BAGDAD: Deux manifestants ont été tués lundi à Bagdad, sur la place Tahrir, par des grenades lacrymogènes tirées par les policiers, lors de protestations contre l'absence de services publics, les premiers morts de la contestation sous le nouveau gouvernement.
Les deux manifestants qui ont succombé ont été touchés par des tirs de ces grenades « à la tête et au cou », ont indiqué des médecins.
Déclenché en octobre 2019 pour dénoncer la corruption et réclamer emplois, services fonctionnels et la chute du gouvernement, la contestation inédite avait été éclipsée au début de l'année par les tensions entre les Etats-Unis et l'Iran qui ont failli dégénérer en conflit ouvert en Irak.
Le Premier ministre irakien Moustafa al-Kazimi a ordonné une enquête, tentant de donner des gages à des protestataires qui l'accusent de reproduire les violences de son prédécesseur.
« Les jeunes qui manifestent exercent un droit légitime et les forces de sécurité n'ont aucune autorisation pour tirer, ne serait-ce qu'une seule balle, en direction de nos frères les manifestants », a-t-il dit dans une allocution télévisée.
« Une enquête a été ouverte et j'ai demandé à voir les résultats sous 72 heures », a-t-il ajouté.
Les dépouilles ont été portées en cortège funéraire sur la place Tahrir par des dizaines de manifestants réclamant « justice » pour les victimes et appelant à manifester en fin de journée.
« Si nos amis » arrêtés dans la nuit « ne sont pas libérés, on va augmenter la pression », a promis l'un d'eux, Maytham al-Darraji. « On reste sous nos tentes et on n'a pas peur ».
Un autre, Ahmed Jabbar, présent durant la nuit, a assuré que les affrontements avaient duré « six heures ».
« On n'avait ni arme, ni couteau, que des slogans », a-t-il dit, mais en face, les forces de l'ordre « ne laissaient même pas les ambulances évacuer les blessés ».
Pas d'électricité
Des manifestations avaient éclaté dans plusieurs villes du Sud dimanche, pour dénoncer le manque d'électricité. Le courant n'est assuré que quelques heures par jour alors que les températures ont dépassé cette semaine les 50 degrés Celsius.
Des centaines de manifestants ont pris d'assaut la branche locale de la compagnie publique d'électricité à Nassiriya, et d'autres ont protesté devant le gouvernorat de Babylone.
Lundi, M. Kazimi a présidé une réunion ministérielle d'urgence sur l'électricité, promettant de « ne ménager aucun effort », mais rien n'y fait.
Commentant les heurts nocturnes, le porte-parole militaire du chef du gouvernement a évoqué « une enquête en cours » sur ces « incidents désolants », sans faire état de victimes.
« Face aux provocations, les forces de sécurité tentent de ne pas recourir à des moyens violents à moins d'y être forcées », a-t-il ajouté, accusant « des parties qui ne veulent pas la stabilité de l'Irak de provoquer l'affrontement ».
La mission de l'ONU en Irak a salué « la volonté du gouvernement d'enquêter », appelant à « protéger de façon inconditionnelle (...) le droit des Irakiens à manifester pacifiquement ».
Arrivé au pouvoir début mai, le Premier ministre Moustafa al-Kazimi a promis un dialogue pour répondre aux revendications de la révolte. Celle-ci, partie de l'emblématique place Tahrir de Bagdad avait gagné l'ensemble du Sud et avait été marquée par des violences ayant fait plus de 550 morts, en majorité des manifestants, et 30.000 blessés. Des dizaines de militants avaient en outre été tués ou enlevés.
Les défenseurs des droits humains avaient alors accusé les forces de l'ordre d'utiliser des grenades lacrymogènes dix fois plus lourdes qu'ailleurs dans le monde pour viser des manifestants au visage.
Même si le mouvement a perdu de son ardeur, quelques dizaines de protestataires continuent d'occuper les tentes place Tahrir. Lundi, plusieurs de ces tentes étaient carbonisées à cause des heurts.







