Renforcement des relations saoudo-indiennes grâce à la plate-forme du G20

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, rencontre le premier ministre indien, Narendra Modi, lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G20. (AFP)
Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, rencontre le premier ministre indien, Narendra Modi, lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G20. (AFP)
Les représentants visitent le sommet du B20, qui se déroule sur trois jours, à New Delhi, en Inde, le 25 août 2023. (AFP)
Les représentants visitent le sommet du B20, qui se déroule sur trois jours, à New Delhi, en Inde, le 25 août 2023. (AFP)
Le prince Fahad ben Mansour, au centre, pose avec d’autres représentants du G20 lors du sommet Startup20 à Gurugram, en Inde, le 4 juillet 2023. (Startup20)
Le prince Fahad ben Mansour, au centre, pose avec d’autres représentants du G20 lors du sommet Startup20 à Gurugram, en Inde, le 4 juillet 2023. (Startup20)
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Renforcement des relations saoudo-indiennes grâce à la plate-forme du G20

  • L’Arabie saoudite s'est engagée dès le début dans la présidence indienne du G20, ce qui témoigne de la profondeur de leurs relations
  • Des délégations saoudiennes de haut niveau ont participé à des réunions sur le développement durable, l'alimentation, la santé, l’entrepreneuriat et la technologie

RIYAD/NEW DELHI: Les relations avec l’Arabie saoudite ont continué de gagner du terrain dans l’agenda de politique étrangère de l’Inde au cours des trois dernières décennies. Mais ce n’est que récemment qu’elles ont atteint leur plein potentiel, grâce à la coopération autour de la plate-forme du G20

C’est en 2019 que les relations saoudo-indiennes atteignent un nouveau niveau d’engagement, après la visite du prince héritier, Mohammed ben Salmane, à New Delhi et la création d’un conseil de coopération stratégique. 

Lorsque l’Arabie saoudite a assuré la présidence du groupe des vingt principaux pays riches et en développement en 2020, les deux pays ont commencé à forger de nouveaux partenariats et des programmes qui se sont développés davantage encore cette année, lorsque l’Inde a pris la présidence du groupe. 

 

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Ashwini Vaishnaw et Abdallah al-Swaha signent un accord sur la numérisation et la fabrication électronique à Bangalore, en Inde, le 18 août 2023. (Agence de presse saoudienne) 

«Les relations entre les deux pays se développaient déjà et le G20 leur a fourni une autre plate-forme pour de nouvelles possibilités d’engagement sur une série de questions», confie le Dr Harsh V. Pant, vice-président pour les études et la politique étrangère à l’Observer Research Foundation à Delhi, dans un entretien accordé à Arab News. 

«Les relations se sont renforcées et ont acquis une plus grande profondeur au sein du G20.» 

Lorsque les réunions du groupe de travail ont commencé, en janvier, l’Arabie saoudite a fait preuve d’engagement dès le début en envoyant plusieurs délégations de haut niveau et en agissant également en tant que patron et co-organisateur de certaines réunions clés, en particulier celles qui concernent la politique liée au développement durable, la sécurité alimentaire, la santé, l’entrepreneuriat, les start-up et la technologie. 

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La Dr Maymouna al-Khalil, secrétaire générale du Conseil saoudien des affaires familiales, prend la parole lors de la Conférence ministérielle sur l’autonomisation des femmes. (Photo fournie) 

Tous ces secteurs sont au cœur du plan de diversification et de transformation Vision 2030 de l’Arabie saoudite et de la stratégie de développement de l’Inde, ce qui rend la poursuite de la coopération non seulement prometteuse, mais durable. 

«Bien que l’on puisse examiner les relations en matière d’énergie, de commerce, de défense et de sécurité – domaines dans lesquels les deux parties ont coopéré, compte tenu des défis communs –, la plate-forme du G20 élargit la zone d’opération de l’Inde et de l’Arabie saoudite; elle permet l’émergence de nouvelles possibilités», explique M. Pant. 

