Médecins sans frontières, un acteur clé au Moyen-Orient et dans le nord de l'Afrique

« Notre présence au Moyen-Orient est importante car, malheureusement, la région est secouée par des soulèvements et des conflits, ce qui signifie qu’un acteur tel que MSF devrait aujourd’hui rester auprès des populations touchées par les conflits », explique Mario Stephan. (Photo Fournie)
« Notre présence au Moyen-Orient est importante car, malheureusement, la région est secouée par des soulèvements et des conflits, ce qui signifie qu’un acteur tel que MSF devrait aujourd’hui rester auprès des populations touchées par les conflits », explique Mario Stephan. (Photo Fournie)
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Publié le Mercredi 29 juillet 2020

Médecins sans frontières, un acteur clé au Moyen-Orient et dans le nord de l'Afrique

  • Créée par un groupe de médecins et de journalistes, l’organisation humanitaire Médecins sans frontières (MSF) s’est implantée au Moyen-Orient en 1976
  • « Nous sommes les « médecins sans frontières » et nous sommes censés franchir les frontières, mais quand elles sont fermées, nous en souffrons aussi »

DUBAÏ: Née en France en 1971, une organisation humanitaire désormais internationale travaille discrètement mais constamment au Moyen-Orient, fournissant une assistance médicale essentielle à des millions de personnes dans le besoin. Son nom: Médecins sans frontières (MSF). Créée par un groupe de médecins et de journalistes, elle s’est implantée au Moyen-Orient dès 1976. Sa mission était non seulement d’assurer des soins médicaux, mais aussi de faire entendre les voix de ses patients lorsque ceux-ci étaient incapables de le faire eux-mêmes. « Notre mission vise aussi à témoigner, nous confie Mario Stephan, directeur exécutif du bureau régional de l’organisation aux Émirats arabes unis, lors de notre entretient début juillet. MSF a été fondée sur ces deux piliers et continue, cinquante ans plus tard, à travailler en se basant sur ces deux piliers. »

Depuis, MSF fournit des soins médicaux cruciaux dans des contextes de crises, de conflits et de catastrophes naturelles graves. C’est ainsi que l’organisation a débuté son travail au Liban, à la suite de la guerre civile de 1975 – le premier conflit majeur dans lequel l’organisation MSF s’est investie, rappelle Stephan. « Au fil des années, dans cette région, nous avons travaillé dans des situations d’urgence et de crise », affirme-t-il à Arab News dans un entretien exclusif. « Nous pouvons également considérer 2011 – avec le début des soulèvements populaires dans le monde arabe – comme un moment pivot durant lequel le volume et la complexité de nos opérations dans cette partie du monde ont pris une autre dimension », poursuit-il.

D’un point de vue institutionnel, MSF est présente aux Émirats arabes unis depuis 1992, puis s’est installée à Beyrouth et à Amman. Dubaï mène des activités de levée de fonds, et les trois bureaux mènent des activités de communication, de recrutement, et veillent plus particulièrement au développement de la position de MSF au cœur des sociétés civiles. « Notre présence au Moyen-Orient est importante car, malheureusement, la région est secouée par des soulèvements et des conflits, ce qui signifie qu’un acteur tel que MSF devrait aujourd’hui rester auprès des populations touchées par les conflits », explique Stephan.

L’organisation fournit une aide précieuse dans les pays de la région comme le Liban, la Palestine, le Yémen, la Libye, l’Irak et la Syrie. Dans ces pays, étant donné l’aggravation considérable des conflits, MSF intervient désormais de manière continue.

En outre, Stephan a tenu à mettre en avant les patients de MSF, qui sont à ses yeux l’élément le plus important de l’organisation. « Nous avons développé des activités en Palestine, où le conflit semble malheureusement s’éterniser », a-t-il ajouté. « C’est au Yémen que s’effectuent une de nos plus grandes opérations depuis 2015 et il y a très peu de chances que nos efforts deviennent moins nécessaires là-bas dans les années à venir. »

Avec la pandémie de Covid-19 qui a bouleversé le monde, la zone Middle East and North Africa (Mena) fait face à un nouveau défi. Dans cette partie du monde, MSF a dû développer des opérations supplémentaires visant à épauler certaines autorités sanitaires dans leur lutte et à mettre en place ce qui constituait parfois l’unique réponse à la pandémie.

