Retraites: Braun-Pivet va faire barrage à la mesure d'abrogation de la retraite à 64 ans

Elisabeth Borne a une nouvelle fois fustigé mardi une proposition "inconstitutionnelle" et "démagogique", lors des questions au gouvernement (Photo, AFP).
Elisabeth Borne a une nouvelle fois fustigé mardi une proposition "inconstitutionnelle" et "démagogique", lors des questions au gouvernement (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 07 juin 2023

Retraites: Braun-Pivet va faire barrage à la mesure d'abrogation de la retraite à 64 ans

  • Ce texte a entretenu la flamme des opposants à la réforme promulguée mi-avril
  • La proposition de loi pourrait alors tout de même être examinée jeudi, mais sans vote possible sur sa principale mesure

PARIS: Au lendemain d'un baroud d'honneur dans la rue, la contestation contre la réforme des retraites se dirige vers son épilogue au Parlement: la présidente de l'Assemblée nationale a annoncé qu'elle allait faire barrage à l'examen de la mesure d'abrogation des 64 ans, qui était programmé jeudi dans l'hémicycle.

"Sur ces amendements de rétablissement de l'article 1, (qui prévoit de repasser à 62 ans, ndlr), je suis très claire: ils seront déclarés irrecevables par moi-même dans la journée", a déclaré mercredi Yaël Braun-Pivet sur BFMTV.

"J'applique la règle, rien que la règle", a-t-elle ajouté, une allusion à l'article 40 de la Constitution qui proscrit toute proposition parlementaire créant une charge pour les finances publiques.

Le reste de la proposition de loi, portée par le groupe de députés indépendant Liot et soutenue par la plupart des oppositions, pourra tout de même être examiné jeudi. Mais donc sans vote possible sur sa mesure phare qui visait à abroger le recul de l'âge légal de départ à 64 ans.

Le texte Liot a entretenu la flamme des opposants à la réforme promulguée mi-avril, même si la participation mardi à la 14e journée de mobilisation a été la plus faible enregistrée en cinq mois de manifestations.

L'annonce de la titulaire du perchoir n'est pas une surprise.
"Je prendrai mes responsabilités", avait-elle plusieurs fois assuré ces derniers jours, qualifiant d'"inconstitutionnelle" l'abrogation des 64 ans.

La mesure en question avait déjà été retoquée la semaine dernière en commission, au terme d'un vote serré (38 voix contre 34), mais les oppositions comptaient pouvoir rejouer ce match jeudi dans l'hémicycle, en déposant des "amendements de rétablissement".

C'est à ces derniers que va faire obstacle Yaël Braun-Pivet, comme l'y autorise le règlement de l'institution.

«Huile sur le feu»

Le texte du groupe Liot aurait un coût de "plus de 15 milliards d'euros au bas mot", a martelé ces derniers jours le camp présidentiel. Où de nombreuses voix ont reproché en coulisses à Mme Braun-Pivet, issue du groupe macroniste Renaissance, de ne pas avoir invoqué plus tôt l'"irrecevabilité financière" pour siffler la fin de la partie.

Même adoptée par l'Assemblée, l'abrogation des 64 ans n'aurait eu que de faibles chances d'aboutir au plan législatif, n'ont cessé de faire valoir les macronistes. Tout en s'inquiétant du signal politique d'un éventuel vote perdu.

Elisabeth Borne avait une nouvelle fois fustigé mardi une proposition "inconstitutionnelle" et "démagogique", lors des questions au gouvernement.

La Première ministre répondait au patron des députés Liot, Bertrand Pancher, qui a accusé le camp présidentiel de "jeter de l'huile sur le feu" d'un pays fracturé, en tentant d'empêcher un vote jeudi.

Déjà résignés quant à l'impossibilité de voter sur la mesure d'abrogation jeudi, son groupe et la gauche ont échafaudé des plans de repli.

Ils ont déposé une série d'amendements alternatifs avec l'objectif qu'un scrutin symbolique ait tout de même lieu autour des mesures d'âge, sans s'exposer au couperet de l'article 40. Certains proposent par exemple d'établir "un objectif d'abrogation" des 64 ans à l'horizon 2024.

