Cisjordanie: Le conflit israélo-palestinien s'intensifie en dépit de la médiation américaine

Les dirigeants palestiniens mettent en garde contre une nouvelle intifada suivant la dernière flambée de violence (Photo, AFP).
Les dirigeants palestiniens mettent en garde contre une nouvelle intifada suivant la dernière flambée de violence (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Jeudi 02 mars 2023

Cisjordanie: Le conflit israélo-palestinien s'intensifie en dépit de la médiation américaine

  • Les discussions en Jordanie entre les hauts responsables sécuritaires israéliens et palestiniens n'ont guère contribué à apaiser les tensions
  • Brett McGurk, coordinateur américain du Conseil national de sécurité pour la région MENA, est chargé d'arrêter l'escalade des hostilités

AMMAN: Les affrontements persistants en Cisjordanie entre Palestiniens et colons israéliens ont contraint la communauté internationale à intervenir. Mais les pourparlers menés en Jordanie entre de hauts responsables sécuritaires israéliens et palestiniens semblent avoir peu contribué à apaiser les tensions ou à mettre un terme aux hostilités.
Au cours d'un sommet tenu dimanche dans la station balnéaire jordanienne d'Aqaba, les responsables israéliens et palestiniens se sont engagés, dans une déclaration commune, à travailler ensemble afin d’éviter de nouvelles flambées de violence. Les deux parties ont «réaffirmé la nécessité de s'engager dans le désamorçage des hostilités sur le terrain et de prévenir toute nouvelle violence».
Cependant, une nouvelle vague d'affrontements semble avoir anéanti presque immédiatement les minces espoirs de progrès.
Deux Israéliens habitant dans une colonie de Cisjordanie près de Naplouse ont été tués dimanche, déclenchant des attaques de vengeance au cours desquelles un Palestinien a été tué, des dizaines de véhicules et de bâtiments ont été incendiés et plus de 300 personnes ont été blessées.
Le déchaînement des colons dans la ville palestinienne de Hawara est survenu quelques jours seulement après que les forces israéliennes ont lancé leur raid le plus meurtrier en Cisjordanie depuis près de vingt ans, faisant 11 morts dans le rang des Palestiniens à Naplouse. Ce lundi, un Israélien, qui est également citoyen américain, a été tué dans la ville de Jéricho, en Cisjordanie.

Des Palestiniens affrontent un colon israélien au milieu de tensions croissantes en Cisjordanie (Photo, AFP).

De nombreux analystes estiment que Brett McGurk, le coordinateur du Conseil national de sécurité des États-Unis pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, qui est chargé d'essayer d'empêcher toute nouvelle escalade des hostilités et de faciliter un engagement plus large dans les pourparlers d'Aqaba, s'est vu confier une mission impossible.
Khalil Jahchan, directeur exécutif de l'Arab Center Washington D.C., estime que le sommet avait d’emblée peu de chances de réussir.
«Ce sommet a été précipité par l'administration américaine, surtout pour sauver Israël de ses propres politiques insensées, sans préparation adéquate ni travail préparatoire», a-t-il déclaré à Arab News.
«En effet, je considère que la conférence était à la fois mal conçue et mal venue, compte tenu des récentes décisions politiques et militaires du gouvernement de Benjamin Netanyahou, notamment ses raids violents à Jénine, Naplouse et d'autres villes palestiniennes occupées.
«Une fois le communiqué conjoint israélo-palestinien publié le 26 février, j'ai pensé que ses paroles fantaisistes ne tiendraient pas jusqu'à la prochaine session de suivi à la mi-mars. Aqaba a été un nouvel effort diplomatique gaspillé, notamment tant que l'occupation israélienne de la Palestine, vieille de vingt-cinq ans, se poursuivra sans entrave, avec le soutien direct ou indirect des États-Unis.»
Il croit que McGurk a été confronté à une tâche insurmontable.
«Comment pourrait-il désamorcer les tensions entre Israël et la Palestine, alors que ses collègues, le conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, le directeur de la CIA, Bill Burns, et le secrétaire d'État, Antony Blinken, n'ont pas réussi à obtenir ces demandes du gouvernement Netanyahou?», s’est-il demandé.
McGurk est arrivé aux pourparlers armé d'un plan de sécurité. Mais les experts ont révélé que la région avait besoin de plus que de la sécurité.
Oraib Rantawi, directeur du centre d'études politiques Al-Quds à Amman, a déclaré qu'un cessez-le-feu conditionnel à court terme pourrait être possible si les autorités israéliennes acceptent de suspendre la construction de colonies, de mettre fin aux raids sur les villes palestiniennes et de demander aux colons de rendre compte de leurs actions.
«Mais en termes de solutions à moyen et long terme, le désamorçage de cette crise échouera à moins qu'il n'y ait un processus politique sérieux qui puisse offrir un horizon politique aux Palestiniens», a-t-il déclaré à Arab News.
Rantawi estime que seuls les États-Unis peuvent orchestrer un cessez-le-feu conditionnel et faire avancer les efforts visant à établir une telle voie politique.
«Sinon, les efforts de McGurk et de tout autre responsable américain sont inutile», a-t-il jugé.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a encouragé les groupes de colons extrémistes, affirment ses détracteurs  (Photo, AFP).

