Rencontre avec Abderrahmane al-Abed, l’homme qui fait découvrir la mode saoudienne au monde entier

Al-Abed est le fondateur de la maison de couture révolutionnaire Qormuz. (Photo fournie)
Al-Abed est le fondateur de la maison de couture révolutionnaire Qormuz. (Photo fournie)
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Publié le Samedi 09 septembre 2023

Rencontre avec Abderrahmane al-Abed, l’homme qui fait découvrir la mode saoudienne au monde entier

  • Le créateur saoudien Abderrahmane al-Abed, âgé de 28 ans, a créé en 2017 Qormuz, une marque de mode révolutionnaire qui ne ressemble à aucune autre dans le Royaume
  • «Notre culture a un pouvoir dont peu de gens se sont encore rendu compte», affirme le créateur de mode

DUBAÏ: Il y a une photo à laquelle le créateur de mode saoudien Abderrahmane al-Abed revient sans cesse. Elle a été prise lors du sommet du G20 en 2019 à Osaka, au Japon, et le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, s’y trouve au premier plan parmi d’autres dirigeants mondiaux. 

Sur la photo, c’est le choix vestimentaire du prince héritier qui attire l’attention: au milieu d'une foule en costumes, il est fièrement paré d’une tenue nationale. Pour Al-Abed, fondateur de la maison de couture révolutionnaire Qormuz, c’est la seule preuve dont il a besoin pour démontrer que la mode saoudienne peut changer le monde.

«Nous gagnons le respect des peuples du monde entier grâce à notre culture forte et à notre héritage inimitable», explique Al-Abed à Arab News. «Autrefois, c’était le kimono japonais, issu d’une autre culture riche en traditions, qui inspirait toutes les marques du monde. Notre culture a un pouvoir dont peu de gens se sont encore rendu compte.»

Linda Qari vêtue de la robe Al-Dalam de Qormuz en février. (Photo fournie)
Linda Qari vêtue de la robe Al-Dalam de Qormuz en février. (Photo fournie)

Al-Abed est un passionné d’histoire, qu’il s’agisse de l’étudier ou de l’écrire. Depuis qu’il a fondé Qormuz en 2017, ce jeune homme de 28 ans a créé une marque qui ne ressemble à aucune autre dans le Royaume, et cette année, il a commencé à attirer l’attention du monde entier. Ce mois-ci, une jubba qu’il a confectionnée pour l’acteur saoudien Mohammed el-Shehri est devenue virale; c’était la première fois qu’un homme portait la robe arabe traditionnelle sur le tapis rouge du célèbre Festival international du film de Venise. Ce n’est qu’un début, affirme-t-il, tout comme d’autres moments viraux de l’année écoulée.

«Juste hier, en fait, nous avons fini de planifier la prochaine phase de la marque», révèle Al-Abed. «Au cours des six premières années, nous avons lancé des produits dans presque toutes les catégories du monde de la mode: mode pour hommes et pour femmes, accessoires, parfums, bijoux et autres. Peu importe les catégories dans lesquelles nous nous sommes développés, chacune a conservé l’esprit de la marque; chacune était empreinte d’une histoire, d’une culture et d’une expérience. Aujourd’hui, nous voyons plus grand.»

L’acteur saoudien Mohammed el-Shehri portant une jubba conçue par Abderrahmane al-Abed, lors du Festival international du film de Venise en septembre. (Getty Images)
L’acteur saoudien Mohammed el-Shehri portant une jubba conçue par Abderrahmane al-Abed, lors du Festival international du film de Venise en septembre. (Getty Images)
 

Cela signifie que de nouvelles catégories verront le jour, comme le prêt-à-porter, les vêtements de tous les jours et les tenues avant-gardistes conçues pour les défilés ou les tapis rouges. Ces dernières sont souvent mal comprises par les non-initiés, mais ces pièces contribuent davantage à communiquer l’idée d’une marque que la plupart des gens ne le pensent. C’est dans cet espace que la mode devient de l’art, et c’est là qu’Al-Abed placera sa toile, en s’inspirant de l’histoire du Royaume.

«Nous aimons faire parler les gens. En même temps, lorsque nous le faisons, cela suscite souvent des débats. Ce n’est pas quelque chose que nous recherchons, mais je suppose que c’est inévitable. Si nous nous inspirons de vêtements traditionnels et d’éléments de la riche histoire de notre pays et que nous les utilisons d’une manière que les gens n’ont jamais vue auparavant, certaines personnes seront contrariées», explique Al-Abed.

