L'approvisionnement en énergie n'est pas une question politique, déclare le ministre hongrois des AE

«Si nous supprimons les ressources russes, l'infrastructure restante n'aura pas la capacité de nous fournir suffisamment de gaz et de pétrole», a déclaré Peter Szijjarto à Arab News (Photo, AN/Huda Bashatah).
«Si nous supprimons les ressources russes, l'infrastructure restante n'aura pas la capacité de nous fournir suffisamment de gaz et de pétrole», a déclaré Peter Szijjarto à Arab News (Photo, AN/Huda Bashatah).
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Publié le Vendredi 09 juin 2023

L'approvisionnement en énergie n'est pas une question politique, déclare le ministre hongrois des AE

  • Le plus haut diplomate de Budapest affirme que les sanctions «ratées» de l'UE sont «beaucoup plus préjudiciables aux pays européens qu'à la Russie elle-même»
  • Le ministre salue les relations entre la Hongrie et l'Arabie saoudite, fondées sur le respect, lors de sa visite à Riyad pour la conférence sur la lutte contre le terrorisme

RIYAD: Le ministre hongrois des Affaires étrangères et du commerce, Peter Szijjarto, a critiqué les sanctions de l'UE visant la Russie dans le cadre de la guerre en Ukraine, affirmant qu'elles ont nui aux économies européennes tout en ne parvenant pas à mettre fin au conflit.

S'adressant à Arab News en marge de la réunion ministérielle de la Coalition mondiale pour vaincre l'État islamique, qui s'est tenue à Riyad jeudi, Szijjarto s'en est pris aux critiques européennes qui accusent Budapest de ne pas boycotter l'énergie russe.

«L'approvisionnement en énergie est une question physique, pas une question politique», a-t-il déclaré. «Il est impossible de chauffer ou de refroidir les maisons et les appartements avec des idéologies ou des déclarations politiques.»

Citant la proximité géographique de la Hongrie avec la Russie et les oléoducs actuellement disponibles pour les pays européens, Szijjarto a indiqué que son pays n'avait guère d'autre choix que de continuer à s'approvisionner en pétrole et en gaz auprès de la Russie pour répondre à ses besoins.

«Si vous regardez la carte des infrastructures de l'Europe centrale, en ce qui concerne l'énergie, vous verrez qu'en raison de la nature physique des infrastructures, la Russie est inévitable et extrêmement importante pour nous, du point de vue de la sécurité de l'approvisionnement en énergie», a-t-il expliqué.

«Si nous supprimons les ressources russes, les infrastructures restantes n'ont pas la capacité de nous fournir suffisamment de gaz et de pétrole.

«La question que je pose toujours à mes collègues européens, qui sont très hypocrites et qui nous accusent, est de savoir s'ils sont capables de remplacer les livraisons russes par du gaz et du pétrole, même en tenant compte du manque d'infrastructures. S'il n'y a pas de gazoduc, comment diable vont-ils nous livrer du gaz ou du pétrole ?»

La guerre en Ukraine a mis à rude épreuve les pays d'Europe de l'Est, qui ont ouvert leurs portes à des millions de réfugiés ukrainiens après l'invasion massive de la Russie, en février de l'année dernière.

Le conflit et les sanctions occidentales qui l'ont suivi ont également eu pour conséquence une forte hausse des prix de l'énergie, des denrées alimentaires et d'autres produits de base, qui ont exercé des pressions inflationnistes, durement ressenties dans toute l'Europe.

«Ces sanctions n'ont aucun sens», a souligné Szijjarto. «Elles sont bien plus préjudiciables aux pays européens qu'à la Russie elle-même. Elles ont été introduites dans le but de mettre la Russie à genoux, économiquement parlant, et de la rendre ainsi incapable de poursuivre la guerre.

«C'était il y a un an. Qu'en est-il aujourd'hui ? Nous discutons maintenant de la onzième série de sanctions, alors que les dix premières ont échoué, totalement échoué.

«La Russie est certainement confrontée à des défis économiques, mais je suis presque sûr que nous, Européens, sommes confrontés à des défis économiques plus graves qu’elle. Et, d'un autre côté, nous ne sommes pas plus proches de la paix non plus.»

Cours du pétrole

Szijjarto a salué les propositions de médiation saoudiennes entre la Russie et l'Ukraine, estimant que le conflit ne pouvait être résolu que par des moyens diplomatiques. Il a également salué les efforts de Riyad pour stabiliser les prix mondiaux de l'énergie.