Ori Nir, vice-président de l'organisation Americans for Peace Now à Washington, a déclaré à Arab News que trois choses sont nécessaires pour réduire la violence: «Un gouvernement israélien prêt à affronter les colons et à limiter ses actions militaires en Cisjordanie; un gouvernement et des forces de sécurité palestiniens capables et crédibles; et un gouvernement américain prêt à appliquer de manière proactive les accords d'Aqaba.
«Aucun de ces éléments ne semble être présent. Par conséquent, les perspectives de succès de la mission de McGurk sont sombres.»
La Cisjordanie abrite environ 2,9 millions de Palestiniens, ainsi qu'environ 475 000 colons juifs qui vivent dans des colonies approuvées par l'État et considérées comme illégales au regard du droit international. Israël occupe la Cisjordanie depuis la guerre de 1967.
Les colons ont été enhardis par le retour au pouvoir de Netanyahou à la tête d'une coalition comprenant des partis ultra-orthodoxes et d'extrême-droite.
Botrus Mansour, avocat et expert en politique israélienne de Nazareth, pense que la détérioration de la situation sécuritaire est le résultat de radicaux inexpérimentés qui se sont soudainement retrouvés au pouvoir.
«Avant l'assermentation de ce gouvernement, les choses étaient relativement calmes», a-t-il indiqué. «Les ministres radicaux actuels étaient dans l'opposition et attaquaient toujours le gouvernement en lui reprochant de ne pas en faire assez.
«Et maintenant qu'ils sont au gouvernement, maintenant qu'ils sont au pouvoir, ils ont prouvé qu'ils étaient des échecs et leur inexpérience a été exposée.»
Johnny Mansour, professeur de sciences politiques à Haïfa, a déclaré à Arab News que beaucoup de travail est nécessaire dans le but d’instaurer un état de stabilité relative.
«Ce qu'il faut pour que le calme revienne, c'est une décision en faveur de l’arrêt total à la fois des actions agressives des Israéliens sur le terrain, et de la violence verbale prononcée par les ministres israéliens radicaux», a-t-il expliqué.

En bref

Des dizaines de colons israéliens ont incendié des maisons et des voitures dans la ville de Hawara, au nord de la Cisjordanie, dans la nuit de dimanche à lundi.

Ces violences sont survenues après une journée de pourparlers entre Israéliens et Palestiniens en Jordanie, destinés à apaiser les troubles dans les territoires palestiniens.

Selon les observateurs, la Cisjordanie connaît l'une des pires violences qu'elle ait connues depuis la deuxième Intifada en 2005.

