Coup d'État au Niger: Une entrave à la lutte contre les groupes extrémistes du Sahel africain

Des partisans des forces de défense nigériennes ont attaqué le siège du parti politique du président déchu, Mohammed Bazoum, à Niamey, jeudi (Photo, AFP).
Des partisans des forces de défense nigériennes ont attaqué le siège du parti politique du président déchu, Mohammed Bazoum, à Niamey, jeudi (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 02 août 2023

Coup d'État au Niger: Une entrave à la lutte contre les groupes extrémistes du Sahel africain

  • Les experts estiment que le Niger risque de devenir un terrain propice au recrutement de terroristes à la suite du coup d'État du 26 juillet
  • Selon des analystes, Daech et les affiliés d'Al-Qaida ont le plus à gagner du chaos qui règne au Burkina Faso, au Mali et au Niger

JUBA: Le Niger est devenu le troisième pays de la région troublée du Sahel à subir un coup d'État militaire en l'espace de quelques années, suscitant l'inquiétude des dirigeants occidentaux et des États voisins quant aux répercussions sur la lutte en cours contre l'insurrection islamiste.

Le président, Mohammed Bazoum, qui est actuellement confiné dans sa résidence officielle à Niamey, la capitale, a été renversé le 26 juillet par sa propre garde présidentielle. Le chef de la force d'élite, le général Abdourahamane Tiani, s'est autoproclamé nouveau président.

À la suite de prises de pouvoir militaires similaires au Burkina Faso et au Mali, les États-Unis et l'ancienne puissance coloniale, la France, ont exigé la réintégration de Bazoum, reconnaissant son rôle clé dans la lutte contre l'extrémisme.

L'Union africaine et la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ont également insisté sur la nécessité de rétablir la stabilité pour faire face efficacement à la menace extrémiste, indiquant que les pays voisins pourraient envisager de recourir à la force afin de rétablir Bazoum.

Le général Abdourahmane Tiani, qui a été déclaré nouveau chef de l'État du Niger par les dirigeants d'un coup d'État, arrive pour rencontrer des ministres à Niamey, au Niger (Photo, Reuters).

La position stratégique du Niger dans la région du Sahel, bordée par des pays en proie à l'extrémisme violent, en fait un allié important dans la lutte internationale contre l'insurrection islamiste. Avant le coup d'État, le Niger participait activement aux initiatives régionales de lutte contre le terrorisme.

Toutefois, le coup d'État et les perturbations qu'il pourrait entraîner en matière de gouvernance et de sécurité pourraient mettre en péril ces partenariats vitaux et entraver la progression des efforts de sécurité régionale.

Aneliese Bernard, directrice du groupe de conseil sur les risques Strategic Stabilization Advisors, basé à Washington, affirme que des coups d'État similaires dans la région montrent que ce sont les groupes extrémistes qui ont le plus à gagner de ces périodes d'instabilité.

«L'histoire a montré que des groupes comme l'État islamique de la province du Sahel et Jama'a Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin (le Groupe de soutien à l'Islam et aux musulmans, Jnim) ont réussi à capitaliser sur les vides de gouvernance et de sécurité laissés par des États accaparés par des questions politiques internes, ce qui leur a permis d'étendre leur influence au Mali et au Burkina Faso à la suite des récents coups d'État», a expliqué Bernard à Arab News.

Le Jnim et l'État islamique de la province du Sahel (ISSP) sont deux groupes radicaux rivaux qui opèrent dans la région. Il n'est pas rare que des individus changent de camp entre ces groupes, ce qui complique encore la situation sécuritaire dans la région.

Le Jnim opère dans le Mali voisin et étend ses activités à toute l'Afrique de l'Ouest. Il a prêté allégeance à Al-Qaïda dans les pays du Maghreb islamique (AQMI).

Miliciens djihadistes au Burkina Faso (Photo fournie).

L'ISSP, quant à lui, opère en tant que filiale sahélienne de Daech et a également été impliqué dans des attaques dans toute la région.