«Pour nous, l'objectif le plus important concernant la guerre en Ukraine est d'instaurer la paix le plus rapidement possible. Il est évident que cette guerre n'a pas de solution sur le champ de bataille. Cette guerre n'a de solution qu'à la table des négociations», a-t-il estimé.

«La diplomatie doit prendre le dessus, car si la diplomatie ne peut pas prendre la relève, la guerre durera plus longtemps. Plus la guerre durera, plus il y aura de morts. Et ce n'est pas ce que nous voulons. Nous voulons la paix le plus rapidement possible.

«C'est pourquoi nous apprécions absolument les efforts de médiation et le rôle stabilisateur joué, par exemple, par l'Arabie saoudite, car la stabilité, la prévisibilité à cet égard, sont des éléments fiables et ont une importance accrue.

«Nous espérons que les efforts de médiation déployés, par exemple, par les autorités saoudiennes, seront couronnés de succès à l'avenir et nous vous demandons de continuer à les déployer. Plus il y a d'efforts de médiation, plus il y a de plans de paix, plus il y a de chances que la paix arrive.»

La réunion ministérielle, pour laquelle Szijjarto était à Riyad, a attiré les plus hauts diplomates de plusieurs pays, dont le secrétaire d'État américain, Antony Blinken.

Daech, également connu sous le nom d’État islamique, s'est emparé de vastes zones de territoire en Irak et en Syrie en 2014 avant que la coalition ne parvienne finalement à déloger ses combattants de leurs derniers bastions en 2019.

Les membres et sympathisants du groupe ont par ailleurs été responsables de plusieurs attentats ayant fait de nombreuses victimes en Europe et ailleurs, ce qui a incité les gouvernements à revoir leurs politiques de sécurité et à réorganiser les protocoles de filtrage des migrants et des réfugiés.

Mais les analystes s'inquiètent aujourd'hui du fait que l'attention portée par le monde à la guerre en Ukraine risque de détourner l'attention de la menace permanente que représente l'extrémisme islamique.

«La Hongrie est très préoccupée par la menace croissante de la terreur, car cette menace entraîne généralement des flux supplémentaires, tels que l'immigration massive vers l'Europe. Ces flux constituent également un risque assez sérieux pour la sécurité», a prévenu Szijjarto.

«Puisque l'Europe est aujourd'hui confrontée au défi posé par la guerre en Ukraine, un autre type de défi en matière de sécurité serait ingérable pour nous. Par conséquent, il est d'une importance cruciale pour nous, Européens, que la menace du terrorisme diminue. Et sans vaincre Daech, sans repousser l’État islamique, il est impossible de réduire la menace du terrorisme.»

Lutte contre Daech

Szijjarto a souligné qu'il appréciait les efforts déployés par l’Arabie saoudite pour maintenir la question du terrorisme en tête de l'agenda international et a mis en garde contre toute complaisance.

«Nous apprécions le rôle de l'Arabie saoudite dans la lutte contre le terrorisme, dans la lutte contre Daech. Et nous sommes vraiment reconnaissants aux autorités saoudiennes d'avoir organisé la réunion de la coalition anti-Daech car nous croyons que les efforts de cette coalition devraient maintenant être renforcés à de nombreuses occasions.

«Chaque fois que Daech se renforce, les flux migratoires s'intensifient. Et chaque fois qu'il y a plus de personnes impliquées dans les flux migratoires, plus de terroristes ont la possibilité de venir en Europe. Une menace terroriste accrue ici se traduit généralement par une menace terroriste accrue en Europe.»

En janvier 2020, Szijjarto a déclaré que les entreprises hongroises étaient bien placées pour jouer un rôle dans la Vision 2030 – le programme saoudien de diversification économique et de réforme sociale – en particulier dans les domaines de l'agriculture, du logement et de l'électronique.

Interrogé sur l'évolution des relations entre l'Arabie saoudite et la Hongrie depuis lors, le ministre a affirmé que les conditions étaient désormais réunies pour une expansion des échanges et des investissements.

«Les technologies sur lesquelles les entreprises, les universités et les instituts de recherche hongrois ont essentiellement travaillé sont très utiles pour le développement de l'économie saoudienne», a-t-il insisté.

«Vous avez fait d'énormes efforts ici en Arabie saoudite pour moderniser les infrastructures, mais pour le développement futur, les entreprises hongroises sont également à votre disposition.