«Cela pose les fondements d’un engagement beaucoup plus productif et à plus grande échelle, au-delà du G20… Peut-être verrez-vous beaucoup d’activité sur divers fronts, puisque les bases ont certainement été posées.» 

EN BREF

L’Inde s’est retrouvée cette année à la présidence du groupe des vingt économies avancées, auparavant assurée par l’Arabie saoudite en 2020. 

Des délégations saoudiennes se sont rendues en Inde pour assister à des sommets sur la finance, la santé, la jeunesse et d’autres domaines de coopération. 

Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, et le Premier ministre indien, Narendra Modi, ont mené des visites officielles réciproques en 2019. 

1,88 million de personnes d’origine indienne vivent et travaillent en Arabie saoudite. 

Le ministre saoudien de la Santé, Fahad ben Abderrahmane al-Jalajel, indique à Arab News qu’il s’attend à de nouvelles évolutions dans le secteur de la santé. 

«La réunion des ministres de la Santé de cette année et la réunion conjointe des finances, qui se sont tenues les 18 et 19 août, réaffirment les précédentes initiatives en matière de santé annoncées lors de la présidence saoudienne du G20», précise-t-il. 

«Le lancement de l’Initiative mondiale sur la santé numérique en coopération avec l’Organisation mondiale de la santé, le 19 août, a été un moment fort.»

Fahd al-Rachid, conseiller de l’Arabie saoudite au secrétariat général du Conseil des ministres, s’exprime lors du sommet Urban 20 des maires pendant le G20, à Ahmedabad, en Inde, le 7 juillet 2023. (Photo AN)
Fahd al-Rachid, conseiller de l’Arabie saoudite au secrétariat général du Conseil des ministres, s’exprime lors du sommet Urban 20 des maires pendant le G20, à Ahmedabad, en Inde, le 7 juillet 2023. (Photo AN) 

L’expérience du Royaume en matière de solutions de santé numérique a suscité un intérêt particulier. 

«Lors des réunions, j’ai rencontré plusieurs ministres, dont le ministre indien de la Santé. L’investissement dans la santé publique saoudienne est un sujet très prisé», soutient M. Al-Jalajel. 

«J’ai profondément apprécié l’invitation de la présidence indienne à parler, lors de la cérémonie de lancement, de notre expérience en matière de transformation numérique de la santé et de mise en œuvre de technologies de pointe, comme l’hôpital virtuel Seha.»

Le ministre adjoint de la Culture en Arabie saoudite, Rakan ben Ibrahim al-Tawq, a représenté le Royaume à la réunion des ministres de la Culture du G20 à Varanasi, en Inde, samedi. (Agence de presse saoudienne)
Le ministre adjoint de la Culture en Arabie saoudite, Rakan ben Ibrahim al-Tawq, a représenté le Royaume à la réunion des ministres de la Culture du G20 à Varanasi, en Inde, samedi. (Agence de presse saoudienne) 

Il s’agit du plus grand hôpital virtuel au monde, lancé en février 2022. C’est l’une des initiatives prioritaires du programme de transformation du secteur de la santé en Arabie saoudite. 

La plate-forme du G20 a également permis aux entrepreneurs technologiques indiens de contribuer à ces initiatives, en plus d’échanger des connaissances et des expériences entre les deux pays. 

Le ministre saoudien du Commerce, Majid ben Abdallah al-Qasabi, a tenu douze réunions avec des ministres et des responsables des pays du G20 en Inde plus tôt cette semaine. (Twitter/@malkassabi)
Le ministre saoudien du Commerce, Majid ben Abdallah al-Qasabi, a tenu douze réunions avec des ministres et des responsables des pays du G20 en Inde plus tôt cette semaine. (Twitter/@malkassabi) 

La Dr Huda Alfardus, PDG de HealthGena, une entreprise basée à Riyad, et membre de plusieurs délégations saoudiennes aux réunions du G20, signale à Arab News qu’il existe «une dynamique positive» dans les relations et la coopération sur le plan de l’investissement et du transfert de technologie. 