Ainsi, dans la ville d’Aden, au sud du Yémen, MSF travaille aujourd’hui dans les deux centres de confinement et de traitement des patients atteints par la Covid-19. « Il n’y a personne d’autre pour prendre cela  en main, a expliqué Stephan. Dans certains pays, nous avons dû modifier certaines de nos opérations pour intensifier notre lutte contre la Covid-19 ou pour mettre en place de nouvelles actions. Dans certains cas, nous avons été contraints de suspendre quelques opérations car nos patients étaient incapables d’atteindre nos centres à cause des restrictions de déplacement. Il est important de rappeler qu’une guerre ou un conflit ne s’arrête pas à cause d’une pandémie et qu’une pandémie telle que la Covid-19 ne fait qu’exacerber une situation déjà fragile. »

Au nord de la Syrie, MSF est également très présente dans les camps de réfugiés, lieux où, selon Stephan, les craintes liées à la pandémie grandissent jour après jour, et où la distanciation sociale est quasiment impossible.

De plus, les problèmes de sécurité demeurent élevés, obligeant MSF à s’adapter sans cesse pour protéger ses équipes et ses patients et pour assurer l’accès à ses centres.

En Libye, par exemple, l’insécurité empêche l’organisation d’intervenir autant qu’elle le voudrait, et il est devenu beaucoup trop dangereux pour ses membres d’intervenir. « La catastrophe humanitaire en Libye est terrible. Le pays est aujourd’hui méconnaissable », affirme Stephan.

Par ailleurs, la fermeture des voies aériennes en raison de la Covid-19 a empêché les équipes de MSF de rallier différents sites. « Aujourd’hui, nous sommes très inquiets de l’état de fatigue de nos équipes au Yémen comme ailleurs, indique Stephan. Nous sommes les « médecins sans frontières » et nous sommes censés franchir les frontières, mais quand elles sont fermées, nous en souffrons aussi, et cela constitue un défi majeur. »

S’assurer que les équipements médicaux nécessaires, y compris les gants et les masques, soient disponibles pour protéger les membres de MSF et leurs patients, représente également une tâche difficile. « Dans un monde où ce type d’équipement est peu réglementé, nous faisons face à des défis inconcevables, poursuit Stephan. Une vraie course aux masques a commencé il y a quelques mois. La pandémie de covid-19 a rendu les choses beaucoup plus compliquées pour nous. »

De même, avec des millions de personnes en situation de confinement depuis que la pandémie a touché la région en mars, la santé mentale constitue un autre motif d’inquiétude, sur lequel l’organisation travaille depuis des décennies. « La santé mentale est tout aussi importante que la santé physique, fait observer Stephan. Les gens sont fatigués et nous ne sommes toujours pas revenus à la situation d’avant la pandémie. »

Concernant le domaine de la santé mentale, Stephan insiste sur les besoins croissants dans cette partie du monde après le confinement, et il évoque le cas des populations de réfugiés vivant dans des camps. « La situation était déjà difficile pour eux. Aujourd’hui, ils sont incapables de subvenir à leurs besoins à cause du confinement. Les complications économiques que nous connaissons affectent les réfugiés et tout cela a d’importantes répercussions sur leur santé mentale », souligne-t-il.

L’organisation dirige de nombreuses activités aux quatre coins du monde en relation avec la santé mentale, une fois celle-ci identifiée comme un problème majeur chez les patients. « Nous devons garder en tête que c’est loin d’être fini. Les conséquences et l’impact de cette pandémie sont loin d’être terminés », déplore Stephan.