«Démocrature»

Le dépôt d'une nouvelle motion de censure contre le gouvernement est aussi débattu entre les groupes d'opposition qui élargissent déjà leur combat au-delà des retraites.

Le mouvement de contestation est "passé d'une question sociale à un débat sur la conception de la démocratie", a jugé mardi le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, en référence au passage au forceps du report de l'âge de départ à 64 ans.

Le patron des députés communistes André Chassaigne a estimé que le pays était devenu "une démocrature qui demain peut ouvrir à une dictature".

"La lutte continuera", a promis de son côté le leader insoumis Jean-Luc Mélenchon, sans savoir "sous quelle forme", après que le patron de la CFDT Laurent Berger a estimé que "le match est en train de se terminer".

Si le camp présidentiel est impatient de tourner la page, "on aurait tort de considérer que le match est fini, qu'on a gagné la partie, tous aux vestiaires", estime un ministre prudent. "Il faudra à un moment, une conférence sociale ou je ne sais quoi" pour renouer le dialogue.


Pour le patron du Medef, Attal, Retailleau et Bardella sont plus «conscients des périls» économiques

Le patron du Medef Patrick Martin a estimé vendredi que parmi les chefs de partis qui s'étaient rendus à l'université d'été de l'organisation patronale, Gabriel Attal, Bruno Retailleau et "dans une certaine mesure" Jordan Bardella se sont montrés "plus conscients des périls" économiques. (AFP)
Le patron du Medef Patrick Martin a estimé vendredi que parmi les chefs de partis qui s'étaient rendus à l'université d'été de l'organisation patronale, Gabriel Attal, Bruno Retailleau et "dans une certaine mesure" Jordan Bardella se sont montrés "plus conscients des périls" économiques. (AFP)
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  • "Certains" des responsables politiques conviés à l'université d'été du Medef jeudi "n'ont absolument pas fait référence aux Etats-Unis, au prix de l'énergie, au durcissement de la concurrence incroyable"
  • Le président de la première organisation patronale de France a toutefois avancé qu'il n'entendait pas "distribuer les bons et les mauvais points, ce qui nous importait, c'était d'abord de passer nos messages"

PARIS: Le patron du Medef Patrick Martin a estimé vendredi que parmi les chefs de partis qui s'étaient rendus à l'université d'été de l'organisation patronale, Gabriel Attal, Bruno Retailleau et "dans une certaine mesure" Jordan Bardella se sont montrés "plus conscients des périls" économiques.

"Certains" des responsables politiques conviés à l'université d'été du Medef jeudi "n'ont absolument pas fait référence aux Etats-Unis, au prix de l'énergie, au durcissement de la concurrence incroyable" ou encore "à une Europe qui n'a pas été à la hauteur de la situation dans les négociations avec les Etats-Unis", a affirmé Patrick Martin sur Radio Classique.

"D'autres, manifestement, sont plus conscients" des "périls économiques", a-t-il estimé. "Ce n'est pas un parti pris de ma part, mais c'est plutôt Gabriel Attal (Renaissance, NDLR), Bruno Retailleau (LR), dans une certaine mesure Jordan Bardella (Rassemblement national)".

Parmi les autres chefs de parti et responsables politiques invités à l'université du Medef - la REF - figuraient Manuel Bompard (LFI), Marine Tondelier (Les Ecologistes) et Fabien Roussel (PCF).

D'autres étaient absents pour des raisons d'agenda, comme Olivier Faure (PS) et Edouard Philippe (Horizons).

Le président de la première organisation patronale de France a toutefois avancé qu'il n'entendait pas "distribuer les bons et les mauvais points, ce qui nous importait, c'était d'abord de passer nos messages."

"On est assez inquiets, abasourdis de voir qu'il y a un débat politique qui est assez picrocholin", a estimé Patrick Martin, dénonçant "un très court-termisme qui ne prend pas suffisamment en compte la réalité des choses".

Concernant le discours du Premier ministre François Bayrou jeudi à la REF, "il y a quand même un certain nombre de points positifs", a ajouté Patrick Martin.