«HealthGena travaille activement avec l’ambassade de l’Inde à Riyad pour créer des possibilités économiques à l’échelle du pays», indique-t-elle. 

«Nous menons actuellement un programme commun pour emmener quinze start-up saoudiennes en Inde et une délégation d’entreprises indiennes la semaine prochaine à Riyad afin de les aider à s’installer en Arabie saoudite.»

Tout au long de l’année, les réunions ont non seulement abouti à des résultats économiques tangibles, mais elles ont également fait naître des initiatives qui visent à rapprocher les deux nations. Certains représentants saoudiens qui ont participé au sommet de l’Alliance des jeunes entrepreneurs du G20, comme la Dr Alfardus, ont déjà signé des accords avec des établissements d’enseignement indiens. 

La Dr Huda Alfardus, PDG de HealthGena, s’adresse à Arab News lors du sommet de l’Alliance des jeunes entrepreneurs du G20 à New Delhi, en Inde, le 15 juillet 2023. (Photo AN)
La Dr Huda Alfardus, PDG de HealthGena, s’adresse à Arab News lors du sommet de l’Alliance des jeunes entrepreneurs du G20 à New Delhi, en Inde, le 15 juillet 2023. (Photo AN) 

«La promotion des liens entre les peuples à travers les échanges culturels et éducatifs peut favoriser la compréhension mutuelle et l’amitié», souligne-t-elle. 

«Encourager les échanges étudiants, les événements culturels et les collaborations entre universités peut contribuer à l’établissement de relations à long terme.»  

Lors du sommet de l’Alliance des jeunes entrepreneurs, qui s’est tenu à Delhi en juillet, le prince Fahad ben Mansour, président du conseil d’administration d’Entrepreneurship Vision et président de l’Alliance saoudienne des jeunes entrepreneurs du G20, a déclaré à Arab News que de nouveaux projets communs devraient bientôt voir le jour. 

«Nous avons quelques entités du secteur privé qui recherchent des possibilités ici en tant qu’investisseurs. Par ailleurs, nous avons trouvé de nombreux investisseurs indiens qui envisagent d’investir en Arabie saoudite», rapporte-t-il. 

«C’est une énorme occasion et nous allons en tirer parti à mesure que nous avançons.»

Le chef de la délégation saoudienne, le prince Fahad ben Mansour, au centre, entouré de représentants internationaux au sommet de l’Alliance des jeunes entrepreneurs du G20 à New Delhi, le 15 juillet 2023. (Photo AN)
Le chef de la délégation saoudienne, le prince Fahad ben Mansour, au centre, entouré de représentants internationaux au sommet de l’Alliance des jeunes entrepreneurs du G20 à New Delhi, le 15 juillet 2023. (Photo AN) 

Les deux pays misent déjà sur ce qu’ils ont accompli, puisqu’ils sont «à l’avant-garde des étapes vers le développement durable, la croissance inclusive et la transition énergétique», affirme Muddassir Quamar, professeur agrégé au Centre d’études sur l’Asie occidentale de l’université Jawaharlal-Nehru à Delhi, dans un entretien accordé à Arab News. 

«La participation enthousiaste de l’Arabie saoudite aux réunions du G20 en Inde met en lumière la confiance entre les deux pays au niveau de leurs dirigeants respectifs et de l’agenda du G20. L’Inde a également adopté une approche proactive en participant aux événements du G20 sous la présidence saoudienne en 2020», ajoute-t-il. 

«La présidence indienne du G20 se concentre sur les objectifs de développement durable, la croissance inclusive, les biens publics numériques, la transition énergétique juste, la santé, l’éducation et l’emploi, ainsi que la paix et l’harmonie internationales. Cela s’inscrit parfaitement dans le cadre des priorités du programme de développement de l’Arabie saoudite, de l’initiative Vision 2030 et des relations indo-saoudiennes.» 