Selon Johnny Mansour, «Ce qu'il faut, c'est donner de l'espoir aux gens, mais cela est loin maintenant. Les Palestiniens ne sont pas seulement sous occupation, ils sont humiliés, donc ils n'ont pas grand-chose à perdre à se révolter.»
Hani Masri, directeur du groupe de réflexion Masarat à Ramallah, estime que la clé de la réduction de la violence réside dans l'arrêt de toute activité d'expansion des colonies, la modification du statu quo à Al-Aqsa, l'arrêt des démolitions punitives de maisons palestiniennes et la prévention de l'annexion insidieuse des terres palestiniennes.
«Nous savons que ces options seront rejetées par Israël, et il n'y a donc pas d'échappatoire à une confrontation avec ce gouvernement kahaniste (sioniste extrémiste) qui cherche à annexer, judaïser et forcer les gens à partir», a-t-il déclaré à Arab News.
Zaha Hassan, avocate spécialisée dans les droits de l'homme et membre du programme pour le Moyen-Orient de la Fondation Carnegie pour la paix internationale, a expliqué à Arab News qu'une grande partie de la violence était le fait des autorités israéliennes et de leurs raids sur les villes et les camps de réfugiés palestiniens.
«Pour que la violence actuelle diminue, les Israéliens doivent croire qu'il y a des répercussions coûteuses», a-t-elle indiqué.
«Les États-Unis disposent de nombreux outils politiques qu'ils pourraient déployer. Ils doivent faire croire à Israël qu'ils vont les utiliser. Au lieu de cela, l'administration Biden a fait le contraire. Même une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies condamnant les colonies est combattue par les États-Unis, bec et ongles.»
Le cycle sans fin de la violence a également affaibli l'Autorité palestinienne. Les activités des groupes palestiniens armés ont augmenté ces derniers mois en raison, notamment, du vide sécuritaire laissé par le gouvernement de Ramallah, qui a choisi de ne pas réprimer la révolte et, dernièrement, refuse de coordonner les questions sécuritaires avec les autorités israéliennes.
Johnny Mansour estime que le sommet d'Aqaba sur la sécurité était une tentative de faire pression sur l'Autorité palestinienne pour qu'elle mette un frein aux factions armées.

Une nouvelle vague d'affrontements semble avoir anéanti les minces espoirs de progrès (Photo, AFP).

«Les Américains et les Israéliens ont essayé, avec la couverture arabe, de restreindre les manifestations populaires pendant le prochain mois de Ramadan, et ce qui est encore plus important pour Israël, c'est le besoin de calme pendant les vacances de la Pâque juive (Pessah), qui auront lieu à la fin du mois sacré du Ramadan», a-t-il mentionné.
Certains analystes soulignent qu'il existe de nombreux outils autres que la résistance violente que les Palestiniens pourraient utiliser afin de renforcer leur position, notamment en termes d'engagement avec la communauté internationale.
Mohammed Zahaika, activiste politique dans le quartier de Sawahreh à Jérusalem-Est, soutient une réponse non violente.
«Ce qu'il faut, c'est une protestation populaire et non violente qui peut mener à la désobéissance civile», a-t-il déclaré à Arab News. «Les gens ici à Jérusalem-Est se rendent compte qu'ils doivent trouver des moyens de neutraliser la puissante machine de guerre israélienne et d'élargir le fossé qui se creuse déjà en Israël.»
Il croit que le Ramadan, qui commencera vers la fin du mois de mars, pourrait être le moment idéal pour des manifestations populaires susceptibles de défier les Israéliens de droite qui, selon lui, n'ont aucun intérêt d’opter pour une résolution pacifique. Il admet toutefois qu'une grande partie de l'opinion publique palestinienne soutient une stratégie de résistance armée.
«Ce dont nous avons besoin, c'est que des forces extérieures soient impliquées et même qu'elles fournissent une protection et une intervention à la population palestinienne. Ce n'est qu'ainsi que l'on pourra dissuader les extrémistes», a précisé Zahaika.
Rifaat Kassis, membre élu du conseil municipal de Beit Sahour, convient que le Ramadan serait une bonne occasion de promouvoir l'unité palestinienne.
«L'Autorité palestinienne se trouve dans une situation difficile, que les choses s'aggravent ou se calment», a-t-il indiqué à Arab News. «Ce qu'il faut, c'est le lancement d’un mouvement populaire qui tente d'unifier les Palestiniens. C'est une occasion en or d'unir tous les groupes palestiniens.»

