Au Maroc, les bruits du séisme qui hantent et les blessures mentales à panser

Des femmes assises après avoir reçu une tente d'hébergement et des secours dans un centre de distribution de la ville d'Amizmiz, dans la province d'al-Haouz, dans les montagnes du Haut Atlas, au centre du Maroc (Photo, AFP).
Des femmes assises après avoir reçu une tente d'hébergement et des secours dans un centre de distribution de la ville d'Amizmiz, dans la province d'al-Haouz, dans les montagnes du Haut Atlas, au centre du Maroc (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 13 septembre 2023

Au Maroc, les bruits du séisme qui hantent et les blessures mentales à panser

  • Khadija Temera veut aussi «soigner son cœur», et elle a eu mardi sa première consultation avec un psychiatre
  • Ses doigts colorés au henné tripotent avec anxiété un bout de papier, ses yeux sont gonflés par les pleurs

ASNI, Maroc: "Le plus important, c'est que nous sommes en vie", se rassure-t-elle. Mais Khadija Temera veut aussi "soigner son cœur", et elle a eu mardi sa première consultation avec un psychiatre pour panser ses plaies mentales causées par le séisme au Maroc.

Ses doigts colorés au henné tripotent avec anxiété un bout de papier, ses yeux sont gonflés par les pleurs.

Elle était venue consulter pour un problème de tension mais vite, les militaires l'ont orientée vers le psychiatre, qui dit avoir reçu une centaine de patients lundi sur les 500 venus à l'hôpital de campagne d'Asni, à 90 km sud de Marrakech.

Des images continuent de hanter Khadija, comme les escaliers qui se sont effondrés la piégeant elle et les neuf membres de sa famille, la vie sauvée in extremis.

"Depuis, je ne peux pas dormir. Dès que je m'allonge, tout revient", explique cette habitante de 68 ans venue du douar de Lareb.

A côté d'elle sur le banc, attend aussi pour la consultation une femme mutique, les mains en croix sur la poitrine et la respiration lourde. Elle a perdu ses deux enfants.

Après elle, ce sera au tour d'un homme dans la trentaine, les yeux rougis par la détresse.

Sur les plus de 5.530 blessés du puissant séisme qui a ravagé la région montagneuse d'al-Haouz, "certains n'ont pas été seulement blessés et meurtris dans leur chair, ils ont aussi souvent été "endeuillés, ils ont perdu leur maison", explique le médecin commandant Adil Akanour.

Il est le seul psychiatre de l'hôpital, dont les portes ont été largement ouvertes à la presse mardi alors que des villageois de certains hameaux enclavés, et qui sont restés plusieurs jours inaccessibles, déploraient auprès de l'AFP leur isolement et l'absence de secours.

Les rescapés se retrouvent en "état de stress aigu fait de symptômes, physiques souvent dans un premier temps", explique le psychiatre. Sidération, palpitations, céphalées, douleurs abdominales peuvent être des manifestations qui "cachent" un problème psychologique, dit-il.

Le bendir perdu 

La séparation des familles, l'insécurité, la perte des moyens de subsistance ou les perturbations des contacts sociaux, sont autant de problèmes sociaux potentiels, selon l'OMS qui préconise une prise en charge urgente afin d'éviter le développement de troubles du stress post-traumatique.

Or, le tremblement de terre du 8 septembre, le plus puissant jamais enregistré dans le royaume, a fait plus de 2.900 morts selon un bilan provisoire. Il a englouti des villages entiers et avec lui la vie de milliers de familles très modestes.

Des milliers de personnes dont on ignore encore le chiffre sont sans abri, pour la majorité esseulées dans des tentes de fortune, ou, pour quelques unes comme Mouhamed El Makhconi, abritées sous des tentes solides et fermées au vent fournies par le ministère de l'Intérieur.

"J'étais le seul à faire vivre ma famille", témoigne le sexagénaire au sourire édenté. Il vendait des bijoux aux touristes sur le chemin des sommets du mont Atlas. Mais de son logement au rez-de-chaussée il ne reste "plus rien" et le voilà sans ressources lui et les huit membres de sa famille.

"Je n'ai même pas un dirham sur moi", assure-t-il, assis devant sa tente où tout, des couvertures aux verres, lui a été donné.

A cette désolation matérielle s'ajoutent les "doudoudoudoudou", mime-t-il, ces bruits du séisme qui restent ancrés dans sa mémoire. Lui non plus ne parvient plus à dormir. Il dit ressentir encore dans son corps par vague les secousses et la frayeur qu'elles ont créés.

