Israël: la réforme de la justice bouleverse les clivages politiques

Un nouveau camp politique plaçant l'attachement à l'Etat de droit au-dessus des clivages traditionnels semble émerger du mouvement de protestation d'une part importante de la société israélienne contre le projet de réforme judiciaire voulu par le gouvernement. (AFP)
Un nouveau camp politique plaçant l'attachement à l'Etat de droit au-dessus des clivages traditionnels semble émerger du mouvement de protestation d'une part importante de la société israélienne contre le projet de réforme judiciaire voulu par le gouvernement. (AFP)
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Publié le Jeudi 06 avril 2023

Israël: la réforme de la justice bouleverse les clivages politiques

  • La majorité affirme que la réforme est nécessaire pour rééquilibrer les pouvoirs, et diminuer l'influence d'une Cour suprême qu'elle juge politisée
  • Dans les manifestations de masse qui se succèdent depuis trois mois, le mot d'ordre récurrent est le slogan «Démocratie !» repris par l'ensemble des groupes de manifestants

JERUSALEM: Un nouveau camp politique plaçant l'attachement à l'Etat de droit au-dessus des clivages traditionnels semble émerger du mouvement de protestation d'une part importante de la société israélienne contre le projet de réforme judiciaire voulu par le gouvernement.

Jusqu'à la formation fin décembre d'un gouvernement alliant droite, extrême droite et partis juifs ultraorthodoxes, les clivages, entre laïcs et religieux, centre gauche et centre droit, ashkénazes et séfarades constituaient les principales lignes de fracture de la société israélienne.

Mais la réforme judiciaire défendue par le gouvernement, décriée comme antidémocratique par ses détracteurs car consistant selon eux à affaiblir les garde-fous du pouvoir judiciaire au profit des élus, et l'entrée au gouvernement de religieux nationalistes jusque-là considérés comme d'improbables ministres en raison de leurs positions extrémistes, ont modifié la donne.

La majorité affirme à l'inverse que la réforme est nécessaire pour rééquilibrer les pouvoirs, et diminuer l'influence d'une Cour suprême qu'elle juge politisée.

Dans les manifestations de masse qui se succèdent depuis trois mois, le mot d'ordre récurrent est le slogan "Démocratie !" repris par l'ensemble des groupes de manifestants, des cols blancs de la finance et des ingénieurs de la tech, aux réservistes de l'armée, en passant par les groupes féministes et de défense des droits et les mouvements opposés à l'occupation israélienne des Territoires palestiniens.

«Gauche et droite modérée»

Les responsables israéliens présentent volontiers leur pays comme "la seule démocratie au Moyen-Orient" mais nombre de critiques, à l'extérieur comme à l'intérieur d'Israël, relèvent le caractère "incomplet" de cette démocratie, compte tenu des discriminations dont souffre sa minorité arabe, du poids de l'institution religieuse et de la poursuite de l'occupation des Territoires palestiniens.

Si la contestation s'exprime surtout à Tel-Aviv, bastion de la gauche israélienne, des manifestations de la droite modérée ont eu lieu en divers endroits contre la réforme.

Au sein même du Likoud, le parti de droite du Premier ministre Benjamin Netanyahu, des voix discordantes commencent à se faire entendre face à l'ampleur de la contestation.

"C'est en fait la première fois qu'il y a un vrai mouvement de masse qui peut rassembler des communautés qui n'avaient jusque-là rien en commun, des gens de gauche et de la droite modérée, des laïcs et des religieux critiques, des Juifs et des Arabes", explique la sociologue Eva Illouz dans un entretien à l'AFP.

Selon elle, les motivations de ce nouveau camp politique sont à la fois "morales" et "sociologiques".

"Beaucoup de gens ne veulent pas vivre dans un pays qui nierait de façon explicite, déclarée et légale des droits aux minorités", estime la sociologue, pour qui le mouvement actuel est aussi "une révolte des laïcs contre les religieux, même si [...] ça reste dans le non-dit", dit-elle.

«Radicale et populiste»

En Israël, les ultra-orthodoxes, qui représentent plus de 10% de la population, sont dispensés du service militaire obligatoire et nombre d'entre eux ne travaillent pas pour se consacrer à l'étude de la Torah.

Les subventions et exonérations fiscales dont ils bénéficient, défendues par les partis politiques qui les représentent, membres de la coalition gouvernementale actuelle, leur attirent l'hostilité d'une grande partie du public israélien non religieux, qui les accuse de vivre à leur frais.