"Le Premier ministre a dit que rien dans le prochain budget, pour autant que ce soit lui qui le porte, ne sera fait au détriment de la croissance et de la compétitivité des entreprises et c'est évidemment cela notre gros souci", a-t-il relevé.


A Blois, Olivier Faure tente de proposer une alternative à François Bayrou

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  • Proposer une alternative crédible à François Bayrou et montrer que la gauche peut gouverner. Le patron du Parti socialiste Olivier Faure est très attendu vendredi à Blois où il entend faire "la démonstration qu'il existe un autre chemin"
  • Pendant ce temps, François Bayrou inaugure la Foire de Châlons-en-Champagne, où il tentera à nouveau de convaincre de sa démarche, à 10 jours du vote de confiance

BLOIS: Proposer une alternative crédible à François Bayrou et montrer que la gauche peut gouverner. Le patron du Parti socialiste Olivier Faure est très attendu vendredi à Blois où il entend faire "la démonstration qu'il existe un autre chemin" que le budget "inacceptable" du Premier ministre.

Pendant ce temps, François Bayrou inaugure la Foire de Châlons-en-Champagne, où il tentera à nouveau de convaincre de sa démarche, à 10 jours du vote de confiance qu'il a convoqué à l'Assemblée nationale sur l'état des finances publiques et l'ampleur de l'effort à accomplir dans le budget 2026.

Comme les autres partis de gauche et le Rassemblement national, le PS a déjà annoncé qu'il voterait contre la confiance. Et il réclame qu'Emmanuel Macron laisse la possibilité de gouverner à la gauche, arrivée en tête des législatives anticipées de 2024.

Si le parti n'exclut pas de se rendre à l'invitation du Premier ministre la semaine prochaine, "ce n'est pas pour négocier", mais "réexpliquer qu'on ne votera pas la confiance", affirme son secrétaire général Pierre Jouvet.

La France insoumise et les Ecologistes ont refusé de se rendre à ces consultations de la dernière chance que François Bayrou veut entamer lundi.

Le chef des socialistes aura à cœur, lors de son discours en fin de journée, de rappeler que François Bayrou est, avec Emmanuel Macron, "comptable et co-responsable" de la situation budgétaire du pays, précise Johanna Rolland, la maire de Nantes.

"Nous, quand on était aux responsabilités, on avait laissé les toilettes propres", lance le chef des députés socialistes, Boris Vallaud.

Il s'agit aussi de démonter le discours "du camp de la raison", qu'essaye d'installer François Bayrou en invitant à choisir entre "le chaos" et "la responsabilité", remarque Pierre Jouvet.

Pour cela, Olivier Faure veut "dire aux Français qu'un autre chemin est possible", en proposant une autre trajectoire budgétaire et de réduction des déficits, insiste Mme Rolland.

"Copie la plus crédible" 

Des propositions "concrètes" seront présentées samedi pour faire "la démonstration qu'il est possible de désendetter le pays", a développé Olivier Faure dans La Nouvelle République.

Il s'agit de détailler "la copie la plus crédible possible", avec "des recettes, de vraies économies et un plan de relance pour l'industrie", esquisse le député Philippe Brun.

L'effort budgétaire, qui reposera d'abord sur les plus riches et les grandes entreprises, sera bien inférieur aux 44 milliards défendus par M. Bayrou pour 2026 et sera étalé sur plusieurs années, précisent plusieurs sources.

Une fois n'est pas coutume, l'opposition interne d'Olivier Faure valide la démarche:  cette "feuille de route pour la France" permet de sortir de "l'opposition binaire Bayrou ou la dissolution", insiste Hélène Geoffroy, la maire de Vaulx-en-Velin.

"Nous sommes la solution", a assuré jeudi Olivier Faure, qui semble se poser en potentiel Premier ministre, poste qu'il avait déjà revendiqué il y a un an, en vain, auprès de ses partenaires du Nouveau Front populaire (NFP).

Mais pas question de proposer un nom pour Matignon, assurent les socialistes, peu disposés à se déchirer sur une personnalité.

Même si beaucoup doutent de la volonté du chef de l'Etat de nommer une personnalité issue de leurs rangs, les socialistes échafaudent le scénario d'un "gouvernement de gauche minoritaire" qui négocierait un accord de non-censure et de non-utilisation du 49.3 avec le bloc central, mais sur "une base politique de gauche".