Abderrahmane al-Abed est un créateur de mode saoudien. (Photo fournie)
Abderrahmane al-Abed est un créateur de mode saoudien. (Photo fournie)

«Nous sommes tous d’accord qu’il est nécessaire de respecter notre culture, mais nous devons faire cela avec de nouvelles idées et de nouveaux modèles», poursuit-il. «Nous devons faire en sorte que ces idées traditionnelles nous accompagnent dans l’avenir.»

En février, lors de la Coupe d’Arabie saoudite à Riyad, Qormuz a dévoilé sa nouvelle robe Al-Dalam, portée par le mannequin Linda Qari. Inspirée des pigeonniers de la région construits au début du XXe siècle par le roi Abdelaziz, cette robe est rapidement devenue la pièce de mode saoudienne la plus controversée de l’histoire récente. Bien qu’attrayant, ce vêtement avant-gardiste n’a pas seulement fait parler de lui, mais il a aussi volontairement rappelé la riche histoire qui l’a inspiré, suscitant des conversations sur les origines souvent oubliées du pays. C’ était le véritable objectif, souligne Al-Abed.

Al-Abed avec Sidney Toledano, PDG du LVMH Fashion Group et ancien PDG de Dior. (Photo fournie)
Al-Abed avec Sidney Toledano, PDG du LVMH Fashion Group et ancien PDG de Dior. (Photo fournie)

«J’adore l’Histoire, et j’adore les histoires de notre pays. Je viens d’une famille qui accorde une grande importance à l’éducation. Ma mère, mon père et moi aimons tous lire ensemble. Aujourd’hui encore, juste avant que nous ne commencions cette conversation, je lisais le carnet d’un voyageur britannique qui est venu ici en 1862, et il contient plein d’observations sur notre culture», dit Al-Abed, en sortant le carnet de l’étagère pour nous le montrer. «C’est dans ce genre d’étude que je puise une grande partie de mes idées.»

«Avec Qormuz, nous aimons raconter une histoire», ajoute-t-il. «Je m’inspire de marques comme Dior. Dior fait tellement de choses différentes dans toutes les catégories, tout comme nous, mais leurs pièces ont une forte identité liée parce qu’elles sont chargées d’une histoire riche qui provient d’une vision unifiée. Je m’inspire de cette philosophie, mais pas de leurs créations en tant que telles. Je pense mondialement, mais j’agis localement. Je veux raconter des histoires saoudiennes avec mes créations, et je crois que nous aurons toujours du succès si nous avons une histoire forte.» 

Aussi voracement qu’il consomme l’histoire de la région, il y a quelque chose de profondément personnel dans l’intérêt qu’Al-Abed porte à l’académique. Cette passion lui a été transmise par son grand-père, qui lui a appris à être un homme qui vit pour les autres, et qui le régalait avec des récits du glorieux passé de Riyad.

Photo issue du lookbook de Qormuz. (Photo fournie)
Photo issue du lookbook de Qormuz. (Photo fournie)

«Mon grand-père m'inspire toujours, chaque jour. J’aime parler de lui aux gens. C’était un homme qui aimait son pays. Il aimait le roi Abdelaziz et ce qu’il construisait. Lui aussi construisait des choses: il était médecin et a aidé à construire des hôpitaux dans des régions où les gens étaient pauvres et avaient besoin d’aide. Aujourd’hui encore, lorsque je me rends dans ces villages, les personnes me racontent comment mon grand-père les a aidés. Il est décédé il y a quinze ans, mais je pense encore à lui tous les jours», confie-t-il.

Il y a une raison pour laquelle le créateur pense constamment au roi Abdelaziz, et ce n’est pas seulement parce qu’il est le père fondateur de l’Arabie saoudite. Le roi était un homme qui avait une vision pour une société qui n’existait pas encore, une société qui embrassait son héritage tout en évoluant avec son temps. Il s’est parfois heurté à ceux qui s’opposaient à ses changements, mais il a mis le pays sur une voie audacieuse qu’il continue d’emprunter de nos jours.

