé: «Il est clair que les calculs ont changé à Washington et qu'il y a un sentiment croissant que Netanyahou pourrait avoir raison, à savoir que seule la menace crédible de la guerre empêchera Téhéran de se doter de la bombe atomique.»
Les opérations militaires d'Israël s'inscrivent dans le cadre d'un effort plus large visant à empêcher l'Iran de tenter d'armer ses mandataires au Liban, en Syrie et dans la bande de Gaza.

Une image tirée d'une vidéo montre une attaque de drone contre un site militaire iranien dans la province d'Ispahan, le 28 janvier. Les experts estiment qu'Israël est probablement derrière cette attaque et l'autre attaque récente contre une cible iranienne en Syrie (Photo, AFP).

«Avec cette incertitude permanente en Cisjordanie, et les partenaires de la coalition de Netanyahou qui poussent à l'annexion des terres palestiniennes, Netanyahou essaie de recentrer ses alliés politiques en Israël sur l'Iran», a estimé Heras.
«Netanyahou considère l'Iran, et les programmes d'armement iraniens, en particulier l'IA et les missiles avancés, comme la menace stratégique pour Israël», a-t-il expliqué.
Kyle Orton, un analyste indépendant du Moyen-Orient, considère les dernières frappes comme faisant partie de la «nouvelle normalité» de la guerre à bas niveau entre Israël et l'Iran et comme une extension de la campagne aérienne en Syrie.
«L'opération israélienne à Ispahan semble avoir été principalement symbolique, une affirmation du nouveau gouvernement israélien, principalement à son public national», a-t-il déclaré à Arab News. «Les preuves disponibles indiquent qu'il n'y a pas eu beaucoup de dégâts, donc ce qui a été détruit causera des perturbations minimes.»
Orton se demande également si la frappe israélienne a infligé des dommages sérieux ou durables à l'Iran et à ses mandataires, soulignant qu'Israël a frappé plusieurs fois les mêmes cibles en Syrie pour un effet négligeable.
«La concentration des frappes israéliennes sur les infrastructures physiques, et occasionnellement seulement sur les responsables du CGRI et le personnel scientifique du programme nucléaire, signifie que le régime iranien peut facilement reconstituer ce qui est perdu», a-t-il signalé.
Si Israël a largement infiltré l'appareil de renseignement iranien, dans la mesure où il a neutralisé les opérations étrangères du CGRI et établi une large portée à l'intérieur de l'Iran, Orton affirme qu'il continue néanmoins à perdre du terrain «au niveau stratégique».

Des personnes déblayent des débris sur les lieux d'une frappe de missile israélienne à Damas, le 19 février 2023 (Photo, AFP).

Selon Orton, l'Iran est déjà enraciné en Syrie à un point tel qu'il est impossible de l'en déloger. Il n'est pas non plus impressionné par «la conviction persistante des Israéliens que la Russie leur “permet” de frapper l'Iran en Syrie, plutôt que d'être incapable de les en empêcher».
Il a décrit cette situation comme une «illusion dangereuse» dont l'effet d'entraînement a nui aux relations politiques d'Israël avec les États-Unis et l'Europe, puisque le pays «invoque cet "accord" avec la Russie pour expliquer son inaction en Ukraine».
L'ancrage de l'Iran en Syrie n'est pas le seul domaine dans lequel il défie Israël. Le 10 février, un drone iranien présumé a visé un pétrolier lié à Israël dans la mer d'Oman.
L'attaque du pétrolier battant pavillon libérien appartenant au milliardaire israélien Eyal Ofer, qui a causé des dégâts mineurs, a été considérée par les observateurs de la «guerre de l'ombre» comme une salve du côté iranien.
«L'Iran continue également sa domination en Irak, au Liban, à Gaza et au Yémen, avec des avant-postes menaçants et croissants de la révolution islamique au Bahreïn, en Afghanistan et en Afrique occidentale», a prévenu Orton.
En fait, Israël «partage trois frontières avec l'Iran», a-t-il ajouté.
Au Liban, en Syrie et à Gaza, le CGRI a également augmenté la quantité et la qualité des systèmes d'armes qu'il a fournis à ses mandataires.
Par exemple, dans le cadre de son programme d’armes de précision, le Corps des gardiens de la révolution islamique a amélioré l'important arsenal de missiles du Hezbollah au Liban afin que le groupe puisse frapper avec précision des cibles spécifiques.
En conséquence, selon Orton, ces groupes pourraient potentiellement «infliger des dommages catastrophiques» à Israël en représailles à des frappes aériennes contre le programme nucléaire iranien.
«À un moment donné, cela pourrait bien être une dissuasion suffisante de manière à empêcher Israël d'envisager même une telle attaque», a-t-il indiqué.
«Il faut admettre que le moment où Israël pourrait empêcher militairement l'Iran d'acquérir la bombe atomique est probablement déjà passé. Les Iraniens n'ont pas formellement franchi le seuil nucléaire, c'est-à-dire effectué un essai nucléaire, plus pour des raisons politiques que techniques.»
Entre-temps, Heras souligne que l'Iran continuera à mener «une campagne clandestine visant à accroître la pression sur les États-Unis en Irak et à frapper les actifs israéliens dans la région et dans le monde».

