Francophonie: Le développement culturel, un vecteur stratégique pour l’Arabie saoudite

Emmanuel Macron à Riyad, où il rencontrait le prince héritier du Royaume, Mohammed ben Salmane en 2021 (Photo, Fournie).
Emmanuel Macron à Riyad, où il rencontrait le prince héritier du Royaume, Mohammed ben Salmane en 2021 (Photo, Fournie).
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Publié le Mardi 21 mars 2023

Francophonie: Le développement culturel, un vecteur stratégique pour l’Arabie saoudite

  • À l’occasion de l’édition 2023, le mois de la Francophonie s’est articulé autour d’artistes et d’œuvres qui témoignent d’une grande diversité de regards sur le monde
  • La francophonie est en train de s’installer dans la durée dans le Royaume grâce à des partenariats avec la France

PARIS: À Djeddah, il m’est arrivé plusieurs fois de converser en français avec les membres de ma famille en public et cela a suscité à chaque fois une curiosité et un intérêt appuyés. «Oh, j’aimerais tellement apprendre le français!», m’a même confié un jour, le sourire aux lèvres et les yeux pétillants, la responsable d’une parfumerie. Les Saoudiens sont attirés par la culture française, par le made in France, au point qu’ils célèbrent parfois la francophonie avec plus d’enthousiasme encore que les pays.

EN BREF

La langue française est une langue internationale. Elle est parlée par 325 millions de personnes sur la planète.

Au niveau mondial, 93 millions d’élèves et d’étudiants utilisent le français comme langue d’étude et 51 millions de personnes l’apprennent.

En effet, même si l’Arabie saoudite n’est pas un pays francophone, ces dernières années, cet attrait se fait bel et bien ressentir un peu partout dans le Royaume. De Riyad à Djeddah en passant par Dammam et Khobar, des cercles francophones se forment, se rencontrent. Les lycées français, bien ancrés depuis des années dans plusieurs villes du Royaume, ont contribué à un essor évidemment renforcé par les récentes réformes et la politique qui s’en est suivie.

C’est le 14 juillet 2020, le jour de la fête nationale française, qu’Arab News a choisi de lancer sa version francophone. Sa mission était de créer un pont entre les mondes arabe et francophone – qui s’entrecroisent souvent d’ailleurs. Ce projet demeure un symbole fort et durable des relations entre la France et l'Arabie saoudite. Le Royaume a ainsi prouvé qu'un pays non francophone – en termes de langue – est capable d'embrasser la francophonie au sens large.

En outre, afin de marquer la journée de la Francophonie, le 20-Mars, Riyad organise un festival de la Francophonie qui ne se limite pas à une seule journée, mais s’étend sur la quasi-totalité du mois de mars.

L’édition 2022 avait ainsi vu se dérouler à travers tout le Royaume plus de soixante événements culturels, pédagogiques, sportifs et gastronomiques. L'ambassadeur de France en Arabie saoudite, Ludovic Pouille, s'était alors félicité de l'engouement que rencontre la langue française dans le Royaume – un attrait toujours plus important et que l'on constate notamment à travers «la demande croissante d'inscription dans nos alliances françaises, mais également dans nos écoles».

Le français en Arabie saoudite

 

En 2021 déjà, à l’occasion de la Journée de la francophonie, de jeunes Saoudiennes et Saoudiens avaient fait part de leur désir de voir la langue française prospérer. «La langue française m’a donné une chance d’avoir une interaction avec les pays francophones; elle m’a donné une valeur professionnelle et linguistique», a déclaré l’un d’eux, qui a précisé qu’il souhaitait vivement que la télévision propose une «chaîne saoudienne en français».

En Arabie saoudite, 150 000 personnes parlent le français et 500 professeurs enseignent cette langue.


 

À l’occasion de l’édition 2023, le Mois de la francophonie s’est articulé autour d’artistes et d’œuvres qui témoignent d’une grande diversité de regards sur le monde. Musique, cinéma, gastronomie, littérature et arts visuels sont à l’honneur à Riyad, Khobar, Djeddah et AlUla. Parmi les événements majeurs, le dessinateur Joël Alessandra sera présent dans ces quatre villes. Une Nuit de la poésie, en partenariat avec Van Cleef and Arpels, a déjà réservé son lot d’émerveillements et de magie. D’autres manifestations locales ont lieu dans plusieurs villes au cours du mois de mars en collaboration avec l’ensemble des ambassades des pays francophones. En 2021, dix ambassades avaient participé au Festival de la gastronomie des pays francophones.