C’est précisément la façon dont Al-Abed conçoit la mode et c’est pourquoi Qormuz est peut-être en passe de devenir le Dior de l’Arabie saoudite. Par-dessus tout, le créateur saoudien s’est donné pour mission non seulement d’embrasser les coutumes de son pays, mais aussi de dissiper l’idée que la préservation est synonyme de stagnation.

«Nous avons besoin d’une nouvelle mentalité et de nouveaux modèles. Lorsque nous envisageons les cinquante prochaines années, nous devons nous demander ce qu’il adviendra de notre thobe, par exemple. Que deviendra notre bisht, notre shemagh? Si vous comparez le bisht du roi Abdelaziz à celui du prince héritier Mohammed ben Salmane, vous pouvez remarquer que le design a clairement évolué. Notre défi consiste désormais à imaginer nous-mêmes la prochaine évolution et à accepter que le changement est nécessaire», indique-t-il. «Si vous voulez une culture parfaitement préservée, allez au musée national. À Qormuz, nous nous projetons en 2050.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


La Foire du livre de Médine se tiendra le 30 juillet

La Foire du livre de Médine se renouvelle pour la troisième année consécutive. (Fournie)
La Foire du livre de Médine se renouvelle pour la troisième année consécutive. (Fournie)
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  • 'événement mettait en évidence l'importance culturelle de Médine et son rôle dans le renforcement du mouvement artistique, ainsi que le statut croissant du Royaume dans l'industrie de l'édition.
  • la foire du livre de Médine se veut une plateforme culturelle qui encourage la communauté à s'intéresser à la lecture.

Jeddah : La troisième foire du livre de Médine aura lieu du 30 juillet au 5 août, a annoncé lundi la Commission de la littérature, de l'édition et de la traduction.

L'agence de presse saoudienne a rapporté que l'événement promet d'être une extravagance culturelle, avec plus de 300 maisons d'édition et agences arabes et internationales réparties sur plus de 200 stands.

Mohammed Hasan Alwan, directeur général de la commission, a souligné l'importance de la foire, en insistant sur le soutien continu dont bénéficie le secteur culturel.

Il a déclaré que l'événement mettait en évidence l'importance culturelle de Médine et son rôle dans le renforcement du mouvement artistique, ainsi que le statut croissant du Royaume dans l'industrie de l'édition.

La foire est devenue un événement annuel, attirant des milliers de visiteurs de tous horizons.

Alwan a expliqué que la commission a veillé à ce que la dernière édition offre une expérience de connaissance riche et intégrée aux visiteurs de tous âges, en s'appuyant sur les succès remarquables des foires précédentes.

Selon SPA, la foire du livre de Médine se veut une plateforme culturelle qui encourage la communauté à s'intéresser à la lecture, en mettant en avant les talents des écrivains et créateurs saoudiens tout en attirant des écrivains et éditeurs de renom du Royaume, de la région et du monde entier.

La foire proposera des activités culturelles et intellectuelles visant à enrichir le secteur culturel et la production de connaissances, et à promouvoir une culture de la lecture.

Un espace important est consacré aux enfants, avec des activités et des ateliers éducatifs et techniques qui stimulent les capacités créatives des enfants.

La foire du livre de Médine a annoncé le début de l'inscription des visiteurs pour l'obtention de billets d'entrée gratuits par le biais de la plateforme Discover Culture.https://dc.moc.gov.sa/home/ar/event-tickets/379/almadinah-book-fair-2024/

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Une renaissance de la gastronomie en Arabie saoudite, axée sur la diversité

Dans le cœur animé de l'Arabie saoudite, une révolution culinaire est en cours. Des restaurateurs lancent de nouveaux cafés et restaurants rapides qui redéfinissent le paysage gastronomique en proposant des plats et des boissons de grande qualité à des prix accessibles. (Photo fournie)
Dans le cœur animé de l'Arabie saoudite, une révolution culinaire est en cours. Des restaurateurs lancent de nouveaux cafés et restaurants rapides qui redéfinissent le paysage gastronomique en proposant des plats et des boissons de grande qualité à des prix accessibles. (Photo fournie)
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  • Les restaurants locaux entretiennent le sens de la communauté et offrent de précieuses possibilités d'emploi aux Saoudiens
  • L'une des pierres angulaires de cette transformation est l'accent mis sur l'emploi de travailleurs locaux. En donnant la priorité aux Saoudiens plutôt qu'aux expatriés, ces entreprises stimulent l'économie

RIYADH : Dans le cœur animé de l'Arabie saoudite, une révolution culinaire est en cours. Des restaurateurs lancent de nouveaux cafés et restaurants rapides qui redéfinissent le paysage gastronomique en proposant des plats et des boissons de grande qualité à des prix accessibles. La cerise sur le gâteau ? Ils embauchent des talents locaux, soutenant ainsi la communauté et l'économie.

