Turquie: les victimes du séisme gardent foi en Erdogan

Un homme marche à travers les débris de bâtiments causés par le tremblement de terre dévastateur, à Antakya, en Turquie, le 14 mai 2023. (AFP)
Un homme marche à travers les débris de bâtiments causés par le tremblement de terre dévastateur, à Antakya, en Turquie, le 14 mai 2023. (AFP)
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Publié le Jeudi 25 mai 2023

Turquie: les victimes du séisme gardent foi en Erdogan

  • Un professeur en sciences politiques rappelle que la plupart des provinces frappées votent traditionnellement en faveur du président et estime que ses habitants ont accepté l'invocation du «destin» par Erdogan après la catastrophe
  • «L'opposition n'a pas mené une campagne intensive dans la région et n'a pas pu proposer de message alternatif crédible», a-t-il ajouté

ANTAKYA: Le regard du président turc Recep Tayyip Erdogan fixe les ruines d'Antakya depuis l'affiche qui les surplombe et réconforte Ahmet Gulyildizoglu avant le second tour dimanche de l'élection présidentielle.

Dans les provinces du sud de la Turquie dévastées par le séisme du 6 février, qui a fait au moins 50 000 morts, des millions d'électeurs ont préféré miser sur l'homme au pouvoir depuis vingt ans, qui a manqué de peu d'être réélu dès le 14 mai.

Face à Erdogan, son rival social-démocrate et laïque Kemal Kiliçdaroglu "ne vous gonfle pas d'espoir", confie Ahmet Gulyildizoglu devant un terrain vague où se dressait autrefois un immeuble de six étages.

"A côté, vous avez une alliance qui tient ses promesses", insiste-t-il à propos du parti islamo-conservateur AKP du président Erdogan, allié à plusieurs formations d'extrême droite.

Le maintien du chef de l'Etat dans les zones sinistrées, malgré le retard des secours et l'effondrement de dizaine de milliers de bâtiments sur leurs occupants, a contribué à la contre-performance de Kiliçdaroglu au premier tour, qui a recueilli 44,9% des suffrages contre 49,5% pour M. Erdogan.

Contrairement au premier tour, le "reis" part désormais grand favori du second.

La colère exprimée après le tremblement de terre avait contraint le chef de l'Etat à d'inhabituelles excuses publiques. Mais pour Berk Esen, professeur en sciences politiques à l'université Sabanci d'Istanbul, ce résultat n'est "pas très surprenant".

Le chercheur rappelle que la plupart des provinces frappées votent traditionnellement en faveur du président et estime que ses habitants ont accepté l'invocation du "destin" par Erdogan après la catastrophe, sans s'arrêter au manque de respect des normes anti-sismiques.

De plus, relève-t-il, "l'opposition n'a pas mené une campagne intensive dans la région et n'a pas pu proposer de message alternatif crédible".

«dépôt de migrants»

Confronté à la possibilité d'une défaite, Kiliçdaroglu, 74 ans, a changé de cap. Abandonnant ses promesses d'apaisement, il a adopté un ton véhément, s'engageant à expulser des millions de réfugiés syriens "dès la victoire".

Le message résonne dans les villes limitrophes de la Syrie comme Antakya, l'ancienne Antioche.

Kiliçdaroglu y a fait placarder des affiches clamant que "les Syriens partiront". "Nous ne transformerons pas la Turquie en un dépôt de migrants", a-t-il lancé mardi à Antakya.

Un discours radical qui séduit Mehmet Aynaci, 20 ans: "Avant le séisme, si vous cherchiez un appartement vous tombiez toujours sur un tas de Syriens", assure-t-il.

"Bien sûr qu'ils doivent partir", renchérit Atilla Celtik qui lui non plus n'a pas quitté sa ville désertée.

"Bientôt ils réclameront nos terres", prédit-il, "on est inquiets".

«marchez s'il le faut»

La province de Hatay, dont certains districts sont très libéraux, a donné un léger avantage à Kiliçdaroglu au premier tour.

Un éventuel succès du candidat de l'opposition dépendra en partie du nombre de rescapés qui, installés loin de la zone sinistrée, referont le voyage pour venir voter une deuxième fois dimanche.

Près de 1,7 million de déplacés ont conservé leur inscription sur les listes électorales des provinces touchées.

Pour Sema Sicek, dont la colère contre Erdogan est restée aussi vive que lorsque des milliers de personnes mouraient lentement sous les décombres, sans secours, il faut absolument qu'ils reviennent.

