Cisjordanie: Le conflit israélo-palestinien s'intensifie en dépit de la médiation américaine

Les dirigeants palestiniens mettent en garde contre une nouvelle intifada suivant la dernière flambée de violence (Photo, AFP).
Les dirigeants palestiniens mettent en garde contre une nouvelle intifada suivant la dernière flambée de violence (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 02 mars 2023

Cisjordanie: Le conflit israélo-palestinien s'intensifie en dépit de la médiation américaine

  • Les discussions en Jordanie entre les hauts responsables sécuritaires israéliens et palestiniens n'ont guère contribué à apaiser les tensions
  • Brett McGurk, coordinateur américain du Conseil national de sécurité pour la région MENA, est chargé d'arrêter l'escalade des hostilités

AMMAN: Les affrontements persistants en Cisjordanie entre Palestiniens et colons israéliens ont contraint la communauté internationale à intervenir. Mais les pourparlers menés en Jordanie entre de hauts responsables sécuritaires israéliens et palestiniens semblent avoir peu contribué à apaiser les tensions ou à mettre un terme aux hostilités.
Au cours d'un sommet tenu dimanche dans la station balnéaire jordanienne d'Aqaba, les responsables israéliens et palestiniens se sont engagés, dans une déclaration commune, à travailler ensemble afin d’éviter de nouvelles flambées de violence. Les deux parties ont «réaffirmé la nécessité de s'engager dans le désamorçage des hostilités sur le terrain et de prévenir toute nouvelle violence».
Cependant, une nouvelle vague d'affrontements semble avoir anéanti presque immédiatement les minces espoirs de progrès.
Deux Israéliens habitant dans une colonie de Cisjordanie près de Naplouse ont été tués dimanche, déclenchant des attaques de vengeance au cours desquelles un Palestinien a été tué, des dizaines de véhicules et de bâtiments ont été incendiés et plus de 300 personnes ont été blessées.
Le déchaînement des colons dans la ville palestinienne de Hawara est survenu quelques jours seulement après que les forces israéliennes ont lancé leur raid le plus meurtrier en Cisjordanie depuis près de vingt ans, faisant 11 morts dans le rang des Palestiniens à Naplouse. Ce lundi, un Israélien, qui est également citoyen américain, a été tué dans la ville de Jéricho, en Cisjordanie.

Des Palestiniens affrontent un colon israélien au milieu de tensions croissantes en Cisjordanie (Photo, AFP).

De nombreux analystes estiment que Brett McGurk, le coordinateur du Conseil national de sécurité des États-Unis pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, qui est chargé d'essayer d'empêcher toute nouvelle escalade des hostilités et de faciliter un engagement plus large dans les pourparlers d'Aqaba, s'est vu confier une mission impossible.
Khalil Jahchan, directeur exécutif de l'Arab Center Washington D.C., estime que le sommet avait d’emblée peu de chances de réussir.
«Ce sommet a été précipité par l'administration américaine, surtout pour sauver Israël de ses propres politiques insensées, sans préparation adéquate ni travail préparatoire», a-t-il déclaré à Arab News.
«En effet, je considère que la conférence était à la fois mal conçue et mal venue, compte tenu des récentes décisions politiques et militaires du gouvernement de Benjamin Netanyahou, notamment ses raids violents à Jénine, Naplouse et d'autres villes palestiniennes occupées.
«Une fois le communiqué conjoint israélo-palestinien publié le 26 février, j'ai pensé que ses paroles fantaisistes ne tiendraient pas jusqu'à la prochaine session de suivi à la mi-mars. Aqaba a été un nouvel effort diplomatique gaspillé, notamment tant que l'occupation israélienne de la Palestine, vieille de vingt-cinq ans, se poursuivra sans entrave, avec le soutien direct ou indirect des États-Unis.»
Il croit que McGurk a été confronté à une tâche insurmontable.
«Comment pourrait-il désamorcer les tensions entre Israël et la Palestine, alors que ses collègues, le conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, le directeur de la CIA, Bill Burns, et le secrétaire d'État, Antony Blinken, n'ont pas réussi à obtenir ces demandes du gouvernement Netanyahou?», s’est-il demandé.
McGurk est arrivé aux pourparlers armé d'un plan de sécurité. Mais les experts ont révélé que la région avait besoin de plus que de la sécurité.
Oraib Rantawi, directeur du centre d'études politiques Al-Quds à Amman, a déclaré qu'un cessez-le-feu conditionnel à court terme pourrait être possible si les autorités israéliennes acceptent de suspendre la construction de colonies, de mettre fin aux raids sur les villes palestiniennes et de demander aux colons de rendre compte de leurs actions.
«Mais en termes de solutions à moyen et long terme, le désamorçage de cette crise échouera à moins qu'il n'y ait un processus politique sérieux qui puisse offrir un horizon politique aux Palestiniens», a-t-il déclaré à Arab News.
Rantawi estime que seuls les États-Unis peuvent orchestrer un cessez-le-feu conditionnel et faire avancer les efforts visant à établir une telle voie politique.
«Sinon, les efforts de McGurk et de tout autre responsable américain sont inutile», a-t-il jugé.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a encouragé les groupes de colons extrémistes, affirment ses détracteurs  (Photo, AFP).

