Prix: il faut «forcer à négocier» les multinationales de l'agroalimentaire, dit Lidl

Un piéton passe devant l'entrée d'un supermarché discount Lidl, à Nantes, le 31 mars 2022. (Photo Loic VENANCE / AFP)
Un piéton passe devant l'entrée d'un supermarché discount Lidl, à Nantes, le 31 mars 2022. (Photo Loic VENANCE / AFP)
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Publié le Lundi 08 mai 2023

Prix: il faut «forcer à négocier» les multinationales de l'agroalimentaire, dit Lidl

  • Chaque année, les supermarchés négocient avec leurs fournisseurs industriels les nouvelles conditions auxquelles ils leur achèteront leurs produits
  • Le coût de certaines matières premières baisse depuis plusieurs mois, sans grand impact sur les prix en supermarché

PARIS : «Il faut forcer» les multinationales qui fournissent les produits de consommation courante aux supermarchés «à revenir à la table des négociations pour baisser les prix», car pour l'heure ils «font les morts», a déclaré lundi Michel Biero, directeur exécutif achat chez Lidl.

«On attend que les grands industriels, les multinationales qui produisent» les «grandes marques que les Français plébiscitent et consomment tous les jours (...) reviennent à la table des négociations, tel que l'a demandé le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, pour que les prix rebaissent», a-t-il affirmé sur RTL.

Chaque année, les supermarchés négocient avec leurs fournisseurs industriels les nouvelles conditions auxquelles ils leur achèteront leurs produits. Les négociations pour 2023, achevées le 1er mars, ont abouti à une hausse moyenne d'environ 10%.

Le gouvernement réunira jeudi à Paris les poids lourds du secteur de la distribution - une seconde réunion avec les industriels doit avoir lieu à une date indéterminée. Il veut pousser distributeurs et industriels à rouvrir des négociations commerciales, car le coût de certaines matières premières baisse depuis plusieurs mois, sans grand impact sur les prix en supermarché.

Les négociations pour les achats pour le second semestre ont toutefois commencé chez Leclerc, a dit fin avril le président du comité stratégique des centres E.Leclerc, Michel-Edouard Leclerc.

«Chez Lidl, ça fait trois semaines qu'on baisse des centaines d'articles (...) mais j'ai pris sur ma marge», a poursuivi M. Biero sur RTL. «Bien évidemment, j'ai envoyé un courrier parallèle à celui de Bruno Le Maire pour dire à cette grande marque (de soda, NDLR): + Ce serait bien de revenir pour discuter de cette baisse de prix que j'ai mise dans le rayon +», a-t-il dit.

Or aujourd'hui «ils font les morts», a affirmé M. Biero, «Il y a un seul et unique industriel qui au moment où je vous parle, est venu me voir spontanément pour me dire: +On va baisser le prix+, c'est (le) grand fabricant français de jambon Fleury Michon».

Si l'on «ne retrouvera pas les prix d'avant-crise, il faut que les prix baissent, parce que beaucoup d'indicateurs sont au vert», a-t-il poursuivi, citant les coûts du fret et de l'énergie, les prix du blé et du colza.


Le dollar recule après de mauvais indicateurs américains

Le dollar battait en retraite, vendredi, après la publication d'une série de mauvais indicateurs américains (Photo, AFP).
Le dollar battait en retraite, vendredi, après la publication d'une série de mauvais indicateurs américains (Photo, AFP).
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  • Les opérateurs ont encore révisé leurs projections et favorisent désormais un scénario à au moins quatre baisses de taux de la banque centrale américaine (Fed) cette année
  • L'euro, lui, a brillé grâce à la publication d'un indice de prix légèrement plus élevé que prévu en zone euro en février

NEW YORK: Le dollar battait en retraite, vendredi, après la publication d'une série de mauvais indicateurs américains, qui ont relancé l'espoir de prochaines baisses de taux et redonné aux investisseurs de l'appétit pour le risque.

Vers 20H30 GMT, le billet vert cédait 0,28% face à la monnaie unique, à 1,0836 dollar pour un euro. Il reculait aussi face à la livre sterling et au franc suisse.

L'indice ISM d'activité dans le secteur manufacturier aux Etats-Unis est tombé à 47,8% en février, contre 49,1% en janvier, très en deçà des 49,5% annoncés par les économistes.

Par ailleurs, l'indice de confiance des consommateurs tel que mesuré par l'enquête de l'université du Michigan a été, lui aussi, inférieur aux attentes, tandis que les dépenses de construction ont reculé de 0,2% sur un mois en janvier, alors que les analystes voyaient une hausse de 0,5%.

