La Centrafrique «pas contre la France» mais toujours avec la Russie

Le président centrafricain Faustin Archange Touadera pose au palais présidentiel de Bangui, le 9 août 2023 (Photo, AFP).
Le président centrafricain Faustin Archange Touadera pose au palais présidentiel de Bangui, le 9 août 2023 (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Vendredi 11 août 2023

La Centrafrique «pas contre la France» mais toujours avec la Russie

  • Le président de la Centrafrique, Faustin Archange Touadéra, s'est prononcé en faveur d'une consolidation des relations avec la France
  • Touadéra, 66 ans, au pouvoir depuis 2016, a également jugé prématuré de parler de son éventuelle candidature à un troisième mandat en 2025

BANGUI: Le président de la Centrafrique, Faustin Archange Touadéra, s'est prononcé en faveur d'une consolidation des relations avec la France, tout en expliquant que son partenariat avec la Russie, marqué par la présence controversée de la milice Wagner dans son pays, était appelé à se poursuivre.

M. Touadéra, 66 ans, au pouvoir depuis 2016, a également jugé prématuré de parler de son éventuelle candidature à un troisième mandat en 2025, dans un entretien exclusif accordé mercredi à Bangui à l'AFP et TV5 Monde.

Selon des résultats provisoires, les Centrafricains ont approuvé par référendum le 30 juillet un projet de nouvelle Constitution qui lui permet de se représenter à l'élection présidentielle de 2025.

Interrogé sur ses intentions, M. Touadéra a répondu: "cette question ne me gêne pas mais je trouve que c'est trop tôt".

"Je suis à mi-mandat, donc je ne réfléchis pas au prochain mandat (...) il y a encore du travail, beaucoup de défis pour le peuple centrafricain auquel je dois apporter des réponses".

"Les Centrafricains se sont exprimés" et les critiques de l'opposition qui accuse M. Touadéra de "coup d'Etat constitutionnel" et de vouloir rester "président à vie" reviennent à "manquer de respect" aux électeurs, a estimé l'ancien Premier ministre de François Bozizé de 2008 à 2013, élu par surprise en pleine guerre civile en 2016.

Ses détracteurs l'ont affublé du sobriquet de "président Wagner", du nom de la société privée russe dont des centaines de mercenaires avaient débarqué en Centrafrique en 2018 aux termes d'un accord de défense signé avec la Russie.

M. Touadéra reprochait à la France, l'ancienne puissance coloniale, de lui tourner progressivement le dos et l'accusait de soutenir un embargo sur les armes qui empêchait, selon Bangui, d'armer ses militaires pour combattre des groupes armés rebelles occupant les deux tiers du territoire depuis le début de la guerre civile en 2013. Cet embargo a récemment été assoupli pour les forces gouvernementales par le Conseil de sécurité de l'ONU.

Fin 2020, M. Touadéra, menacé par une offensive rebelle sur Bangui, avait appelé Moscou à la rescousse et des centaines d'autres mercenaires russes avaient débarqué et permis rapidement de repousser les groupes armés hors de la plupart des territoires qu'ils contrôlaient.

La France et la Russie

L'implication croissante du groupe Wagner en Centrafrique a conduit la France à retirer ses derniers soldats de Centrafrique, fin 2022, sur fond de relations très dégradées entre Paris et Bangui.

"Nous ne sommes pas contre la France", a souligné mercredi le président Touadéra.

"Je viens juste de recevoir (mercredi) le nouvel ambassadeur de la France en République centrafricaine. Ça veut dire qu'il y a la coopération entre la France et la République centrafricaine qui se poursuit et nous cherchons à l'améliorer, à (la) consolider dans l'intérêt de nos deux populations", a-t-il poursuivi.

Interrogé sur le partenariat avec la Russie, M. Touadéra a estimé qu'il "n'y a pas de raison que cette relation ne puisse pas se poursuivre".

"D'ailleurs, les autorités russes l'ont dit", a-t-il ajouté, en référence aux déclarations en ce sens du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en juillet.

"La République centrafricaine est un pays qui cherche à entretenir des bonnes relations avec tous les pays qui souhaitent travailler avec nous, avec tous les pays amis, y compris la France et la Fédération de Russie, parce qu'aujourd'hui, nous menons une diplomatie pour permettre à notre pays de bénéficier de (tous) types de coopération possibles", a-t-il résumé.

Le président, qui n'a pas souhaité se prononcer sur la crise politique en cours au Niger, a assuré que la situation sécuritaire du pays s'améliorait, même s'"il y a encore des défis (...) des poches d'intervention de groupes armés par-ci, par-là".

Mais, a-t-il fait valoir, "il y a des avancées notoires: la preuve, c'est que nous avons organisé le référendum sur l'ensemble du territoire".

M. Touadéra a par ailleurs ajouté suivre de près la situation au Soudan voisin, où des combats font rage depuis près de quatre mois entre l'armée et paramilitaires, conduisant 15.000 Soudanais à se réfugier dans des conditions très précaires dans le nord-est de la Centrafrique.


Les Etats-Unis frappent l'Iran pour la troisième nuit de suite et vont rétablir le blocus des ports

Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
Short Url
  • Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna
  • Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom

TEHERAN: Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible".

Pendant une mission de cinq heures, "les forces américaines ont frappé des cibles militaires" dans plusieurs villes portuaires du sud de l'Iran, comme Bouchehr et Bandar Abbas, a détaillé le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) dans la matinée.

Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna.

Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom.

"Nous allons les frapper fort ce soir, et nous allons les frapper fort demain", avait déclaré lundi Donald Trump dans une interview radio. Pour le président américain, les dirigeants iraniens "ne peuvent absolument rien faire contre" ces frappes.

