L’Arabie saoudite en quête d’une convergence de vues sur la Libye

À Tunis, la discussion du ministre des Affaires étrangères saoudien avec le président Kais Saied, mardi 28 juillet, a exclusivement porté sur le dossier libyen. (Tunisian Presidency/AFP)
À Tunis, la discussion du ministre des Affaires étrangères saoudien avec le président Kais Saied, mardi 28 juillet, a exclusivement porté sur le dossier libyen. (Tunisian Presidency/AFP)
Short Url
Publié le Mercredi 29 juillet 2020

L’Arabie saoudite en quête d’une convergence de vues sur la Libye

  • Le ministre saoudien des Affaires étrangères a déclaré suite à un entretien avec le président tunisien que « les deux parties s’accordent à affirmer que la solution à la question libyenne ne peut être que pacifique, libyo-libyenne, sans aucune ingérence »
  • Le chef de l’État tunisien « a réitéré la volonté de la Tunisie de rapprocher les vues entre les factions libyennes »

TUNIS: Le Caire, Tunis, Alger et Casablanca en moins de quarante-huit heures… Le prince Fayçal ben Farhane ben Abdallah, le chef de la diplomatie saoudienne, a mené une série d’entretiens avec ses homologues nord-africains.

Au menu des discussions, des questions bilatérales bien sûr, mais surtout le dossier libyen, au centre de tous les débats.

Au Caire, le chef de la diplomatie saoudienne a de nouveau exprimé le soutien de son pays à « la position de l’Égypte » – qui menace d’intervenir militairement dans le dossier libyen – et à « la déclaration du Caire concernant une solution politique pacifique en Libye ».

À Tunis, la discussion du ministre des Affaires étrangères saoudien avec le président Kais Saied, mardi 28 juillet, a exclusivement porté sur le dossier libyen. Depuis l’élection du président Kais Saied, on observe un réchauffement des relations bilatérales, et une convergence de points de vue sur de nombreux sujets, même si des divergences persistent avec l’Arabie saoudite sur la question libyenne. Le prince Fayçal ben Farhane ben Abdallah a d’ailleurs réitéré l’invitation du roi Salman au président tunisien à se rendre en Arabie saoudite.

A la suite de l’entretien, l’agence de presse officielle Tunis Afrique Press (TAP), a publié une dépêche reprenant le compte rendu qu’en a fait la présidence de la république.

D’après l’agence, le chef de l’État tunisien « a réitéré la volonté de la Tunisie de rapprocher les vues entre les factions libyennes, exprimant la disposition de la Tunisie à participer aux efforts visant à parvenir à une solution politique acceptée par tous les Libyens, et à même de mettre fin à la crise qui a eu des répercussions négatives sur les pays voisins, notamment la Tunisie. »

De son côté, le ministre saoudien des Affaires étrangères a, selon la même source, déclaré à l'issue de l'entretien que « les deux parties s’accordent à affirmer que la solution à la question libyenne ne peut être que pacifique, libyo-libyenne et sans aucune ingérence étrangère. »

Le ministère saoudien des affaires étrangères rapporte pour sa part que le prince Fayçal ben Farhane ben Abdallah a déclaré à Tunis: « Nous sommes tombés d’accord sur l’importance de trouver une solution libyo-libyenne débouchant sur un règlement pacifique, entraînant une stabilisation de ce pays et sa protection contre les interventions étrangères. Nous soutenons les efforts des pays voisins de la Libye pour aboutir à un règlement pacifique. »

Sous la présidence de feu Béji Caïd Essebsi, la Tunisie se tenait à égale distance des deux camps s’affrontant en Libye. Le premier président démocratiquement élu dans l’histoire de la Tunisie entretenait des relations avec les deux parties en même temps et en a reçu les plus hauts responsables, Fayez Al Sarraj, d’une part, Salah Aguila et Khalifa Haftar, d’autre part. Depuis l’accession du président Kais Saied à la magistrature suprême et de Rached Ghannouchi à la présidence de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), les choses ont changé. Certes, la neutralité du gouvernement tunisien est encore affirmée dans les déclarations officielles, mais n’est plus perceptible dans les faits.

En effet, alors qu’il déjà reçu des représentants du pouvoir en place à Tripoli – Fayez Al Sarraj, président du Conseil et Premier ministre, Khaled Al Michri, président du Haut conseil d’État et Faraj Boumatari, ministre des Finances –, le président tunisien n’a pas donné suite aux demandes de rendez-vous qui lui ont été adressées, d’après nos sources, par ceux qui contrôlent l’est du pays.

D’ailleurs, alors qu’ils sont à couteaux tirés sur d’autres questions de politique interne, Rached Ghannouchi et Kais Saied sont étrangement d’accord sur « le dossier libyen », relève un observateur averti de la scène tunisienne. Et, d’après une source proche du dossier, c’est parce qu’il se serait un tant soit peu écarté de cette ligne de conduite en proposant d’adopter une position plus équilibrée sur la Libye, que le ministre des Affaires étrangères Noureddine Erray aurait été limogé, le vendredi 24 juillet 2020.