"Marchez s'il le faut mais n'abandonnez pas votre terre", lance cet homme de 65 ans en accusant Erdogan de "nous enterrer vivants".

Une partie de cette colère s'est répandue sur les réseaux sociaux, où les habitants des zones affectées par le séisme se sont vu reprocher d'avoir soutenu Erdogan.

"Ca nous a vraiment touchés", avoue la fille d'Ahmet Gulyildizoglu, Hatice.

«anti-turque»

Erdogan a convaincu les électeurs des régions touchées en leur promettant de nouvelles maisons pour le début de l'année prochaine - "peut-être un peu plus tard" pour ceux d'Antakya.

Kiliçdaroglu a tenté de faire de même mardi, en affirmant que "personne ne devrait douter" de sa capacité à reconstruire la région.

Hakan Tiryaki, le responsable provincial de son parti, le CHP, réfute les reproches selon lesquels l'opposition ne s'est pas fait suffisamment entendre dans la région avant le premier tour.

Faire campagne tambour battant aurait pu donner le sentiment que l'opposition cherchait à profiter du chagrin des gens, estime-t-il.

Et cela n'aurait pas suffi à faire changer d'avis Omer Edip Aslantas: ancien sympathisant de gauche, le quinquagénaire estime que "la gauche turque n'est plus la même". "Elle est devenue anti-turque, anti-musulmane".


Le prince héritier saoudien discute de l'escalade militaire régionale avec plusieurs dirigeants

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a discuté de l'escalade militaire dans la région et de ses implications pour la sécurité régionale et internationale avec plusieurs dirigeants et responsables dimanche, a rapporté l'Agence de presse saoudienne. (AN)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a discuté de l'escalade militaire dans la région et de ses implications pour la sécurité régionale et internationale avec plusieurs dirigeants et responsables dimanche, a rapporté l'Agence de presse saoudienne. (AN)
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  • Erdogan affirme son soutien à toutes les mesures prises par le Royaume pour protéger sa sécurité
  • Le président du Conseil de souveraineté transitoire du Soudan, le général Al-Burhan, exprime sa solidarité avec le Royaume

RIYADH : Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a discuté de l'escalade militaire dans la région et de ses implications pour la sécurité régionale et internationale avec plusieurs dirigeants et responsables dimanche, a rapporté l'Agence de presse saoudienne.

Le prince héritier a tenu des appels téléphoniques distincts avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, le président du Conseil transitoire de souveraineté du Soudan, le général Abdel Fattah Al-Burhan, le président algérien Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Les responsables ont condamné l'agression iranienne visant le Royaume et leur rejet de tout ce qui porte atteinte à la souveraineté et à la stabilité du Royaume.

Ils ont également affirmé leur soutien à toutes les mesures prises par le Royaume pour protéger sa sécurité et ses citoyens.


A Beyrouth, des partisans du Hezbollah pleurent Khamenei

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  • "Quels que soient les sacrifices, nous ne quitterons pas (...) le terrain de la résistance", a assuré le chef du mouvement libanais pro-iranien, Naïm Qassem
  • "Nous accomplirons notre devoir en faisant face à l'agression", a-t-il encore dit, dans un communiqué, qualifiant la mort de l'ayatollah Khamenei de "summum du crime"

BEYROUTH: Drapeaux iraniens et portrait de l'ayatollah Ali Khamenei en main, des milliers de partisans du Hezbollah se sont rassemblés dimanche à Beyrouth pour pleurer la mort du guide suprême iranien, tué dans l'opération militaire américano-israélienne lancée la veille.

"Mort à l'Amérique", "Mort à Israël", ont-ils scandé à l'unisson, tous habillés de noir et brandissant aussi des drapeaux de leur mouvement, dans son bastion de la banlieue sud de Beyrouth.

Le poing levé, certains étaient en pleurs, a constaté une équipe de l'AFP, sur la grande place où a eu lieu le rassemblement.

"Quels que soient les sacrifices, nous ne quitterons pas (...) le terrain de la résistance", a assuré le chef du mouvement libanais pro-iranien, Naïm Qassem.

"Nous accomplirons notre devoir en faisant face à l'agression", a-t-il encore dit, dans un communiqué, qualifiant la mort de l'ayatollah Khamenei de "summum du crime".

"Sa mort est très douloureuse, c'est une tragédie", déplore aussi Zainab al Moussawi, une enseignante de 23 ans, à Beyrouth.