Il n'a pas pour autant consulté de psychiatre, il lui fallait d'abord régler des problèmes de diabète. Ses petits-enfants non plus n'ont pas été examinés, eux qui sont par moment terrifiés et regrettent leurs jouets, dont leur bendir (instrument de percussion) qu'ils aimaient tant.

Ils sont des centaines comme ces enfants à avoir perdu leur univers dans des villages reculés où l'accès aux soins est compliqué et plus encore tout suivi psychologique.


Les attaques "illégales" au Moyen-Orient risquent de devenir incontrôlables, alerte le chef de l'ONU

Une famille déplacée des banlieues sud de Beyrouth après l’avertissement de l’armée israélienne, qui a poussé les habitants à évacuer avant des frappes aériennes. (Reuters)
Une famille déplacée des banlieues sud de Beyrouth après l’avertissement de l’armée israélienne, qui a poussé les habitants à évacuer avant des frappes aériennes. (Reuters)
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  • Le chef de l’Organisation des Nations unies avertit que l’escalade des attaques au Moyen-Orient pourrait devenir incontrôlable et appelle à des négociations diplomatiques
  • L’ONU alerte sur l’augmentation des besoins humanitaires, notamment à Gaza et au Liban, et sur les risques pour l’économie mondiale

NATIONS-UNIES: La situation provoquée par "toutes les attaques illégales" au Moyen-Orient et au-delà risque de devenir incontrôlable, a alerté vendredi le secrétaire général de l'ONU, tandis que l'organisation s'inquiète des besoins humanitaires qui augmentent.

"Toutes les attaques illégales au Moyen-Orient et au-delà provoquent des souffrances et des préjudices immenses aux civils à travers la région, et pose un grand risque pour l'économie mondiale, en particulier les populations les plus vulnérables", a-t-il déclaré dans un communiqué.

"La situation pourrait devenir incontrôlable pour tout le monde. Il est temps d'arrêter les combats et d'engager des négociations diplomatiques sérieuses. Les risques ne pourraient pas être plus grands", a-t-il ajouté.

Lors d'une conférence à New York, le chef des opérations humanitaires de l'ONU (Ocha), Tom Fletcher, a lui fustigé les sommes "ahurissantes" dépensées chaque jour dans cette guerre "tandis que les hommes politiques continuent à se vanter de couper les budgets d'aide".

"Nous assistons à une alliance de plus en plus mortifère entre la technologie et des tueries en toute impunité. Nous assistons à une attaque persistante contre les systèmes et les lois censés freiner nos plus bas instincts et des guerres irréfléchies", a-t-il ajouté.

Le diplomate s'est en particulier inquiété d'une guerre qui "ravage les marchés, les chaînes d'approvisionnement, les prix alimentaires", et perturbe les couloirs maritimes comme le détroit d'Ormuz.

Alors "nous nous mobilisons en prévision d'une augmentation des besoins humanitaires dans toute la région", en prépositionnant des marchandises et en cherchant d'autres routes d'approvisionnement, a-t-il assuré, s'inquiétant en particulier de l'impact sur des populations déjà dans le besoin, notamment au Liban ou à Gaza.

Après avoir fermé samedi tous les points de passage vers le petit territoire palestinien, Israël a rouvert un seul d'entre eux, Kerem Shalom, aggravant certaines pénuries, a déploré Tom Fletcher.

Il a notamment indiqué que l'ONU n'avait pu faire entrer à Gaza que moins d'un million de litres de carburant cette semaine, "bien en dessous" des plus de deux millions considérés comme "le strict minimum pour faire tourner les services".

En outre, "il va y avoir également moins d'attention portée à d'autres crises, de la République démocratique du Congo au Soudan, en passant par le Soudan du Sud (...) l'Ukraine et d'autres", a-t-il insisté.


L’Arabie saoudite et le Pakistan discutent de mesures pour mettre fin aux attaques iraniennes

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  • Les responsables de la défense de l’Arabie saoudite et du Pakistan ont discuté des attaques iraniennes et des mesures pour les stopper dans le cadre de leur accord de défense mutuelle
  • Riyad affirme avoir abattu des drones visant le champ pétrolier de Shayba, tandis que les tensions régionales s’intensifient avec l’escalade du conflit impliquant l’Iran, les États-Unis et Israël

RIYAD : Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, et le chef des forces de défense du Pakistan, le général Asim Munir, ont discuté des attaques de l’Iran contre le Royaume, alors que le conflit militaire s’intensifie au Moyen-Orient.