Avec 50 000 membres – appartenant ou non au personnel médical – dans le monde et environ 7 300 dans la zone Mena, MSF a encore bien du travail face à une pandémie qui a frappé l’humanité de plein fouet. « Notre personnel a l'habitude d'être mobile, donc nous retrouver coincés dans nos zones ou pays respectifs a demandé beaucoup d'efforts, explique Stephan à Arab News. Aujourd'hui, il est intéressant de constater que nous travaillons dans plus de 70 pays et que nous avons des opérations “Covid-19” dans plus de 65 pays. Ce nombre va évoluer rapidement car nous essayons d'être présents presque partout et de répondre aux besoins une fois que nous les avons identifiés. »

Bien que les opérations « Covid-19 » se soient multipliées, Stephan rappelle que les catastrophes naturelles, les déplacements de la population et les conflits armés ne s’arrêtaient pas après une pandémie. Cependant, il pense que MSF travaille plus efficacement grâce aux contraintes actuelles et essaie d’identifier le plus rapidement possible les prochains théâtres d’opérations.

En outre, il évoque l’important soutien aux opérations de l’organisation via son bureau du Golfe et des Émirats arabes unis. « Le Golfe est situé à l'intersection des mondes arabe et occidental. Le nombre de ponts que nous pouvons établir aujourd'hui dans ces pays est vraiment intéressant, car le Golfe constitue une plate-forme: il nous offre l’opportunité d'être présents et de faire entendre notre voix », déclare Stephan.

Et, dans la mesure où 96 % de son financement est privé, MSF est maître de ses décisions en matière d'interventions. « Nous n'intervenons pas sur la base d'un programme politique, mais plutôt pour subvenir aux besoins, note Stephan. La transparence avec laquelle nous menons nos opérations et avec laquelle nous dépensons notre argent fait vraiment une différence ; elle est très importante pour nous. »

Pour les bureaux de MSF a Dubai, Beyrouth et Amman, le véritable travail consiste aujourd'hui à se faire connaître auprès des populations et des sociétés civiles du monde arabe, et à faire passer son message. « Nos racines sont en Occident mais MSF est aujourd'hui un mouvement international, explique encore Stephan. Il est très important pour nous de continuer à nous développer au sein des sociétés civiles de la région. Elle est d’une immense diversité, et le fait de nous situer des deux côtés de l’échelle représente une incroyable opportunité. »

En somme, ce que MSF voit dans cette partie du monde, c'est un personnel médical hautement qualifié, formé de manière traditionnelle par le biais des universités et des centres, à une époque où les moyens mis à disposition étaient plus réduits qu’aujourd’hui. « Le nombre de spécialistes ainsi formés, motivés et possédant des valeurs est exceptionnel dans cette partie du monde », conclut Stephan.


L'armée israélienne dit se préparer à mener une «vaste opération» en Cisjordanie

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis vendredi d'agir "avec fermeté" après la mort d'un Israélien dans de nouvelles violences en Cisjordanie occupée, lors desquelles quatre Palestiniens ont aussi été tués. (AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis vendredi d'agir "avec fermeté" après la mort d'un Israélien dans de nouvelles violences en Cisjordanie occupée, lors desquelles quatre Palestiniens ont aussi été tués. (AFP)
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  • L'armée israélienne a déclaré que des soldats avaient été déployés après des informations faisant état d'une attaque contre des civils israéliens qui faisaient selon elle une randonnée près de la colonie israélienne de Havat Gilad
  • Deux personnes blessées par balles, âgées d'une vingtaine d'années, ont été évacuées par hélicoptère, l'une dans un état grave, selon la même source

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé vendredi qu'elle se préparait à mener une "vaste opération antiterroriste" en Cisjordanie occupée à la suite de violences qui ont coûté la vie à un Israélien et quatre Palestiniens.

"A la suite de l'attaque terroriste perpétrée plus tôt dans la journée dans la région de Tel, les soldats des FDI (armée israélienne, NDLR) se préparent à mener une vaste opération antiterroriste dans ce secteur", a indiqué l'armée. Elle a ajouté avoir reporté les permissions des soldats sur l'ensemble du territoire et déployé ses forces dans la région.