"Le marché a aperçu un signe de ralentissement de l'économie américaine et est parti ventre à terre", a commenté Adam Button, de ForexLive. "Il s'est peut-être un peu emballé."

Les opérateurs ont encore révisé leurs projections et favorisent désormais un scénario à au moins quatre baisses de taux de la banque centrale américaine (Fed) cette année, contre trois plus tôt cette semaine.

"Le marché s'accroche à n'importe quelle donnée économique" pour diriger ses mouvements, à la hausse ou à la baisse, insiste Adam Button.

Cette lecture des indicateurs macroéconomiques du jour a redonné aux opérateurs de l'appétit pour le risque, aux dépens du dollar ou du yen.

La couronne norvégienne, le réal brésilien ou le dollar australien, toutes des devises considérées comme volatiles, ont pris de la hauteur.

L'euro, lui, a brillé grâce à la publication d'un indice de prix légèrement plus élevé que prévu en zone euro en février, à 2,6% sur un an contre 2,5% anticipé.


La deuxième raffinerie de France «entièrement à l'arrêt» pour «corrosion et fuites»

La raffinerie de pétrole de Total Energies à Donges, dans l'ouest de la France (Photo, AFP).
La raffinerie de pétrole de Total Energies à Donges, dans l'ouest de la France (Photo, AFP).
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  • Les fuites ne représentent pas de risque environnemental pour l'environnement du site
  • Un porte-parole de TotalEnergies a indiqué que l'arrêt était dû à des «activités de maintenance et d'entretien qui sont nécessaires»

RENNES: Le site de Donges, deuxième raffinerie de France, est "entièrement à l'arrêt depuis plus d'une semaine" pour "corrosion et des fuites", a annoncé vendredi à l'AFP un représentant de la CGT de cette raffinerie de TotalEnergies, située près de Saint-Nazaire (ouest).

"Il s'agit d'un arrêt technique" imposé depuis le 20 février par la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal), a déclaré Fabien Privé Saint-Lanne, secrétaire général de la CGT au sein de la raffinerie.

"Actuellement, il y a des problèmes de corrosion et des fuites, un bouchage sur un four (...) mais aussi 32 000 kilomètres de tuyauterie à refaire" sur ce site SEVESO au seuil haut, a affirmé M. Privé Saint-Lanne.

Les fuites ne représentent pas de risque environnemental pour l'environnement du site, a-t-il jugé, estimant que la raffinerie reprendra ses activités "dans un mois, à la fin mars".

La moitié des installations de la raffinerie était déjà à l'arrêt depuis mi-décembre, à la suite d'une mise en demeure de la préfecture de Loire-Atlantique qui enjoignait TotalEnergies "de respecter les dispositions (...) pour les tuyauteries".

Contacté par l'AFP, un porte-parole de TotalEnergies a indiqué que l'arrêt était dû à des "activités de maintenance et d'entretien qui sont nécessaires".

"L'ensemble de ces actions représente actuellement des dépenses de l'ordre de 50 millions d'euros par an", a-t-il ajouté, disant avoir "mis en place des moyens très conséquents pour assurer la sécurité (des) installations" du site.

Pour M. Privé Saint-Lanne, l'arrêt de la raffinerie est au contraire due à "une politique d'entretien et de maintenance à moindre coût".

"Les salariés sont en sous-effectif et travaillent 12, parfois 16 heures d'affilée (...) ce qui est dangereux", a regretté le représentant syndical.

Le géant français n'a pas versé de salaire depuis décembre à une vingtaine de salariés étrangers, dont neuf Ukrainiens, a également dénoncé la CGT dans un communiqué vendredi.

La plateforme de Donges, qui occupe une surface de près de 350 hectares et où travaillent 650 salariés, est la 2e raffinerie de France, après celle de Normandie, selon le site de TotalEnergies.

Elle a une capacité de traitement de 11 millions de tonnes de brut par an, pour une capacité de stockage de 2,2 millions m3 (pétrole brut et produits finis), d'après la même source.


L'OMC plonge dans l'inconnu après l'échec des négociations sur la pêche et l'agriculture

Des fermiers indiens brûlent une effigie de l’OMC, le 26 février à Amristar (Photo, AFP).
Des fermiers indiens brûlent une effigie de l’OMC, le 26 février à Amristar (Photo, AFP).
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  • Les négociations agricoles ont buté sur les revendications agricoles de l'Inde, acteur incontournable des négociations sur tous les dossiers majeurs à Abu Dhabi
  • Sur la pêche les pays ne sont pas parvenus à se mettre d'accord sur la période de transition accordée aux pays en développement

ABU DHABI: Bien qu'ayant sauvé in extremis un accord sur le commerce électronique, la réunion ministérielle de l'OMC s'est soldée vendredi sur un constat d'échec sur les dossiers majeurs de la pêche et de l'agriculture, plongeant l'organisation dans l'inconnu.

