Liban: Le patriarche maronite rejette les «nominations par nécessité»

Le patriarche maronite libanais Mar Bechara Boutros Raï (Photo, AFP).
Le patriarche maronite libanais Mar Bechara Boutros Raï (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 10 juillet 2023

Liban: Le patriarche maronite rejette les «nominations par nécessité»

  • Le patriarche demande la tenue d'une nouvelle élection présidentielle au Liban
  • La vacance au siège de la banque centrale pourrait conduire au chaos, selon un analyste politique

BEYROUTH: Le patriarche maronite Bechara Raï a accusé les responsables libanais de «créer des crises et de chercher à les résoudre en violation de la Constitution», lors d'une homélie prononcée dimanche.

Au cours de son sermon, Mgr Raï a regretté «ce que la majorité des responsables font en détruisant le travail politique sans aucune dissuasion consciencieuse ni considération pour l'opinion publique interne et externe».

Ses propos interviennent à un moment où la banque centrale risque de se retrouver sans gouverneur alors que le pays est plongé dans une grave crise financière.

Les perspectives de gouvernance de la Banque du Liban ne sont pas claires, car le mandat de l'actuel gouverneur, Riad Salamé, s'achève à la fin de ce mois.

EN BREF

De nombreux Libanais imputent au gouverneur de la banque centrale, Riad Salamé, et à la classe dirigeante, la responsabilité de l'effondrement de l'économie libanaise.

Le gouvernement ne peut pas nommer de successeur en raison de la vacance présidentielle actuelle, qui dure depuis neuf mois.

Les vice-gouverneurs de la banque centrale ont menacé de démissionner si aucun successeur n'était nommé, bien que le Code libanais de la monnaie et du crédit précise que le premier vice-gouverneur doit assurer le rôle principal si le président ne peut pas nommer de gouverneur.

Ces derniers jours, de nombreuses idées ont été proposées pour résoudre le problème, notamment celle d'autoriser le gouvernement à nommer un nouveau gouverneur.

Les partis chrétiens ont toutefois rejeté cette solution, estimant qu'elle pourrait provoquer un nouveau conflit politico-sectaire en montrant que le pays peut être géré sans président, la gestion pratique du pays étant laissée au président du Parlement et au Premier ministre.

Un analyste politique a déclaré à Arab News que la vacance au poste de gouverneur de la banque centrale conduirait au chaos.

«La manipulation de ce poste critique aura des conséquences dramatiques qui toucheront directement la vie des Libanais, leurs institutions et leurs banques, et pourraient inciter les pays et les banques étrangères à ne plus traiter avec le Liban sur le plan financier.»

«Cela soulèvera des questions quant à la position du Liban dans le système financier mondial», a ajouté l'analyste.

Le député Ghassan Hasbani, membre de la commission parlementaire des finances et du budget, a déclaré que la menace des vice-gouverneurs de démissionner et de ne pas exercer leurs fonctions constituait un manquement à leurs devoirs.

«Ils sont tenus de poursuivre leur travail et ils ont une responsabilité personnelle sujette à des poursuites judiciaires, qui peuvent conduire à l'emprisonnement», a-t-il averti.

M. Hasbani, qui est député des Forces libanaises, a déclaré qu'«en l'absence d'un président, le gouvernement sortant ne devrait pas violer la Constitution en nommant un nouveau successeur à Salamé».

Il a affirmé que son parti étudiait la possibilité de déposer un recours devant le Conseil d'État si le gouvernement cherchait à nommer un nouveau gouverneur.

Le Hezbollah a évité de discuter publiquement de la question de la gouvernance de la banque centrale, mais le cheikh Nabil Kaouk, membre du conseil central, a lancé un avertissement: «Le Liban traverse une situation critique et exceptionnelle qui exige des décisions responsables et courageuses pour sauver le pays, arrêter l'effondrement et atténuer les souffrances du peuple.» 

«Cela ne peut se faire que par le dialogue, l'accord et la convergence des idées», a-t-il ajouté.