Ori Nir, vice-président de l'organisation Americans for Peace Now à Washington, a déclaré à Arab News que trois choses sont nécessaires pour réduire la violence: «Un gouvernement israélien prêt à affronter les colons et à limiter ses actions militaires en Cisjordanie; un gouvernement et des forces de sécurité palestiniens capables et crédibles; et un gouvernement américain prêt à appliquer de manière proactive les accords d'Aqaba.
«Aucun de ces éléments ne semble être présent. Par conséquent, les perspectives de succès de la mission de McGurk sont sombres.»
La Cisjordanie abrite environ 2,9 millions de Palestiniens, ainsi qu'environ 475 000 colons juifs qui vivent dans des colonies approuvées par l'État et considérées comme illégales au regard du droit international. Israël occupe la Cisjordanie depuis la guerre de 1967.
Les colons ont été enhardis par le retour au pouvoir de Netanyahou à la tête d'une coalition comprenant des partis ultra-orthodoxes et d'extrême-droite.
Botrus Mansour, avocat et expert en politique israélienne de Nazareth, pense que la détérioration de la situation sécuritaire est le résultat de radicaux inexpérimentés qui se sont soudainement retrouvés au pouvoir.
«Avant l'assermentation de ce gouvernement, les choses étaient relativement calmes», a-t-il indiqué. «Les ministres radicaux actuels étaient dans l'opposition et attaquaient toujours le gouvernement en lui reprochant de ne pas en faire assez.
«Et maintenant qu'ils sont au gouvernement, maintenant qu'ils sont au pouvoir, ils ont prouvé qu'ils étaient des échecs et leur inexpérience a été exposée.»
Johnny Mansour, professeur de sciences politiques à Haïfa, a déclaré à Arab News que beaucoup de travail est nécessaire dans le but d’instaurer un état de stabilité relative.
«Ce qu'il faut pour que le calme revienne, c'est une décision en faveur de l’arrêt total à la fois des actions agressives des Israéliens sur le terrain, et de la violence verbale prononcée par les ministres israéliens radicaux», a-t-il expliqué.

En bref

Des dizaines de colons israéliens ont incendié des maisons et des voitures dans la ville de Hawara, au nord de la Cisjordanie, dans la nuit de dimanche à lundi.

Ces violences sont survenues après une journée de pourparlers entre Israéliens et Palestiniens en Jordanie, destinés à apaiser les troubles dans les territoires palestiniens.

Selon les observateurs, la Cisjordanie connaît l'une des pires violences qu'elle ait connues depuis la deuxième Intifada en 2005.