Netanyahu promet d'agir "avec fermeté" 

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis vendredi d'agir "avec fermeté" après la mort d'un Israélien dans de nouvelles violences en Cisjordanie occupée, lors desquelles quatre Palestiniens ont aussi été tués.

L'armée israélienne a déclaré que des soldats avaient été déployés après des informations faisant état d'une attaque contre des civils israéliens qui faisaient selon elle une randonnée près de la colonie israélienne de Havat Gilad.

Selon elle, les assaillants se sont emparés de l'arme d'un membre des forces de sécurité arrivées sur place, avant d'ouvrir le feu sur les randonneurs.

Les secours israéliens du Magen David Adom ont indiqué qu'un homme d'une trentaine d'années avait été déclaré mort près de la colonie.

Deux personnes blessées par balles, âgées d'une vingtaine d'années, ont été évacuées par hélicoptère, l'une dans un état grave, selon la même source.

L'armée a ensuite annoncé avoir tué l'auteur de l'attaque et récupéré l'arme dérobée. Elle a précisé que des opérations étaient toujours en cours pour retrouver d'éventuels autres assaillants.

Un journaliste de l'AFP a constaté que tous les barrages et points de contrôle avaient été fermés dans le nord de la Cisjordanie et que d'importants renforts militaires avaient été déployés dans le secteur.

Le ministère palestinien de la Santé a indiqué de son côté que quatre Palestiniens avaient été tués dans le village de Tel, voisin de la colonie, et que quatre autres avaient été blessés, dont trois grièvement.

Le chef du conseil du village de Tel, Walid Zidan, a rejeté la version israélienne, affirmant à l'AFP qu'une vingtaine de colons étaient entrés dans le village palestinien avant que des affrontements n'éclatent.

Selon lui, des soldats israéliens se sont ensuite joints aux colons pour tirer sur des Palestiniens.

L'AFP n'était pas en mesure de vérifier ces affirmations de manière indépendante.

Agir "d'une main de fer"

Après la mort de l'Israélien, M. Netanyahu a dit que son gouvernement agirait "avec fermeté contre les terroristes et leurs commanditaires", selon un communiqué de son bureau.

Il a précisé qu'il allait tenir une réunion avec les responsables sécuritaires pour "discuter des modalités de la riposte à l'attentat meurtrier".

Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a appelé l'armée à agir "d'une main de fer" contre "le village des meurtriers et ses environs", sans fournir davantage de précisions.

Les violences en Cisjordanie, un territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, se sont fortement intensifiées depuis le début de la guerre à Gaza, déclenchée par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste Hamas en Israël le 7 octobre 2023.

Selon les chiffres officiels israéliens, au moins 47 Israéliens, civils et militaires confondus, y ont été tués depuis octobre 2023 dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.

Selon un décompte de l'AFP, fondé sur les données du ministère de la Santé palestinien, le bilan côté palestinien est d'au moins 1.094 Palestiniens, combattants ou civils tués par des soldats ou des colons israéliens.

Hors Jérusalem-Est, plus de 500.000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie, aux côtés d'environ trois millions de Palestiniens.

Toutes les colonies israéliennes sont considérées comme illégales au regard du droit international.


Visite du président libanais à Washington: le Hezbollah dénonce une «soumission» à un pouvoir étranger

Le mouvement libanais Hezbollah a estimé jeudi que la rencontre du président libanais Joseph Aoun avec son homologue Donald Trump à la Maison Blanche révélait "l'ampleur de la dépendance et la soumission (du pouvoir) à une tutelle étrangère". (AFP)
Le mouvement libanais Hezbollah a estimé jeudi que la rencontre du président libanais Joseph Aoun avec son homologue Donald Trump à la Maison Blanche révélait "l'ampleur de la dépendance et la soumission (du pouvoir) à une tutelle étrangère". (AFP)
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  • Les violences ont baissé d'intensité depuis la signature en juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, en parallèle de négociations entamées en avril entre le Liban et Israël dans une tentative de dissocier le dossier libanais
  • Malgré l'accalmie dans les combats, l'armée israélienne continue de mener des frappes intermittentes et opérations dans et près des zones qu'elle continue d'occuper dans le sud

BEYROUTH: Le mouvement libanais Hezbollah a estimé jeudi que la rencontre du président libanais Joseph Aoun avec son homologue Donald Trump à la Maison Blanche révélait "l'ampleur de la dépendance et la soumission (du pouvoir) à une tutelle étrangère".