Selon Aneliese Bernard, le coup d'État a déstabilisé l'appareil de gouvernance et de sécurité dans la région de Tillaberi, au sud-ouest du Niger, près de la triple frontière avec le Burkina Faso et le Mali, où l'ISSP est actif.

«Dans de telles situations, le Jnim et l'ISSP pourraient saisir l'occasion d'exploiter l'absence d'autorité de l'État et se présenter comme des alternatives à la gouvernance et à la sécurité», a-t-elle déclaré.

«En défendant l'idée que les communautés négligées et marginalisées de la périphérie sont privées du soutien du gouvernement, ces groupes djihadistes ont réussi à s'infiltrer dans les communautés éloignées», a-t-elle précisé.

L'un des groupes ciblés est le peuple Fulani, une minorité ethnique de la région, accusée par les autorités d'entretenir des sympathies pour le terrorisme. En raison de leur statut de minorité discriminée, les groupes extrémistes ont réussi à recruter des membres dans leurs rangs.

Virginie Baudais, directrice du programme Sahel et Afrique de l'Ouest à l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, estime que la possibilité d'une suspension de l'aide occidentale à la suite du coup d'État soulève des questions sur la manière dont les forces de sécurité nigériennes géreront la menace islamiste.

«Les groupes armés ont constamment pris pour cible les forces de défense et de sécurité dans la région, ce qui fait qu'il est essentiel pour la communauté internationale de réorienter ses priorités et son soutien», a signalé Baudais à Arab News.

EN BREF

  • Le président, Mohammed Bazoum, a été renversé par sa propre garde présidentielle le 26 juillet.
  • Ce coup d'État fait suite à des prises de pouvoir militaires similaires au Burkina Faso et au Mali.
  • Les experts estiment que les groupes radicaux tels que le Jnim et l'ISSP sont ceux qui ont le plus à gagner des coups d'État.

«Cependant, alors que la situation continue de se détériorer, les gens ne se sentent pas protégés par les troupes internationales. C'est pourquoi ils soutiennent leurs forces armées dans la lutte contre le terrorisme, mais le soutien aux auteurs du coup d'État n'est pas unanime», a-t-elle indiqué.

Alex Nkosi, un spécialiste politique malawite basé au Togo, pays d'Afrique de l'Ouest, souligne également le risque de divisions dans les rangs de l'armée nigérienne.

«Le coup d'État pourrait provoquer des divisions au sein de l'armée, car tous les soldats ne sont pas favorables à ce que l'armée se mêle de la politique», a déclaré Nkosi à Arab News. Il doute également que les forces armées nigériennes aient les moyens de lutter seules contre les groupes extrémistes.

«Si l'aide militaire et l'assistance des États-Unis et de la France sont suspendues en raison du coup d'État, les forces de sécurité du Niger pourraient avoir des difficultés à maintenir leurs capacités opérationnelles», a prévenu Nkosi.

«La perte de ressources, de plates-formes d'échange de renseignements et de programmes de formation pourrait donc affaiblir leur capacité à affronter efficacement des groupes islamistes bien armés et organisés. Le Niger pourrait devoir chercher d'autres sources de soutien ou réévaluer ses stratégies pour faire face aux défis sécuritaires de manière indépendante», a-t-il clarifié.

Ces alternatives pourraient inclure le groupe russe Wagner, basé au Belarus depuis son soulèvement avorté contre les dirigeants militaires russes en juin de cette année.

Le président français, Emmanuel Macron, avec le président du Niger, Mohammed Bazoum, à l'Élysée en juin (Photo, AFP).

Wagner a fait des incursions significatives au Burkina Faso et au Mali depuis que leurs armées respectives ont pris le pouvoir, en fournissant des effectifs et de l'expertise dans la lutte contre les extrémistes. Compte tenu des sentiments pro-russes des putschistes nigériens, ce n'est peut-être qu'une question de temps avant que les soldats de Wagner ne sortent de l'ombre.