Selon Johnny Mansour, «Ce qu'il faut, c'est donner de l'espoir aux gens, mais cela est loin maintenant. Les Palestiniens ne sont pas seulement sous occupation, ils sont humiliés, donc ils n'ont pas grand-chose à perdre à se révolter.»
Hani Masri, directeur du groupe de réflexion Masarat à Ramallah, estime que la clé de la réduction de la violence réside dans l'arrêt de toute activité d'expansion des colonies, la modification du statu quo à Al-Aqsa, l'arrêt des démolitions punitives de maisons palestiniennes et la prévention de l'annexion insidieuse des terres palestiniennes.
«Nous savons que ces options seront rejetées par Israël, et il n'y a donc pas d'échappatoire à une confrontation avec ce gouvernement kahaniste (sioniste extrémiste) qui cherche à annexer, judaïser et forcer les gens à partir», a-t-il déclaré à Arab News.
Zaha Hassan, avocate spécialisée dans les droits de l'homme et membre du programme pour le Moyen-Orient de la Fondation Carnegie pour la paix internationale, a expliqué à Arab News qu'une grande partie de la violence était le fait des autorités israéliennes et de leurs raids sur les villes et les camps de réfugiés palestiniens.
«Pour que la violence actuelle diminue, les Israéliens doivent croire qu'il y a des répercussions coûteuses», a-t-elle indiqué.
«Les États-Unis disposent de nombreux outils politiques qu'ils pourraient déployer. Ils doivent faire croire à Israël qu'ils vont les utiliser. Au lieu de cela, l'administration Biden a fait le contraire. Même une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies condamnant les colonies est combattue par les États-Unis, bec et ongles.»
Le cycle sans fin de la violence a également affaibli l'Autorité palestinienne. Les activités des groupes palestiniens armés ont augmenté ces derniers mois en raison, notamment, du vide sécuritaire laissé par le gouvernement de Ramallah, qui a choisi de ne pas réprimer la révolte et, dernièrement, refuse de coordonner les questions sécuritaires avec les autorités israéliennes.
Johnny Mansour estime que le sommet d'Aqaba sur la sécurité était une tentative de faire pression sur l'Autorité palestinienne pour qu'elle mette un frein aux factions armées.

Une nouvelle vague d'affrontements semble avoir anéanti les minces espoirs de progrès (Photo, AFP).

«Les Américains et les Israéliens ont essayé, avec la couverture arabe, de restreindre les manifestations populaires pendant le prochain mois de Ramadan, et ce qui est encore plus important pour Israël, c'est le besoin de calme pendant les vacances de la Pâque juive (Pessah), qui auront lieu à la fin du mois sacré du Ramadan», a-t-il mentionné.
Certains analystes soulignent qu'il existe de nombreux outils autres que la résistance violente que les Palestiniens pourraient utiliser afin de renforcer leur position, notamment en termes d'engagement avec la communauté internationale.
Mohammed Zahaika, activiste politique dans le quartier de Sawahreh à Jérusalem-Est, soutient une réponse non violente.
«Ce qu'il faut, c'est une protestation populaire et non violente qui peut mener à la désobéissance civile», a-t-il déclaré à Arab News. «Les gens ici à Jérusalem-Est se rendent compte qu'ils doivent trouver des moyens de neutraliser la puissante machine de guerre israélienne et d'élargir le fossé qui se creuse déjà en Israël.»
Il croit que le Ramadan, qui commencera vers la fin du mois de mars, pourrait être le moment idéal pour des manifestations populaires susceptibles de défier les Israéliens de droite qui, selon lui, n'ont aucun intérêt d’opter pour une résolution pacifique. Il admet toutefois qu'une grande partie de l'opinion publique palestinienne soutient une stratégie de résistance armée.
«Ce dont nous avons besoin, c'est que des forces extérieures soient impliquées et même qu'elles fournissent une protection et une intervention à la population palestinienne. Ce n'est qu'ainsi que l'on pourra dissuader les extrémistes», a précisé Zahaika.
Rifaat Kassis, membre élu du conseil municipal de Beit Sahour, convient que le Ramadan serait une bonne occasion de promouvoir l'unité palestinienne.
«L'Autorité palestinienne se trouve dans une situation difficile, que les choses s'aggravent ou se calment», a-t-il indiqué à Arab News. «Ce qu'il faut, c'est le lancement d’un mouvement populaire qui tente d'unifier les Palestiniens. C'est une occasion en or d'unir tous les groupes palestiniens.»