Joseph Aoun a été reçu mardi à la Maison Blanche par Donald Trump, qui a dit vouloir "beaucoup aider" le Liban, au moment où un accord avec Israël parrainé par Washington entre dans sa première phase.

Cet accord conclu en juin prévoit le déploiement de l'armée libanaise dans des "zones pilotes" évacuées par Israël - qui occupe une partie du sud du pays désignée comme "zone de sécurité" - sous réserve du désarmement du Hezbollah pro-iranien.

La formation pro-iranienne, qui s'oppose à l'accord, a déploré dans un communiqué que la visite de M. Aoun n'avait "débouché sur aucun engagement américain" sur un retrait de l'armée israélienne du sud du Liban, ni n'avait mis fin aux tirs israéliens, ni permis un retour sûr des déplacés dans cette région.

"Dans la série ininterrompue des concessions" du pouvoir, cette visite a révélé "l’ampleur de la dépendance et de la soumission à une tutelle étrangère", a ajouté le Hezbollah.

Pendant l'entrevue, Joseph Aoun a insisté sur la nécessité d'un "retrait total" israélien pour avancer dans la mise en oeuvre de l'accord.

Le Hezbollah, qui a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en attaquant Israël, en soutien à l'Iran, a réitéré son refus des négociations directes entre Israël et le Liban.

L'armée libanaise a entamé mardi son déploiement dans le village de Zawtar al-Gharbiya dont l'armée israélienne contrôlait les abords.

Le chef de l'armée, Rodolphe Haykal, s'est rendu jeudi sur place où il "a passé en revue les mesures prises" afin de " garantir le retour en sécurité des habitants", selon un communiqué de l'armée.

Un photographe de l'AFP a vu des équipes de secours entrer dans cette localité, qui reste interdite d'accès aux habitants.

Elles ont récupéré trois corps, et poursuivent des opérations de recherche, a rapporté l'Agence nationale d'information (ANI, officielle).

Les violences ont baissé d'intensité depuis la signature en juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, en parallèle de négociations entamées en avril entre le Liban et Israël dans une tentative de dissocier le dossier libanais de la guerre régionale.

Malgré l'accalmie dans les combats, l'armée israélienne continue de mener des frappes intermittentes et opérations dans et près des zones qu'elle continue d'occuper dans le sud.

L'ANI a rapporté une "forte explosion" dans la localité frontalière d'al-Tiri, l'attribuant à l'armée israélienne. Des tirs israéliens dans une autre localité du sud ont blessé un travailleur syrien, a ajouté l'agence.

Des secouristes affiliés au Hezbollah ont rapporté qu'une frappe israélienne près de Nabatiyé al-Fawqa avait visé une ambulance qui se rendait sur le site d'une précédente frappe, et blessé deux secouristes.


La coopération saoudo-américaine peut-elle faire émerger un « Aramco du nucléaire » ?

L’accord s’appuie sur neuf décennies de coopération énergétique, tandis que Washington soutient les ambitions à long terme du Royaume en matière de nucléaire civil. (Getty Images)
L’accord s’appuie sur neuf décennies de coopération énergétique, tandis que Washington soutient les ambitions à long terme du Royaume en matière de nucléaire civil. (Getty Images)
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  • L’accord repose sur près de neuf décennies de coopération énergétique, alors que Washington apporte son soutien aux ambitions de long terme de l’Arabie saoudite dans le domaine du nucléaire civil
  • Des experts estiment que la profonde confiance stratégique et les intérêts commerciaux communs ont rendu possible ce partenariat historique

LONDRES : Bien que les détails techniques et les conditions politiques de l’accord nucléaire conclu entre l’Arabie saoudite et les États-Unis n’aient pas encore été entièrement dévoilés, la nouvelle a été accueillie de manière largement positive par les experts et les observateurs des deux pays.