Abdelrahmane ben Saleh al-Fageeh, PDG du groupe pétrochimique Saudi Basic Industries Corporation et chef de la délégation saoudienne, participe à une session plénière du sommet du B20 à New Delhi, en Inde, le 27 août 2023. (Photo AN)
Abdelrahmane ben Saleh al-Fageeh, PDG du groupe pétrochimique Saudi Basic Industries Corporation et chef de la délégation saoudienne, participe à une session plénière du sommet du B20 à New Delhi, en Inde, le 27 août 2023. (Photo AN) 

Pour M. Quamar, le fait que les relations aient pris de l’ampleur se reflète dans leur «dynamisme» et leur «composante stratégique importante, qui comprend les liens politiques, économiques, culturels et sécuritaires».

Il s’attend à ce qu’un nouvel élan vienne du sommet des dirigeants du G20 qui se tiendra les samedi et dimanche. 

«Le G20 peut devenir une plate-forme pour une plus grande coopération indo-saoudienne dans les forums multilatéraux et par l’intermédiaire des organisations multilatérales», poursuit-il. 

«L’Arabie saoudite et l’Inde peuvent renforcer davantage leur coopération et leur partenariat dans des domaines comme le développement durable et la croissance inclusive, en tenant compte des préoccupations environnementales et du changement climatique.» 

«Le thème de la présidence indienne du G20 est “Une famille, une terre, un avenir”, ce qui transmet un message universel invitant l’humanité à travailler ensemble pour un avenir durable et harmonieux pour le monde. Cela peut devenir la clé du renforcement des liens entre l’Arabie saoudite et l’Inde.»

Mansour al-Sanooni, PDG de Saudi India Venture Studio, à gauche, signe un accord avec Siddhartha Bagri, PDG de Pravaig Dynamics, en présence du prince Fahad ben Mansour, lors du sommet de l’Alliance des jeunes entrepreneurs du G20 à New Delhi, le 16 juillet 2023. (Photo Pravaig Dynamics)
Mansour al-Sanooni, PDG de Saudi India Venture Studio, à gauche, signe un accord avec Siddhartha Bagri, PDG de Pravaig Dynamics, en présence du prince Fahad ben Mansour, lors du sommet de l’Alliance des jeunes entrepreneurs du G20 à New Delhi, le 16 juillet 2023. (Photo Pravaig Dynamics) 

Mohammed Soliman, directeur des technologies stratégiques au Middle East Institute de Washington, a reconnu que l’engagement saoudo-indien avait gagné en importance et en attention à l’échelle mondiale ces derniers mois. 

L’Arabie saoudite et l’Inde ont su de quelle manière utiliser la plate-forme du G20 à leur avantage international, confie-t-il à Arab News. 

«Les deux pays voient des possibilités dans le monde multipolaire émergent et considèrent le G20 comme une plate-forme efficace pour relever les défis mondiaux et mettre en valeur leur influence économique et politique.» 

«Le changement le plus significatif dans les relations saoudo-indiennes, imputable au G20, est le renforcement de leur engagement sur la scène mondiale.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Bombardé pour la septième nuit de suite, l'Iran menace de déclencher une "offensive totale"

Un avion de combat multirôle se prépare à décoller d'un porte-avions américain dans le golfe Arabique. (Vidéo X : @Centcom)
Un avion de combat multirôle se prépare à décoller d'un porte-avions américain dans le golfe Arabique. (Vidéo X : @Centcom)
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  • Les États-Unis poursuivent leurs frappes en Iran ; Téhéran dit avoir riposté contre des bases liées aux forces américaines en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn
  • Les tensions s'aggravent dans le détroit d'Ormuz, alimentant les craintes d'une escalade régionale

TEHERAN: Les Etats-Unis ont bombardé l'Iran pour la septième nuit consécutive samedi et Téhéran a une nouvelle fois riposté en frappant des cibles en Jordanie, au Koweït et à Bahreïn, tout en menaçant de passer à une "offensive totale".