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Musique, cinéma, gastronomie, littérature et arts visuels sont à l’honneur à Riyad, Khobar, Djeddah et AlUla (Photo, Fournie).

Accord historique

La francophonie est en train de s’installer dans la durée dans le Royaume, notamment grâce à des partenariats établis avec la France dans de nombreux domaines. L’élan d’aujourd’hui remonte à l’année 2018, avec l’accord historique signé entre la France et l’Arabie saoudite et destiné à développer les caractéristiques culturelles et patrimoniales du gouvernorat d’AlUla et à lancer des initiatives scientifiques conjointes liées à la recherche archéologique ainsi qu’aux fouilles au sein du Royaume. Ce site constitue non seulement le plus grand chantier de fouilles archéologiques du monde, mais également le plus important partenariat culturel entre deux pays. La directrice de l’archéologie et du patrimoine au sein de l’Agence française pour le développement d’AlUla (Afalula), Ingrid Périssé-Valéro, affirme que cet accord constitue «un modèle de développement économique, touristique et culturel qui vise à mettre en valeur et à préserver le patrimoine culturel d’AlUla».

En novembre 2021, dans le cadre de la visite à Paris du ministre saoudien de la Culture, le prince Badr ben Farhane, une autre série d’accords a promu la coopération et les échanges culturels dans divers secteurs, notamment l’architecture et le design, le patrimoine, les arts visuels, les arts de la scène, le cinéma et la littérature.

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Musique, cinéma, gastronomie, littérature et arts visuels sont à l’honneur à Riyad, Khobar, Djeddah et AlUla (Photo, Fournie).

Un mois plus tard, le président français, Emmanuel Macron, se rendait à Riyad, où il rencontrait le prince héritier du Royaume, Mohammed ben Salmane. Dans la foulée, un accord de coopération conjoint dans le domaine de l'utilisation pacifique de l'espace ainsi qu'un protocole d'accord qui consolide les relations culturelles entre l'Arabie saoudite et la France étaient signés.

 

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Un mois plus tard, le président français, Emmanuel Macron, se rendait à Riyad, où il rencontrait le prince héritier du Royaume, Mohammed ben Salmane (Photo, Fournie).

Mohammed ben Salmane aura quant à lui été accueilli en grande pompe par Emmanuel Macron en juillet dernier, sous l’objectif des photographes, avec le tapis rouge déroulé dans la cour d’honneur de l’Élysée.

Cette visite s’inscrit dans la droite ligne de relations saoudo-françaises «très fortes grâce aux contacts que le roi Faisal a initiés depuis 1919» à Paris, comme l’estime le prince Turki al-Faisal à Arab News en français. «Une relation qui s’est fortifiée par de fréquentes visites en France et par l’accueil des chefs d’État français en Arabie saoudite», précise-t-il.

La semaine dernière, le ministre saoudien de la Culture se trouvait une nouvelle fois à Paris pour une réunion avec son homologue française, Rima Abdul-Malak. Dans ce contexte, une pierre s’est ajoutée à l’édifice de la coopération culturelle entre la France et l’Arabie saoudite avec la signature d’un accord entre la Royal Commission For AlUla (RCU) et le Centre Pompidou, une institution nationale d'art et de culture située à Paris. L'objectif est de mettre en place un musée d'art contemporain à AlUla qui permettra au centre d'étendre sa présence en Arabie saoudite.

Aujourd’hui, cette coopération culturelle particulièrement riche entre la France et le Royaume s’accélère. Elle est érigée en partenariat stratégique puisqu’elle est partie intégrante de la Vision 2030 saoudienne et du plan «France 2030». Ces derniers veulent répondre aux mêmes défis. Pour l’ambassadeur de France en Arabie saoudite, Ludovic Pouille, «la transition énergétique peut amener à préserver l’environnement, la biodiversité et la transition digitale».

La culture occupe une place de choix dans ce partenariat. En effet, l’Arabie saoudite, pays en théorie non francophone, est en train de s’ériger, lentement mais sûrement, en porte-étendard de la culture francophone à l’heure où les pays francophones «traditionnels» notent un réel déclin de la langue française et de l’engouement de leur population à l’égard de la francophonie et de ce qu’elle représente en termes de culture et d’ouverture. La francophonie ne saurait être, de fait, cantonnée à une langue.