"On se sent comme après la mort du Sayyed, tombé en martyr", poursuit-elle en référence à l'ex-chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, tué par Israël en 2024.

"Entrer en guerre" 

Les dirigeants libanais redoutent une implication du Hezbollah dans le conflit régional, même si lors des raids israéliens et américains sur l'Iran en juin dernier, il n'était pas intervenu.

La formation chiite est sortie affaiblie d'une guerre avec Israël, qui continue de la frapper malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis novembre 2024 et l'accuse de se réarmer.

"Je demande à cheikh Naïm (Qassem) d'entrer en guerre", lance à Beyrouth Hassan Jaber, un partisan.

S'il ne s'est pas joint à la riposte iranienne, le mouvement a appelé des mosquées à organiser des cérémonies en mémoire du guide suprême iranien, dans la banlieue sud de la capitale libanaise et dans d'autres zones du pays dans lequel il est ancré.

Mais au Liban, pays très divisé, l'ayatollah Khamenei n'était pas soutenu par tous.

"Il était tout le temps en train de menacer (...) les pays arabes et avait des relais partout", déclare à l'AFP Hassan Harouq, un infirmier de 44 ans.

Lui dit ne vouloir qu'un pays "stable et qui ferait la paix avec le reste de la région", car "il est temps pour le Liban d'être de nouveau sur le droit chemin".

"Le peuple libanais est fatigué", ajoute-t-il.

Dimanche, le président Joseph Aoun, après une réunion d'urgence du Conseil supérieur de la Défense, a souligné que "la décision de guerre et de paix relève exclusivement de l'Etat libanais".

La présidence libanaise a indiqué avoir reçu, par l'entremise des Etats-Unis, l'assurance qu'Israël n'entraînera pas le Liban dans une "escalade" tant que son territoire ne sera pas visé par des attaques depuis le Liban.

Peu de temps avant le début de l'offensive israélo-américaine, Israël avait frappé des positions du Hezbollah dans le sud du Liban.

Beyrouth n'acceptera pas d'être "entraîné" dans le conflit avec l'Iran, a assuré le Premier ministre Nawaf Salam.


Iran: le ministre des Affaires étrangères d'Oman, pays médiateur, appelle à un cessez-le-feu

Le ministre omanais des Affaires étrangères, qui avait mené une médiation dans les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran, a appelé dimanche à un cessez-le-feu lors d'un entretien avec son homologue iranien, alors que l'Iran poursuivait ses frappes de représailles aux raids américano-israéliens. (AFP)
Le ministre omanais des Affaires étrangères, qui avait mené une médiation dans les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran, a appelé dimanche à un cessez-le-feu lors d'un entretien avec son homologue iranien, alors que l'Iran poursuivait ses frappes de représailles aux raids américano-israéliens. (AFP)
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  • Dimanche à Oman, seul Etat du Golfe à avoir été épargné lors de la première journée de la campagne iranienne, une attaque de drones a fait un blessé sur un port, tandis qu'un pétrolier a été visé au large de ses côtes
  • Lors de l'entretien, le chef de la diplomatie iranienne a pour sa part affirmé que l'Iran "appelait à la paix" et exprimé "l'ouverture de la partie iranienne à tout effort sérieux susceptible de contribuer à mettre fin à l'escalade"

MASCATE: Le ministre omanais des Affaires étrangères, qui avait mené une médiation dans les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran, a appelé dimanche à un cessez-le-feu lors d'un entretien avec son homologue iranien, alors que l'Iran poursuivait ses frappes de représailles aux raids américano-israéliens.

Badr al-Busaidi "a réaffirmé l'appel constant du sultanat d'Oman à un cessez-le-feu et à un retour au dialogue (...) de manière à répondre aux revendications légitimes de toutes les parties", a indiqué son ministère dans un compte rendu de son entretien avec Abbas Araghchi.

Dimanche à Oman, seul Etat du Golfe à avoir été épargné lors de la première journée de la campagne iranienne, une attaque de drones a fait un blessé sur un port, tandis qu'un pétrolier a été visé au large de ses côtes.

Lors de l'entretien, le chef de la diplomatie iranienne a pour sa part affirmé que l'Iran "appelait à la paix" et exprimé "l'ouverture de la partie iranienne à tout effort sérieux susceptible de contribuer à mettre fin à l'escalade et à rétablir la stabilité".