Le PS espère bien "embarquer" avec lui ses partenaires: Ecologistes, communistes, ex-insoumis, Générations, qui seront tous rassemblés à Blois pour un meeting commun.

Emmanuel Macron "n'a pas d'autre choix que de nous nommer", a répété vendredi la cheffe des Ecologistes Marine Tondelier sur France 2.

Un gouvernement "de Ruffin et Roussel à Glucksmann", espère Pierre Jouvet, même si le patron de Place publique Raphaël Glucksmann, qui sera présent à Blois, semble vouloir jouer sa partition seul pour 2027.

Quant aux Insoumis, avec qui les relations sont exécrables, les plus optimistes les voient en "soutien sans participation".

Ce qui n'est pas garanti. "Si ce n'est pas" pour appliquer le programme du NFP, "ne croyez pas qu'on va faire un chèque en blanc à des gens dont on ne sait pas quelle politique ils vont adopter", a prévenu l'Insoumis Eric Coquerel sur TF1 vendredi.


Macron se félicite de l'extension du mandat des Casques bleus au Liban

 Le président français Emmanuel Macron a salué vendredi l'extension jusqu'en 2027 du mandat de la force de maintien de la paix dans le sud du Liban (Finul), insistant sur l'importance d'un retrait des troupes israélienne (AFP)
Le président français Emmanuel Macron a salué vendredi l'extension jusqu'en 2027 du mandat de la force de maintien de la paix dans le sud du Liban (Finul), insistant sur l'importance d'un retrait des troupes israélienne (AFP)
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  • L'émissaire spécial français pour le Liban, Jean-Yves Le Drian, "se rendra au Liban pour travailler main dans la main avec les autorités sur nos priorités dès son adoption", a-t-il précisé
  • Le Conseil de sécurité de l'ONU a décidé jeudi de prolonger une dernière fois la mission des Casques bleus au Liban et, sous pression des Etats-Unis et d'Israël, de programmer dans 16 mois leur retrait que certains estiment prématuré

PARIS: Le président français Emmanuel Macron a salué vendredi l'extension jusqu'en 2027 du mandat de la force de maintien de la paix dans le sud du Liban (Finul), insistant sur l'importance d'un retrait des troupes israéliennes.

"J'ai salué les décisions courageuses de l'exécutif libanais vers le rétablissement du monopole de la force. J'encourage le gouvernement libanais à adopter le plan qui sera présenté au cabinet à cette fin", a indiqué M. Macron tôt vendredi sur X après s'être entretenu avec le Président du Liban, Joseph Aoun, et son Premier ministre, Nawaf Salam.

L'émissaire spécial français pour le Liban, Jean-Yves Le Drian, "se rendra au Liban pour travailler main dans la main avec les autorités sur nos priorités dès son adoption", a-t-il précisé.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a décidé jeudi de prolonger une dernière fois la mission des Casques bleus au Liban et, sous pression des Etats-Unis et d'Israël, de programmer dans 16 mois leur retrait que certains estiment prématuré.

"Le retrait complet des forces israéliennes du Sud-Liban et la fin de toute violation de la souveraineté libanaise sont des conditions essentielles à la mise en œuvre de ce plan", a également écrit Emmanuel Macron sur X.

"La France a toujours indiqué être prête à jouer un rôle dans le transfert des points encore occupés par Israël", a-t-il souligné.

Quelque 10.800 Casques bleus font tampon entre Israël et le Liban depuis mars 1978, mais le renouvellement habituel de leur mandat, qui expire dimanche, se heurtait cette année à l'hostilité d'Israël et de son allié américain qui souhaitent leur départ.

Soutenue par Beyrouth, la France, chargée de ce dossier au Conseil de sécurité, avait dans un premier temps envisagé une extension d'un an, évoquant simplement l'"intention" de travailler à un retrait de la Finul.

Mais face au risque d'un veto américain, après plusieurs versions et un report du vote, la résolution adoptée jeudi à l'unanimité programme sans équivoque la fin de la mission en 2027.