«Si le Liban echoue, cela impactera sur la région et sur l'Europe», déclare Haneen Sayed, ministre des Affaires sociales, à Arab News

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  • Haneen Sayed avertit que la guerre et les déplacements risquent d'accélérer l'effondrement institutionnel et le déclin économique du Liban
  • Beyrouth appelle à un cessez-le-feu et à un soutien mondial pour reconstruire l'autorité de l'État et contenir l'influence du Hezbollah

NEW YORK CITY : Haneen Sayed, ministre libanaise des Affaires sociales, a profité de sa visite à New York et à Washington cette semaine pour souligner le besoin urgent de renforcer les institutions de l'État alors que le pays est confronté aux pressions combinées de la guerre, des déplacements massifs de population et de la pression économique.

Elle a déclaré que le renforcement de l'État libanais, de l'armée aux services sociaux, est essentiel non seulement pour répondre à la crise humanitaire immédiate, mais aussi pour restaurer la confiance du public et prévenir toute nouvelle érosion institutionnelle à un moment critique.

Mme Sayed a également souligné l'importance des pourparlers directs entre le Liban et Israël qui auront lieu cette semaine à Washington et qui visent à obtenir un cessez-le-feu entre Israël et la milice du Hezbollah soutenue par l'Iran, affirmant que l'arrêt de la violence est une première étape nécessaire pour rendre les négociations viables.

S'adressant à Arab News au siège des Nations unies à New York avant de participer aux réunions de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale à Washington, M. Sayed a décrit l'ampleur de la crise à laquelle le Liban est confronté.

"Lorsque le Hezbollah a décidé de lancer six missiles sur la frontière (israélienne) le 2 mars, ce qui nous a entraînés dans cette guerre, notre économie ne s'était pas encore rétablie", a-t-elle déclaré.

"Notre secteur financier et les réformes que nous avons entreprises l'année dernière en tant que gouvernement n'ont pas encore porté leurs fruits. Au niveau régional, nos partenaires du Golfe font face à leurs propres défis et, au niveau mondial, les financements sont en baisse depuis deux ans.

"Nous comprenons les contraintes, mais notre message à la communauté internationale est que le Liban ne peut pas échouer : en tant que pays, en tant que gouvernement ou en tant qu'idée. L'échec du Liban aurait des conséquences pour ses voisins, la région et même l'Europe."

Le 2 mars, le Hezbollah a lancé des roquettes et des drones sur le nord d'Israël en représailles à l'assassinat par les États-Unis et Israël du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le 28 février. Israël a répondu par une nouvelle offensive aérienne et terrestre contre le Liban.

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Un volontaire de la Croix-Rouge libanaise inspecte les dégâts subis par ses véhicules de secours sur le site d'une attaque de drone israélien, le 13 avril. (AFP)


Les perspectives de paix restent incertaines après qu'Israël a déclaré le 11 avril qu'il ne discuterait pas d'un cessez-le-feu avec le Hezbollah lors des discussions avec les responsables libanais à Washington, selon les médias.

À ce jour, le conflit a fait plus de 2 000 morts, plus de 6 500 blessés et plus d'un million de personnes déplacées à travers le pays, selon les autorités libanaises.

M. Sayed a vivement critiqué le rôle du Hezbollah dans le conflit et son impact plus large sur le pays. "Le Hezbollah est un groupe armé dont les activités sont illégales", a-t-elle déclaré.

"Je ne crois pas que le Hezbollah ait réussi à défendre le pays et son peuple. Il n'a fait qu'apporter la dévastation à son peuple, à son pays.

Ces propos ont été tenus alors que le chef du Hezbollah, Naim Qassem, a appelé le gouvernement libanais à annuler les pourparlers directs avec Israël à Washington, les qualifiant d'"inutiles" et d'une forme de "soumission et de capitulation".

Il a également promis que le Hezbollah poursuivrait ses opérations militaires et ne rendrait jamais ses armes, affirmant que le groupe se battrait "jusqu'à son dernier souffle" et qu'il était prêt à une confrontation prolongée.

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Environ 85 % des personnes déplacées ne se trouvent pas dans des abris officiels. (AFP)



La réponse de M. Sayed à cette menace reflète une réalité difficile mais inéluctable. Nous ne nous attendions pas à ce que Naim Qassem vienne nous dire : "D'accord, nous allons nous asseoir à la table avec vous", a-t-elle déclaré.