Un mois après la signature, le 17 juin, d'un protocole d'accord entre l'Iran et les Etats-Unis censé ouvrir une période de pourparlers de paix, l'escalade continue au Moyen-Orient avec des échanges de frappes quotidiens et des incidents maritimes en série.

Le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a dit avoir attaqué dans la nuit en Iran "des sites de surveillance, des infrastructures logistiques militaires, des dépôts souterrains d'armes et des moyens maritimes", sans mentionner de cibles civiles.

Les autorités de la province d'Hormozgan, dans le sud de l'Iran, ont annoncé que des frappes américaines y avaient fait au moins trois morts et huit blessés, et ciblé deux ponts et un tunnel routiers, selon l'agence officielle Irna.

Toujours selon Irna, les Etats-Unis ont également bombardé les villes d'Ahvaz et Bouchehr (sud-ouest), Bandar Abbas, l'île de Qeshm, Lar, Darab (sud), et Yazd (centre).

- Jordanie et Koweït attaqués -

En riposte, l'armée iranienne, citée par la télévision d'Etat, a affirmé avoir frappé le camp militaire d'Al-Adiri et la base d'Ali Al-Salem au Koweït, la base aérienne d'Al-Azraq en Jordanie, et celle de Sheikh Isa à Bahreïn, accusant l'armée américaine d'attaquer son territoire depuis ces installations.

"Nos défenses aériennes ont intercepté et abattu 10 missiles iraniens visant le territoire du Royaume", et qui n'ont fait ni victime ni dégât, a indiqué un responsable de l'état-major jordanien.

Au Koweït, l'armée a dit faire face à "des attaques de drones hostiles". Les sirènes d'alerte aérienne ont également retenti à Bahreïn, a annoncé le ministère de l'Intérieur de ce pays.

Téhéran va entrer dans "une phase d'offensive totale" si les frappes américaines se poursuivent au-delà de "deux-trois jours", a menacé vendredi Mohsen Rezaï, conseiller militaire du guide suprême iranien, cité par la télévision d'Etat.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, ont prévenu que les frappes "se poursuivront jusqu'au retour du calme sur la côte sud et dans le détroit d'Ormuz", où le trafic maritime est à nouveau pratiquement à l'arrêt.

- L'Iran "stoppe" quatre navires -

Ce détroit stratégique, par lequel transitait avant la guerre au Moyen-Orient un cinquième du commerce mondial d'hydrocarbures, est à nouveau verrouillé par l'Iran depuis plus d'une semaine, après la reprise des hostilités avec les Etats-Unis. Ces derniers, en représailles, ont réimposé un blocus des ports iraniens.

Les Gardiens de la Révolution ont annoncé samedi avoir "stoppé" quatre navires qui tentaient de franchir sans leur autorisation le détroit où, toujours selon Téhéran, deux pétroliers ont par ailleurs sauté sur des mines.

"Au cours des dernières heures, quatre navires en infraction, soutenus par l'armée terroriste américaine, ont tenté de traverser le détroit d'Ormuz, et les quatre navires ont été stoppés sur place lors d'une opération combinée de missiles et de drones", ont déclaré les Gardiens, cités par la télévision d'Etat.

"Deux pétroliers, qui tentaient de traverser le champ de mines situé au sud du détroit d'Ormuz, trompés par les services de renseignement américains, ont explosé et pris feu", ont-ils également indiqué, selon Irna, sans préciser la nationalité des navires ni s'il y avait des victimes.

Le Commandement de l'armée américaine pour le Moyen-Orient (Centcom) a démenti. "Comme la plupart des revendications du Corps des gardiens de la Révolution islamique, ceci est faux", ont-ils écrit sur X, sans fournir plus d'explications.