Les efforts de paix de l'envoyé américain au Moyen-Orient, Brett McGurk, semblent s'essouffler alors que la violence se propage (Photo, AFP).

Jamal Dajani, ancien responsable des communications au sein du bureau du Premier ministre palestinien, estime qu'une aide extérieure pourrait garantir la sécurité.
«Les Palestiniens de Cisjordanie ont besoin d'une protection internationale contre les attaques des colons israéliens, aidés et encouragés par l'armée d'occupation israélienne», a-t-il signalé à Arab News.
Il a indiqué que l'Autorité palestinienne n'a pas réussi à protéger son peuple et que la seule solution est donc de déployer des forces de l'ONU, ou d'autres troupes extérieures, pour assurer cette protection.
«Si ce n'est pas le cas, d'autres pogroms seront commis et les Palestiniens seront obligés de se défendre, quelle que soit leur affiliation, ou leur absence d'affiliation», a ajouté Dajani.
Les opérations des autorités israéliennes montrent qu'elles ont l'intention de remodeler la Cisjordanie et de détruire la possibilité d'un État palestinien viable, et avec lui tout espoir de paix durable par une solution à deux États, a-t-il prévenu.
«Les discussions sur la sécurité visent à assurer la sécurité des colons israéliens et non des Palestiniens», a-t-il jugé.
Anis Sweidan, directeur du département des relations publiques de l'Organisation de libération de la Palestine, a déclaré que l'escalade de la violence représente le début d'une nouvelle intifada, annonçant une répétition des soulèvements violents de 1987 à 1993 et de 2000 à 2005.
«Les crimes de l'armée israélienne et des colons augmentent à grande vitesse et cela ne peut être arrêté par un accord de sécurité», a-t-il affirmé à Arab News.
«Ce qu'il faut, c'est un processus politique sérieux basé sur la solution à deux États. Sinon, tout ce qui se passe n'est rien d'autre que des sédatifs. Je ne m'attends pas à ce que cela se produise et je ne vois donc pas de changements majeurs à l’horizon.»
Aaron David Miller, chercheur principal à la Fondation Carnegie pour la paix internationale et conseiller auprès des administrations républicaine et démocrate aux États-Unis, souhaiterait qu'un processus politique soit mis en place en vue de résoudre le conflit, mais il doute également que cela ait beaucoup de chances de se produire.
«Sans un horizon politique, il n'y a pas de voie à long terme pour mettre fin à la violence», a-t-il déclaré à Arab News. «Sans un effort majeur pour définir un horizon politique, avec des actions se renforçant mutuellement prises par chaque partie de manière à préparer le terrain pour des négociations sur un état final, il n'y a aucun moyen de mettre fin à la violence.»
«Il n'y a aucune chance, pour l’instant, que le gouvernement israélien actuel et l'Autorité palestinienne puissent se mettre d'accord sur ces éléments – et il est presque certain que le Hamas ne l’accepterait pas.»
Miller reconnaît qu'un désamorçage temporaire des hostilités pourrait permettre aux Israéliens et aux Palestiniens de passer le Ramadan et le Pessah sans incidents graves.
«Mais ce n'est qu'une question de temps avant que la prochaine explosion ne se produise», a-t-il soutenu.


Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Dans le Kordofan soudanais, une offensive paramilitaire se profile, la ville d'El-Obeid tremble

Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie. (AFP)
Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie. (AFP)
  • El-Obeid est un enjeu majeur dans la guerre qui oppose depuis trois ans l'armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR)
  • La ville d'un demi-million d'habitants accueille environ 100.000 réfugiés, déplacés par la violence ailleurs dans le pays

Al-Ubayyid: Dans un camp de déplacés près d'El-Obeid, dans la région soudanaise du Kordofan, Agsam Hamad brave péniblement la chaleur écrasante pour aller chercher de l'eau trouble dans un puits. Déjà assiégés, les habitants vivent dans la crainte d'un assaut des paramilitaires, qui serait le plus violent à ce jour contre cette grande ville stratégique.

"Nous faisons de longues distances pour cette eau et elle est imbuvable", dit à l'AFP cette femme de 35 ans, mère de sept enfants. "Notre situation est très difficile. Nous avons besoin de nourriture et d'eau" potable.

El-Obeid est un enjeu majeur dans la guerre qui oppose depuis trois ans l'armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).

La ville d'un demi-million d'habitants accueille environ 100.000 réfugiés, déplacés par la violence ailleurs dans le pays.

Ces dernières semaines, elle a fait face à des attaques des FSR, les plus intenses jusqu'à présent.

Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie.

De récentes attaques ont frappé la principale centrale électrique et les dépôts de carburant, plongeant des quartiers dans l'obscurité et mettant les pompes à eau hors service.

Les habitants doivent aujourd'hui s'en remettre à des camions-citernes, des puits et quelques points de distribution d'eau, ont-ils expliqué à l'AFP.

"Pouvoir et argent" 

L'ONU a alerté sur un renforcement de la présence des FSR autour de la ville avant un possible assaut terrestre, ce qui fait craindre une répétition des atrocités observées à El-Facher.

Cette ville du Darfour est tombée aux mains des paramilitaires en octobre dernier, lors d'une attaque présentant selon l'ONU les caractéristiques d'un "génocide".

D'après Nohad Eltayeb, de l'ONG basée aux Etats-Unis ACLED, des mouvements de troupes ont été observés au cours du mois passé à environ 60 kilomètres au nord, au sud et à l'ouest d'El-Obeid.

El-Obeid se trouve à un carrefour stratégique reliant des régions du centre et de l'est du Soudan contrôlées par l'armée, dont Khartoum, au Darfour sous contrôle des FSR à l'ouest.

Selon des analystes, sa prise consoliderait le contrôle des FSR sur l'ouest du Soudan et pourrait ouvrir la voie à une avancée vers la capitale.

El-Obeid abrite une division d'infanterie, une base aérienne, un oléoduc stratégique et un important marché de gomme arabique.

" La contrôler, c'est une question de pouvoir, de territoire et d'argent ", affirme l'analyste Kholood Khair.

Les combats et les restrictions ont pratiquement coupé tout accès à la ville, rendant de plus en plus difficile toute couverture indépendante.

De rares images obtenues par l'AFP dans le camp d'Al-Rahmaniyah montrent des femmes épuisées avançant sous un soleil accablant, des jerricans sur la tête après des heures passées à attendre de l'eau à un puits éloigné.

Trop fatigués 

Dans le camp, près de 200 familles s'entassent dans des abris précaires.

Des enfants traînent dans l'étroite zone d'ombre projetée par les huttes . Certains sont trop fatigués pour jouer, d'autres suivent silencieusement leur mère.

" Nous n'avons rien. Ni eau, ni nourriture, ni matelas ", lâche Waseela Mohamed, une grand-mère de 70 ans.

Les livraisons d'aide qui avaient réussi à atteindre le camp il y a plusieurs semaines se sont raréfiées.

" Les organisations humanitaires font ce qu'elles peuvent, mais les besoins sont bien plus importants ", explique un bénévole qui a requis l'anonymat.

A l'intérieur d'El-Obeid, les drones bourdonnent presque en permanence, raconte Adam Hussein - un pseudonyme.

"Nous ne savons pas ce qui se passe vraiment. Tout est en crise. Les civils et les infrastructures sont constamment pris pour cible ", a-t-il confié à l'AFP.

Au moment où il parlait, un drone s'est écrasé tout près, sans faire de victimes.