Comme l’a souligné mercredi le ministère saoudien de l’Énergie dans un communiqué, cet accord ne sort pas de nulle part.

L’Accord de coopération sur les usages pacifiques de l’énergie nucléaire, indique le ministère, « s’inscrit dans le prolongement du partenariat stratégique historique entre les deux pays amis ».

Plus récemment, il fait suite à l’annonce effectuée lors de la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane aux États-Unis l’an dernier, concernant « l’aboutissement des négociations sur la coopération bilatérale dans les usages pacifiques de l’énergie nucléaire ».

Historiquement, la coopération énergétique entre Washington et Riyad a donné naissance à des avancées majeures. Les fondations de ce qui deviendra Aramco, aujourd’hui la plus grande compagnie pétrolière au monde, ont été posées en 1933, lorsque l’Arabie saoudite a signé un accord de concession avec la Standard Oil Company of California.

Le ministère ajoute que cet accord « reflète la vision commune des deux pays visant à renforcer leur coopération dans les domaines de l’énergie et des technologies d’avenir, tout en soutenant le développement durable ».

Mais l’ancienneté de cette vision pourrait surprendre plus d’un. 

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Un puits de pétrole à Ain Dar, en Arabie saoudite, en 1952. (Photo : Touring Club Italiano/Marka/Universal Images Group via Getty Images)

En avril 1986, deux chercheurs du département de génie nucléaire de l’Université Roi-Abdelaziz de Djeddah se sont rendus à l’aéroport international de Pittsburgh afin de participer à une conférence consacrée à la théorie et aux applications de la modélisation et de la simulation informatiques dans plusieurs disciplines.

Le titre de la communication présentée par A.F. Abdul-Fattah et W.H. Abulfaraj lors de cette conférence de deux jours organisée à l’Université de Pittsburgh était : « Évaluation technologique des réacteurs nucléaires de recherche pour l’Arabie saoudite ».

Quarante ans plus tard, ce document rappelle que, loin d’être le résultat d’une course précipitée vers l’énergie nucléaire, le nouvel accord annoncé avec les États-Unis constitue simplement la dernière pièce d’un puzzle énergétique que le Royaume assemble avec patience depuis au moins quatre décennies. 

Michael Ratney, ancien ambassadeur des États-Unis à Riyad et conseiller principal au Center for Strategic and International Studies (CSIS) à Washington, a déclaré à Arab News que l’accord nucléaire entre les États-Unis et l’Arabie saoudite était, sans aucun doute, « un accord historique ».

« Les Saoudiens réfléchissent à ce projet depuis très longtemps », a-t-il expliqué. « Le processus s’est accéléré avec la Vision 2030 en raison de son objectif de diversification économique et de la volonté de bâtir une économie viable pour l’après-pétrole.

« Et cela ne signifie pas seulement une économie qui ne dépend plus des exportations de pétrole. Cela signifie aussi une économie qui ne dépend plus du pétrole pour répondre à ses propres besoins énergétiques. »

Selon lui, le nucléaire constitue un élément logique d’un mix énergétique plus large basé sur les énergies renouvelables que le Royaume est en train de développer.

« L’Arabie saoudite investit déjà dans l’énergie solaire et l’énergie éolienne, et le nucléaire s’inscrit dans un bouquet énergétique décarboné. C’est d’ailleurs le même débat qui se déroule actuellement en Europe et aux États-Unis.

« Les Saoudiens considèrent depuis longtemps l’énergie nucléaire comme une alternative aux combustibles fossiles, et cet accord représente l’occasion de concrétiser cette ambition. »

Il a ajouté que les États-Unis avaient également beaucoup à gagner de ce nouvel accord.