Nouvelle session de pourparlers directs entre Israël et le Liban à Washington

Nada Hamadeh (au centre), ambassadrice du Liban aux États-Unis, participe à une réunion entre les délégations israélienne et libanaise organisée par les États-Unis au département d’État à Washington, le 2 juin 2026. (AFP)
Nada Hamadeh (au centre), ambassadrice du Liban aux États-Unis, participe à une réunion entre les délégations israélienne et libanaise organisée par les États-Unis au département d’État à Washington, le 2 juin 2026. (AFP)
Short Url
  • Des représentants d’Israël et du Liban participent à une quatrième session de pourparlers directs à Washington, sous médiation américaine, malgré l’absence de relations diplomatiques entre les deux pays
  • Malgré les appels à l’apaisement, les combats entre Israël et le Hezbollah se poursuivent

WASHINGTON: Les ambassadeurs d'Israël et du Liban ont été reçus mardi au département d'Etat pour une nouvelle session de pourparlers directs, alors qu'Israël et le Hezbollah ont échangé des tirs après que Donald Trump a assuré que les deux camps lui avaient promis l'apaisement.

Cette quatrième rencontre entre les représentants des deux pays, qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques, a lieu au département d'Etat et doit durer deux jours.

Elle réunit les représentants israélien Yechiel Leiter et libanais Nada Hamadeh Moawad, ainsi que Daniel Holler, un haut conseiller du secrétaire d'Etat Marco Rubio, qui ne participe pas à cette session.

Aucun des participants n'a fait de déclarations.

Le président américain a indiqué lundi soir sur son réseau Truth Social que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'était engagé à ne pas envoyer de troupes à Beyrouth et que le Hezbollah allait "cesser totalement le feu".

Mais les combats qui opposent l'armée israélienne et le Hezbollah depuis le 2 mars, se sont poursuivis malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis le 17 avril et qui avait été prolongé une fois à l'issue de ces pourparlers, les premiers depuis des décennies.

Des frappes israéliennes lundi soir ont fait au moins six morts dans le sud du pays, portant à 13 le bilan global pour la journée, selon des sources libanaises. Et le Hezbollah a revendiqué mardi une attaque à la roquette contre un char israélien à Hadatha dans la région, disant y lutter contre "l'avancée des forces israéliennes".


Israël dit avoir obtenu l'aval des Etats-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth si le Hezbollah attaque ses localités

Les premiers intervenants inspectent les dégâts sur le site d’une frappe israélienne qui a touché les environs d’un hôpital dans la ville de Tyr, dans le sud, le 1er juin 2026. (Reuters)
Les premiers intervenants inspectent les dégâts sur le site d’une frappe israélienne qui a touché les environs d’un hôpital dans la ville de Tyr, dans le sud, le 1er juin 2026. (Reuters)
Short Url
  • Le ministre de la Défense israélien Israël Katz affirme qu’Israël aurait obtenu l’aval des États-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth (Dahiyeh), bastion du Hezbollah, en cas d’attaques contre le nord d’Israël
  • Il expose une logique de dissuasion : si les tirs continuent, Israël dit qu’il ciblerait Dahiyeh, en liant le sort de cette zone aux attaques subies par les localités israéliennes

JERUSALEM: Le ministre de la Défense israélien Israël Katz a affirmé mardi que son pays avait obtenu l'aval des Etats-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, en cas d'attaque du groupe pro-iranien sur son sol, selon un communiqué de son bureau.

"Le Premier ministre et moi-même avons mené, avec l'armée israélienne, une démarche visant à établir une équation selon laquelle le sort de Dahiyeh (la banlieue sud, ndlr) à Beyrouth serait lié à celui des localités du nord d'Israël. Si les localités israéliennes continuent d'être attaquées, nous évacuerons et frapperons le quartier chiite de Dahiyeh à Beyrouth, bastion du Hezbollah", a dit M. Katz.

"Les Etats-Unis ont validé ce principe et l'ont communiqué au gouvernement libanais ainsi qu'à toutes les parties concernées (...) Soit les tirs contre les localités cessent, soit, s'ils se poursuivent, nous frapperons Dahiyeh à Beyrouth", a poursuivi le ministre.


Paris s’inquiète des évolutions au Liban et tente un déblocage

Le ministre Français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. (AFP)
Le ministre Français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. (AFP)
Short Url
  • La diplomatie française se mobilise pour venir en aide à un pays dont la situation est une véritable plaie pour ses habitants
  • Pour Paris, l’objectif de cette réunion est clair : il ne s’agit pas tant d’arracher une résolution, peu probable en raison des équilibres au Conseil de sécurité, que de « remettre la pression » et de replacer le Liban au cœur de l’attention international

PARIS: Soucieuse des évolutions alarmantes de la situation au Liban, Paris a appelé à une réunion urgente du Conseil de sécurité, alors que l’envoyé spécial du président français, Jean-Yves Le Drian, doit se rendre à Beyrouth demain mercredi.

La diplomatie française se mobilise pour venir en aide à un pays dont la situation est une véritable plaie pour ses habitants, notamment les centaines de milliers de déplacés disséminés à travers le territoire au gré des ordres d’évacuation israéliens.