La réforme suscite aussi l'inquiétude des milieux économiques et financiers, et en particulier de la high tech, et s'est déjà traduite par un net affaiblissement du shekel face au dollar et à l'euro depuis le début de l'année.

Pour Amir Fuchs, chercheur au Israel Democracy Institute (IDI), cercle de réflexion d'inspiration libérale, le mouvement de protestation met en évidence l'opposition des Israéliens, dont plus de 60% sont contre la réforme, selon différents sondages, à une tentative de "refonte populiste du système judiciaire."

"La ligne de division entre droite-gauche et religieux-laïcs est présente, mais de nombreux électeurs de droite et, ou, religieux ayant voté pour l'actuel gouvernement sont hostiles à la réforme dans sa forme actuelle, radicale et populiste", dit-il dans un entretien à l'AFP.

Et de souligner: "Pour eux la démocratie n'est pas seulement le gouvernement de la majorité, mais aussi la défense des minorités, des droits de l'Homme et l'indépendance de la justice".

Face à l'ampleur de la contestation, M. Netanyahu a suspendu fin mars l'examen de la réforme au Parlement dans le but affiché d'obtenir le ralliement d'une partie de l'opposition sur un projet plus consensuel à l'issue de négociations actuellement en cours. Entre-temps, la mobilisation des opposants se poursuit sans fléchir.


Guerre au Moyen-Orient: Trump subit un camouflet au Congrès, Khamenei doit s'exprimer jeudi

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  • Sans attendre un éventuel accord, la résolution votée par la Chambre des représentants ordonne un retrait des troupes américaines engagées depuis fin février contre la République islamique
  • Elle n'a qu'une portée symbolique en raison du droit du veto du président américain

KOWEIT: Donald Trump a jugé mercredi possible que les discussions avec l'Iran aboutissent ce week-end, malgré la reprise des attaques dans le Golfe et le camouflet infligé par les députés américains qui ont voté en faveur de la fin de guerre.

Une déclaration du guide suprême iranien Mojtaba Khamenei est attendue jeudi, au moment où les négociations entre Washington et Téhéran patinent en dépit de la confiance affichée par le président américain.

"On me dit que les négociations se passent très bien (...) Qui sait (...), cela (la fin des discussions) pourrait être ce week-end", a-t-il encore assuré mercredi dans le Bureau ovale, sans exclure qu'elles échouent.

Sans attendre un éventuel accord, la résolution votée par la Chambre des représentants ordonne un retrait des troupes américaines engagées depuis fin février contre la République islamique. Elle n'a qu'une portée symbolique en raison du droit du veto du président américain.

Mais son adoption, avec quatre voix d'élus républicains, confirme le mécontentement suscité aux Etats-Unis par un conflit qui a fait grimper les prix de l'énergie.

Pressé de trouver une porte de sortie, Donald Trump a déjà laissé entrevoir plusieurs fois ces derniers jours un accord proche, sans résultat tangible, tandis que sur le terrain de nouveaux affrontements entre l'Iran et les Etats-Unis dans le Golfe fragilisent le cessez-le-feu entré en vigueur le 8 avril.

Téhéran a en outre averti du risque de "reprise à grande échelle de la guerre" dans la région en cas d'attaque contre Beyrouth, menace brandie par Israël dans le cadre de son offensive au Liban contre le mouvement chiite pro-iranien Hezbollah.

"Des messages ont été échangés concernant la nécessité de mettre fin à l'agression contre Beyrouth mais aucun progrès tangible n'a été réalisé dans le processus de négociation", a dit le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi dans une interview à la chaîne de télévision libanaise Al Mayadeen rapportée par l'agence iranienne Tasnim.

Attaques contre le Koweït 

Alors que des frappes israéliennes ont fait au moins 10 morts mercredi dans le pays, le Liban et Israël se sont mis d'accord dans la soirée sur "la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu" et la création de "zones pilotes" sous contrôle de l'armée libanaise, jusqu'ici tenue à l'écart.

Mais cette trêve est conditionnée à un "arrêt complet" des tirs du Hezbollah, qui rejette ces pourparlers et a encore revendiqué des attaques contre des positions israéliennes dans le sud du Liban dans la nuit de mercredi à jeudi.

Donald Trump a déclaré vouloir "séparer" les discussions sur le Liban de celles sur l'Iran, alors que Téhéran considère qu'il s'agit d'un seul et même sujet.