Dans ce contexte, selon Wim Zwijneburg, responsable du projet de désarmement humanitaire pour l'organisation de paix néerlandaise PAX, un retrait des forces françaises du Niger entraînera probablement aussi un retrait des MQ-9 Reapers par les Américains, qui ont des bases de drones à Agadez, à 740 kilomètres au nord-est de Niamey.

«Les drones de combat exploités par les deux pays ont joué un rôle essentiel dans la surveillance des mouvements transfrontaliers des miliciens au Sahel», a déclaré Zwijneburg à Arab New.

«L'absence de ces moyens aériens pour les missions de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (RSR) se traduira par une diminution des informations disponibles pour suivre les groupes armées, notamment les affiliés de Daech, dans la région et pour réagir en temps voulu», a-t-il ajouté.

«Cela pourrait se traduire par une nouvelle vague d'attaques si les armées nationales n'ont pas d'autres solutions pour combler le vide. Bien que le Niger ait récemment équipé sa propre flotte de drones armés de TB-2 turcs, il n'est pas certain que les forces de sécurité aient réussi à les intégrer pleinement dans les opérations antiterroristes existantes», a précisé Zwijneburg.

Cameron Hudson, ancien analyste de la CIA et consultant sur les questions de paix, de sécurité et de gouvernance en Afrique, estime que si les États-Unis et la France veulent vraiment lutter contre la menace islamiste radicale, les pays occidentaux devront réévaluer leur volonté de s'engager avec des gouvernements dirigés par des militaires.

«La gravité de la menace islamiste et d'autres problèmes de sécurité dans la région pourraient les obliger à dialoguer avec les chefs militaires qui se trouvent désormais en première ligne dans la lutte contre le terrorisme», a-t-il déclaré à Arab News.

Des milliers de personnes ont manifesté devant l'ambassade de France à Niamey (Photo, AFP).

«Toutefois, cet engagement soulève également des questions quant à la promotion des principes démocratiques et de l'État civil, qui sont des valeurs fondamentales des démocraties occidentales», a-t-il souligné.

En fin de compte, il sera essentiel pour la stabilité et la sécurité à long terme de la région de surmonter les divergences d'opinion entre les gouvernements occidentaux et les chefs militaires africains sur les approches de la gouvernance, a déclaré Hudson.

La coopération de toutes les parties concernées, en particulier la communauté internationale, les organismes régionaux et la population locale, sera aussi essentielle pour trouver des solutions efficaces aux défis complexes auxquels sont confrontés les pays d'Afrique de l'Ouest.

Selon Fidel Amakye Owusu, analyste des relations internationales et sécuritaires, basé au Ghana, le coup d'État militaire a des implications pour l'avenir de la coopération régionale.

«Le Nigeria, qui a une frontière avec le Niger au nord, s'est toujours appuyé sur une coopération étroite pour répondre aux problèmes de sécurité, en particulier dans la lutte contre l'extrémisme», a-t-il déclaré à Arab News.

Toutefois, «l'absence d'un régime civil démocratique pourrait entraîner des incertitudes et des difficultés dans la coordination du partage des renseignements et des opérations conjointes contre l'extrémisme violent», a expliqué Owusu.

«Comme on l'a vu au Mali et au Burkina Faso, où des militaires ont pris le pouvoir, la transition vers un régime militaire ne se traduit pas nécessairement par la paix, la stabilité ou des progrès dans la lutte contre l'extrémisme», a-t-il précisé.

Des combattants au Mali (Photo, réseaux sociaux).

Cette situation peut être aggravée par l'incapacité d'un gouvernement faible et instable à s'attaquer efficacement aux causes profondes des problèmes socio-économiques.

Dans de telles conditions, les ressources et la capacité à mettre en œuvre des politiques et des programmes de lutte contre le chômage, la pauvreté et les inégalités sociales peuvent être limitées.

Par conséquent, «cette situation donne l'occasion aux groupes extrémistes de combler le vide en offrant des incitations financières et des récits idéologiques qui trouvent un écho auprès des populations vulnérables», a déclaré Nkosi, spécialiste des questions politiques.

«Il existe en effet un risque que le Niger devienne un terrain propice au recrutement de terroristes si la situation n'est pas traitée de manière efficace», a-t-il averti.