«Cependant, refuser le dialogue signifie qu'ils s'obstinent à perturber le pays, à aggraver la situation et à perdre du temps et des opportunités. C'est ce qui a conduit le pays à un état de stagnation.»

Appel aux forces politiques

Les remarques du patriarche Raï dimanche ont anticipé toute tentative du gouvernement de nommer un nouveau gouverneur.

Le patriarche a en effet accusé le gouvernement de transformer «le Parlement non législatif en un organe législatif, alors qu'il n'est qu'un simple organe électoral depuis le début de la vacance présidentielle», ajoutant que le gouvernement s'était octroyé «des pouvoirs présidentiels pour procéder à des nominations présidentielles».

«Vous créez un conflit constitutionnel qui s'ajoute à la division politique actuelle... La seule et unique nécessité, et la clé pour résoudre tous vos problèmes, est d'élire un président. Si vous ne le faites pas, vous commettez un crime de trahison contre l'État et le peuple, sachant que la trahison est la mère de tous les crimes», a-t-il ajouté.

Dans des remarques adressées aux députés, Mgr Raï a déclaré: «Vous disposez de deux candidats maronites respectables. Allez donc au Parlement et élisez l'un d'entre eux conformément à la Constitution. Si aucun des deux n'est élu... vous pouvez alors discuter entre vous et trouver un troisième candidat.»

Il a exhorté les députés à «cesser de perdre du temps alors que les institutions s'effondrent l'une après l'autre en attendant une inspiration extérieure».

Le Parlement a déjà tenu 12 sessions qui n'ont pas permis d'élire un nouveau président, en raison du clivage politique entre le bloc du Hezbollah – dont la majorité est représentée par les députés chiites – et l'opposition, qui comprend des députés du bloc chrétien, des réformistes et des indépendants.

Lors de la dernière session électorale de juin, la compétition opposait le candidat du Hezbollah, Sleiman Frangié, chef du mouvement Marada, à l'ancien ministre Jihad Azour, candidat de l'opposition.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Le prince héritier saoudien et le président ukrainien tiennent des pourparlers à Djeddah

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  • Zelensky s’est rendu à Djeddah et a rencontré le prince héritier saoudien pour renforcer les relations bilatérales
  • Les discussions portent sur la coopération en sécurité, énergie et infrastructures, après un soutien financier européen

DJEDDAH : Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est arrivé à Djeddah vendredi pour sa deuxième visite en Arabie saoudite en un mois.

Au cours de cette visite, Zelensky a rencontré le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, où les deux dirigeants ont discuté des moyens de renforcer les liens entre Kyiv et Riyad et d’élargir la coopération dans des secteurs clés, a rapporté l’Agence de presse saoudienne.

« Hier, lors d’une réunion avec des dirigeants européens, nous avons obtenu des garanties financières pour notre résilience. Aujourd’hui, nous faisons avancer nos accords avec l’Arabie saoudite dans les domaines de la sécurité, de l’énergie et des infrastructures », a déclaré Zelensky dans un message publié sur X à son arrivée dans le Royaume. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Washington sanctionne Bagdad pour l'obliger à démanteler les milices pro-Iran

 Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias. (AFP)
 Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias. (AFP)
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  • Un responsable de la Banque centrale irakienne a de son côté indiqué à l'AFP que les livraisons de dollars avaient cessé pendant la guerre régionale "en raison de la suspension des vols et de la situation sécuritaire"
  • Il a ajouté que la Banque centrale n'avait pas demandé plus de dollars, car elle dispose de réserves suffisantes et qu'il n'y a "actuellement aucun besoin de les augmenter"

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias.

Le Wall Street Journal, citant des sources officielles irakiennes et américaines, a affirmé mardi soir que Washington avait, pour la deuxième fois depuis le début de la guerre, suspendu la livraison par avion-cargo de près de 500 millions de dollars en cash, provenant des ventes de pétrole irakien.