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques iraniennes contre des navires dans le Golfe. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril.

Déclenché le 28 février par des bombardements israélo-américains contre l'Iran, le conflit a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et n'en finit pas d'ébranler l'économie mondiale.

"Le détroit d'Ormuz est en train de devenir un piège pour les deux belligérants. La logique de l'escalade leur échappe de plus en plus", a analysé David Khalfa, spécialiste du Moyen-Orient à la Fondation Jean-Jaurès, en soulignant le "risque d'une confrontation régionale plus large".


Climat : face à la grogne de l'industrie, l'Europe révise son marché du carbone

Un piéton passe devant le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles, le 9 juin 2026. (AFP)
Un piéton passe devant le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles, le 9 juin 2026. (AFP)
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  • L'UE veut assouplir son marché carbone en prolongeant les quotas gratuits pour les industriels jusqu'en 2038
  • La réforme oppose les partisans de la compétitivité industrielle aux défenseurs d'objectifs climatiques plus stricts

BRUXELLES: Une trajectoire climatique moins exigeante pour les entreprises : la Commission européenne a proposé vendredi d'assouplir sa tarification du carbone, pilier de la politique environnementale de l'UE, au cœur d'une bataille féroce entre Etats, industriels et ONG.

Face à la grogne de l'industrie chimique allemande, de pays d'Europe centrale et de l'Italie, Bruxelles a mis sur la table une série de concessions, soumises aux Vingt-Sept et aux eurodéputés pour une négociation qui devrait durer plusieurs mois.

Dans l'ensemble, l'industrie européenne devrait être autorisée à émettre plus longtemps du CO2 et à un coût moindre que ce qui était prévu jusqu'à présent.

S'ils s'engagent à se décarboner, les industriels pourront notamment bénéficier plus longtemps de quotas carbone gratuits. Leur suppression totale interviendrait en 2038, contre 2034 dans le système actuel.

Et les entreprises auront la possibilité d'acquérir à partir de 2036 des crédits carbone internationaux en finançant des projets de décarbonation en dehors de l'UE qui seraient pris en compte dans la baisse de leurs émissions.

Il y a plus de vingt ans, l'Union européenne a mis en place ce marché des quotas d'émissions carbone (ETS), outil pionnier dans la lutte contre le dérèglement climatique.

Pour couvrir leurs émissions de CO2, les industries les plus énergivores (sidérurgie, ciment, chimie...) et les producteurs d'électricité doivent acheter des "permis de polluer", selon le principe du pollueur-payeur.

Le prix de la tonne de CO2 varie et s'établit autour de 80 euros actuellement dans l'UE.

Le total des quotas carbone disponibles sur le marché baisse au fil du temps pour inciter les industriels à émettre moins. Et pour les accompagner dans leur transformation, des quotas gratuits sont alloués.

Ils devaient disparaître en 2034, mais la Commission propose de les prolonger tout comme elle veut réduire moins vite que prévu l'ensemble des quotas disponibles sur le marché.

Pour montrer que ses ambitions climatiques demeurent, l'UE a néanmoins présenté vendredi un objectif "indicatif" d'électrification de son énergie. Elle souhaite que l'électricité représente 46% de sa consommation finale d'énergie en 2040, soit deux fois plus qu'actuellement.

- Scandinavie vs Europe centrale -

Depuis plusieurs années, cette part de l'électricité dans la consommation finale d'énergie de l'Union stagne autour de 23%, car elle coûte nettement plus cher que le gaz et parce que l'Europe peine à se priver des fossiles dans le chauffage des bâtiments et les transports.

Entre la crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient et la canicule historique qui s'est abattue sur l'Europe, les défenseurs de l'environnement poussent pour que l'UE maintienne des ambitions climatiques élevées.