Rejoignant l'opinion de Nkosi sur la crise de la gouvernance, Zwijneburg, de la PAX, a indiqué : «En l’absence de tentative significative pour répondre aux griefs des groupes minoritaires, il y aura suffisamment de terrain fertile que les groupes miliciens seront en mesure d'exploiter, où même la présence de drones de combat ne fera pas de différence significative.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Trump affirme qu'une autre « armada » fait actuellement route vers l'Iran

Donald Trump a affirmé mardi que le pouvoir iranien recherchait le dialogue, tout en laissant planer la menace d'une action militaire contre le pays avec le déploiement d'une force navale américaine dans le Golfe. (AFP)
Donald Trump a affirmé mardi que le pouvoir iranien recherchait le dialogue, tout en laissant planer la menace d'une action militaire contre le pays avec le déploiement d'une force navale américaine dans le Golfe. (AFP)
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  • Le président américain souffle le chaud et le froid: lundi, le porte-avions Abraham Lincoln, accompagné de son escorte, est arrivé dans le Golfe
  • Donald Trump a prévenu que les Etats-Unis avaient "une grande armada près de l'Iran. Plus grande qu'au Venezuela", en référence à l'opération américaine de capture du chef d'Etat vénézuélien Nicolas Maduro début janvier

PARIS: Donald Trump a affirmé mardi que le pouvoir iranien recherchait le dialogue, tout en laissant planer la menace d'une action militaire contre le pays avec le déploiement d'une force navale américaine dans le Golfe.

Dans le même temps, les arrestations continuent mardi en Iran, après les manifestations ayant défié la République islamique début janvier. Au moins 41.880 personnes ont été interpellées, et des milliers de protestataires tués, d'après les derniers chiffres de l'ONG basée aux Etats-Unis Human Rights Activists News Agency (HRANA).

Cette ONG, et d'autres de défense des droits humains, poursuivent leur travail de documentation de la répression, entravé par la coupure générale d'internet imposée depuis le 8 janvier.

Le président américain lui souffle le chaud et le froid: lundi, le porte-avions Abraham Lincoln, accompagné de son escorte, est arrivé dans le Golfe.

Donald Trump a prévenu que les Etats-Unis avaient "une grande armada près de l'Iran. Plus grande qu'au Venezuela", en référence à l'opération américaine de capture du chef d'Etat vénézuélien Nicolas Maduro début janvier.

Mais a-t-il ajouté, dans cet entretien avec le média américain Axios, "ils veulent passer un accord. Je le sais. Ils ont appelé à de nombreuses reprises. Ils veulent parler".

"S'ils veulent nous contacter, et ils connaissent les conditions, alors nous discuterons", a ensuite affirmé un haut responsable américain à des journalistes, selon Axios.

Les analystes estiment que les options envisagées - que Donald Trump n'a pas voulu détailler à Axios - incluent des bombardements de sites militaires, ou des frappes ciblées contre des dirigeants.

Risque "d'instabilité" 

Selon le New York Times, les renseignements américains ont assuré à Donald Trump que le pouvoir iranien "s'affaiblissait", voire était "au plus faible" depuis la fondation de la République islamique en 1979.

L'influent sénateur républicain, Lindsey Graham, a dit au quotidien américain avoir parlé au président ces derniers jours: "l'objectif est de mettre fin au régime", a-t-il assuré.

Côté iranien, Téhéran a déjà signalé qu'un canal de communication était ouvert avec Washington.

Mais dans un appel mardi avec le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, allié des Etats-Unis, le président Massoud Pezeshkian a averti que les "menaces des Américains (...)  n'aboutiraient à rien d'autre qu'à de l'instabilité pour eux".

Le prince héritier "a indiqué que le Royaume ne permettrait pas que son espace aérien ou son territoire soient utilisés pour des actions militaires contre l'Iran", a insisté le ministère saoudien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Mohammad Akbarzadeh, un haut responsable des forces navales des Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, a menacé d'un blocage par l'Iran du stratégique détroit d'Ormuz, passage clé pour le transport mondial de pétrole et gaz naturel liquéfié.