«L'Arabie saoudite et la Hongrie entretiennent une coopération politique fondée sur la confiance et le respect, sans aucun problème en suspens. C'est donc aux entreprises de trouver un moyen de travailler ensemble.

«Ce que les deux gouvernements peuvent faire, c'est ouvrir la voie pour établir les conditions juridiques et financières et les garanties nécessaires, ce que nous avons fait. Il appartient maintenant aux entreprises de tirer le meilleur parti possible de cette bonne coopération politique.»

Vague migratoire

La crise au Soudan, où l'armée et un groupe paramilitaire s'affrontent depuis le 15 avril, figure également parmi les priorités de l'agenda international. Le conflit a entraîné le déplacement de plus d'un million de personnes et provoqué une situation d'urgence humanitaire.

L'Arabie saoudite et ses alliés américains ont pris la tête des efforts de médiation, en accueillant des représentants des deux parties pour des pourparlers de cessez-le-feu dans la ville côtière de Djeddah.

Szijjarto a mentionné qu'une solution devait être trouvée rapidement afin d’éviter une nouvelle vague de migration vers l'Europe, ajoutant que l'UE avait un rôle à jouer pour soutenir les voisins du Soudan, qui accueillent désormais des centaines de milliers de personnes déplacées.

«Nous comprenons que les pays voisins du Soudan sont aujourd'hui confrontés à un énorme défi posé par le nombre considérable de réfugiés», a souligné Szijjarto.

«Par conséquent, nous demandons instamment à l'UE de transférer un volume accru de soutien financier et d'aide à ces pays voisins afin de pouvoir prendre en charge les réfugiés, de ne pas perdre la stabilité, de ne pas supporter un fardeau trop lourd, financièrement parlant, et de ne pas en arriver à une situation dans laquelle les pays voisins deviennent en quelque sorte des pays de transit. Ensuite, le flux de réfugiés se transformera en flux de migrants. Et après cela, il s'agirait d'un ensemble de développements totalement irréguliers», a-t-il clarifié.

Dans ces conditions, «nous souhaitons la stabilité le plus rapidement possible, nous souhaitons que les personnes qui ont dû fuir puissent revenir le plus rapidement possible et que l'ensemble des pays voisins devienne plus stable», a soutenu Szijjarto.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le Liban et Israël au Pentagone vendredi pour des discussions militaires 

Des personnes inspectent le site d'une frappe israélienne à Tyr, au Liban, le 28 mai 2026. (Reuters)
Des personnes inspectent le site d'une frappe israélienne à Tyr, au Liban, le 28 mai 2026. (Reuters)
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  • Beyrouth "donne la priorité à l'établissement d'un cessez-le-feu", selon une source officielle
  • Les forces israéliennes ont récemment traversé le fleuve Litani, selon une source militaire libanaise.

BEYROUTH : Une réunion entre les délégations militaires libanaise et israélienne, sous l'égide des Etats-Unis, doit avoir lieu vendredi au Pentagone pour lancer un nouveau cycle de pourparlers sur la sécurité entre les deux parties.

Israël et le Hezbollah ont devancé cette réunion en intensifiant leurs opérations militaires, bien qu'à une échelle inégale. Jeudi, des frappes aériennes israéliennes ont touché la banlieue sud de Beyrouth pour la première fois depuis la prolongation de 45 jours du cessez-le-feu décidée à Washington le 15 mai sous l'égide des États-Unis, ciblant un commandant du Hezbollah.

Une source officielle libanaise a déclaré à Arab News que "les réunions militaires au ministère américain de la Défense à Washington se poursuivent comme prévu sous le parrainage et la facilitation des États-Unis".

"Le Liban donne la priorité, dans ses discussions directes avec la partie israélienne, à l'établissement d'un cessez-le-feu avant de se pencher sur des questions politiques ou de sécurité plus larges", a déclaré cette personne.

Au cours des dernières 48 heures, Israël a étendu ses opérations militaires au Sud-Liban et à la vallée de la Bekaa, forçant les habitants de Tyr et de Nabatieh à fuir, nombre d'entre eux ayant été tués alors qu'ils s'éloignaient en voiture.


Les ordres d'évacuation israéliens au Sud-Liban se sont étendus au-delà de la rivière Zahrani, à environ 40 km de la frontière sud, dans ce qu'une source militaire libanaise a déclaré être un effort "pour isoler une région entière du pays et la dépouiller de toute présence effective de l'État libanais, laissant l'État incapable de réaffirmer son autorité dans cette région, sauf aux conditions israéliennes".