"Et bien sûr, il y a un facteur externe majeur, à savoir les soutiens du Hezbollah, y compris l'Iran, et cela se joue sur un autre front. Je pense que les décisions ne sont pas prises uniquement par le Hezbollah lui-même.

Il y a, en quelque sorte, un "grand frère" qui prend ces décisions, ce qui est préjudiciable à notre pays. Nous espérons que cette question sera abordée dans le cadre d'un accord régional plus large.

La priorité du Liban reste le renforcement de l'État lui-même, a-t-elle déclaré. "Il faut du temps et de la patience, et maintenir le cap en voulant ce qu'il y a de mieux pour le pays.

"Nous voulons une armée forte. Si l'armée libanaise est en mesure de protéger les citoyens, c'est ce que nous voulons, plutôt qu'une faction armée, qui n'a pas réussi à protéger les gens. Elle a semé la dévastation sur son propre territoire".

M. Sayed a également souligné que l'État devait être le principal fournisseur de services et de sécurité. "Les gens ont besoin d'être rassurés sur la présence de l'État et sur le fait qu'en fin de compte, seul l'État peut vraiment les protéger.

Elle a ajouté que le renforcement des capacités de l'État doit aller de pair avec le soutien international, car le Liban est confronté à des pressions à la fois sécuritaires et sociales. Ces pressions ont alimenté les craintes d'instabilité interne.

Si Mme Sayed s'est déclarée convaincue que le Liban pourrait éviter un retour à la guerre civile, elle a néanmoins reconnu la pression qu'elle subit. "Pour être honnête, nous sommes à bout de souffle", a-t-elle déclaré. "On ne peut pas s'en cacher, et toutes les communautés sont anxieuses.

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Une pelleteuse dégage les décombres d'un bâtiment dans le quartier de Hay al-Selloum à Beyrouth, visé par une frappe israélienne. (AFP)
 


Elle a expliqué qu'elle se rendait régulièrement dans des abris pour personnes déplacées et qu'elle était témoin des difficultés croissantes. "On voit le désespoir sur les visages des mères, les maris et les fils assis dans les abris, attendant que quelque chose se passe.

Selon elle, l'aggravation des conditions pourrait intensifier la pression sur des communautés déjà fragiles, d'autant plus que la plupart des personnes déplacées ne sont pas dans des abris formels mais restent dans des communautés d'accueil ou comptent sur des économies qui s'épuisent rapidement.

La situation humanitaire est gérée sous une forte pression financière. Le Liban a lancé un appel d'urgence de 308 millions de dollars auprès des Nations unies, mais n'a reçu qu'à peine 30 % des fonds nécessaires.

"Nous sommes déjà dans le deuxième mois, et nous ne savons pas exactement où cela va nous mener", a-t-elle déclaré.

Elle a souligné la nécessité d'un soutien urgent en matière d'abris, de nourriture, d'eau et de services d'assainissement, notant que les municipalités sont également soumises à une forte pression alors que les systèmes d'infrastructure luttent pour absorber l'impact des déplacements massifs.

Environ 85 % des personnes déplacées ne sont pas dans des abris formels - elles vivent avec des proches, louent un logement ou comptent sur leurs économies.

"Ces économies s'épuiseront si la guerre se prolonge", a-t-elle averti, ajoutant que l'économie libanaise, déjà fragile, pourrait voir sa croissance récente s'inverser si le conflit se poursuit.

"L'économie se contracte et les 5 % de croissance atteints en 2025 pourraient être effacés en quelques mois. Si la guerre se poursuit pendant l'été, période où le Liban reçoit habituellement des envois de fonds et des activités touristiques, la contraction de l'économie devrait s'aggraver de manière significative."


Les services municipaux des régions accueillant des populations déplacées, notamment Beyrouth, Sidon et le Mont-Liban, sont particulièrement sollicités, avec une demande accrue d'eau, d'électricité et de services de gestion des déchets.

Malgré la crise, M. Sayed a déclaré que le renforcement des institutions de l'État était une priorité essentielle. "Les institutions de l'État sont encore plus importantes aujourd'hui, c'est une priorité absolue", a-t-elle déclaré.

Elle a souligné que l'armée libanaise était une institution clé nécessitant un soutien, aux côtés des services publics tels que l'éducation et les programmes de protection sociale.