« Je ne participe pas directement aux négociations », a-t-il précisé. « Mais je suppose que si nous poursuivons ce projet aujourd’hui, c’est aussi parce que nous nous attendons à ce que les Saoudiens collaborent avec des entreprises américaines pour construire les réacteurs. »

Dans une publication sur X, l’homme d’affaires et commentateur saoudien Turki Al-Faisal Al-Rasheed a lui aussi estimé que les deux parties avaient beaucoup à gagner.

Selon lui, ce partenariat « vise à répondre aux besoins de l’Arabie saoudite en matière d’énergie nucléaire à des fins pacifiques, tout en offrant à Washington un levier pour éloigner Riyad de la Chine, son principal partenaire dans de nombreux projets de la Vision 2030. »

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Le prince héritier Mohammed ben Salmane lance le projet de construction du premier réacteur nucléaire de recherche d’Arabie saoudite. (Photo SPA)

La technologie et l’expertise américaines contribueraient à « maintenir des normes élevées en matière de garanties de sécurité et de non-prolifération ». Dans le même temps, « l’Arabie saoudite dispose de ressources considérables et de multiples options à l’international ; remporter ces contrats générerait des emplois, renforcerait le leadership technologique des États-Unis et accroîtrait les revenus à l’exportation des entreprises américaines. »

Toutefois, dans un entretien accordé à Arab News, Turki Al-Rasheed a rappelé que, s’il est « essentiel — voire vital — pour l’Arabie saoudite de renouveler et de diversifier ses sources d’énergie », le Royaume peut choisir de le faire avec les États-Unis ou avec d’autres partenaires, comme la France, la Chine ou la Russie.

« Les États-Unis doivent être notre priorité, mais pas notre seule priorité », a-t-il déclaré. « N’oublions pas que la Chine est notre premier partenaire commercial. Les États-Unis sont notre partenaire militaire et politique. La Russie est notre principal partenaire dans le pétrole et l’énergie. Nous devons préserver l’ensemble de ces relations. »

La confiance des États-Unis dans leur partenariat avec l’Arabie saoudite s’est manifestée non seulement à travers l’accord signé mercredi, mais aussi par la relation étroite qui s’est développée entre les hauts responsables de Washington et de Riyad.

Lors de la cérémonie de signature organisée au siège du département américain de l’Énergie, le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a salué le prince Abdulaziz ben Salmane comme « l’un des analystes les plus avisés des marchés mondiaux de l’énergie », ajoutant qu’il admirait depuis longtemps sa franchise sur les grandes questions énergétiques internationales, bien avant leur première rencontre. 

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Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright. (Photo fournie)

Depuis, a-t-il expliqué, les deux hommes ont noué une relation d’amitié fondée sur la confiance, qui dépasse largement les discussions sur le pétrole, le gaz et la coopération dans le domaine du nucléaire civil.

Chris Wright a également salué le « leadership fort et fondé sur des principes » du ministre saoudien de l’Énergie, estimant qu’il avait contribué à transformer le secteur énergétique du Royaume. Selon lui, cette relation de confiance personnelle reflète une conviction plus large : celle que l’Arabie saoudite est un partenaire stratégique de long terme.

Certains observateurs ont toutefois exprimé des inquiétudes, estimant que si l’Arabie saoudite développait une capacité d’enrichissement de l’uranium, cela pourrait déclencher une course aux armements dans la région.

L’Arabie saoudite dispose d’importants gisements d’uranium. En 2019, le prince Abdulaziz avait déclaré : « Nous voulons maîtriser l’ensemble du cycle, depuis l’extraction de l’uranium jusqu’à son enrichissement, puis à son utilisation. » 

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Le ministre saoudien de l’Énergie, le prince Abdulaziz ben Salmane Al Saoud, lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, le 4 juin 2026. (AFP/Photo d’archives)

La même année, une étude conjointe menée par le Saudi Geological Survey, le Beijing Research Institute of Uranium Geology et la China National Nuclear Corporation a identifié trois grands gisements, situés dans le centre et le nord-ouest du pays, susceptibles de produire jusqu’à 90 000 tonnes d’uranium.