Mohammed Khawaja, membre de la commission parlementaire de la défense nationale et législateur du mouvement Amal, a déclaré : "Israël cherche à tirer parti des attaques limitées de drones lancées par le Hezbollah en direction d'un certain nombre de colonies, malgré la grande disparité entre ces attaques et l'écrasante supériorité militaire d'Israël.

"Israël s'en sert pour justifier l'intensification de ses frappes sur le Sud-Liban et pour se présenter à la communauté internationale comme la victime, alors que les vraies victimes sont les habitants du Sud-Liban", a-t-il déclaré à Arab News.

Israël a affirmé avoir reçu le "feu vert des États-Unis pour mener une opération terrestre de grande envergure dans le sud du Liban, s'étendant jusqu'à la vallée de la Bekaa", sans indiquer de calendrier pour mettre fin à l'opération, a déclaré M. Khawaja.

Les négociations politiques devraient reprendre samedi, à condition que les pourparlers militaires aboutissent à un cessez-le-feu. La délégation libanaise est composée de six officiers dirigés par le général de brigade Georges Rizkallah, directeur des opérations de l'armée libanaise.

"Israël cherche à élargir la zone jaune qu'il avait précédemment désignée pour ses opérations et je pense que l'escalade militaire ne s'arrêtera pas tant qu'Israël ne s'engagera pas à respecter un cessez-le-feu", a déclaré M. Khawaja.

"Le président du Parlement, Nabih Berri, a affirmé à plusieurs reprises qu'en cas de cessez-le-feu, il serait en mesure de persuader le Hezbollah de mettre fin à ses opérations.

Passant en revue les dernières avancées israéliennes, la source militaire libanaise a déclaré : "Les forces israéliennes ont traversé le Litani et avancé vers Zawtar al-Gharbiya et Zawtar al-Sharqiya, tandis que des véhicules télécommandés ont été déployés vers Mayfadoun, une ville surplombant Nabatieh, et vers Shoukin, une autre position surélevée surplombant la ville.

"Ils poussent également vers Yahmar et Arnoun en direction du château de Beaufort (Qalaat al-Shaqif), l'une des positions les plus stratégiques de la région car elle surplombe de vastes étendues du sud, notamment le mont Rihan, la région d'Iqlim al-Tuffah, la route de Khardali, Kfar Tebnit et Ali al-Taher.

"Ces zones sont considérées comme étant sous le contrôle du Hezbollah et contiennent ses positions militaires. Toutes ces zones sont des collines surélevées qui surplombent la rivière Awali et constituent la troisième ligne de défense du Hezbollah. Elles ne peuvent être prises que par une manœuvre de flanc à partir de la vallée de la Bekaa occidentale, qui encerclerait le sud et l'isolerait complètement de la Bekaa."

Fadi Karam, législateur du parti des Forces libanaises et membre de la commission parlementaire de la défense, a déclaré que la guerre dans le sud visait à faire échouer les négociations.

"Nous devons nous rappeler que le Hezbollah, le mandataire de l'Iran qui s'oppose aux pourparlers israélo-libanais, est la partie qui a déclenché ce conflit. L'Iran veut utiliser le Liban comme monnaie d'échange dans ses négociations avec les États-Unis", a-t-il déclaré à Arab News.

"Il n'est pas dans l'intérêt d'Israël que le Hezbollah utilise les négociations comme couverture pour des attaques contre lui. Israël sépare les développements sur le terrain de ce qui se passe à la table des négociations, tandis que l'État et le peuple libanais restent coincés entre les intérêts des gardiens de la révolution et l'agression israélienne."

Lors des réunions du Pentagone, la partie libanaise devrait se concentrer sur la garantie du cessez-le-feu avant d'entamer toute discussion sur les accords de sécurité, compte tenu de l'escalade en cours sur le terrain.

Le commandement de l'armée libanaise a déclaré que "le fait d'aborder les accords de sécurité avant la conclusion d'un cessez-le-feu donnerait pratiquement à Tel-Aviv l'occasion d'imposer ses conditions".

La source militaire s'est inquiétée du fait qu'"Israël n'acceptera probablement pas de restreindre ses opérations militaires dans le sud du Liban et insistera pour préserver la liberté de mouvement sous le prétexte d'empêcher le Hezbollah de se regrouper ou de reconstituer ses capacités".