"Je terminerai par une citation que j'attribue à Winston Churchill, qui a dit, et je cite, +le succès n'est pas définitif. L'échec n'est pas fatal. C'est le courage de continuer qui compte+", a déclaré la directrice générale de l'Organisation mondiale du commerce, Ngozi Okonjo-Iweala, à la fin de la 13e Conférence ministérielle (CM 13) de l'organisation à Abu Dhabi.

"Nous avons travaillé dur cette semaine, nous avons réalisé certaines choses importantes et nous n'avons pas réussi à en achever d'autres", a-t-elle reconnu.

Les résultats de la ministérielle ont mis en évidence les profondes divisions entre les 164 membres de l'OMC, "dans un contexte international marqué par une incertitude plus grande que jamais", a relevé Mme Okonjo-Iweala.

Les accords à l'OMC sont par ailleurs difficiles à trouver car les décisions sont prises par consensus et un seul pays peut faire capoter un accord.

L'OMC est déjà déstabilisée depuis fin 2019 par la paralysie du mécanisme qui permet de régler les différends entre ses membres. Le renouvellement des juges de l'organe d'appel est gelé par les Etats-Unis.

Les pays avaient décidé il y a deux ans d'oeuvrer en vue de disposer d'un système opérationnel "pour 2024". Ils n'y sont pas parvenus, et ont tout simplement décidé à Abou Dhabi "d'accélérer les discussions (...) en vue d'atteindre l'objectif pour 2024".

"Nous souhaitions davantage de progrès sur l'appel", a indiqué le commissaire européen au Commerce Valdis Dombrovskis.

"Peut-être que l'OMC avait besoin d'une bonne crise et peut-être que celle-ci nous fera prendre conscience que nous ne pouvons pas continuer ainsi", a affirmé une haute responsable européenne, sous couvert d'anonymat.

"Nous verrons comment nous allons recoller les morceaux", a-t-elle ajouté.

«Un bon ami»

"Même si le commerce électronique est sauvé, on peut parler de crise à l'OMC", a renchéri une source proche des discussions.

Après cinq jours de discussions, aucun accord n'a été obtenu sur les subventions à la pêche favorisant la surpêche et la surcapacité, ni sur l'agriculture, considérées comme les deux gros dossiers de cette ministérielle.

"L'agriculture est une fois de plus le sujet qui fait ou défait une conférence ministérielle", avait prévenu le commissaire européen à l'Agriculture Janusz Wojciechowski sur le réseau X.

Les négociations agricoles ont buté sur les revendications agricoles de l'Inde, acteur incontournable des négociations sur tous les dossiers majeurs à Abu Dhabi.

Sur la pêche les pays ne sont pas parvenus à se mettre d'accord sur la période de transition accordée aux pays en développement, les pays estimant que l'Inde demandait un trop grand nombre d'années.

A la dernière minute toutefois l'Inde a en revanche décidé de ne pas apposé son veto à l'extension du moratoire douanier sur les transmissions électroniques. Le ministre du Commerce indien, Piyush Goyal, a expliqué que son pays avait décidé de lever son objection "par respect" pour le président de la conférence, son homologue émirati, qu'il considère comme un "bon ami".

L'OMC s'enlise dans «la boue»

"Si l'on peut parler de crise, c'est que le consensus, qui a été le ciment de cette organisation, est devenue la boue dans laquelle elle s’enlise", a réagi Richard Ouellet, de l'Université Laval au Canada.

En outre, "cette réunion ministérielle s'annonçait difficile, compte tenu des frictions géopolitiques et du nombre de pays qui se rendront aux urnes dans les mois à venir", a déclaré à l'AFP John Denton, secrétaire général de la Chambre de commerce internationale, auprès de l'AFP.

"La faiblesse inattendue du paquet global de résultats devrait cependant servir de signal d'alarme quant à la nécessité d'un débat plus nuancé et plus constructif sur le rôle du commerce dans la société, tant au niveau local que mondial. Aucun pays n'a à gagner d'un affaiblissement du système commercial multilatéral", a-t-il averti.

Comme à chaque ministérielle, la pression était forte pour que l'OMC affiche des résultats. Cette année les attentes étaient particulièrement élevées face au possible retour à la Maison Blanche de Donald Trump, qui a tout fait pour saper l'organisation durant son premier mandat.

La précédente ministérielle de 2022 à Genève s'était achevée par un certain succès, avec des accords sur l'interdiction des subventions à la pêche illégale et sur les brevets des vaccins anti-Covid. Un "miracle" que Mme Okonjo-Iweala avait appelé à reproduire.