Les efforts de paix de l'envoyé américain au Moyen-Orient, Brett McGurk, semblent s'essouffler alors que la violence se propage (Photo, AFP).

Jamal Dajani, ancien responsable des communications au sein du bureau du Premier ministre palestinien, estime qu'une aide extérieure pourrait garantir la sécurité.
«Les Palestiniens de Cisjordanie ont besoin d'une protection internationale contre les attaques des colons israéliens, aidés et encouragés par l'armée d'occupation israélienne», a-t-il signalé à Arab News.
Il a indiqué que l'Autorité palestinienne n'a pas réussi à protéger son peuple et que la seule solution est donc de déployer des forces de l'ONU, ou d'autres troupes extérieures, pour assurer cette protection.
«Si ce n'est pas le cas, d'autres pogroms seront commis et les Palestiniens seront obligés de se défendre, quelle que soit leur affiliation, ou leur absence d'affiliation», a ajouté Dajani.
Les opérations des autorités israéliennes montrent qu'elles ont l'intention de remodeler la Cisjordanie et de détruire la possibilité d'un État palestinien viable, et avec lui tout espoir de paix durable par une solution à deux États, a-t-il prévenu.
«Les discussions sur la sécurité visent à assurer la sécurité des colons israéliens et non des Palestiniens», a-t-il jugé.
Anis Sweidan, directeur du département des relations publiques de l'Organisation de libération de la Palestine, a déclaré que l'escalade de la violence représente le début d'une nouvelle intifada, annonçant une répétition des soulèvements violents de 1987 à 1993 et de 2000 à 2005.
«Les crimes de l'armée israélienne et des colons augmentent à grande vitesse et cela ne peut être arrêté par un accord de sécurité», a-t-il affirmé à Arab News.
«Ce qu'il faut, c'est un processus politique sérieux basé sur la solution à deux États. Sinon, tout ce qui se passe n'est rien d'autre que des sédatifs. Je ne m'attends pas à ce que cela se produise et je ne vois donc pas de changements majeurs à l’horizon.»
Aaron David Miller, chercheur principal à la Fondation Carnegie pour la paix internationale et conseiller auprès des administrations républicaine et démocrate aux États-Unis, souhaiterait qu'un processus politique soit mis en place en vue de résoudre le conflit, mais il doute également que cela ait beaucoup de chances de se produire.
«Sans un horizon politique, il n'y a pas de voie à long terme pour mettre fin à la violence», a-t-il déclaré à Arab News. «Sans un effort majeur pour définir un horizon politique, avec des actions se renforçant mutuellement prises par chaque partie de manière à préparer le terrain pour des négociations sur un état final, il n'y a aucun moyen de mettre fin à la violence.»
«Il n'y a aucune chance, pour l’instant, que le gouvernement israélien actuel et l'Autorité palestinienne puissent se mettre d'accord sur ces éléments – et il est presque certain que le Hamas ne l’accepterait pas.»
Miller reconnaît qu'un désamorçage temporaire des hostilités pourrait permettre aux Israéliens et aux Palestiniens de passer le Ramadan et le Pessah sans incidents graves.
«Mais ce n'est qu'une question de temps avant que la prochaine explosion ne se produise», a-t-il soutenu.


Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Les États-Unis dénoncent une attaque des FSR contre un convoi humanitaire au Soudan

Le conflit entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR) a fait des dizaines de milliers de morts, déplacé 11 millions de personnes et a été qualifié par l’ONU comme l’une des pires crises humanitaires au monde. (Photo d’archives AFP)
Le conflit entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR) a fait des dizaines de milliers de morts, déplacé 11 millions de personnes et a été qualifié par l’ONU comme l’une des pires crises humanitaires au monde. (Photo d’archives AFP)
Short Url
  • « Détruire de la nourriture destinée aux personnes dans le besoin et tuer des travailleurs humanitaires est révoltant »

WASHINGTON : Les États-Unis ont condamné vendredi une attaque de drone menée par les Forces de soutien rapide (FSR) contre un convoi du Programme alimentaire mondial (PAM) dans l’État du Kordofan du Nord, au Soudan, qui a fait un mort et trois blessés.