La source officielle libanaise a déclaré que "lors des contacts intensifs entre le président Joseph Aoun et les États-Unis, Washington a réaffirmé que Beyrouth, la banlieue sud, les infrastructures, les institutions de l'État et l'aéroport international de Beyrouth resteraient épargnés par la nouvelle escalade israélienne, à l'exception des opérations d'assassinat visant les dirigeants du Hezbollah".

La délégation militaire libanaise est une équipe technique de négociation qui n'était pas prévue à l'origine dans les pourparlers. Selon la source officielle, elle agit sur instruction de M. Aoun selon laquelle "la priorité absolue reste d'obtenir un cessez-le-feu et de mettre un terme à la destruction des villes et villages du sud, car le Liban ne peut pas négocier sous le feu alors qu'Israël fait fi de toutes les contraintes".

L'ambassadeur du Liban aux États-Unis, Simon Karam, dirige la délégation en qualité de diplomate et de militaire, ce qui témoigne d'une approche unifiée des négociations en matière de politique et de sécurité.

La source officielle a déclaré que "toute tentative de soulever la question du placement des armes sous le contrôle de l'État avant d'assurer le retrait israélien pourrait déclencher une crise politique intérieure, avec des répercussions potentielles sur la sécurité, car le gouvernement libanais cherche à traiter la question dans le cadre d'un État souverain global plutôt que dans le cadre de la sécurité israélienne".

Mehiedine Chehimi, professeur de droit international et de politique étrangère à l'École supérieure de commerce de Paris, a déclaré : "Il faut distinguer deux types de trêve.

"La première est l'accord actuel qui empêche Israël de cibler les institutions officielles et la capitale, à l'exception des assassinats. Cette condition a été respectée par Israël depuis l'accord de cessez-le-feu de 2024. La seconde est une trêve visant à arrêter les hostilités au Sud-Liban, qui est rejetée par Israël parce qu'elle donnerait au Hezbollah l'occasion de reconstruire ses capacités.

"Cela montre que les États-Unis et Israël traitent différemment l'État libanais et le Hezbollah.

"L'État libanais tente, par le biais de négociations, de restaurer sa souveraineté par des pourparlers directs et de s'assurer que le Liban n'est pas utilisé comme monnaie d'échange entre les mains de ceux qui négocient en son nom", a-t-il déclaré à Arab News.

Il a qualifié la poursuite des négociations libanaises malgré le rejet du Hezbollah de "négociations difficiles, mais elles se poursuivront malgré la situation militaire actuelle, qui devrait s'intensifier".

"Les ambitions et la criminalité d'Israël ne connaissent pas de limites. La bonne chose est que la partie américaine a tracé des frontières pour Israël", a déclaré M. Chehimi.

"D'autre part, le Hezbollah a tout perdu et n'est plus le parti que nous connaissions avant la guerre. Il est devenu une branche des Gardiens de la Révolution et Naim Qassem n'est que son porte-parole, exécutant les ordres des Gardiens de la Révolution. C'est là que réside le danger, car la prise de décision est désormais entre les mains de Téhéran.

"Le Hezbollah tente actuellement de prouver sa supériorité à l'intérieur du Liban afin de conserver le Liban comme carte de pression au service des intérêts iraniens. Le parti ne tient compte ni de son environnement, ni de son peuple, ni de ses pertes", a-t-il déclaré.

"Pendant ce temps, les Israéliens poursuivent l'escalade de leurs crimes parce qu'ils ne sont plus convaincus par les solutions qui ont été essayées précédemment. Aujourd'hui, ils veulent écraser le Hezbollah. Pris entre ces deux dangers, le Liban s'enfonce dans le chaos".

Selon M. Chehimi, pour sortir de l'impasse, l'Etat libanais doit "bénéficier de la médiation d'Islamabad afin de poursuivre sa voie de négociations directes avec Israël, tout en exerçant des pressions par le biais de la communauté internationale sur les parties israélienne et iranienne".

Plus de 3 270 personnes, dont un grand nombre de femmes et d'enfants, ont été tuées et près de 10 000 blessées depuis le début de la guerre, le 2 mars. Les attaques ont visé 16 hôpitaux.

Abdul Rahman Bizri, député de la ville de Sidon, a mis en garde contre les "répercussions sociales de l'escalade militaire dans le sud et le danger que représente la forte division politique".

