Retraites: Dans les cortèges de plusieurs villes, les violences montent d'un cran

Des manifestants courent dans la fumée des gaz lacrymogènes à côté d'un feu de rue en marge d'une manifestation dans le cadre d'une journée nationale de grèves et de manifestations à Toulouse, dans le sud de la France, le 23 mars 2023 (Photo, AFP).
Des manifestants courent dans la fumée des gaz lacrymogènes à côté d'un feu de rue en marge d'une manifestation dans le cadre d'une journée nationale de grèves et de manifestations à Toulouse, dans le sud de la France, le 23 mars 2023 (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 24 mars 2023

Retraites: Dans les cortèges de plusieurs villes, les violences montent d'un cran

  • Cette 9e journée de mobilisation intersyndicale a dessiné une carte de France des tensions où ne figure pas le pourtour méditerranéen et notamment Marseille
  • A Montpellier aussi, le cortège s'est déroulé «globalement bien», a assuré le préfet de l'Hérault, Hugues Moutouh

PARIS: Porche de l'hôtel de ville de Bordeaux incendié, canon à eau et centre-ville noyé sous la lacrymogène à Rennes, dégradations et affrontements dans les rues de Paris : les manifestations contre la réforme des retraites ont connu un regain de tensions dans plusieurs villes.

Sporadiques depuis le début de la mobilisation syndicale le 19 janvier, les violences ont ressurgi parfois spectaculairement jeudi au fil de plusieurs cortèges, monopolisant à nouveau l'antenne des chaînes d'information continue et rappelant les souvenirs des "gilets jaunes" en 2018-2019 ou de la loi Travail en 2016.

Paris, où la préfecture de police a dénombré en début d'après-midi "environ un millier" d'éléments radicaux, Rennes, Nantes, Lorient ou encore Toulouse... Cette 9e journée de mobilisation intersyndicale a dessiné une carte de France des tensions où ne figure pas le pourtour méditerranéen et notamment Marseille.

À Montpellier aussi, le cortège s'est déroulé "globalement bien", a assuré le préfet de l'Hérault, Hugues Moutouh.

Plus au nord et à l'ouest, ce fut beaucoup moins vrai. Le porche de l'hôtel de ville de Bordeaux, où doit être reçu le roi Charles III mardi, a été brièvement incendié dans la soirée.

À Paris, des violences ont éclaté en tête de la manifestation avec son lot de vitrines brisées et de mobilier urbain détruit, et des incidents se sont poursuivis en soirée dans le sillage de cortèges dits "sauvages". À rebours d'un défilé où la grande majorité des manifestants a marché pacifiquement.

Peu avant 22h00, le ministre de l'Intérieur a fait état de 172 interpellations en France, et de 149 blessés dans les rangs des forces de l'ordre.

La Première ministre Elisabeth Borne a jugé dans un tweet "inacceptables" les "violences et dégradations" de la journée.

Dans la capitale, où la préfecture de police a fait état de 103 interpellations à 22h15, au moins un manifestant blessé a été pris en charge par les pompiers, a constaté une journaliste de l'AFP.

Darmanin dénonce la violence de «casseurs» issus de «l'extrême gauche»

"1 500 casseurs" étaient présents à Paris pour "casser du flic et des bâtiments publics", a dit le ministre de l'Intérieur, qui s'exprimait depuis la préfecture de police de Paris.

A ce stade, il y a 172 interpellations en France, dont 77 à Paris, dont certaines pour des "attaques contre des personnes dépositaires de l'autorité publique" ou des "incendies", a-t-il ajouté.

Beaucoup d'interpellés sont "jeunes", "beaucoup sont connus" comme appartenant à "l'ultra-gauche", a-t-il encore en dénonçant "la bordélisation souhaitée par une partie de l'extrême gauche", qui "ne gagnera pas".

Vers 22H00, 140 feux avaient été recensés dans la capitale, dont "une quarantaine" en train d'être éteints, a-t-il ajouté.