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


La guerre au Moyen-Orient déclarée «crise humanitaire majeure» par l'agence de l'ONU pour les réfugiés

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  • "Des efforts sont actuellement en cours pour fournir une assistance humanitaire vitale aux pays touchés dans toute la région", a affirmé Ayaki Ito
  • Il a également relevé qu'"il est impératif que tous les civils contraints de franchir les frontières pour trouver refuge puissent le faire en toute sécurité"

GENEVE: L'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a annoncé vendredi que la guerre au Moyen-Orient constituait une "crise humanitaire majeure" nécessitant une réponse immédiate de tous les acteurs "dans toute la région".

"La crise croissante au Moyen-Orient constitue une urgence humanitaire majeure nécessitant une réponse immédiate dans toute la région et en Asie du Sud-Est", a annoncé devant la presse à Genève Ayaki Ito, directeur de la division des urgences et du soutien aux programmes du HCR.

"La récente escalade des hostilités et des attaques au Moyen-Orient a provoqué d'importants mouvements de population, tandis que les affrontements le long de la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan ont également contraint plusieurs milliers de familles à fuir", a-t-il ajouté.

L'ensemble des régions touchées accueillent déjà près de 25 millions de personnes, qu'il s'agisse de réfugiés, de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays ou de réfugiés récemment rentrés chez eux, selon le HCR.

"Des efforts sont actuellement en cours pour fournir une assistance humanitaire vitale aux pays touchés dans toute la région", a affirmé Ayaki Ito.

Il a également relevé qu'"il est impératif que tous les civils contraints de franchir les frontières pour trouver refuge puissent le faire en toute sécurité".

Le HCR suit de près l'évolution de la situation en Iran, pays où il est présent depuis 1984 et où il affirme être la plus grande agence des Nations unies, avec des bureaux à Téhéran et cinq antennes régionales.

Le HCR dispose en Iran d'environ 110 employés et "nous continuer à fonctionner avec des capacités réduites", a indiqué Ayaki Ito.

"Notre personnel est en danger" et "les réfugiés continuent à se rendre dans nos centres d'accueil", a-t-il affirmé.

L'Iran accueillait avant la guerre au Moyen-Orient 1,65 million de réfugiés et d'autres personnes ayant besoin d'une protection internationale, selon le HCR, qui continue de leur venir en aide et de les soutenir, malgré les défis logistiques.

Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) des Nations unies, quelque 50.000 Syriens ont notamment fui du Liban vers leurs pays au cours de la semaine dernière.


Israël affirme avoir frappé le «bunker» du guide suprême

L'armée israélienne a annoncé avoir frappé vendredi dans le centre de Téhéran, lors d'un bombardement mené par une cinquantaine d'avions de combat, le bunker du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué le 28 février au premier jour de l'offensive isréalo-américaine sur l'Iran. (AFP)
L'armée israélienne a annoncé avoir frappé vendredi dans le centre de Téhéran, lors d'un bombardement mené par une cinquantaine d'avions de combat, le bunker du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué le 28 février au premier jour de l'offensive isréalo-américaine sur l'Iran. (AFP)
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  • Ali Khamenei a été tué "avant de pouvoir utiliser le bunker" durant les frappes, "mais le complexe a continué à être utilisé par de hauts responsables du régime iranien", a ajouté l'armée
  • L'armée a précisé qu'environ 50 avions de combat avaient participé aux frappes contre le réseau souterrain qui s'étendait, selon elle, sur "de nombreuses rues au coeur de Téhéran"

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé avoir frappé vendredi dans le centre de Téhéran, lors d'un bombardement mené par une cinquantaine d'avions de combat, le bunker du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué le 28 février au premier jour de l'offensive isréalo-américaine sur l'Iran.

"Le bunker militaire souterrain, situé sous le complexe abritant la direction du régime au centre de Téhéran, était destiné à être utilisé par le guide suprême comme centre de commandement d'urgence sécurisé", a déclaré l'armée dans un communiqué.

Ali Khamenei a été tué "avant de pouvoir utiliser le bunker" durant les frappes, "mais le complexe a continué à être utilisé par de hauts responsables du régime iranien", a ajouté l'armée.

L'armée a précisé qu'environ 50 avions de combat avaient participé aux frappes contre le réseau souterrain qui s'étendait, selon elle, sur "de nombreuses rues au coeur de Téhéran, comprenait de nombreuses entrées et salles de réunion pour de hauts responsables du régime terroriste iranien".

Le guide suprême a été tué dans son complexe par une frappe attribuée par le Pentagone à l'aviation israélienne. Le président américain Donald Trump a souligné que l'opération avait été menée en partie sur la base d'informations fournies par les services de renseignement américains.

Jeudi, le chef d'état-major de l'armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, a déclaré qu'en "40 secondes, environ 40 hauts responsables du régime de terreur iranien ont été éliminés" y compris le guide suprême, lors de cette frappe.


Violentes frappes israéliennes sur le sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah

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  • D'après l'Agence nationale d'information, ces frappes, conduites par des avions de guerre israéliens, ont visé les localités de Srifa, Aita Alshaab, Touline, Alsawana, et Majdal Selm
  • Une autre frappe a ciblé tôt vendredi le village de Dours, en périphérie de Baalbek (est), selon la même source

BEYROUTH: De violentes frappes ont visé jeudi soir la banlieue sud de Beyrouth, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle), plusieurs heures après un appel inédit d'Israël à évacuer ce bastion du Hezbollah pro-iranien.

Presque simultanément, l'armée israélienne a annoncé vers 20h55 GMT avoir commencé à frapper "des infrastructures du Hezbollah dans le secteur de la banlieue [sud] de Beyrouth".

Des images de l'AFPTV ont montré plusieurs panaches de fumée se dégager de ce secteur et former un brouillard au-dessus de la banlieue.