Au Sahel, le groupe État islamique étend sa prédation

Seule la capitale régionale Ménaka leur échappe, sécurisée par l'armée malienne, les Casques bleus de l'ONU (Minusma) ainsi que des groupes armés (Photo, AFP).
Seule la capitale régionale Ménaka leur échappe, sécurisée par l'armée malienne, les Casques bleus de l'ONU (Minusma) ainsi que des groupes armés (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Vendredi 21 avril 2023

Au Sahel, le groupe État islamique étend sa prédation

  • Moins d'une année après le départ des derniers soldats français du Mali en août 2022, l'organisation djihadiste a étendu son contrôle dans l'immense zone reculée et aride
  • Les combats ont fait des centaines de morts civils, sans qu'il soit possible de donner leur nombre précis tant l'accès à la zone et à l'information est difficile

NIAMEY, Niger: Au prix de combats sanglants, de massacres et de déplacements de civils, le groupe Etat islamique au Grand Sahara (EIGS) est désormais en position de force dans le nord-est du Mali, qui sert de base à ses visées expansionnistes au Niger et au Burkina Faso, selon des analystes.

Moins d'une année après le départ des derniers soldats français du Mali en août 2022, l'organisation djihadiste a étendu son contrôle dans l'immense zone reculée et aride dite "des trois frontières", à cheval sur ces trois pays sahéliens, en commettant de nombreuses exactions contre les civils.

La prise de Tidermène, une localité située au nord de Ménaka début avril, est la dernière étape d'une offensive victorieuse débutée en 2022 contre ses rivaux du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM, ou Jnim selon l'acronyme arabe), affilié à Al-Qaïda, l'armé malienne et des groupes armés locaux à dominante touareg dans la région de Ménaka.

Les combats ont fait des centaines de morts civils, sans qu'il soit possible de donner leur nombre précis tant l'accès à la zone et à l'information est difficile.

Seule la capitale régionale Ménaka leur échappe, sécurisée par l'armée malienne, les Casques bleus de l'ONU (Minusma) ainsi que des groupes armés. "La population est traumatisée, on n'arrive pas à sortir de Ménaka, la route de Gao est bloquée", s'inquiète un habitant auprès de l’AFP.

Une offensive sur la ville paraît toutefois improbable. Au Mali comme dans le nord-est du Burkina Faso, les djihadistes préfèrent isoler les agglomérations et contrôler les zones rurales.

Pillage légitimé

Les combattants de l'EIGS "rôdent aux environs de 15km de Ménaka et exigent une taxe de passage pour les transporteurs reliant Ménaka au Niger ou à Gao tout en extorquant les bétails des communautés", décrit une source onusienne dans la ville.

Les vols de bétail sont l'une des principales sources de financement de l'organisation, qui recrute essentiellement parmi les éleveurs nomades menacés par le développement des cultures agricoles dans une région délaissée par l'Etat central.

L'essor du banditisme transfrontalier puis des groupes djihadistes à partir de 2012 a plongé les communautés pastorales de la région dans un cycle de violences.

En 2018, des combats entre l'EIGS, érigé en protecteur de certaines factions peuls marginalisées, et des groupes armés locaux en partie composés de Daoussahaks, une tribu d'éleveurs touareg, ont dégénéré en massacres de civils par les deux camps.

En mars 2022, l'EIGS a décrété une "fatwa" autorisant à verser le sang des Daoussahaks et à saisir leurs biens. Dans les mois qui ont suivi, ses combattants "ont attaqué des dizaines de villages et massacré un grand nombre de civils dans les vastes régions du nord-est du Mali (...) Ces attaques ont en grande partie ciblé l'ethnie daoussahak", selon Human Rights Watch (HRW).

Plus de 30 000 déplacés ont convergé depuis un an dans la ville de Ménaka, selon l'ONU.

"L'organisation légitime le pillage des communautés insoumises, elle mobilise des combattants de toute la région qui sont attirés par le butin, puis ils attaquent en masse et submergent l'adversaire", assure à l'AFP une source militaire malienne.

Dans les territoires conquis, les populations doivent se soumettre à la charia et payer la "zakât", une taxe prélevée au nom de l'islam, en échange d’une forme de protection.

L'organisation capitalise également sur un phénomène de "jacquerie paysanne contre des Etats qui ont des difficultés à remplir leur contrat sécuritaire et social", souligne le général Abou Tarka, président de la Haute autorité pour la consolidation de la paix au Niger.