Alors que le prix de l'eau a doublé, que celui de la nourriture a augmenté jusqu'à 300 % et que les tarifs des transports ont aussi grimpé en flèche, de nombreux habitants sont désormais, de fait, "encerclés ", selon Kholood Khair.

"Boucliers humains" 

Mohamed Refaat, de l'Organisation internationale pour les migrations, a averti que la ville se rapprochait d'un siège total, les civils pouvant bientôt "ne plus être capables de partir ni de revenir".

Sans aide immédiate, les conditions pourraient "en quelques semaines" ressembler à celles observées à El-Facher, où les civils ont survécu en se nourrissant d'aliments pour animaux pendant 18  mois de siège, a-t-il prévenu.

Selon l'ONU, plus de 6. 000 personnes ont été tuées durant les trois premiers jours de sa chute.

Une source gouvernementale a indiqué à l'AFP que l'armée avait tenté de ralentir l'avancée des paramilitaires.

Une source proche des FSR a elle accusé l'armée d'utiliser des civils comme " boucliers humains ", estimant qu'ils devraient être évacués.

Bien que la composition démographique de la ville diffère de celle d'El-Facher, où les violences ont suivi des lignes ethniques, Noha Eltayeb prévient que les civils "pourraient néanmoins être confrontés à des pillages, des violences sexuelles et des attaques contre ceux accusés de soutenir l'armée".


Liban: nouvelles frappes israéliennes, le chef du Parlement enterre déjà l'accord-cadre

Israël a mené dimanche de nouvelles frappes dans le sud du Liban, au surlendemain de la signature par les deux pays d'un accord-cadre visant une "paix durable", dont le chef du Parlement libanais affirme qu'il ne sera pas adopté. (AFP)
Israël a mené dimanche de nouvelles frappes dans le sud du Liban, au surlendemain de la signature par les deux pays d'un accord-cadre visant une "paix durable", dont le chef du Parlement libanais affirme qu'il ne sera pas adopté. (AFP)
  • "Cet accord ne sera pas adopté, et il ne sera pas mis en oeuvre dans sa forme actuelle", a dit Nabih Berri
  • Les bombardements rapportés par l'Agence libanaise d'information ANI (officielle) interviennent alors que la veille déjà, une série de raids israéliens avait fait un mort dans la région

BEYROUTH: Israël a mené dimanche de nouvelles frappes dans le sud du Liban, au surlendemain de la signature par les deux pays d'un accord-cadre visant une "paix durable", dont le chef du Parlement libanais affirme qu'il ne sera pas adopté.

"Cet accord ne sera pas adopté, et il ne sera pas mis en oeuvre dans sa forme actuelle", a dit Nabih Berri, allié du Hezbollah pro-Iran, dans un communiqué diffusé par son parti, le mouvement Amal, dénonçant un "accord de +diktats+, pas un accord qui préserve les droits du Liban".

Les bombardements rapportés par l'Agence libanaise d'information ANI (officielle) interviennent alors que la veille déjà, une série de raids israéliens avait fait un mort dans la région.

Le ministère de la Santé a en outre fait état dimanche de deux blessés après le lancement d'une grenade par "l'ennemi israélien" sur une localité du sud.

Dans un communiqué, le Hezbollah "réaffirme que ce qu'a fait l'ennemi est une violation flagrante du cessez-le-feu auquel il s'était tenu jusque-là, et qu'il surveille et recense ces violations, se réservant le droit de défendre sa patrie et son peuple".

De son côté, l'armée israélienne a affirmé cibler des combattants du Hezbollah près de ce qu'elle appelle sa "zone de sécurité".

Elle a aussi annoncé la mort d'un soldat lors de combats, portant à 38 ses pertes dans le pays voisin, où elle affronte le mouvement islamiste. L'auteur, un "terroriste du Hezbollah", a ensuite été localisé et "éliminé par les soldats", a précisé l'armée.