Un responsable du gouvernement irakien a affirmé à l'AFP que seul un envoi n'était pas arrivé, invoquant "des raisons logistiques liées à la guerre" et la fermeture de l'espace aérien.

Un responsable de la Banque centrale irakienne a de son côté indiqué à l'AFP que les livraisons de dollars avaient cessé pendant la guerre régionale "en raison de la suspension des vols et de la situation sécuritaire".

Il a ajouté que la Banque centrale n'avait pas demandé plus de dollars, car elle dispose de réserves suffisantes et qu'il n'y a "actuellement aucun besoin de les augmenter".

Les revenus des exportations de pétrole irakiennes sont en grande partie déposés à la Réserve fédérale de New York, en vertu d'un arrangement conclu après l'invasion américaine de 2003, qui avait renversé Saddam Hussein.

Un accord qui donne à Washington un levier majeur sur les autorités de Bagdad.

En parallèle, les Etats-Unis ont suspendu le financement de formations des forces armées irakiennes et de programmes de lutte contre les jihadistes, au premier rang desquels le groupe Etat islamique.

Un responsable de la sécurité irakien a confirmé à l'AFP l'arrêt de cette coopération bilatérale, en raison "des milices et des (...) bombardements".

Il n'a fourni aucun détail mais les deux pays coopèrent depuis plusieurs années, en particulier dans la lutte antijihadiste.

L'Irak, voisin de l'Iran, a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient par des frappes imputées aux Etats-Unis ou à Israël visant des groupes pro-iraniens. Ces derniers ont revendiqué des attaques contre les intérêts américains dans le pays.

L'équilibre précaire de l'Irak 

Au début de la guerre régionale déclenchée par les frappes israélo-américaines sur l'Iran le 28 février, Washington et Bagdad avaient déclaré vouloir "intensifier la coopération" pour prévenir les attaques contre les intérêts américains et garantir que le territoire irakien ne serait pas utilisé pour ces opérations.

Mais Washington s'est plaint d'efforts insuffisants de la part de l'Irak, qui tente depuis des années de conserver un équilibre précaire entre ses liens avec les Etats-Unis et sa proximité avec Téhéran.

Le 9 avril, le département d'Etat américain avait déclaré avoir "convoqué" l'ambassadeur irakien à Washington, pour condamner ces attaques.

Sollicitée mercredi par l'AFP, la diplomatie américaine n'a pas confirmé la suspension des livraisons de dollars mais affirmé que "l'incapacité du gouvernement irakien à prévenir ces attaques (...) nuit aux relations entre les Etats-Unis et l'Irak".

"Les Etats-Unis ne toléreront pas les attaques contre leurs intérêts et attendent du gouvernement irakien qu'il prenne immédiatement toutes les mesures nécessaires pour démanteler les milices alignées sur l'Iran en Irak", a déclaré le porte-parole par intérim du département d'Etat, Tommy Pigott.

Plusieurs de ces factions ont cessé leurs attaques contre les "bases ennemies" dans le pays et la région après le cessez-le-feu irano-américain.

Avant la fin des combats, l'ambassade des Etats-Unis en Irak avait rapporté "de nombreuses attaques de drones" lancées selon elle par des milices pro-iraniennes contre des installations diplomatiques et l'aéroport international de Bagdad.

En janvier, Donald Trump avait menacé de retirer tout soutien à Bagdad si l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, 75 ans, perçu comme proche de l'Iran, revenait au pouvoir.

L'Iran, pour autant, n'entend pas lâcher ses leviers sur son voisin.

Le général Esmaïl Qaani, un haut responsable militaire iranien, s'est rendu samedi à Bagdad pour rencontrer des responsables politiques et des groupes armés pro-iraniens, a indiqué à l'AFP un haut responsable irakien.