Ce modèle opportuniste trouve des recrues au sein des communautés. Les djihadistes "tiennent un discours qui accroche. Ils recrutent, fortifient leurs positions, et rayonnent progressivement", décrit Kalla Moutari, ancien ministre de la Défense du Niger.

Rapprochement

Selon Liam Karr, analyste pour l'American Enterprise Institute, l'EIGS va utiliser les zones sous son contrôle autour de Ménaka comme "base logistique pour accroître ses opérations dans la région. L'organisation s'étend vers le nord du Mali et le nord-est du Burkina Faso où elle avait perdu pied face au Jnim après ses défaites en 2020".

Cette extension menace également le centre du Niger, un corridor large d'environ 200 km entre le Mali et le Nigeria où sévissent depuis des décennies des groupes de bandits qui se livrent notamment à la contrebande d'armes.

"La djihadisation du banditisme constitue un risque croissant" dans cette région, alertait le centre de réflexion International Crisis Group (ICG) dès 2021.

Les observateurs s'inquiètent d'un resserrement des liens entre l'EIGS et la branche ouest-africaine du groupe Etat islamique, l'Iswap active dans le nord-est du Nigeria, via d'influents groupes criminels transfrontaliers.

Pour Liam Karr, "le regain d'activité simultané de l'EIGS et de l'Iswap va (...) mettre à l'épreuve les ressources du Niger en menaçant le pays sur deux fronts".


Détroit d'Ormuz: l'Iran met en garde le Conseil de sécurité de l'ONU contre toute «action provocatrice»

 Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a mis en garde contre toute "action provocatrice" avant un vote prévu du Conseil de sécurité de l'ONU sur un usage de la force pour débloquer le détroit d'Ormuz. (AFP)
Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a mis en garde contre toute "action provocatrice" avant un vote prévu du Conseil de sécurité de l'ONU sur un usage de la force pour débloquer le détroit d'Ormuz. (AFP)
Short Url
  • Le détroit d'Ormuz, passage stratégique du marché mondial des hydrocarbures, est quasiment totalement bloqué par l'Iran en réaction à l'attaque américano-israélienne contre son territoire le 28 février
  • "M. Araghchi souligne que toute action provocatrice des agresseurs et de leurs soutiens, y compris au Conseil de sécurité de l'ONU concernant la situation dans le détroit d'Ormuz, ne fera que compliquer davantage la situation"

TEHERAN: Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a mis en garde contre toute "action provocatrice" avant un vote prévu du Conseil de sécurité de l'ONU sur un usage de la force pour débloquer le détroit d'Ormuz.

M. Araghchi s'exprimait jeudi et le vote était initialement prévu vendredi, avant l'annonce de son report sine die.

Le détroit d'Ormuz, passage stratégique du marché mondial des hydrocarbures, est quasiment totalement bloqué par l'Iran en réaction à l'attaque américano-israélienne contre son territoire le 28 février.

"M. Araghchi souligne que toute action provocatrice des agresseurs et de leurs soutiens, y compris au Conseil de sécurité de l'ONU concernant la situation dans le détroit d'Ormuz, ne fera que compliquer davantage la situation", selon un communiqué de son ministère.

Porté par Bahreïn, le texte fait l'objet de discussions par les 15 membres du Conseil depuis dix jours, reflétant leurs divergences.

Le dernier projet de résolution insiste sur le fait que le Conseil autoriserait tout Etat ou toute coalition d'Etats à utiliser des moyens "défensifs" pour assurer la sécurité des navires. Une stipulation de mandat défensif absente au départ.

Mais il n'est pas certain que cela soit suffisant à convaincre la Russie et la Chine, qui ont un droit de veto.

"L'Iran a fermé le détroit d'Ormuz, empêchant les navires commerciaux et les pétroliers de passer et posant des conditions pour permettre le passage de certains", a dénoncé jeudi le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jassem Al-Budaiwi, au nom de cette organisation qui regroupe l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Qatar, le Koweït et Oman.

"Nous appelons le Conseil de sécurité à prendre toutes ses responsabilités et à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les couloirs maritimes et assurer la poursuite en toute sécurité de la navigation internationale", a-t-il insisté à New York, avant l'annonce du report.


