Pourquoi les liens étroits de l’Iran avec Al-Qaïda ne devraient surprendre personne

Des membres des Gardiens de la révolution iranienne marchent pour commémorer l'anniversaire de la guerre Iran-Irak (1980-1988), à Téhéran, le 22 septembre 2011. (Reuters)
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Publié le Vendredi 27 novembre 2020

Pourquoi les liens étroits de l’Iran avec Al-Qaïda ne devraient surprendre personne

  • Al-Qaida et l’Iran ont l'Amérique comme principal ennemi, et le groupe a mené plusieurs attaques terroristes contre les États-Unis. Al-Qaïda est également une menace pour les États du Golfe que l'Iran considère comme des rivaux régionaux
  • Une mine de 470 000 documents publiés par la CIA à la fin de 2017 a révélé des liens étroits entre le régime iranien et Al-Qaïda. Oussama ben Laden a conseillé à ses partisans de respecter le gouvernement iranien

Le New York Times a révélé, dans un article citant des sources des services de renseignement, la mort du numéro 2 d’Al-Qaïda, Abdallah Ahmed Abdallah, également connu sous le nom d’Abou Mohammed al-Masri.

Il aurait été abattu, à la demande des États-Unis, par deux agents israéliens dans les rues de Téhéran le 7 août avec sa fille, la veuve de Hamza, l’un des fils de l'ancien chef d'Al-Qaïda Oussama ben Laden.

Abou Mohammed al-Masri, qui était le probable successeur du dirigeant actuel d'Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, a été accusé d'avoir participé aux attentats à la bombe contre deux ambassades américaines en Afrique en 1998. Les autorités iraniennes ont tenté de dissimuler sa mort, voulant éviter à tout prix que l’on fasse le lien entre l’Iran et Al-Qaïda. Téhéran cherche à maintenir son narratif erroné selon lequel le gouvernement chiite iranien est un ennemi des groupes extrémistes sunnites.

Certains ont été surpris que le commandant en second d’Al-Qaïda vive en Iran. Pourtant, les liens du pays avec l’organisation terroriste ne devraient surprendre personne, et ce, pour plusieurs raisons. Même si le régime est connu pour parrainer, soutenir et armer des milices chiites et des groupes terroristes, il a également une longue histoire d'alliances formées avec des groupes sunnites non religieux ou extrémistes avec lesquels il partage des intérêts stratégiques communs. Les liens de l’Iran avec les régimes communistes de la Corée du Nord et du Venezuela en sont des exemples marquants.

Des adversaires communs

L'Iran et Al-Qaïda partagent plusieurs points de convergence. Tous les deux ont l'Amérique comme principal ennemi, et le groupe a mené plusieurs attaques terroristes contre les États-Unis. Al-Qaïda est également une menace pour les États du Golfe que l'Iran considère comme des rivaux régionaux. L'establishment théocratique iranien a très probablement fourni à Abou Mohammed al-Masri les ressources nécessaires pour mener ses campagnes contre les États-Unis et les États du Golfe.

En outre, le mode de fonctionnement d’Al-Qaïda vise à déstabiliser la région et à créer le chaos, un environnement propice que le régime iranien, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et ses milices peuvent exploiter.

Le gouvernement américain a mis sous sanctions les Gardiens de la Révolution, désignant le groupe comme une organisation terroriste étrangère. «Le CGRI participe, finance et encourage activement le terrorisme en tant qu'outil décisionnel politique. Il est le principal moyen utilisé par le gouvernement iranien pour diriger et mettre en œuvre sa campagne terroriste mondiale», a déclaré le président américain Donald Trump.

Al-Qaïda offre également aux autorités iraniennes la possibilité d'accroître leur présence militaire et leur influence dans d'autres pays, comme l'Irak, en utilisant le prétexte de lutter contre des groupes terroristes. C'est pourquoi Al-Qaïda a mené des attaques dans de nombreux pays, mais n'a jamais ciblé l'Iran.

L’ombre du 11-Septembre

Plus important encore, il existe une abondance de preuves liant l'Iran à Al-Qaïda. Un ancien porte-parole du CGRI, Said Qasemi, a fait une révélation surprenante lorsqu'il a déclaré que le gouvernement iranien avait envoyé certains de ses agents en Bosnie-Herzégovine pour former des membres d'Al-Qaïda. Il a ajouté qu’ils avaient camouflé leur identité en se faisant passer pour des travailleurs humanitaires du Croissant-Rouge iranien.

Un autre responsable iranien, Hossein Allahkaram, qui serait l'un des agents envoyés en Bosnie-Herzégovine, a confirmé cette révélation, en expliquant qu’«il y avait autrefois une branche d'Al-Qaïda en Bosnie-Herzégovine… Ils étaient liés à nous via un certain nombre de canaux. Même s'ils s'entraînaient dans leur propre base, lorsqu'ils se sont formés au maniement des armes, ils nous ont rejoints pour diverses activités.»

En outre, une mine de 470 000 documents publiés par la CIA à la fin de 2017 révélait des liens étroits entre le régime iranien et Al-Qaïda. L’ancien dirigeant du groupe terroriste, Oussama ben Laden, a conseillé à ses partisans de respecter le gouvernement iranien, écrivant même que l’Iran était «le principal canal de l’organisation en termes de fonds, de personnel et de communication.»

Trois institutions iraniennes ont longtemps contribué à aider Al-Qaïda : le CGRI, sa force d'élite Al-Qods et le ministère du Renseignement.

Dr Majid Rafizadeh

Afin d’obtenir une formation plus sophistiquée, des membres d'Al-Qaïda se sont rendus au Liban. Selon les documents précités, l'Iran leur a fourni «tout le nécessaire, de l'argent et des armes et leur a offert une formation dans les camps du Hezbollah au Liban, s’ils frappaient en contrepartie les intérêts américains en Arabie saoudite.»

Il est probable que trois institutions iraniennes aient longtemps contribué à aider Al-Qaïda : le CGRI, sa force d'élite Al-Qods et le ministère du Renseignement.

L'Iran a également été impliqué dans les attentats terroristes du 11 septembre 2001, avant lesquels Téhéran a autorisé des membres d'Al-Qaïda à traverser le pays sans visa ni passeport. Des preuves solides, notamment issues d’une décision de la Cour fédérale américaine, suggèrent que «l'Iran a fourni un soutien matériel et direct aux terroristes du 11-Septembre.» Huit des pirates de l'air sont passés par l'Iran avant d'arriver aux États-Unis. Téhéran a fourni des fonds, un soutien logistique et des munitions aux dirigeants d'Al-Qaïda et en a abrité plusieurs, en échange d'attaques contre les intérêts américains. Des preuves que l’alliance et l’amitié de l’Iran avec Al-Qaïda sont incontestables.

 

Dr. Majid Rafizadeh est un politologue irano-américain diplômé de Harvard. Twitter : @Dr_Rafizadeh.

NDLR : L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com