Tunnel détruit 

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense israéliens Israël Katz ont par ailleurs indiqué que l'armée avait détruit un long tunnel construit par le Hezbollah dans le sud du pays.

Celui-ci "s'étendait sur plus de 200 mètres et atteignait une profondeur de plus de 25 mètres, contenait des centaines d'armes ainsi que plusieurs puits de lancement destinés à frapper l'État d'Israël et ses civils", détaille un communiqué conjoint.

Le Liban a été entraîné dans le conflit début mars quand le Hezbollah a ciblé Israël en soutien à l'Iran, après l'offensive américano-israélienne sur Téhéran.

Israël a lancé en représailles de vastes frappes aériennes et déployé des troupes dans le sud du pays, faisant plus de 4.200 morts selon Beyrouth.

Une trêve annoncée le 17 avril n'a jamais été respectée mais les affrontements ont largement diminué depuis la signature mi-juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran ayant exigé qu'une cessation des combats au Liban en fasse partie.

Parallèlement, Israël et le Liban ont entamé des discussions directes sous l'égide de Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays techniquement toujours en état de guerre. Et ils ont conclu vendredi un accord-cadre, qualifié d'"historique" par Benjamin Netanyahu.

Dans un entretien téléphonique avec Donald Trump, le président libanais Joseph Aoun a assuré que l'Etat "assumerait ses responsabilités" dans la mise en œuvre de l'accord, qui conditionne un retrait israélien du pays au désarmement du mouvement chiite. Une exigence de longue date que Beyrouth peine à mettre en oeuvre.

"Sédition" 

Le Hezbollah s'était déjà fermement opposé à l'accord, son député Hassan Fadlallah affirmant dès dimanche qu'il "ne serait pas appliqué".

Ce qu'ont fait les autorités "équivaut à une sédition" visant à passer "d'un conflit avec l'ennemi à un conflit interne", avait-t-il ajouté.

Dénonçant une "grave erreur", le chef du groupe Naïm Qassem avait fustigé samedi un texte "humiliant, honteux, qui représente un abandon de souveraineté", accusant les autorités libanaises de "légitimer la poursuite de l'occupation" israélienne.

Des partisans du Hezbollah ont manifesté vendredi soir et un correspondant de l'AFP a vu, sur la route de l'aéroport de Beyrouth longeant la banlieue sud, bastion du Hezbollah, des pancartes portant l'inscription "Le Liban d'abord" incendiées.

L'Iran a, lui, réitéré ses exigences d'un retrait total d'Israël.

"Notre objectif est de mettre fin à la guerre au Liban, permettre le retour des déplacés dans leurs foyers, mettre un terme à l'occupation et obtenir le retrait du régime sioniste du territoire libanais", a souligné le président du Parlement iranien et négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf, dans un appel avec son homologue libanais Nabih Berri.

 


L'accord sur le Liban est un "premier pas" vers la restauration de sa souveraineté, dit le président Aoun

Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
  • Le président libanais Joseph Aoun a qualifié l'accord-cadre signé avec Israël de « première étape » vers le rétablissement de la pleine souveraineté du Liban
  • Il a affirmé son engagement à mettre fin à toute occupation, à obtenir la libération des prisonniers et à garantir un Liban sans subordination ni tutelle

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a déclaré vendredi que l'accord cadre signé avec Israël était "un premier pas" vers la restauration de la souveraineté de son pays sans "occupation", "subordination" ni "tutelle".

"L'accord-cadre signé aujourd'hui est une première étape" qui doit permettre aux Libanais "de revenir sur leurs terres entièrement libérées et dans leurs maisons qui seront assurément reconstruites (...) sous la souveraineté de l'Etat libanais, qui n'a aucun partenaire dans l'exercice de sa souveraineté sur sa terre et son peuple", a déclaré Joseph Aoun dans un communiqué de la présidence.

"Nous jurons de continuer à oeuvrer jusqu'à ce que cela soit accompli. Il n'y aura plus d'occupation, de prisonniers, de subordination ni de tutelle", a-t-il promis.