Comme la veille, les Gardiens de la Révolution iraniens ont, eux, revendiqué une opération à Bahreïn - entre autres contre un bâtiment hébergeant les troupes américaines sur la base de Juffair.

L'armée idéologique iranienne a aussi annoncé avoir ciblé en Jordanie "des installations clé et les forces américaines sur une base aérienne jordanienne", dans un communiqué cité par l'agence Tasnim. L'armée jordanienne a annoncé pour sa part l'interception de quatre missiles iraniens.

Deux tankers attaqués 

Dans le détroit d'Ormuz, les Emirats arabes unis ont déploré des attaques de missiles iraniens contre deux de leurs tankers, tuant un membre d'équipage indien.

Malgré ces échanges de frappes, Donald Trump a tout de même estimé, devant la presse à la Maison Blanche, qu'un accord avec l'Iran était encore "possible".

Avant cela, il avait annoncé sur Truth Social que les Etats-Unis prendraient le contrôle du détroit d'Ormuz et que le blocus des ports iraniens serait rétabli.

Il entrera en vigueur mardi à 20H00 GMT, selon l'armée américaine.

Tout comme Téhéran souhaite instaurer un péage pour traverser Ormuz, le président américain a dit vouloir percevoir en échange de la protection du détroit "une rémunération correspondant à 20% de la valeur des cargaisons", contraire au droit international censé garantir la liberté de navigation.

Le pétrole remonte 

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, dont le pays a pris le contrôle du détroit au début de la guerre, a rétorqué sur X: "l'Iran a toujours été le gardien du détroit et le restera pour toujours".

Donald Trump "a tout à fait raison. Quiconque assure le passage sûr et sécurisé des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz devrait être rémunéré", a-t-il ironisé, ajoutant: "20%, c'est évidemment trop. Nous serons équitables".

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont accusé les Etats-Unis de mettre en péril l'approvisionnement mondial en pétrole.

Au lendemain d'une envolée spectaculaire de plus de 9%, les cours du pétrole continuaient leur ascension dans ce contexte. Le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, gagnait 1,19% à 84,29 dollars vers 02H00 GMT.

Après quasiment 40 jours de bombardements dans le conflit déclenché par des frappes israélo-américaines le 28 février, un cessez-le-feu était entré en vigueur début avril, avant d'être entériné le 17 juin par un protocole d'accord.

Mais depuis des attaques survenues mardi contre des navires tentant de franchir Ormuz, les affrontements ont repris avec une intensité inédite depuis des semaines, faisant dire à Donald Trump que le cessez-le-feu était "terminé".

La semaine dernière, le président américain a d'ailleurs envoyé une notice officielle au Congrès indiquant que le conflit avec l'Iran avait repris, a confirmé la Maison Blanche à l'AFP.

Et au total, 25 personnes ont été tuées depuis mercredi, selon un décompte de l'AFP à partir des médias iraniens et sources officielles.

 Protocole d'accord "en crise" 

Pour le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï, "il ne fait aucun doute" que le protocole d'accord "est en crise".

"Mais l'Iran n'a jamais été le premier à violer ses engagements", a-t-il tancé lors d'une conférence de presse lundi à Téhéran à laquelle assistait l'AFP.

Les consultations avec les médiateurs que sont le Qatar, le Pakistan et Oman se poursuivent afin de "prévenir une escalade", a-t-il toutefois assuré.

Le protocole d'accord prévoyait la réouverture du détroit, Téhéran n'autorisant toutefois qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

"Ce passage stratégique est plus important que des dizaines de bombes atomiques, et la République islamique d'Iran le protégera", avait averti dimanche le conseiller militaire du guide suprême, Mohsen Rezaï.


L'armée américaine dit avoir conclu une série de frappes en Iran contre «des dizaines de cibles»

  • L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran
  • Elle a "visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations"

WASHINGTON: L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran, pour la deuxième journée consécutive, se disant prête à "garantir que la liberté de navigation reste assurée" dans le détroit d'Ormuz.

Les forces américaines "ont visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations", a écrit le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

 


Le chef de la diplomatie iranienne se rend à Oman au sujet du détroit d'Ormuz

La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
  • Abbas Araghchi se rend à Oman pour des discussions sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime
  • Malgré le cessez-le-feu avec Washington, le contrôle du détroit d'Ormuz reste une source de tensions

TEHERAN: Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi va se rendre samedi à Oman pour une visite axée "sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime", a annoncé son porte-parole.

La visite "portera principalement sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime" et s'inscrit "dans le prolongement des consultations que nous avons entamées avec Oman depuis un mois ou deux", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, selon des propos rapportés par l'agence de presse officielle iranienne IRNA.

Malgré l'accord conclu le 17 juin entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre déclenchée fin février par des attaques américano-israéliennes, la question du détroit demeure un point de contentieux majeur.

L'Iran a profité du conflit pour prendre le contrôle de ce point de passage clef pour le commerce mondial des hydrocarbures et refuse de revenir à la situation antérieure.

Téhéran veut imposer des droits de passage sur les bateaux et autorise uniquement une route longeant ses côtes, dans le nord. Des navires passant au sud, au large d'Oman, ont récemment été attaqués, ce qui a déclenché une reprise des hostilités avec les Etats-Unis.

En mai, le président Donald Trump avait menacé à la surprise générale de "pulvériser" le sultanat d'Oman s'il continuait de discuter avec Téhéran d'une gestion commune du détroit.

"Plusieurs séries de réunions techniques ont eu lieu jusqu'à présent, tant à Téhéran qu'à Mascate, et ce déplacement s'inscrit dans le prolongement de ces consultations, afin de contribuer à faciliter la circulation en toute sécurité dans le détroit d'Ormuz", a également fait savoir le porte-parole de la diplomatie iranienne.