"Nous avons mis au point un programme très solide", a-t-elle déclaré, faisant référence aux transferts directs d'argent liquide conçus pour créer un lien plus fort entre les citoyens et l'État. "Le citoyen sait alors que c'est le gouvernement qui l'aide.

Elle a également souligné l'importance de maintenir la présence de l'État sur le terrain. "L'État est là, nous sommes là pour aider les gens", a-t-elle déclaré.

Mme Sayed a déclaré que la crise libanaise avait des implications plus larges au-delà des frontières du pays. "Le Liban ne peut pas échouer en tant que pays, en tant que gouvernement, en tant qu'idée", a-t-elle déclaré. "L'échec du Liban aura des conséquences ... pour les voisins, pour la région et même pour l'Europe.

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a exhorté Israël et le Liban à saisir une "occasion historique" lors de l'ouverture mardi à Washington de pourparlers directs - les premiers depuis 1993 - afin de tracer la voie vers un cessez-le-feu et une stabilité à long terme.

Ces pourparlers interviennent alors que les États-Unis craignent que le conflit entre Israël et le Hezbollah ne déstabilise le fragile cessez-le-feu lié à l'impasse plus large avec l'Iran, après que la diplomatie avec Téhéran la semaine dernière n'a pas abouti à une percée.

Le Hezbollah a lancé des salves de roquettes simultanées sur 13 villes du nord d'Israël peu après le début des pourparlers, soulignant ainsi l'instabilité de la situation.

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Une boule de feu s'élève d'un bâtiment touché par une frappe aérienne israélienne dans la région d'Abbasiyeh, à la périphérie de la ville de Tyr, au sud du Liban, le 8 avril. (AFP)



Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a déclaré mardi qu'il était peu probable que les pourparlers aboutissent à une percée immédiate. "Personne ne s'attend à ce que ces pourparlers aujourd'hui résolvent tous les problèmes", mais il a souligné qu'ils pourraient contribuer à modifier des dynamiques de longue date.

Il a décrit un cycle dans lequel "le Hezbollah et Israël se sont toujours aidés mutuellement à déstabiliser le gouvernement libanais", les actions de chaque partie fournissant à l'autre une justification pour l'escalade.

Les opérations israéliennes, a-t-il dit, permettent au Hezbollah d'affirmer que "nous ne pouvons pas désarmer", tandis que les tirs de roquettes du Hezbollah donnent à Israël des raisons de mener de nouvelles attaques à grande échelle.

M. Guterres a souligné que le gouvernement libanais recherchait à la fois l'intégrité territoriale et "le monopole de l'usage de la force", ce qui implique le désarmement du Hezbollah, et a appelé à une évolution vers la coopération afin que le Liban ne soit plus "la victime" de ce cycle "négatif".

M. Sayed a déclaré qu'un arrêt immédiat de la violence était essentiel.

"Avant toute chose, nous avons besoin d'un cessez-le-feu. Nous devons arrêter les bombes qui nous tombent sur la tête", a-t-elle déclaré, ajoutant qu'un cessez-le-feu rendrait également les négociations plus réalisables.

"J'espère qu'il y aura une désescalade et un cessez-le-feu. Je pense qu'en fin de compte, même pour les Israéliens, ce n'est pas dans leur intérêt. S'il y a un véritable conflit civil au Liban, cela ne fera qu'engendrer le chaos".

Le 8 avril, le Liban a été frappé par une importante vague de frappes aériennes israéliennes qui ont touché plusieurs zones, notamment Beyrouth, la banlieue sud, Sidon, Tyr et la vallée de la Bekaa, quelques heures seulement après l'annonce d'un cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran et alors que le Hezbollah signalait une pause dans ses attaques.

Les frappes ont touché sans préavis des quartiers résidentiels et commerciaux très fréquentés, ont submergé les hôpitaux de blessés et ont fait au moins 350 morts et plus de 1 000 blessés, certains rapports libanais et internationaux faisant état d'un bilan encore plus lourd.

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Un volontaire de la Croix-Rouge libanaise inspecte les dégâts subis par ses véhicules de secours sur le site d'une attaque de drone israélien, le 13 avril. (AFP)


Certains Libanais craignent qu'Israël n'essaie délibérément d'attiser les divisions sectaires internes au Liban avec de telles attaques.