A cette heure, 149 policiers et gendarmes ont été blessés, certains "gravement", a-t-il regretté, en évoquant des jets "d'acide, de cocktails molotov, de pavés", contre les forces de l'ordre.

«Scènes de chaos» à Rennes

Dans l'ouest de la France, les violences et affrontements entre forces de l'ordre et manifestants sont manifestement montés en gamme par rapport aux précédentes mobilisations.

À Rouen, une manifestante d’une trentaine d’années, qui travaille avec des enfants handicapés, a eu un pouce arraché, selon la députée LFI Alma Dufour.

À Nantes, des manifestants se sont introduits dans le tribunal administratif, saccageant l'accueil et brisant vitres et portes. Plusieurs commerces ont été dégradés.

À Lorient (Morbihan), le commissariat de la ville et les forces de l'ordre a été pris pour cibles par des manifestants, en grande partie des jeunes au visage dissimulé. Des vitres du bâtiment, voisin de la sous-préfecture, ont été cassées par des jets de projectiles et des feux allumés contre le portail.

À Rennes, au lendemain d'une journée de heurts entre marins-pêcheurs et forces de l'ordre, des tirs de grenades lacrymogènes ont répondu aux jets de projectiles et feux de poubelles, plongeant le cortège de l'intersyndicale, pris en étau, dans un épais nuage de fumée âcre. La maire Nathalie Appéré s'est émue de "scènes de chaos".

Les forces de l'ordre ont fait usage du canon à eau à Toulouse et Lille, où le chef de la sécurité publique du Nord a été touché par un pavé à la tête.

"C'est plus tendu depuis les manifestations sauvages, depuis vendredi. Avant ça va, le cortège passait, c'était calme. Mais là depuis quelques jours, il y a des poubelles qui brûlent, des gaz lacrymogènes, c'est plus tendu oui. Là, les manifestants sont sur les dents, les policiers aussi, et ils sont plus nombreux aussi", témoigne un commerçant à Strasbourg qui a préféré garder l'anonymat.

Des villes moyennes ont également connu des tensions entre forces de l'ordre et manifestants, comme à Bayonne. À Tulle, la police a dispersé des manifestants, dont des lycéens, en utilisant des gaz lacrymogènes.


France: un défilé du 14-Juillet "massif", l'Ukraine à l'honneur

Des membres du 35e Régiment d’Infanterie (35e RI) "l’As de Trèfle" (à gauche) et du 1er Régiment de Tirailleurs (1er RTir) défilent lors du traditionnel défilé militaire de la Fête nationale du 14 Juillet sur l’avenue des Champs-Élysées, avec l’Arc de Triomphe en arrière-plan, à Paris, le 14 juillet 2025. (AFP)
Des membres du 35e Régiment d’Infanterie (35e RI) "l’As de Trèfle" (à gauche) et du 1er Régiment de Tirailleurs (1er RTir) défilent lors du traditionnel défilé militaire de la Fête nationale du 14 Juillet sur l’avenue des Champs-Élysées, avec l’Arc de Triomphe en arrière-plan, à Paris, le 14 juillet 2025. (AFP)
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  • Le défilé du 14 Juillet mettra en avant le renforcement de la défense française et européenne, avec un format plus important et moderne
  • L’Ukraine sera à l’honneur, tandis que les alliés européens et de l’OTAN afficheront leur soutien et leur unité

PARIS: Des pilotes ukrainiens et français, un défilé "plus massif": la parade militaire du 14 Juillet sur les Champs Elysées aura cette année pour thème "le réveil stratégique de l'Europe" et s'attachera à montrer que la France est "déterminée" et "n'est pas seule", a annoncé lundi le gouverneur militaire de Paris.

"Nous allons avoir un défilé plus massif, plus puissant, plus moderne", a déclaré le général Loïc Mizon lors d'une conférence de presse.

La parade mobilisera près de 8.500 participants, dont 6.500 défileront à pied. Près de 300 véhicules, dont une centaine de motos, 95 avions, 35 hélicoptères, ainsi que 193 chevaux de la Garde Républicaine participeront également.