Imaginez que vous entriez dans un café ou un fast-food nouvellement ouvert avec des attentes modestes, et que vous soyez agréablement surpris par le goût et la qualité de votre commande. C'est la nouvelle norme qui se répand dans tout le pays. Ces établissements acquièrent rapidement la réputation de proposer des plats et des boissons de qualité, sans pour autant être trop chers.

arabie saoudite
Alors que de plus en plus d'entrepreneurs du secteur de la restauration entrent sur le marché, la concurrence pousse tout le monde à élever son niveau de jeu. (Instagram/sawada.ksa)


"Honnêtement, je recherche toujours un prix équitable pour mon café, et cet endroit répond parfaitement à mes attentes", a déclaré Khalil Al-Azwari, un client régulier, à Arab News. "Ce café est l'un de mes préférés et il sert le meilleur V60 pour seulement SR10 (2,67 dollars). C'est un excellent rapport qualité-prix.

L'une des pierres angulaires de cette transformation est l'accent mis sur l'emploi de travailleurs locaux. En donnant la priorité aux Saoudiens plutôt qu'aux expatriés, ces entreprises stimulent l'économie et renforcent le sentiment d'appartenance à la communauté.

La création d'une nouvelle entreprise nécessite une étude approfondie des besoins du marché, une gestion saine et un dévouement à l'entreprise.

- Talat Hafiz, analyste financier

"Travailler ici a été une expérience extraordinaire", a déclaré Ahmed Saleh, barista dans un grand café de Riyad. "J'ai l'occasion de travailler avec des ingrédients de première qualité et d'acquérir de nouvelles compétences. De plus, c'est formidable de voir des visages familiers apprécier le café et les plats que nous préparons."

L'attrait de ces nouveaux lieux de restauration ne se limite pas à offrir de bons plats et de bonnes boissons. En privilégiant les embauches locales, ces entreprises entretiennent un sentiment d'appartenance à la communauté et offrent de précieuses possibilités d'emploi. Cette approche représente un changement rafraîchissant dans un pays où le secteur des services est traditionnellement dominé par les travailleurs étrangers.

arabie saoudite



Les clients locaux sont également ravis de ce changement. "J'adore le fait que ces nouveaux établissements embauchent des gens de nos villes", déclare Bashayer Mohammed, un habitué des lieux. "Cela rend l'expérience plus personnelle et plus proche de notre communauté".

Cependant, cette vague de nouvelles options de restauration ne fait pas l'unanimité.  De nombreux établissements locaux, qui pratiquent souvent des prix plus élevés, peinent à rivaliser avec les grandes enseignes internationales.

"C'est difficile", a déclaré Saad, ancien propriétaire d'un café à Alkhobar. "Nous ne pouvons pas nous aligner sur les prix de ces grands commerçants, et les gens le remarquent. Nous perdons des clients et cela affecte nos moyens de subsistance".

Saad a ouvert son café en octobre 2021 avec de grands espoirs de réussite. "Le premier mois, les chiffres étaient excellents", se souvient-il. Cependant, au fil des mois, les affaires ont commencé à décliner régulièrement. Malgré ses efforts d'adaptation, la situation s'est dégradée. "C'était surprenant parce que la situation s'aggravait chaque mois", a déclaré M. Saad.

Déterminé à sauver son entreprise, M. Saad a tout essayé. "Nous avons modifié le menu, collaboré avec des sociétés de coupons et des applications de livraison. Nous avons même investi dans la publicité", explique-t-il. Bien qu'il ait essayé toutes les stratégies possibles et imaginables, rien ne semblait fonctionner. "Rien ne faisait la différence", admet-il.

En plus de ces défis, Saad a dû faire face à des charges financières inattendues. "Le loyer était beaucoup plus élevé que prévu et je n'avais pas entièrement pris en compte les salaires du personnel et les assurances", a-t-il déclaré. Ces dépenses se sont rapidement accumulées, mettant ses finances à rude épreuve.