Le patron du Pentagone obtient le départ du chef d'état-major de l'armée de terre

Pete Hegseth, à la tête d'un ministère qu'il a renommé "ministère de la Guerre", a assuré qu'il choisissait tout simplement les chefs qu'il veut pour diriger l'armée au plus grand budget du monde. (AFP)
Pete Hegseth, à la tête d'un ministère qu'il a renommé "ministère de la Guerre", a assuré qu'il choisissait tout simplement les chefs qu'il veut pour diriger l'armée au plus grand budget du monde. (AFP)
Short Url
  • Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a obtenu le départ immédiat du chef d'état-major de l'armée de terre, le général Randy George
  • Ce très haut gradé "va quitter ses fonctions de 41e chef d'état-major de l'armée de terre, avec effet immédiat", a écrit sur la plateforme X Sean Parnell, le porte-parole du Pentagone, lui souhaitant "une belle retraite"

WASHINGTON: Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a obtenu le départ immédiat du chef d'état-major de l'armée de terre, le général Randy George, a fait savoir un responsable américain à propos de ce limogeage qui survient en pleine guerre contre l'Iran.

Ce très haut gradé "va quitter ses fonctions de 41e chef d'état-major de l'armée de terre, avec effet immédiat", a écrit sur la plateforme X Sean Parnell, le porte-parole du Pentagone, lui souhaitant "une belle retraite."

Il ne donne pas la raison de ce départ soudain.

CBS News, qui a révélé l'information, cite un responsable américain anonyme affirmant que Pete Hegseth souhaite nommer à sa place quelqu'un qui pourra appliquer la vision de Donald Trump et de son ministre pour l'armée de terre.

Le général Randy George, diplômé de la prestigieuse académie militaire de West Point, qui a servi en Irak et en Afghanistan, avait été nommé à ce poste en 2023, sous le mandat du président démocrate, Joe Biden.

Il s'agit d'un départ forcé de plus chez les plus hauts gradés de l'armée américaine depuis le retour au pouvoir de Donald Trump.

Le président américain avait, sans explication, limogé début 2025 Charles "CQ" Brown, le chef d'état-major des armées, pour le remplacer par Dan Caine.

Depuis, ce sont les chefs de la marine, des gardes-côtes, de l'agence d'espionnage NSA, ainsi que de nombreux autres, qui ont été poussés vers la sortie par le gouvernement de Donald Trump.

Selon le Washington Post et CBS, deux autres généraux, David Hodne, chargé du Commandement de la transformation et de l'entraînement de l'armée, et William Green Jr, à la tête du corps des aumôniers militaires, ont par ailleurs été mis à l'écart en même temps que le général George.

Pete Hegseth, à la tête d'un ministère qu'il a renommé "ministère de la Guerre", a assuré qu'il choisissait tout simplement les chefs qu'il veut pour diriger l'armée au plus grand budget du monde.

Des parlementaires de l'opposition démocrate se sont inquiétés d'une potentielle politisation de l'armée, traditionnellement plus isolée des batailles politiciennes que le reste de l'appareil d'Etat américain.

Pete Hegseth a aussi décidé l'an passé de réduire le nombre de plus hauts gradés de l'ensemble de l'armée.

 


Trump menace de nouvelles destructions de ponts et de centrales en Iran

Le président des Etats-Unis Donald Trump a menacé jeudi de nouvelles destructions d'infrastructures civiles en Iran, citant les ponts et les centrales électriques. (AFP)
Le président des Etats-Unis Donald Trump a menacé jeudi de nouvelles destructions d'infrastructures civiles en Iran, citant les ponts et les centrales électriques. (AFP)
Short Url
  • "Les ponts sont les prochains, puis les centrales électriques!", a mis en garde Donald Trump sur son réseau Truth Social
  • Donald Trump avait précédemment applaudi jeudi la destruction d'un pont emblématique près de Téhéran. Huit civils ont été tués dans cette frappe contre ce pont en construction, selon les médias iraniens

WASHINGTON: Le président des Etats-Unis Donald Trump a menacé jeudi de nouvelles destructions d'infrastructures civiles en Iran, citant les ponts et les centrales électriques.

"Les ponts sont les prochains, puis les centrales électriques!", a mis en garde Donald Trump sur son réseau Truth Social.

Donald Trump avait précédemment applaudi jeudi la destruction d'un pont emblématique près de Téhéran. Huit civils ont été tués dans cette frappe contre ce pont en construction, selon les médias iraniens.

Les Etats-Unis n'ont "même pas commencé" leur programme de destruction des infrastructures civiles du pays, a prévenu M. Trump dans la soirée.

Le dirigeant américain a répété à plusieurs reprises que la grande majorité des sites militaires, cibles premières de l'offensive américano-israélienne débutée le 28 février en Iran, avait déjà été endommagée ou détruite.

"Les dirigeants du nouveau régime (iranien) savent ce qu’il faut faire, et qu’il faut le faire VITE!", a ajouté le président américain, qui alterne menaces et appels à Téhéran à accepter un accord de cessez-le-feu.