Journaliste tuée: les dirigeants libanais dénoncent un «crime de guerre»

Les proches et les amis d'Amal Khalil, correspondante chevronnée du quotidien Al-Akhbar tuée lors d'une frappe aérienne israélienne qui aurait eu lieu dans le sud du Liban, se recueillent chez elle, dans le village de Bisariyeh, le 23 avril 2026. (AFP)
Les proches et les amis d'Amal Khalil, correspondante chevronnée du quotidien Al-Akhbar tuée lors d'une frappe aérienne israélienne qui aurait eu lieu dans le sud du Liban, se recueillent chez elle, dans le village de Bisariyeh, le 23 avril 2026. (AFP)
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  • "Israël cible délibérément les journalistes dans le but de cacher la vérité sur ses crimes contre le Liban", a affirmé le président Joseph Aoun, dénonçant "des crimes de guerre"
  • Le Premier ministre Nawaf Salam a estimé lui aussi que "cibler des journalistes et entraver l'accès des équipes de secours constitue un crime de guerre", assurant que son pays poursuivra l'affaire devant les instances internationales

BEYROUTH: Les dirigeants libanais ont accusé jeudi Israël d'avoir perpétré un "crime de guerre" après la mort d'une journaliste dans une frappe aérienne israélienne dans le sud du pays.

Amal Khalil, 42 ans, journaliste du quotidien Al-Akhbar, a été tuée mercredi et sa collègue indépendante Zeinab Faraj blessée dans cette frappe dans le sud, où les forces israéliennes occupent plusieurs régions.

"Israël cible délibérément les journalistes dans le but de cacher la vérité sur ses crimes contre le Liban", a affirmé le président Joseph Aoun, dénonçant "des crimes de guerre".

Le Premier ministre Nawaf Salam a estimé lui aussi que "cibler des journalistes et entraver l'accès des équipes de secours constitue un crime de guerre", assurant que son pays poursuivra l'affaire devant les instances internationales.

Les deux journalistes s'étaient réfugiées dans une maison du village d'al-Tiri, après qu'une frappe israélienne a visé une voiture qui les précédait, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Les deux occupants du véhicule, le maire de la ville voisine de Bint Jbeil, occupée par Israël, et un homme qui l'accompagnait, ont été tués, a précisé la même source.

Une frappe israélienne a ensuite visé la maison où s'étaient réfugiées les deux journalistes. Les secours ont évacué dans un premier temps la journaliste blessée, avant que "des tirs israéliens visent l'ambulance", selon le ministère de la Santé.

Les autorités libanaises ont dû mener des contacts avec les Casques bleus déployés dans le sud du Liban et il a fallu plusieurs heures avant que les secouristes puissent à nouveau accéder au secteur pour retirer des décombres le corps de l'autre journaliste.

Le ministère de la Santé a accusé jeudi Israël d'avoir "entravé les opérations de sauvetage" et "visé une ambulance portant clairement le signe de la Croix-Rouge".

L'armée israélienne a de son côté affirmé avoir frappé dans le secteur d' al-Tiri deux véhicules à bord desquels se trouvaient des "terroristes", qui avaient "franchi la ligne de défense avancée" de ses troupes dans le sud du Liban.

Israël dit avoir tracé une "ligne jaune" ou ligne de défense avancée en profondeur dans le sud du Liban où ses troupes sont entrées, et interdit aux habitants d'y retourner.

Un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 17 avril, après une guerre entre Israël et le Hezbollah pro-iranien qui a fait plus de 2.400 morts au Liban.

L'armée israélienne a démenti avoir "empêché les équipes de secours d'accéder à la zone". Elle a indiqué que "des informations font état de deux journalistes blessés lors des frappes" et affirmé que l'incident était "en cours d'examen".

Correspondante dans le sud du Liban pour le journal al-Akhbar, proche du Hezbollah, Amal Khalil a couvert les différentes guerres dans cette région. Elle était connue pour son courage et était respectée par ses collègues.

Le 28 mars, trois journalistes avaient été tués dans une frappe israélienne dans le sud et des experts de l'ONU avaient réclamé une enquête internationale.