L'Iran considérera les pays voisins comme "hostiles" si leur territoire est utilisé pour le frapper, a-t-il aussi averti, alors que Ryad et Abou Dhabi ont déjà assuré qu'ils n'autoriseraient pas un tel usage de leurs territoires.

Donald Trump "décidera ce qu'il décide" mais dans tous les cas "si l'Iran commet une erreur et nous attaque, il y aura une riposte qu'il ne peut même pas imaginer", a de son côté affirmé le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.

"Aveux" et chasse aux blessés 

Si le mouvement de contestation s'est essoufflé, le bilan de la répression lui n'est toujours pas connu.

HRANA a annoncé mardi avoir vérifié la mort de 6.126 personnes, dont 5.777 manifestants, mais enquête toujours sur quelque 17.000 autres décès potentiels. Et accuse à nouveau les autorités de pourchasser les blessés jusque dans les hôpitaux, malgré les dénégations du ministère de la Santé.

Le bilan total jusque là annoncé par les autorités iraniennes est de 3.117 morts, dont 2.427 sont, selon elles, des membres des forces de sécurité ou des passants.

La chaîne d'opposition Iran International, basée à l'étranger, a recensé pour sa part plus de 36.500 personnes tuées, citant notamment des documents classifiés et des sources sécuritaires.

L'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, affirme avoir vérifié la mort de 3.428 manifestants, mais dit craindre un bilan dépassant les 25.000 morts.

En France, le nom de domaine du site de l'association Iran Justice, qui documente l'état des droits humains en Iran, a été racheté et diffuse désormais du "contenu pro-régime" de Téhéran, a dénoncé mardi à l'AFP sa présidente Chirinne Ardakani.

Elle a pointé une opération de "propagande orchestrée selon toute vraisemblance par des agents iraniens".

 


Russes, Ukrainiens et Américains vont se réunir vendredi à Abou-Dhabi

Selon Kiev, l'Ukraine sera représentée par le secrétaire du Conseil de sécurité Roustem Oumerov, son chef de cabinet Kyrylo Boudanov et son chef-adjoint Serguiï Kyslytsia, par le chef du parti présidentiel David Arakhamia et par le chef d'état-major des forces armées, le général Andriï Gnatov. (AFP)
Selon Kiev, l'Ukraine sera représentée par le secrétaire du Conseil de sécurité Roustem Oumerov, son chef de cabinet Kyrylo Boudanov et son chef-adjoint Serguiï Kyslytsia, par le chef du parti présidentiel David Arakhamia et par le chef d'état-major des forces armées, le général Andriï Gnatov. (AFP)
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  • "Il a été convenu que dès aujourd'hui, la première réunion d'un groupe de travail trilatéral chargé des questions de sécurité aura lieu à Abou-Dhabi"
  • L'équipe russe, menée par le général Igor Kostioukov, haut responsable de l'état-major, "se rendra dans les prochaines heures à Abou-Dhabi"

MOSCOU: La Russie, l'Ukraine et les Etats-Unis vont tenir une réunion trilatérale vendredi à Abou-Dhabi, a annoncé dans la nuit le Kremlin après un entretien à Moscou entre le président Vladimir Poutine et l'émissaire américain Steve Witkoff.

"Il a été convenu que dès aujourd'hui, la première réunion d'un groupe de travail trilatéral chargé des questions de sécurité aura lieu à Abou-Dhabi", a déclaré tôt vendredi à la presse le conseiller diplomatique du Kremlin, Iouri Ouchakov.

L'équipe russe, menée par le général Igor Kostioukov, haut responsable de l'état-major, "se rendra dans les prochaines heures à Abou-Dhabi", a-t-il dit.

Selon Kiev, l'Ukraine sera représentée par le secrétaire du Conseil de sécurité Roustem Oumerov, son chef de cabinet Kyrylo Boudanov et son chef-adjoint Serguiï Kyslytsia, par le chef du parti présidentiel David Arakhamia et par le chef d'état-major des forces armées, le général Andriï Gnatov.