Mais depuis deux ans à Bruxelles, la tendance est plutôt de répondre aux préoccupations des industriels, en souffrance face à la concurrence de la Chine et aux droits de douane des Etats-Unis.

La réforme du carbone était prévue dans les textes, mais elle est devenue un enjeu politique, voire idéologique, entre les partisans d'ETS, comme l'Espagne, la Suède, la Finlande et le Danemark, et ses détracteurs, comme la Pologne, la République tchèque ou l'Italie aux économies plus carbonées.

Entre ces deux camps, la France va être "un Etat pivot dans les négociations", estime Phuc-Vinh Nguyen, expert de l'énergie de l'Institut Jacques-Delors, qui considère que Paris a intérêt à "sauvegarder un ETS fort" pour mettre en avant son électricité nucléaire décarbonée auprès des investisseurs.

Vendredi, la Commission a également poussé  pour que les revenus que perçoivent les Etats membres grâce au marché du carbone soient davantage fléchés vers la décarbonation de l'industrie, ce qui est loin d'être le cas actuellement.

Bruxelles avance par ailleurs prudemment sur l'extension de son marché du carbone à de nouveaux secteurs.

L'exécutif propose d'intégrer "graduellement" le secteur des incinérateurs de déchets à ETS. Avec une possibilité de dérogation jusqu'en 2035 pour les Etats, s'ils remplissent des objectifs de recyclage ou disposent déjà d'une taxe nationale équivalente.

Concernant l'aviation, face à la forte pression des compagnies aériennes et aux réticences de certains Etats, dont la France, la Commission a renoncé à directement intégrer les vols internationaux à son marché du carbone.

A la place, elle plaide pour une solution intermédiaire régionale à partir de 2029, avec l'intégration à ETS de vols internationaux dont le point d'atterrissage se situe à 5.000 kilomètres maximum du décollage en Europe. Un vol depuis Francfort vers Dubaï ou Istanbul serait couvert par ETS, mais Francfort-Tokyo ne le serait pas.

Au milieu de ces négociations, une victime collatérale de ce bras de fer pourrait être "l'ETS 2", c'est-à-dire l'extension prévue du marché du carbone au transport routier et au chauffage des bâtiments.

Très sensible politiquement, la mesure a déjà été repoussée de 2027 à 2028 et risque encore d'être reportée. Voire enterrée.


Andy Burnham, de "roi du Nord" à Premier ministre du Royaume-Uni

Le nouveau député travailliste de Makerfield, Andy Burnham, s'adresse à ses partisans et aux médias au lendemain de sa victoire lors de l'élection partielle, au stade d'Ashton Town FC, à Ashton-in-Makerfield, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 19 juin 2026. (AFP)
Le nouveau député travailliste de Makerfield, Andy Burnham, s'adresse à ses partisans et aux médias au lendemain de sa victoire lors de l'élection partielle, au stade d'Ashton Town FC, à Ashton-in-Makerfield, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 19 juin 2026. (AFP)
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  • Andy Burnham devient chef du Labour et futur Premier ministre britannique, succédant à Keir Starmer avec la promesse de réduire les inégalités régionales et le coût de la vie
  • Ancien maire populaire du Grand Manchester, il mise sur un style accessible et une politique de décentralisation, tout en restant prudent sur son programme économique.

LONDRES: Le futur Premier ministre britannique Andy Burnham, devenu populaire en tant que maire de l'agglomération de Manchester, est un habile politicien travailliste dont le style décontracté et accessible contraste avec celui de son prédécesseur Keir Starmer.

Cet homme de 56 ans qui se décrit comme partisan d'un "socialisme pro-entreprises", amateur de football et de rock, prend officiellement vendredi la tête du Labour, parti de centre-gauche majoritaire au Parlement. Il succède au démissionnaire Keir Starmer, et fera son entrée lundi à Downing Street.