« Nous avons discuté des attaques iraniennes contre le Royaume et des mesures nécessaires pour y mettre fin dans le cadre de notre accord stratégique conjoint de défense », a écrit le prince Khalid sur les réseaux sociaux tôt samedi.

« Nous avons souligné que de telles actions sapent la sécurité et la stabilité régionales et exprimé l’espoir que la partie iranienne fera preuve de sagesse et évitera toute erreur de calcul. »

Les États-Unis et Israël ont lancé une vaste campagne militaire contre l’Iran le 28 février. Depuis, l’Iran a attaqué plusieurs sites à travers le Golfe.

Téhéran a également ciblé des actifs militaires américains et israéliens à mesure que la guerre s’intensifiait, affectant la vie dans la paisible péninsule du Golfe arabe et risquant d’ébranler l’économie mondiale, alors que l’Iran continue de restreindre le transport énergétique à travers le détroit d’Ormuz.

Le ministère saoudien de la Défense a indiqué que plusieurs drones visant le champ pétrolier de Shayba dans le Rub al‑Khali (le Quart Vide) ont été abattus samedi.

Un drone a également attaqué l’ambassade des États-Unis à Riyad mardi, provoquant un incendie mineur, sans faire de blessés.

L’Arabie saoudite et le Pakistan ont signé en septembre un « Accord stratégique de défense mutuelle », stipulant que toute agression contre l’un des deux pays serait considérée comme une attaque contre les deux.

Par ailleurs, le ministre saoudien de l’Intérieur, le prince Abdulaziz ben Saud ben Naif, a reçu un appel de son homologue pakistanais Raza Naqvi, qui a condamné les attaques flagrantes visant le Royaume et a réaffirmé la solidarité de son pays face à toute menace contre la sécurité et la stabilité saoudiennes, selon l’agence de presse saoudienne. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


La guerre au Moyen-Orient déclarée «crise humanitaire majeure» par l'agence de l'ONU pour les réfugiés

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  • "Des efforts sont actuellement en cours pour fournir une assistance humanitaire vitale aux pays touchés dans toute la région", a affirmé Ayaki Ito
  • Il a également relevé qu'"il est impératif que tous les civils contraints de franchir les frontières pour trouver refuge puissent le faire en toute sécurité"

GENEVE: L'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a annoncé vendredi que la guerre au Moyen-Orient constituait une "crise humanitaire majeure" nécessitant une réponse immédiate de tous les acteurs "dans toute la région".

"La crise croissante au Moyen-Orient constitue une urgence humanitaire majeure nécessitant une réponse immédiate dans toute la région et en Asie du Sud-Est", a annoncé devant la presse à Genève Ayaki Ito, directeur de la division des urgences et du soutien aux programmes du HCR.

"La récente escalade des hostilités et des attaques au Moyen-Orient a provoqué d'importants mouvements de population, tandis que les affrontements le long de la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan ont également contraint plusieurs milliers de familles à fuir", a-t-il ajouté.

L'ensemble des régions touchées accueillent déjà près de 25 millions de personnes, qu'il s'agisse de réfugiés, de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays ou de réfugiés récemment rentrés chez eux, selon le HCR.

"Des efforts sont actuellement en cours pour fournir une assistance humanitaire vitale aux pays touchés dans toute la région", a affirmé Ayaki Ito.

Il a également relevé qu'"il est impératif que tous les civils contraints de franchir les frontières pour trouver refuge puissent le faire en toute sécurité".

Le HCR suit de près l'évolution de la situation en Iran, pays où il est présent depuis 1984 et où il affirme être la plus grande agence des Nations unies, avec des bureaux à Téhéran et cinq antennes régionales.

Le HCR dispose en Iran d'environ 110 employés et "nous continuer à fonctionner avec des capacités réduites", a indiqué Ayaki Ito.

"Notre personnel est en danger" et "les réfugiés continuent à se rendre dans nos centres d'accueil", a-t-il affirmé.

L'Iran accueillait avant la guerre au Moyen-Orient 1,65 million de réfugiés et d'autres personnes ayant besoin d'une protection internationale, selon le HCR, qui continue de leur venir en aide et de les soutenir, malgré les défis logistiques.

Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) des Nations unies, quelque 50.000 Syriens ont notamment fui du Liban vers leurs pays au cours de la semaine dernière.