M. Ouchakov a souligné que l'entretien jeudi entre MM. Poutine et Witkoff à Moscou, avait été "utile à tous points de vue", notamment pour permettre cette trilatérale.

"Les Américains ont beaucoup fait pour préparer cette réunion et ils espèrent qu'elle sera un succès et ouvrira des perspectives pour avancer sur l'ensemble de questions liées à la fin du conflit" en Ukraine, a souligné M. Ouchakov, évoquant des pourparlers de "très substantiels" avec M. Witkoff.

Une autre rencontre, consacrée aux questions économiques, aura lieu également vendredi à Abou-Dhabi entre M. Witkoff et l'émissaire du Kremlin aux questions économiques internationales, Kirill Dmitriev, a-t-il précisé.

"Nous sommes sincèrement intéressés par un réglement (du conflit) par les moyens politico-diplomatiques", a assuré M. Ouchakov. Mais "tant que ce n'est pas encore le cas, la Russie va continuer d'atteindre ses objectifs (...) sur le champ de bataille", a-t-il ajouté.

Garanties de sécurité 

Steve Witkoff, qui était accompagné par le gendre du président américain, Jared Kushner, s'est entretenu avec Vladimir Poutine pendant plus de trois heures et demie. L'émissaire a déjà rencontré le président russe à plusieurs reprises depuis un an, dans le cadre des efforts américains pour mettre fin à quatre ans de combats en Ukraine.

Depuis Davos, M. Witkoff avait auparavant vanté les progrès "significatifs" accomplis lors de sa rencontre, le week-end dernier à Miami, avec les négociateurs ukrainiens.

"Je pense que nous avons réduit le problème à un seul point", a-t-il déclaré.

A Davos, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'est brièvement entretenu jeudi avec M. Trump, et a évoqué devant la presse une rencontre "positive" mais un dialogue "pas simple".

Il a toutefois assuré être parvenu à un accord sur les garanties de sécurité qui doivent être offertes par les Etats-Unis à l'Ukraine pour dissuader la Russie d'attaquer à nouveau après une éventuelle fin du conflit.

"Les garanties de sécurité, c'est prêt", a-t-il déclaré, indiquant que "le document doit être signé par les parties, par les présidents, et ensuite il ira aux parlements nationaux".

M. Zelensky a en revanche dit que l'épineuse question des territoires de l'est de l'Ukraine revendiqués par Moscou n'est "pas encore résolue".

"Sans règlement de la question territoriale (…) il ne faut pas compter obtenir un règlement à long terme", a répété vendredi le conseiller diplomatique du Kremlin après la réunion entre MM. Poutine et Witkoff.

"Kaléidoscope" 

Des négociations directes entre la Russie et l'Ukraine avaient déjà eu lieu lors de la première année de la guerre, en 2022, et à plusieurs reprises en 2025, à Istanbul. Ces pourparlers n'avaient abouti qu'à des échanges de prisonniers et de dépouilles de soldats, sans régler le conflit.

La Russie exige un retrait des troupes ukrainiennes du Donbass, dans l'est industriel de l'Ukraine, et un engagement de Kiev à ne pas adhérer à l'Otan. Elle a multiplié ces derniers mois les frappes sur le réseau énergétique ukrainien, provoquant des coupures d'électricité et de chauffage massives notamment dans la capitale, par des températures glaciales.

De plus en plus critique envers les Européens ces dernières semaines, M. Zelensky a prononcé un discours particulièrement dur à Davos jeudi envers ses principaux soutiens, disant voir une Europe "fragmentée" et "perdue" lorsqu'il s'agit d'influer sur les positions de Donald Trump, et manquant de "volonté politique" face à Vladimir Poutine.

Il a également jugé, malgré les promesses européennes de déploiement de troupes en Ukraine après la guerre, "qu'aucune garantie de sécurité ne peut fonctionner sans les Etats-Unis".