« Les États-Unis condamnent la récente attaque de drone contre un convoi du Programme alimentaire mondial dans le Kordofan du Nord, qui transportait de la nourriture destinée à des populations menacées par la famine et qui a tué une personne et blessé plusieurs autres », a écrit sur X Massad Boulos, conseiller principal américain pour les affaires arabes et africaines.

« Détruire de la nourriture destinée aux personnes dans le besoin et tuer des travailleurs humanitaires est révoltant », a-t-il ajouté.

« L’administration Trump a une tolérance zéro pour cette destruction de vies humaines et de l’aide financée par les États-Unis ; nous exigeons des comptes et présentons nos condoléances à toutes les personnes affectées par ces événements inexcusables et cette guerre terrible », a-t-il poursuivi.

Le Réseau des médecins soudanais a indiqué que le convoi avait été frappé par des drones des FSR dans la zone d’Allah Karim alors qu’il se dirigeait vers des personnes déplacées à El Obeid, capitale de l’État.

Le réseau a qualifié l’attaque de « violation flagrante du droit international humanitaire », avertissant qu’elle compromet les efforts visant à acheminer une aide vitale aux civils dans un contexte de détérioration rapide de la situation humanitaire à travers le pays.

Aucun commentaire immédiat n’a été émis par le groupe rebelle.

Sur les 18 États que compte le Soudan, les FSR contrôlent l’ensemble des cinq États de la région occidentale du Darfour, à l’exception de certaines parties du Darfour du Nord qui restent sous contrôle de l’armée. L’armée contrôle la majorité des zones des 13 autres États du sud, du nord, de l’est et du centre du pays, y compris la capitale, Khartoum.

Le conflit entre l’armée et les FSR, qui a éclaté en avril 2023, a fait des milliers de morts et déplacé des millions de personnes.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Chef de la diplomatie française : il faut donner à l’armée libanaise les « moyens » de désarmer le Hezbollah

Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, tient un point presse à la résidence de l’ambassadeur de France (résidence des Pins) à Beyrouth, le 6 février 2026. (AFP)
Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, tient un point presse à la résidence de l’ambassadeur de France (résidence des Pins) à Beyrouth, le 6 février 2026. (AFP)
Short Url
  • La France appelle à renforcer l’armée libanaise pour lui permettre de désarmer le Hezbollah et restaurer le monopole de l’État sur les armes
  • Paris prépare une conférence de soutien à l’armée libanaise le 5 mars, alors que la deuxième phase du désarmement doit débuter au sud du pays

BEYROUTH: Il faut donner à l'armée libanaise les moyens de désarmer le Hezbollah pro-iranien, a affirmé à l'AFP le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot, attendu vendredi à Beyrouth dans le cadre d'une tournée régionale.

"La vision de la France au Liban, c'est celle d'un État fort, souverain, disposant du monopole des armes (...). La première étape pour accomplir cette mission, c'est de donner aux forces armées libanaises les moyens de poursuivre le travail de désarmement du Hezbollah", a déclaré le ministre.

Jean-Noël Barrot a indiqué se rendre à Beyrouth "pour préparer la conférence consacrée au soutien aux forces armées libanaises" que Paris accueille le 5 mars.

Seul groupe libanais armé, le Hezbollah est sorti affaibli de sa dernière guerre avec Israël, qui a pris fin en novembre 2024.

Conformément à l'accord de cessez-le-feu, l'armée libanaise a annoncé début janvier avoir achevé la première phase de son plan de désarmement du Hezbollah, qui couvre la région entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, une trentaine de kilomètres plus au nord.

"Le gouvernement libanais a pris ses responsabilités en engageant et en menant jusqu'à son terme la première phase de ce plan de désarmement", a souligné Jean-Noël Barrot.

"C'est la deuxième phase qui doit désormais s'ouvrir et le plan associé à cette deuxième phase doit être présenté dans les prochains jours, et en tout état de cause avant que la conférence ne se tienne", a-t-il poursuivi.