L'Ukraine, entrée dans sa cinquième année de guerre déclenchée par la Russie en 2022, sera mise à l'honneur. La Patrouille de France ouvrira le défilé aérien, accompagnée de deux Mirage 2000 pilotés par des équipages franco-ukrainiens.

Les 35 pays de la Coalition des volontaires, prêts à fournir des garanties de sécurité à l'Ukraine une fois conclu un cessez-le-feu, ont été invités à participer par le président Emmanuel Macron, qui assistera à son 10e et dernier défilé en tant que chef d'Etat.

La présidente de la Commission européenne Ursula Von Der Leyen et le général Grynkewich, commandant suprême de l'OTAN, ont aussi été conviés.

Les soldats français des bataillons multinationaux de l'Otan déployés sur le flanc Est de l'Europe (Roumanie, Estonie) descendront la célèbre avenue parisienne.

La présence des alliés et des partenaires doit ainsi témoigner que "l'Europe n'est pas seule", a dit le général Mizon.

Le but de ce défilé est aussi de concrétiser aux yeux des Français les "efforts budgétaires consacrés depuis 10 ans aux forces armées", a fait-t-il valoir.

Le commissariat numérique de Défense défilera pour la première fois, pour "souligner la transformation numérique du ministère des Armées".

Deux blocs de réservistes défileront également: l'un composé de réservistes de la SNCF et un un autre de réservistes d'Airbus France.

La Marine nationale, qui fête cette année ses 400 ans d'existence clôturera le défilé au son du bagad de Lann-Bihoué, basé près de Lorient (Morbihan).

La parade militaire durera 2 heures et se terminera par l'hymne européen, "l'Ode à la joie".


Merz et Macron se sont entendus pour arrêter le projet d'avion de combat commun SCAF, selon Berlin

Une maquette grandeur nature du « New Generation Fighter » (NGF), qui fait partie du Future Combat Air System (FCAS) en cours de développement par Dassault Aviation, Airbus et Indra Sistemas, est présentée à l’aéroport de Paris-Le Bourget le 20 juin 2023. (AFP)
Une maquette grandeur nature du « New Generation Fighter » (NGF), qui fait partie du Future Combat Air System (FCAS) en cours de développement par Dassault Aviation, Airbus et Indra Sistemas, est présentée à l’aéroport de Paris-Le Bourget le 20 juin 2023. (AFP)
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  • Friedrich Merz et Emmanuel Macron ont constaté l’échec du projet SCAF en raison des désaccords persistants entre Airbus et Dassault Aviation sur le développement de l’avion de combat commun
  • Le programme d’avion de combat est abandonné, mais les deux pays souhaitent maintenir la coopération sur les technologies clés du FCAS, notamment le réseau numérique reliant avions, drones et autres systèmes de défense européens

BERLIN: Friedrich Merz et Emmanuel Macron se sont entendus pour "ne plus poursuivre la construction d'un avion de combat commun", le SCAF, a appris l'AFP lundi auprès du gouvernement allemand.

Depuis des mois, le projet d'avion de combat franco-germano-espagnol, le SCAF, était en panne sur fond de tensions germano-françaises et entre Airbus et Dassault. En février, le chancelier allemand Friedrich Merz avait déjà ouvertement douté de son avenir.

Cette fois, il semble enterré définitivement.

"Le président français et le chancelier allemand sont arrivés au constat partagé que les entreprises (Airbus et Dassault Aviation, ndlr) ne parviennent pas à s'entendre sur la construction d'un avion de combat commun", indique le gouvernement allemand.

"Ils reconnaissent cette réalité. Le chancelier fédéral Merz a donc suggéré au président Macron de ne plus poursuivre la construction d’un avion de combat commun", ajoute-t-il.

Lancé en 2017 par M. Macron et la chancelière Angela Merkel, rejoint par l'Espagne deux ans plus tard, le SCAF est un système qui comprend non seulement un avion mais aussi des drones reliés entre eux par un système de communication numérique innovant, "un cloud de combat".