Celui qui a fait toute sa carrière dans la politique contrairement à l'ex-avocat Keir Starmer, plus à l'aise que ce dernier dans la communication, accède ainsi au sommet. Il avait tenté deux fois sans succès de briguer la direction du Parti travailliste - en 2010, face à Ed Miliband, puis en 2015, face au très à gauche Jeremy Corbyn.

Il est revenu au Parlement de Westminster après avoir remporté haut la main, devant le parti anti-immigration Reform UK, une législative partielle le 18 juin à Makerfield, près de Manchester.

"C'est la dernière chance pour changer" le Labour, avait-il proclamé à l'annonce de sa victoire. Devant ses soutiens rassemblés sur un terrain de foot, ce supporter d'Everton, club de Liverpool, s'est engagé à "tracer une nouvelle voie" pour le pays, promettant "l'équité pour les régions" que le pouvoir central à Londres a "négligées".

Andy Burnham, qui revendique fièrement ses racines nordistes et populaires, a conquis en 2017 la mairie du Grand Manchester, agglomération de près de 3 millions d'habitants où il s'est fait réélire deux fois.

- Tee-shirt noir -

Lui-même est un enfant de cette région au passé industriel: il a grandi dans une petite ville à mi-chemin entre Liverpool, où il est né, et Manchester.

Dans cette cité qui connaît un renouveau économique, sa principale réussite est d'avoir amélioré les transports, en reprenant sous contrôle public le système de bus pour l'intégrer dans un réseau avec trams et trains, à des tarifs abordables.

C'est pendant la pandémie de Covid-19 qu'il gagne son surnom de "roi du Nord", pour son combat face au Premier ministre conservateur Boris Johnson à propos du soutien financier à apporter aux entreprises et employés de cette région.

Cet homme brun à lunettes et au style vestimentaire volontiers informel, qui s'est fait tatouer sur le bras une abeille ouvrière -symbole de la ville de Manchester-, a déjà fait l'objet de railleries de la cheffe des Tories Kemi Badenoch, qui ne voit en lui qu'"une paire de cils et un tee-shirt noir".

"C'est bleu foncé, en fait", a répondu l'intéressé dans un battement de paupières, dans une vidéo publiée fin juin sur les réseaux sociaux, dont il est un grand utilisateur.

Pour le journaliste Joshi Herrmann, fondateur du média en ligne Mill Media, basé à Manchester, Andy Burnham "parvient à se présenter comme un type normal à une époque où beaucoup d'hommes politiques donnent l'impression d'être très bizarres ou très ennuyeux".

- "Madchester" -

Né le 7 janvier 1970, Andy Burnham est le fils d'un technicien des télécommunications et d'une réceptionniste médicale.

Il entre au Labour adolescent et étudie la littérature anglaise à Cambridge, où il dit avoir souffert du "syndrôme de l'imposteur" en raison de ses origines sociales.

Pendant sa jeunesse, il apprécie la bouillonnante scène musicale et culturelle de Manchester des années 1980-90, "Madchester", et classe aujourd'hui encore Oasis parmi ses groupes préférés.

Elu député en 2001, il devient secrétaire en chef au Trésor dans le gouvernement de Gordon Brown, puis ministre de la Culture et des Sports (2008-2009), et ministre de la Santé (2009-2010).

Il est marié depuis 2000 avec Marie-France van Heel, femme d'affaires d'origine néerlandaise rencontrée à l'université et avec qui il a eu trois enfants.

S'il a annoncé vouloir mener une politique de décentralisation et promis d'oeuvrer pour réduire le coût de la vie, il est pour l'instant resté vague sur son programme. Ses détracteurs l'accusent d'être un caméléon politique s'adaptant à l'air du temps.

En janvier, il énonçait "les quatre cavaliers de l'apocalypse britannique: dérégulation, privatisation, austérité et Brexit". Face à des marchés inquiets, il s'est toutefois engagé à tenir les objectifs d'équilibre budgétaire fixés par l'actuel gouvernement.