«Promoteur dans l'âme», Trump révèle son projet immobilier de «Nouveau Gaza»

Donald Trump a révélé jeudi son plan pour un "Nouveau Gaza", qui transformerait le territoire palestinien dévasté en un complexe luxueux de gratte-ciels en bord de mer, un projet qui pourrait voir le jour dans trois ans. (AFP)
Donald Trump a révélé jeudi son plan pour un "Nouveau Gaza", qui transformerait le territoire palestinien dévasté en un complexe luxueux de gratte-ciels en bord de mer, un projet qui pourrait voir le jour dans trois ans. (AFP)
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  • "Je vais avoir beaucoup de succès à Gaza, ça va être beau à voir", a déclaré le président américain alors qu'il présentait à Davos son "Conseil de paix" controversé
  • "Je suis un promoteur immobilier dans l'âme (...) et j'ai dit, regardez ce site en bord de mer, regardez ce superbe lot foncier, ce que ce pourrait être pour tant de gens"

DAVOS: Donald Trump a révélé jeudi son plan pour un "Nouveau Gaza", qui transformerait le territoire palestinien dévasté en un complexe luxueux de gratte-ciels en bord de mer, un projet qui pourrait voir le jour dans trois ans.

La guerre à Gaza, déclenchée par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas contre Israël en octobre 2023, a ravagé le territoire et poussé la majorité des habitants à fuir. Un cessez-le-feu négocié par les Etats-Unis est entré en vigueur en octobre, mais la crise humanitaire perdure pour la plupart des Gazaouis.

"Je vais avoir beaucoup de succès à Gaza, ça va être beau à voir", a déclaré le président américain alors qu'il présentait à Davos son "Conseil de paix" controversé, initialement conçu pour superviser la reconstruction du territoire palestinien.

"Je suis un promoteur immobilier dans l'âme (...) et j'ai dit, regardez ce site en bord de mer, regardez ce superbe lot foncier, ce que ce pourrait être pour tant de gens", a-t-il dit au Forum économique mondial qui se tient dans la station de sports d'hiver suisse.

Son gendre Jared Kushner, qui n'a aucune fonction officielle mais fait office d'émissaire parmi d'autres pour le conflit à Gaza, a estimé que ce "maître projet" était voué à un "succès effrayant".

Exhibant une esquisse aux dizaines de tours d'appartements avec terrasse surplombant une allée ombragée, il a promis que ce paysage remplacerait les ruines laissées par la guerre.

"Au Moyen-Orient ils construisent des villes comme ça, pour deux ou trois millions de personnes, ils le font en trois ans", a-t-il dit. "C'est faisable en trois ans si nous voulons que ce le soit".

Il a estimé à 25 milliards de dollars les investissements nécessaires pour reconstruire les infrastructures et les services publics du territoire palestinien.

En 10 ans, le PIB de Gaza serait de 10 milliards de dollars, et le revenu moyen par foyer atteindrait 13.000 dollars, grâce "au plein emploi à 100% et aux possibilités offertes à tous".

Il a affirmé que le "Comité national pour l'administration de Gaza", censé travailler sous l'autorité du "Conseil de paix" de Donald Trump, avait reçu une proposition du promoteur immobilier israélien Yakir Gabay.

"Il s'est porté volontaire pas pour le profit, mais vraiment en écoutant son coeur", a assuré Jared Kushner. "Donc dans les 100 jours à venir nous allons continuer sans relâche à nous assurer que cela se réalise", a-t-il ajouté.

Il a estimé qu'un désarmement complet du Hamas, prévu par l'accord de cessez-le-feu conclu en octobre, convaincrait les investisseurs et les donateurs.

"Il va y avoir de fantastiques opportunités d'investissement", a conclu M. Kushner.

Sa présentation ne mentionnait pas le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, dont le pays avait porté en 2025 un plan de reconstruction de Gaza soutenu par des pays arabes et accueilli favorablement par l'Union européenne.

Selon un communiqué de ses services, M. Sissi est rentré à l'aube jeudi, quelques heures après un tête-à-tête avec M. Trump au cours duquel les deux hommes ont échangé des compliments, le président américain le qualifiant de "grand leader" et de "type génial".