« Je pense qu’il est normal que cela suscite des inquiétudes lorsque d’autres pays commencent à développer une capacité d’enrichissement nucléaire », a déclaré Michael Ratney. « Mais ce qui a été convenu dans cet accord ne donne pas à l’Arabie saoudite une arme nucléaire. Ce n’est tout simplement pas le cas.

« Il lui permet de développer un programme nucléaire civil en coopération avec les États-Unis, sous le contrôle des garanties de non-prolifération, afin que le Royaume puisse progressivement réduire sa dépendance au pétrole pour la production d’électricité. »

Selon lui, l’accord « laisse la porte ouverte » à un éventuel enrichissement de l’uranium, « mais uniquement au terme de nombreux autres accords et consultations avec les États-Unis avant d’en arriver là. Et un tel projet serait extrêmement coûteux et prendrait beaucoup de temps à mettre en œuvre. »

« Il faut déjà beaucoup de temps pour construire une centrale nucléaire. Développer une capacité d’enrichissement du combustible nucléaire prendrait encore bien plus de temps.

« En attendant, comme la plupart des pays, l’Arabie saoudite importera son combustible nucléaire, tout comme les États-Unis. Nous extrayons de l’uranium, mais nous importons également du combustible nucléaire parce que notre production ne suffit pas à alimenter l’ensemble de nos réacteurs. »

Selon Michael Ratney, l’impulsion initiale ayant conduit à l’accord actuel remonte à l’administration Biden.

« Les premières discussions ont eu lieu sous l’administration Biden, dans le cadre d’un projet d’accord global qui devait inclure un volet nucléaire, une normalisation des relations avec Israël ainsi qu’un traité de défense mutuelle avec les États-Unis.

« Ce projet a pris fin avec la fin du mandat de l’administration Biden, lorsque le processus de normalisation s’est pratiquement enlisé. Il semble désormais que l’administration Trump ait repris le volet nucléaire de cette initiative. » 

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Michael Ratney, ancien ambassadeur des États-Unis à Riyad et conseiller principal au Center for Strategic and International Studies (CSIS). (Photo fournie)

Michael Ratney estime que l’accord franchira l’étape du Congrès et qu’il est conçu pour durer.

« Il n’a pas besoin d’un vote d’approbation ; il lui suffit de survivre à un vote de désapprobation, et je pense que ce sera le cas. Je suis donc convaincu qu’il entrera en vigueur et je doute qu’une future administration cherche à le remettre en cause. »

Alors que les tensions entre les États-Unis et l’Iran se poursuivent, Ratney estime que l’accord comporte également une dimension politique.

« Cela fait probablement partie de la réflexion saoudienne : montrer à leurs voisins que l’Iran n’est pas le seul pays capable de développer un programme nucléaire, et que l’Arabie saoudite peut poursuivre un tel programme non pas de manière illicite, comme l’Iran est parfois accusé de le faire, mais en coopération avec une superpuissance mondiale. »

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Lors de la visite du secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, au laboratoire national de l’Idaho, le 25 juin 2026. (AFP) (AFP)

En réponse à une demande de commentaire, un porte-parole de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a indiqué que l’agence « est informée des discussions entre le Royaume d’Arabie saoudite et les États-Unis en vue de conclure un accord bilatéral de coopération dans le domaine du nucléaire civil, ainsi que du projet de demander à l’AIEA de mettre en œuvre des mesures de vérification dans le cadre de cet accord.

« Nous attendons avec intérêt de recevoir cette demande de vérification et de collaborer avec les États-Unis et le Royaume d’Arabie saoudite afin de garantir la mise en œuvre de ces mesures.

« Celles-ci devront s’accompagner des mécanismes de vérification prévus par le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et par l’Accord de garanties généralisées applicable à l’Arabie saoudite.

« Une fois que les deux pays auront présenté cette demande, et conformément aux procédures de l’Agence, le Directeur général la soumettra au Conseil des gouverneurs afin d’obtenir l’autorisation nécessaire à sa mise en œuvre. » 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com