"Le gouvernement libanais doit contenir les répercussions sociales et économiques de la guerre", a-t-il déclaré à Arab News.

"Un grand nombre de personnes déplacées cherchent refuge à Sidon et ont besoin d'un véritable plan. La densité de population à Sidon a dépassé le triple de son taux normal, ce qui affecte directement la vie quotidienne dans la ville."

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a menacé jeudi de venger la mort du soldat Rotem Yanai, 20 ans, qui a été "tué au cours d'une activité opérationnelle dans le nord d'Israël", affirmant que "le Hezbollah a payé, paie et continuera de payer un lourd tribut pour ses attaques contre Israël et ses citoyens".

Un certain nombre de membres du personnel israélien ont été tués au Liban depuis le début du cessez-le-feu le 17 avril. Le porte-parole du gouvernement israélien a déclaré que 24 d'entre eux avaient été tués lors des récentes attaques du Hezbollah à l'aide de drones explosifs.


Le Liban dénonce des attaques israéliennes près de ses sites patrimoniaux

 Les autorités libanaises ont dénoncé jeudi les attaques israéliennes menées à proximité de sites historiques et de monuments classés par l'Unesco dans le sud du pays. (AFP)
Les autorités libanaises ont dénoncé jeudi les attaques israéliennes menées à proximité de sites historiques et de monuments classés par l'Unesco dans le sud du pays. (AFP)
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  • Le ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé, "a multiplié les contacts avec ses homologues à travers le monde et les organisations internationales, afin d'attirer leur attention sur les dégâts considérables causés aux sites archéologiques"
  • M. Salamé a notamment évoqué la ville antique de Tyr et le château de Beaufort, situé dans le district de Nabatiyé, soulignant qu'"un grand nombre de ces sites bénéficient d'une protection renforcée de la part de l'Unesco"

BEYROUTH: Les autorités libanaises ont dénoncé jeudi les attaques israéliennes menées à proximité de sites historiques et de monuments classés par l'Unesco dans le sud du pays.

Le ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé, "a multiplié les contacts avec ses homologues à travers le monde et les organisations internationales compétentes, afin d'attirer leur attention sur les dégâts considérables causés aux sites archéologiques et aux quartiers patrimoniaux" dans le sud du pays, a indiqué l'Agence nationale d'information libanaise (Ani).

M. Salamé a notamment évoqué la ville antique de Tyr et le château de Beaufort, situé dans le district de Nabatiyé, soulignant qu'"un grand nombre de ces sites bénéficient d'une protection renforcée de la part de l'Unesco, ce qui rend impératif de les préserver de toute attaque aérienne ou d'artillerie israélienne".

Le Premier ministre Nawaf Salam a déclaré sur X que "rien ne saurait justifier les attaques en cours contre les régions de Tyr et de Nabatiyé, ni la destruction de leurs monuments historiques".

L'armée israélienne a bombardé ces derniers jours la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban. Jeudi, elle a averti qu'elle prendrait pour cible un bâtiment à Tyr, qui, selon une carte jointe, est située tout près de la zone archéologique de la ville.

Environ deux heures après cet avertissement, des images de l'AFP ont montré une boule de feu suivie d'un panache de fumée, alors qu'une frappe touchait le quartier visé.

Mercredi, un correspondant de l'AFP a vu de la fumée s'élever près du château de Beaufort, une forteresse datant des Croisades, après ce qui semblait être des tirs d'artillerie.

La municipalité d'Arnoun, située dans le sud du Liban et abritant ce château, a publié un communiqué sur Facebook dans lequel elle "condamne avec la plus grande fermeté l'attaque qui a visé" le site, imputant la responsabilité aux bombardements israéliens et exhortant les autorités à le protéger "contre de nouveaux dommages".

Les forces israéliennes ont utilisé le château de Beaufort comme base pendant leur occupation du sud du Liban, qui a duré deux décennies et s'est terminée en 2000.

En novembre 2024, lors d'une précédente guerre entre Israël et le Hezbollah, l'Unesco avait accordé une "protection renforcée provisoire" à 34 sites patrimoniaux situés au Liban, dont Tyr et le château de Beaufort.

En avril dernier, l'Unesco a ajouté 39 autres sites libanais à cette liste.