Selon le gouvernement allemand, "le véritable noyau du FCAS doit être poursuivi en tant que système de systèmes européen".

"Il s’agit en quelque sorte du système nerveux qui relie les avions, les drones et d’autres composants pour former un ensemble intégré", ajoute-t-il.

Il précise que les ministères français et allemand de la Défense "doivent formuler un plan de travail commun et contemporain pour la coopération dans l’industrie de défense, concentré sur quelques projets réalistes et pertinents", lors du conseil des ministres franco-allemand en Allemagne en juin.


G7: les ministres de l'Agriculture réunis à Paris sur la «sécurité des approvisionnements en engrais»

La ministre française de l'Agriculture, Annie Genevard, s'adresse au 59e congrès du syndicat des Jeunes Agriculteurs (JA) au parc des expositions Ainterexpo de Bourg-en-Bresse, dans le centre de la France, le 4 juin 2026. (Photo : OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP)
La ministre française de l'Agriculture, Annie Genevard, s'adresse au 59e congrès du syndicat des Jeunes Agriculteurs (JA) au parc des expositions Ainterexpo de Bourg-en-Bresse, dans le centre de la France, le 4 juin 2026. (Photo : OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP)
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  • La France, qui importe plus de 60% de ses engrais, planche depuis des mois sur un "plan engrais", annoncé par la ministre qui n'en a toutefois pas dévoilé les contours
  • Pour Paris comme l'Europe, l'enjeu est de réduire sa dépendance en diversifiant ses approvisionnements, en réduisant sa consommation et consommant davantage d'engrais organiques (lisiers, purins d'orties...)

PARIS: La France réunit lundi les ministres de l'Agriculture du G7 pour une réunion consacrée aux engrais et à la question de la "sécurité des approvisionnements" en fertilisants dans le contexte du conflit au Moyen-Orient.

Cette réunion est destinée à dresser un bilan des difficultés actuelles des agriculteurs et à identifier "des actions communes" dans un contexte de flambée des cours des fertilisants  depuis le début de la guerre en Iran fin février et la quasi-fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transitent environ 30% des engrais mondiaux.

Cette rencontre, qui se tient dans le cadre de la présidence française du groupe des sept puissances économiques, vise à définir comment "sécuriser les approvisionnements", "améliorer le partage d'informations et la transparence des marchés" et "renforcer la résilience des filières agricoles face aux chocs économiques et géopolitiques", selon un communiqué du ministère français.

La ministre française de l'Agriculture, Annie Genevard, réunit à midi ses homologues des États-Unis, du Royaume-Uni, de l'Allemagne, de l'Italie, du Canada et du Japon, ainsi que des représentants de l'Union européenne, de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et du Système d'information sur les marchés agricoles (AMIS).

Il n'est pas prévu pour l'heure de point presse à l'issue de cette rencontre.

La France, qui importe plus de 60% de ses engrais, planche depuis des mois sur un "plan engrais", annoncé par la ministre qui n'en a toutefois pas dévoilé les contours.

Pour Paris comme l'Europe, l'enjeu est de réduire sa dépendance en diversifiant ses approvisionnements, en réduisant sa consommation et consommant davantage d'engrais organiques (lisiers, purins d'orties...).

Autre piste envisagée, à court terme, la constitution de stocks stratégiques d'engrais, ce qui pourrait toutefois renforcer la hausse des prix et poserait des questions de sécurité (les engrais sont potentiellement explosifs).

L'Europe et ses partenaires occidentaux sont moins exposés que l'Asie ou l'Afrique aux difficultés d'approvisionnement liées à la guerre en Iran. Mais l'impact sur les prix est global et le coût des fertilisants a augmenté d'environ 50% - et jusqu'à 70% pour l'urée, engrais azoté très consommé produit au Moyen-Orient.

Cela aura des conséquences pour la récolte 2027: si les agriculteurs s'étaient déjà approvisionnés pour leurs semis de 2026, la question se posera dès la fin de l'été pour les semis de céréales d'hiver comme le blé ou l'orge. Avec in fine un risque sur le rendement des récoltes mondiales.