"C'est possible, c'est possible", a déclaré M. Sayed. "Je pense que ce qu'a fait Israël aurait pu facilement attiser les tensions. Mais heureusement, je fais confiance aux Libanais pour qu'ils voient plus loin. Il y a eu de la retenue et beaucoup de sympathie. Les communautés se sont rassemblées.

Elle a également répondu aux avertissements israéliens selon lesquels le Liban pourrait connaître le même sort que Gaza, en déclarant que la population libanaise est profondément consciente des risques, mais qu'elle s'efforce d'éviter l'escalade.

"Ces menaces, nous les avons entendues à maintes reprises de la part des Israéliens. Il faut prendre au sérieux ce que disent les Israéliens, surtout après ce qui s'est passé lors du 'mercredi noir' il y a une semaine. Ils ne s'arrêteront probablement pas là.

"Le peuple libanais se méfie donc et c'est pourquoi, en tant que gouvernement, nous avons pris des mesures. Le président a déclaré il y a plus d'un mois que nous étions prêts pour des négociations et des pourparlers directs, et c'est ce qui se passe.

"Espérons que ce sera le début d'un processus.

Mme Sayed a déclaré que le but ultime de sa visite était d'obtenir un soutien humanitaire et politique de la part de la communauté internationale - "l'assurance pour le peuple libanais que la communauté internationale est toujours à ses côtés".


Le Hezbollah a tiré une trentaine de roquettes sur le nord d'Israël mercredi matin 

Les camarades du sergent-major (réserve) Ayal Uriel Bianco, qui aurait été tué au combat dans le sud du Liban, se tiennent au garde-à-vous devant son cercueil recouvert du drapeau lors de ses funérailles à Katzrin, dans le plateau du Golan annexé par Israël, le 14 avril 2026. (AFP)
Les camarades du sergent-major (réserve) Ayal Uriel Bianco, qui aurait été tué au combat dans le sud du Liban, se tiennent au garde-à-vous devant son cercueil recouvert du drapeau lors de ses funérailles à Katzrin, dans le plateau du Golan annexé par Israël, le 14 avril 2026. (AFP)
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  • Ces tirs interviennent au lendemain de discussions directes, à Washington, entre Israël et le Liban, les premières en plus de 30 ans, dénoncées par le Hezbollah
  • "Environ 30 tirs ce matin", a déclaré vers 06h40 GMT le porte-parole militaire à l'AFP, en réponse à une question sur le nombre de roquettes tirées depuis les premières heures de la matinée par le mouvement chiite

JERUSALEM: Les combattants du mouvement libanais Hezbollah ont tiré une trentaine de roquettes sur Israël à partir du Liban mercredi matin, a indiqué à l'AFP un porte-parole de l'armée israélienne.

Ces tirs interviennent au lendemain de discussions directes, à Washington, entre Israël et le Liban, les premières en plus de 30 ans, dénoncées par le Hezbollah. A l'issue de ces discussions, Israël et le Liban ont accepté d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable, selon le département d'Etat américain qui accueillait la rencontre.

"Environ 30 tirs ce matin", a déclaré vers 06h40 GMT le porte-parole militaire à l'AFP, en réponse à une question sur le nombre de roquettes tirées depuis les premières heures de la matinée par le mouvement chiite, allié de l'Iran.

 

 


Liban: frappe israélienne au sud de Beyrouth 

Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable. (AFP)
Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable. (AFP)
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  • "L'aviation ennemie a visé une voiture à Saadiyat", une localité côtière, a annoncé l'Agence nationale d'information (Ani, officielle)
  • Depuis ses frappes massives du "mercredi noir", le 8 avril, qui avaient fait plus de 350 morts à Beyrouth et ailleurs dans le pays, Israël n'a plus visé la capitale libanaise à la suite de pressions diplomatiques

BEYROUTH: Une frappe israélienne a visé mercredi une voiture à une vingtaine de km au sud de Beyrouth, selon un média d'Etat, au lendemain de la décision du Liban et d'Israël d'entamer des négociations directes en vue d'une paix durable.

"L'aviation ennemie a visé une voiture à Saadiyat", une localité côtière, a annoncé l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Depuis ses frappes massives du "mercredi noir", le 8 avril, qui avaient fait plus de 350 morts à Beyrouth et ailleurs dans le pays, Israël n'a plus visé la capitale libanaise à la suite de pressions diplomatiques.