Derrière cette initiative, une question centrale se pose : à quoi peut encore servir une réunion d’urgence à l’ONU dans un contexte où les rapports de force semblent verrouillés ?

Pour Paris, l’objectif de cette réunion est clair : il ne s’agit pas tant d’arracher une résolution, peu probable en raison des équilibres au Conseil de sécurité, que de « remettre la pression » et de replacer le Liban au cœur de l’attention internationale, alors que les regards sont largement tournés vers l’Iran.

Il est clair, pour la diplomatie française, que la situation a franchi un seuil critique ces derniers jours. D’autant que, déjà fragile, le cessez-le-feu apparaît désormais vidé de sa substance.

Les frappes se poursuivent, les menaces israéliennes s’intensifient, y compris contre Beyrouth, et les conditions minimales d’un dialogue crédible semblent s’effondrer.

Canal de discussion entre le Liban et Israël

On ne peut même plus parler de cessez-le-feu, reconnaît-on en substance du côté français, et cette dégradation inquiète d’autant plus qu’elle intervient au moment où un canal de discussion s’est ouvert entre le Liban et Israël sous médiation américaine.

Un choix jugé courageux par la diplomatie française, mais qui place Beyrouth dans une position extrêmement délicate car, faute de réciprocité sur le terrain, ces négociations risquent de perdre toute crédibilité.

Paris insiste sur ce point : si l’on veut que les autorités libanaises puissent avancer dans ces discussions, encore faut-il leur en laisser la possibilité. Or, l’intensification des opérations militaires israéliennes réduit cet espace politique à néant.

Pire encore, elle pourrait renforcer les acteurs que ces négociations cherchent précisément à contenir, au premier rang desquels figure le Hezbollah.

Dans cette équation, la France tente de défendre une approche pragmatique. Elle continue de rappeler la responsabilité du Hezbollah dans l’engrenage du conflit, tout en soulignant que la stratégie actuelle d’Israël est contre-productive, estimant que, s’il fallait saboter les discussions, on ne s’y prendrait pas autrement.

Dès lors, la priorité affichée est le rétablissement d’un cessez-le-feu « robuste », condition indispensable à toute avancée politique, ainsi que la réactivation et l’amélioration du mécanisme mis en place fin 2024, aujourd’hui largement inopérant.

Paris insiste sur le fait que, sans cadre crédible de vérification et de désescalade, les initiatives diplomatiques risquent de rester lettre morte.

Mais au-delà de l’urgence immédiate, la France travaille sur une stratégie de plus long terme qui repose notamment sur un renforcement de l’État libanais, à commencer par son armée. L’objectif est d’aider le Liban à retrouver progressivement sa souveraineté en limitant l’influence des acteurs armés non étatiques.

Cela passe par un soutien accru — financier, logistique mais aussi politique — aux forces armées libanaises, sans pour autant leur demander une confrontation directe avec le Hezbollah, jugée irréaliste dans le contexte actuel. Il s’agit plutôt de renforcer leur présence sur le terrain, de contrôler les flux logistiques et financiers et de sécuriser des zones clés, notamment la frontière avec la Syrie.

Sur ce dernier point, Paris voit un levier important car, contrairement aux années précédentes, un certain niveau de coopération avec les autorités syriennes semble possible, ouvrant la voie à un meilleur contrôle des flux qui alimentent le Hezbollah.

Autre chantier majeur du point de vue français : l’avenir de la présence internationale au Liban. Le retrait annoncé de la FINUL d’ici à la fin de l’année suscite de vives inquiétudes.

Les leviers de la France demeurent limités

La France estime qu’un tel vide sécuritaire serait dangereux et plaide donc pour une réflexion rapide sur un nouveau dispositif, potentiellement plus adapté aux réalités actuelles.

Cette approche s’inscrit dans une volonté plus large consistant à remobiliser les partenaires internationaux. À ce propos, Paris travaille étroitement avec plusieurs pays de la région, notamment l’Arabie saoudite, l’Égypte et le Qatar, ainsi qu’avec certains partenaires européens, afin de tenter de recréer une dynamique collective autour du Liban.

Reste toutefois une réalité difficile à contourner : les leviers de la France demeurent limités face au rôle central des États-Unis dans la médiation. La diplomatie française s’efforce néanmoins de peser indirectement en multipliant les échanges avec Washington et en délivrant un message constant : sans cessez-le-feu, aucune avancée durable n’est possible.

Par ailleurs, Paris explore d’autres pistes de pression, notamment au niveau européen. Le débat sur l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël pourrait ainsi évoluer sous l’effet conjugué des situations à Gaza, en Cisjordanie et désormais au Liban.

Enfin, la mission de l’envoyé spécial Jean-Yves Le Drian à Beyrouth revêt une dimension politique essentielle puisque, au-delà du soutien affiché, il s’agira pour lui de dialoguer avec l’ensemble des forces politiques libanaises afin de favoriser un minimum de cohésion interne.

Un enjeu jugé crucial par la diplomatie française dans un pays profondément fragmenté, où les divisions communautaires affaiblissent toute stratégie nationale.