L'augmentation des coûts a conduit la plupart des commerçants à réduire leurs dépenses, à diminuer les salaires et à licencier des employés. "C'est un signe d'échec", ajoute M. Saad. "Les commerçants qui réussissent investissent dans l'élément humain et l'intellect pour créer et innover des solutions de survie. Le grand public a une mentalité de consommateur et non de solutionneur de problèmes.

Désespéré, M. Saad a même essayé de vendre le café à des investisseurs. "Cela n'a tout simplement pas fonctionné", a-t-il déclaré. Finalement, les pertes croissantes l'ont contraint à fermer le café en 2023. "C'était une perte énorme pour moi", a déclaré M. Saad.

Alors que de plus en plus d'entrepreneurs de la restauration arrivent sur le marché, la concurrence pousse chacun à élever son niveau de jeu. Les entreprises locales commencent à s'en rendre compte et s'efforcent d'offrir la même qualité et le même prix que ces nouveaux acteurs, même si la transition reste difficile.

Dans une interview accordée à Arab News, l'analyste financier Talat Hafiz a souligné le rôle crucial que jouent les petites et moyennes entreprises dans l'économie saoudienne : "Les PME en Arabie saoudite et ailleurs dans le monde sont l'épine dorsale de l'économie et des activités commerciales.

Conscient de ce fait, le gouvernement saoudien s'est efforcé de favoriser la croissance de ces entreprises. Il a déployé des efforts considérables pour faciliter la croissance des PME et accroître leur contribution au produit intérieur brut non pétrolier du Royaume de 20 % à 35 % d'ici 2030, a ajouté M. Hafiz.

La création de l'Autorité générale pour les petites et moyennes entreprises, également connue sous le nom de Monshaat, en 2016, témoigne de ces efforts. "Monshaat a été créée pour réglementer, soutenir et développer le secteur des PME dans le Royaume", a déclaré M. Hafiz.

En outre, le programme de garantie des prêts, établi en 2006, vise à surmonter les obstacles au financement pour les PME économiquement viables qui ne disposent pas des garanties nécessaires. Malgré ces mesures de soutien, de nombreuses PME sont encore confrontées à des défis importants. "Certaines entreprises ne parviennent toujours pas à poursuivre leurs activités avec succès et ferment leurs portes au cours de la première ou de la troisième année d'exploitation", a-t-il déclaré.

M. Hafiz a identifié plusieurs raisons à l'origine de ces échecs. "La plupart des plaintes des propriétaires de PME sont dues aux divers frais imposés par le gouvernement, en particulier les frais d'infraction", a-t-il déclaré. Cependant, il pense que les principales raisons de l'échec sont ailleurs.

"Les principales raisons de l'échec des PME, en particulier des start-ups, sont le manque d'attention aux besoins du marché et aux différentes préférences des consommateurs, le manque d'expérience en matière de gestion, d'expertise technique et professionnelle, et l'impossibilité d'apporter une valeur ajoutée au marché", a ajouté M. Hafiz.  

Il a également souligné l'importance d'une gestion dévouée et de ressources financières suffisantes. "La création d'une nouvelle entreprise nécessite une étude approfondie des besoins du marché, une gestion saine et un dévouement à l'entreprise. Elle requiert également des talents spécifiques qui permettent à l'entreprise de répondre rapidement et efficacement aux changements économiques et commerciaux", a-t-il noté.

Alors que le gouvernement saoudien a réglementé les amendes pour les rendre plus transparentes, équitables et progressives, M. Hafiz souligne que l'accent ne doit pas être mis uniquement sur les taxes gouvernementales. "L'accent mis sur les défaillances d'entreprises devrait également porter sur les causes principales et réelles de ces défaillances. Les amendes gouvernementales sont transparentes et progressives, et il n'est pas permis de les imposer la première fois, puisqu'il y a un avertissement qui précède la violation.