Liban: 14 morts dans des frappes israéliennes dans le sud, bombardement près de Beyrouth

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  • C'est la seconde fois qu'Israël cible une localité tout près de Beyrouth depuis le début du cessez-le-feu, qui n'a jamais été respecté
  • Ces dernières frappes surviennent alors que le Liban et Israël doivent tenir vendredi une réunion militaire à Washington, avant une nouvelle session de négociations prévue les 2 et 3 juin

TYR: Des frappes israéliennes ont fait au moins 14 morts jeudi dans le sud du Liban, où Israël a étendu sa "zone de combat" contre le Hezbollah pro-iranien, malgré un cessez-le-feu théoriquement en vigueur depuis le 17 avril.

L'armée israélienne a en outre annoncé avoir mené une "frappe ciblée" à Beyrouth, qui, selon une source militaire libanaise à l'AFP, a visé un appartement à Choueifat, une ville en bordure de la banlieue sud de la capitale, fief du Hezbollah. Aucun bilan n'était disponible dans l'immédiat.

C'est la seconde fois qu'Israël cible une localité tout près de Beyrouth depuis le début du cessez-le-feu, qui n'a jamais été respecté.

Ces dernières frappes surviennent alors que le Liban et Israël doivent tenir vendredi une réunion militaire à Washington, avant une nouvelle session de négociations prévue les 2 et 3 juin. Et en pleines négociations entre les Etats-Unis et l'Iran, qui veut inclure le front libanais du conflit dans tout accord.

Israël a intensifié ces derniers jours son offensive terrestre et aérienne dans l'est et le sud du Liban, avertissant mercredi soir qu'il considérait comme une "zone de combat" tout le territoire libanais au sud du fleuve Zahrani, à une quarantaine de kilomètres de la frontière.

Véhicule visé 

L'armée a bombardé jeudi dès l'aube plusieurs régions et villes dans le sud du Liban, faisant au moins 14 morts, selon les autorités.

A Saïda, ville côtière qui relie Beyrouth au sud, une frappe a visé vers 02H00 locales (mercredi 23H00 GMT) un immeuble résidentiel et fait cinq morts et 21 blessés, selon le ministère de la Santé.

Le raid a détruit les deux premiers étages du bâtiment, a constaté un correspondant de l'AFP. Les équipes de secours ont travaillé toute la nuit à évacuer les victimes.

Une autre attaque par drone a été menée à l'aube contre une voiture circulant sur une autoroute de la même région, tuant six personnes, dont deux enfants et leurs parents, a indiqué le ministère.

La Défense civile a par ailleurs fait état à l'AFP de plusieurs frappes plus au sud, en plein coeur de la ville côtière de Tyr et dans ses environs, à la suite d'ordres d'évacuation adressés aux habitants. L'une a touché une moto près d'une caserne de l'armée, tuant deux ressortissants syriens, dont un enfant, selon les autorités.

Un photographe de l'AFP a vu à l'aube un épais panache de feu et de fumée s'élever au-dessus de la ville, au milieu de détonations.

L'armée libanaise a de son côté annoncé la mort d'un militaire dans une frappe israélienne, "alors qu'il circulait" dans la région de Nabatiyé, plus à l'est.

"Nous restons ici" 

En frappant la ville millénaire de Tyr, "c'est son histoire et sa civilisation" qu'Israël veut viser, accuse Ghazouane Halawani, qui vit près d'un immeuble touché par une frappe.

Malgré les bombardements, il ne veut pas quitter sa ville. "Nous restons ici, c'est notre pays, notre terre, notre vie", dit-il à l'AFP.

Le Hezbollah continue de son côté de revendiquer des tirs et attaques de drone contre des forces israéliennes qui tentent d'avancer dans le sud.

Depuis le 17 avril, l'armée israélienne a continué ses frappes et ses opérations militaires au Liban.

Le Hezbollah, de son côté, a d'abord concentré ses tirs sur les soldats israéliens déployés dans le sud du Liban avant de multiplier les attaques de drones explosifs sur le nord d'Israël après l'assassinat d'un de ses chefs militaires dans une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth le 6 mai.

Une soldate israélienne a été tuée jeudi près de la frontière avec le Liban par l'explosion d'un drone tiré par le Hezbollah, a annoncé l'armée israélienne, ce qui porte à 24 le nombre de morts dans ses rangs depuis la reprise des hostilités début mars, quand le Hezbollah a tiré sur Israël en représailles à l'attaque israélo-américaine contre l'Iran.

Les frappes israéliennes ont tué au Liban 3.269 personnes depuis, selon un dernier bilan officiel mercredi.