La deuxième phase du plan concerne le secteur entre le Litani et le fleuve Awali, à une quarantaine de km au sud de Beyrouth. Le Hezbollah affirme refuser de remettre ses armes au nord du Litani.

Le ministre français des Affaires étrangères doit rencontrer vendredi les principaux responsables libanais à Beyrouth, dernière étape d'une tournée qui l'a mené en Syrie et en Irak.


Des attaques de colons en Cisjordanie provoquent des déplacements record depuis octobre 2023

Une photographie montre des drapeaux israéliens et un drapeau du conseil de Gush Etzion sur le nouvel avant-poste de colons israéliens « Yatziv », construit en périphérie de la ville palestinienne de Beit Sahur, en Cisjordanie occupée par Israël. (Archives/AFP)
Une photographie montre des drapeaux israéliens et un drapeau du conseil de Gush Etzion sur le nouvel avant-poste de colons israéliens « Yatziv », construit en périphérie de la ville palestinienne de Beit Sahur, en Cisjordanie occupée par Israël. (Archives/AFP)
Short Url
  • Près de 700 Palestiniens ont été déplacés en janvier 2025 en Cisjordanie occupée en raison des violences et du harcèlement de colons israéliens, un niveau inédit depuis le début de la guerre à Gaza, selon l’ONU
  • L’ONU et des ONG dénoncent une impunité systémique, accusant les colons d’agir avec le soutien ou la passivité des autorités israéliennes, dans un contexte d’expansion continue des colonies jugées illégales par le droit international

RAMALLAH, TERRITOIRES PALESTINIENS: Les violences et le harcèlement exercés par des colons israéliens en Cisjordanie occupée ont déplacé près de 700 Palestiniens en janvier, a indiqué l'ONU jeudi, un niveau inédit depuis le déclenchement de la guerre à Gaza en octobre 2023.

Au moins 694 Palestiniens ont été contraints de quitter leur domicile le mois dernier, selon des chiffres de l'agence humanitaire des Nations unies (Ocha), qui compile des données provenant de diverses agences onusiennes.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a déclaré fin janvier que la violence des colons était devenue un motif clé des déplacements forcés en Cisjordanie.

Les chiffres particulièrement élevés de janvier s'expliquent en partie par le déplacement de la population entière d'un village d'agriculteurs dans la vallée du Jourdain, Ras Ein al-Auja, dont les 130 familles sont parties après des mois de harcèlement.

"Ce qui se passe aujourd'hui, c'est l'effondrement total de la communauté à cause des attaques continues et répétées des colons, jour et nuit, depuis deux ans", avait déclaré à l'AFP en janvier Farhan Jahaleen, un habitant de ce village bédouin.

Des colons israéliens en Cisjordanie, territoire occupé par Israël depuis 1967, s'installent sur des terres agricoles utilisées par les Palestiniens et leur en refusent progressivement l'accès, selon un rapport de 2025 de l'ONG israélienne anti-colonisation La Paix Maintenant.

Pour contraindre les Palestiniens à partir, les colons recourent au harcèlement, à l'intimidation et à la violence, "avec le soutien du gouvernement et de l'armée israélienne", selon cette ONG.

"Personne ne met la pression sur Israël ou sur les autorités israéliennes pour arrêter cela, et les colons le ressentent: ils ont le sentiment d'une impunité totale, qu'ils sont libres de continuer", a déclaré Allegra Pacheco, directrice du West Bank Protection Consortium, un groupe d'ONG œuvrant pour soutenir les Palestiniens face aux déplacements.

"Tous les regards sont tournés vers Gaza lorsqu'on parle de la Palestine, alors que nous assistons à un nettoyage ethnique en cours en Cisjordanie et que personne n'y prête attention", a-t-elle déclaré à l'AFP.

L'expansion de la colonisation juive en Cisjordanie est considérée par l'ONU, avec la poursuite des violences, comme l'un des principaux obstacles à la résolution du conflit israélo-palestinien.

Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque trois millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500.000 Israéliens installés dans des colonies jugées illégales au regard du droit international.