Au Kenya, des girafes pour apporter la paix entre communautés

Un petit girafon se promène au coucher du soleil lors des célébrations communautaires organisées en l'honneur de l'arrivée de plusieurs girafes sauvages dans le cadre d'un exercice de transfert d'animaux sauvages dans la réserve de Ruko, le 7 juillet 2024 (Fournie)
Un petit girafon se promène au coucher du soleil lors des célébrations communautaires organisées en l'honneur de l'arrivée de plusieurs girafes sauvages dans le cadre d'un exercice de transfert d'animaux sauvages dans la réserve de Ruko, le 7 juillet 2024 (Fournie)
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  • Cette réserve a été créée au milieu des années 2000 avec un double objectif: réintroduire des girafes dans une région qu'elles avaient désertées et ramener la paix entre les deux ethnies locales
  • La réserve de Ruko, qui abrite désormais près d'une vingtaine de girafes, est un moyen de protéger ces animaux, qui ont connu un déclin ces dernières décennies au Kenya en raison de la réduction de leur espace naturel et de la chasse illégale.

BARINGO: Les pick-ups filent à vive allure à la poursuite des girafes. Arrivé à leur hauteur, un vétérinaire tire une fléchette tranquillisante sur l'une d'entre elles. Au bout de plusieurs minutes, les rangers parviennent à l'immobiliser au sol à l'aide de cordes.

Le vétérinaire de l'agence kényane de protection de la nature (Kenya Wildlife Service, KWS) descend du véhicule et vérifie ses signes vitaux. Tout va bien. Elles pourra être conduite dans un petit enclos de la ferme de Sergoit, dans la vallée du Rift, dans l'Ouest du Kenya.

Après une période d'acclimatation d'une dizaine de jours, huit girafes au total rejoindront la réserve de Ruko, située à 140 kilomètres à l'est, non loin du lac Baringo.

Cette réserve a été créée au milieu des années 2000 avec un double objectif: réintroduire des girafes dans une région qu'elles avaient désertées et ramener la paix entre les deux ethnies locales, les Pokot et les Ilchamus, qui se sont opposées durant des décennies dans de violents affrontements, parfois armés.

L'idée des anciens des deux communautés à l'origine du projet est de "garantir la paix" en attirant des touristes pour générer des revenus et développer cette région aride et déshéritée.

"Il y a 20 ans, Pokot et Ilchamus étaient en conflit à cause de vols de bétails, ça a coûté des vies. Les gens ont été forcés de quitter leurs terres. Cet endroit était devenu un désert, un terrain d'affrontement de bandits", raconte la responsable de la réserve, Rebby Sebei.

- "Une seule communauté" -

Douglas Longomo attend l'arrivée des girafes dans la réserve. Ce fermier pokot de 27 ans affirme qu'il a "fallu du temps" pour convaincre certaines personnes de la nécessité de mettre fin aux affrontements pour développer le tourisme.

Parfois chassées pour leur viande, les girafes sont aujourd'hui une source d'intérêt commun et de coopération.

Depuis l'arrivée des premières girafes dans la réserve en 2011, "nous n'avons jamais eu aucun problème de braconnage", se félicite Rebby Sebei.

"Maintenant nous vivons comme une seule communauté, nous pouvons nous déplacer librement sans aucune crainte", sourit Douglas Lomgomo, soulignant que les deux communautés sont prêtes à "prendre soin de ces girafes car nous pouvons en tirer profit".

"J'espère que ces girafes (créeront) de bons emplois", ajoute James Parkitore, mécanicien de 28 ans, membre de la communauté Ilchamus: "Je pense (que le conflit) est derrière nous maintenant car nous avons des interactions".

Rebby Sebei tempère: il subsiste quelques "petits conflits", mais rien qui "conduit à la séparation des deux communautés".

Avant l'arrivée des girafes dans la réserve, les deux communautés tiennent même une cérémonie commune, dansent et chantent ensemble, une scène inconcevable au milieu des années 2000.

- "Plus de girafes" -

La réserve de Ruko, qui abrite désormais près d'une vingtaine de girafes, est un moyen de protéger ces animaux, qui ont connu un déclin ces dernières décennies au Kenya en raison de la réduction de leur espace naturel et de la chasse illégale.

On y trouve deux espèces différentes, girafe de Rothschild et girafe massaï. Les faire cohabiter permet d'"observer comment elles se reproduisent", souligne Isaac Lekolool, l'un des responsables des Services vétérinaires et de capture au sein du KWS.

Rebby Sebei estime que ce n'est qu'un début. "La paix règne et nous devons amener plus de girafes", sourit-elle.

Les responsables de la réserve de Ruko se prennent même à rêver de se faire une place dans le paysage touristique kényan, aux côtés des célèbres parcs nationaux de Massai Mara et Amboseli.