Autre point d'achopement: le sort de l'uranium enrichi par l'Iran, que les Etats-Unis et Israël accusent de vouloir se doter de l'arme atomique, ce que Téhéran réfute.

Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a assuré devant une commission parlementaire que la question de l'uranium enrichi était "clairement abordée" avec l'Iran, concédant toutefois que Téhéran n'avait pas donné son feu vert.

Missiles et drones 

Donald Trump a déclaré mercredi qu'il "aimerait rencontrer" Mojtaba Khamenei, dont une déclaration écrite attendue jeudi, 37e anniversaire de la mort du fondateur de la République islamique, Rouhollah Khomeini.

Cette commémoration, qui donne lieu à une grande cérémonie, coïncide cette année avec l'une des principales fêtes chiites célébrée en masse dans les rues.

Elle intervient alors que les hostilités ont repris ces derniers jours, en particulier autour du détroit d'Ormuz, stratégique voie maritime pour les hydrocarbures verrouillée par Téhéran. Ces nouvelles attaques ont fait remonter les cours du pétrole à près de 100 dollars, après une détente la semaine dernière.

Le Koweït a accusé mercredi l'Iran d'une attaque meurtrière (un mort et 63 blessés) contre son aéroport, une première depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu.

Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, ont démenti avoir attaqué l'aéroport. Ils ont affirmé avoir ciblé une base aérienne au Koweït, et le siège de la Cinquième flotte navale américaine à Bahreïn en riposte à une attaque américaine sur l'île Qeshm, et à celle d'un pétrolier iranien.

Le Koweït a dit avoir été visé au total mercredi par 13 missiles balistiques et 17 drones iraniens.

"Les explosions se succédaient et étaient très proches des zones résidentielles. Pour la première fois, les enfants ont ressenti la gravité de la situation", a raconté à l'AFP Hassan Sheikh, un Pakistanais de 40 ans habitant non loin de l'aéroport.


Trump dit qu'il «aimerait rencontrer» le guide suprême iranien Mojtaba Khamenei

 Donald Trump a déclaré mercredi qu'il "aimerait rencontrer" Mojtaba Khamenei, considérant dans une interview au site du New York Post que le guide suprême iranien était réellement "impliqué" dans les décisions de Téhéran. (AFP)
Donald Trump a déclaré mercredi qu'il "aimerait rencontrer" Mojtaba Khamenei, considérant dans une interview au site du New York Post que le guide suprême iranien était réellement "impliqué" dans les décisions de Téhéran. (AFP)
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  • "J'aimerais le rencontrer. J'adorerais rencontrer tout le monde et nous allons probablement nous rencontrer, selon ce qui va se passer", a-t-il ajouté alors que les Etats-Unis et l'Iran s'accusent mutuellement de violer un cessez-le-feu fragile
  • Les Iraniens "ont beaucoup de respect pour lui", a ajouté le président.

WASHINGTON: Donald Trump a déclaré mercredi qu'il "aimerait rencontrer" Mojtaba Khamenei, considérant dans une interview au site du New York Post que le guide suprême iranien était réellement "impliqué" dans les décisions de Téhéran.

"J'aimerais le rencontrer. J'adorerais rencontrer tout le monde et nous allons probablement nous rencontrer, selon ce qui va se passer", a-t-il ajouté alors que les Etats-Unis et l'Iran s'accusent mutuellement de violer un cessez-le-feu toujours plus fragile.

Les Iraniens "ont beaucoup de respect pour lui", a ajouté le président. Le nouveau guide n'est toujours pas apparu publiquement en Iran depuis sa nomination consécutive à la mort de son père, dans des bombardements américano-israéliens fin février.

Mardi, le chef de la diplomatie américaine avait déclaré que les Etats-Unis considéraient Mojtaba Khamenei comme "vivant" et "de plus en plus impliqué" dans la direction de la République islamique.

"Il y a des signes qui montrent qu'il s'implique de plus en plus à un certain niveau, même si toutes ses communications se sont faites par écrit et par l'intermédiaire de tiers", avait affirmé Marco Rubio devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, soulignant la difficulté de faire passer des messages au sein du gouvernement iranien.

Dans son interview Donald Trump a aussi confirmé avoir évoqué avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu les attaques israéliennes sur le Liban, qui mettent en danger le cessez-le-feu en cours au Proche-Orient.

"J'étais un peu perturbé par le fait qu'il se batte sans arrêt avec le Liban. A un moment, j'ai dit : "Bibi, il faut qu'on arrête ça", a-t-il expliqué.

 


Washington pense que Khamenei est «de plus en plus impliqué», dit Rubio

"Il y a des signes qui montrent qu'il s'implique de plus en plus à un certain niveau, même si toutes ses communications se sont faites par écrit et par l'intermédiaire de tiers", a affirmé M. Rubio devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, soulignant la difficulté de faire passer des messages au sein du gouvernement iranien. (AFP)
"Il y a des signes qui montrent qu'il s'implique de plus en plus à un certain niveau, même si toutes ses communications se sont faites par écrit et par l'intermédiaire de tiers", a affirmé M. Rubio devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, soulignant la difficulté de faire passer des messages au sein du gouvernement iranien. (AFP)
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  • "Il y a des signes qui montrent qu'il s'implique de plus en plus à un certain niveau, même si toutes ses communications se sont faites par écrit et par l'intermédiaire de tiers"
  • Mojtaba Khamenei a succédé à son père Ali Khamenei, tué dans une frappe israélienne au début de la guerre, mais il n'est pas apparu en public depuis: blessé dans une frappe, il s'exprime uniquement via des messages écrits

WASHINGTON: Les Etats-Unis pensent que le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, est "vivant" et "de plus en plus impliqué" dans la direction du pays, a déclaré mardi le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, exprimant l'espoir que les négociations pour mettre fin à la guerre puissent aboutir.

"Il y a des signes qui montrent qu'il s'implique de plus en plus à un certain niveau, même si toutes ses communications se sont faites par écrit et par l'intermédiaire de tiers", a affirmé M. Rubio devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, soulignant la difficulté de faire passer des messages au sein du gouvernement iranien.

Mojtaba Khamenei a succédé à son père Ali Khamenei, tué dans une frappe israélienne au début de la guerre, mais il n'est pas apparu en public depuis: blessé dans une frappe, il s'exprime uniquement via des messages écrits.

L'audition mardi de M. Rubio au Sénat est sa première intervention parlementaire depuis le début de la guerre le 28 février, au grand dam des élus démocrates qui réclament à cors et à cri des explications.

"Cette guerre et la décision du gouvernement américain d'imposer un blocus ont désormais pris en otage l'économie mondiale tout entière", a ainsi dénoncé le sénateur démocrate Chris Murphy.

Interrogé sur l'état des négociations indirectes entre les Etats-Unis et l'Iran, qui sont au point mort, le secrétaire d'Etat américain a dit toujours "espérer" un accord pour mettre fin à la guerre sans toutefois s'avancer sur un calendrier.

"Il y a une perspective qui se profile devant nous, et qui pourrait se concrétiser aujourd'hui, demain ou la semaine prochaine", a-t-il déclaré.

"Ils ont accepté de négocier certains aspects de leur programme nucléaire dont, il y a à peine un mois, voire un an, ils refusaient ne serait-ce que de parler", a fait valoir le secrétaire d'Etat, pressé de questions pour savoir comment le président Donald Trump comptait amener l'Iran à conclure un accord.

Il a cependant laissé entendre que cela "ne garantissait pas que cela aboutirait finalement à un accord acceptable".

"S'ils rouvrent le détroit d'Ormuz, nous lèverons notre blocus" des ports iraniens, a encore dit Marco Rubio soulignant que cela n'était pas lié à un allègement des sanctions qui dépend, lui, d'un accord sur le nucléaire.

Il a insisté à plusieurs reprises sur le fait que Washington n'allègerait pas les sanctions contre Téhéran en échange de la réouverture de ce passage stratégique, effectivement bloqué par l'Iran.

"L'opération +Epic Fury+ a largement atteint ses objectifs militaires, à savoir réduire considérablement la base industrielle de défense de l'Iran et affaiblir son bouclier conventionnel", a relevé M. Rubio assurant même en réponse à un sénateur que la guerre était "terminée".

Mais il a convenu que l'Iran "disposait encore de beaucoup de drones".

Les négociations indirectes entre les Etats-Unis et l'Iran, pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par une attaque conjointe israélo-américaine, patinent depuis des semaines.

L'Iran a accusé lundi les Etats-Unis de violer à nouveau le fragile cessez-le-feu conclu le 8 avril, après des frappes américaines ce week-end suivies de représailles militaires iraniennes.