Rome s'engage à renforcer ses relations avec Riyad et le CCG, assure le leader de Forza Italia

Antonio Tajani a été élu chef du parti Forza Italia en juillet de cette année (Photo, ANSA).
Antonio Tajani a été élu chef du parti Forza Italia en juillet de cette année (Photo, ANSA).
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Publié le Jeudi 05 octobre 2023

Rome s'engage à renforcer ses relations avec Riyad et le CCG, assure le leader de Forza Italia

  • Tajani qualifie l'Arabie saoudite d’«acteur central» dans une région importante sur le plan géostratégique et économique
  • Il salue la transition écologique de l’Arabie saoudite et envisage la région du Golfe comme un pôle d'énergie renouvelable pour l'Europe

ROME: L'Italie est «profondément engagée» dans le renforcement de ses relations avec l'Arabie saoudite et d'autres pays du Golfe, selon Antonio Tajani, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale du pays.

Dans une interview accordée à Arab News à la veille de sa visite en Arabie saoudite, Tajani a offert une perspective large et prometteuse des relations actuelles et futures entre l'Italie et l’Arabie saoudite.

«L'importance de la région du Golfe sur la scène mondiale, en termes géostratégiques et économiques, ne peut guère être surestimée», a-t-il souligné.

«L'Arabie saoudite est un acteur clé et ma visite à Riyad vise à réaffirmer les relations étroites qui unissent nos deux pays», a-t-il ajouté.

Les délégations saoudienne et italienne lors d’une réunion commune en mai 2023 (Capture d’écran).

Il faisait référence à une relation qui s'est épanouie ces dernières années non seulement dans les secteurs économique et commercial, mais aussi aux niveaux géopolitique et culturel.

Les relations entre les deux pays ont été établies pour la première fois en février 1932 et ont été renforcées après la création du Royaume d'Arabie saoudite par un traité commercial signé le 22 septembre de la même année.

«Notre objectif est de renforcer encore plus nos relations», a indiqué Tajani. «L'approche de l'Italie est fondée sur le dialogue et la recherche d'un consensus à tous les niveaux, sans agenda caché. Nous pouvons donc jouer un rôle dans la promotion d'un partenariat stratégique fondé sur la compréhension mutuelle, capable de produire des résultats positifs au profit des pays concernés, dans l'intérêt de la stabilité internationale.»

Selon les données de l'Observatoire de la complexité économique, l'Italie a exporté l’équivalent de plus de 4 milliards de dollars de marchandises vers l'Arabie saoudite (1 dollar américain = 0,95 euro), principalement des pièces de machines et des médicaments, en 2021. La même année, les exportations saoudiennes vers l'Italie – surtout du pétrole brut et raffiné – ont atteint 5,86 milliards de dollars. En 2022, le volume des échanges entre l'Italie et l'Arabie saoudite a atteint 11,5 milliards d'euros.

Une délégation d'entrepreneurs et d'investisseurs saoudiens, présidée par Kamel al-Munajjed, président du Conseil d'affaires italo-saoudien, a rencontré à Rome le ministre italien du Développement économique, Adolfo Urso, en mai 2023 (Photo fournie).

L'Italie et l'Arabie saoudite cherchent également à diversifier leurs relations commerciales, d'autant plus que Riyad et l'UE se détournent des combustibles fossiles dans le cadre d'une transition vers les «énergies vertes» et d'une diversification économique.

Tajani a décrit la région du Golfe arabe comme une puissance potentielle en matière d'énergie renouvelable d'une importance stratégique tant pour l'Italie que pour l'Europe, en maintenant au fil du temps sa pertinence en tant que fournisseur clé dans ce domaine.

À cet égard, il a souligné que l'UE prévoit d'importer de l'électricité propre et de l'hydrogène dans le cadre du plan REPowerEU, qui vise à mettre fin à la dépendance de l'Union à l'égard des approvisionnements en gaz de la Russie d'ici à 2030.

«Nous saluons les efforts considérables entrepris par les pays du Golfe, en particulier par l'Arabie saoudite, dans la transition verte en investissant dans l'énergie solaire et éolienne et en réorientant les combustibles fossiles vers la production d'hydrogène», a précisé Tajani.

«Je suis certain que cette stratégie vous garantira des rendements exceptionnels à long terme», a-t-il ajouté.

La capacité de la plus grande centrale solaire photovoltaïque à contrat unique du monde, qui sera située dans la ville industrielle de Sudair, dans le nord de l'Arabie saoudite, sera de 1 500 MW (Photo fournie).

Développant la question, Tajani a déclaré: «Par exemple, l'hydrogène vert produit à Neom (ville intelligente d'Arabie Saoudite) peut effectivement alimenter le marché européen en transitant par le réseau italien.

«En outre, l'Italie agit déjà en tant que fournisseur de connaissances et de technologies pour le parcours de l’Arabie saoudite vers l’objectif zéro émission nette, car de nombreuses entreprises italiennes sont engagées dans plusieurs projets énergétiques avec des acteurs saoudiens de l'énergie, à commencer par Aramco et ACWA Power», a-t-il signalé.

Le 4 septembre, ACWA Power a signé des accords avec six entreprises italiennes, dont la société énergétique Eni, le fabricant d'additifs Italmatch Chemicals, le fournisseur de solutions industrielles Industrie De Nora et la société de gestion des déchets A2A. Les accords, finalisés lors du forum d'investissement italo-saoudien à Milan, ont renforcé la collaboration dans les domaines de l'hydrogène vert, du dessalement de l'eau et de la recherche sur les technologies durables.

Le forum a permis de conclure 21 accords de coopération dans divers secteurs, de l'énergie propre aux soins de santé en passant par l'immobilier et la gestion des déchets. Plus de 1 000 entreprises ont participé au forum, qui faisait suite au précédent forum organisé à Riyad l'année dernière.

«L'Italie n'est que l'un des 20 premiers investisseurs en Arabie saoudite, et la valeur de nos échanges bilatéraux non pétroliers ne s'élève qu'à 1,4 milliard de dollars, ce qui signifie que nous sommes loin d'atteindre le plein potentiel de notre partenariat», a déclaré Khalid al-Falih, ministre saoudien de l'Investissement, lors du forum de cette année.

Le ministre saoudien de l'Investissement, Khalid al-Falih, s'adressant au forum d'investissement italo-saoudien à Milan, en Italie, le 4 septembre 2023 (Photo fournie).

Tajani a mentionné que le forum d'investissement italo-saoudien a été couronné de succès en partie parce que «de nombreuses entreprises italiennes ont pris connaissance des opportunités tangibles disponibles dans le cadre de la Vision saoudienne 2030, à la fois en termes des prochains appels d'offres dans le cadre de mégaprojets et de giga-projets, et en termes d'incitations pour les investissements industriels directs».

Avec plus de 150 entreprises italiennes détenant actuellement des licences d'investissement étranger en Arabie saoudite, la coopération économique entre les deux pays pourrait être bien plus importante.

Tajani a déclaré que l'Italie peut contribuer aux mégaprojets et aux giga-projets «en raison de son savoir-faire et de son expertise universellement reconnus dans les secteurs sur lesquels les autorités saoudiennes se concentrent, tels que la nouvelle mobilité, le nouveau design urbain et architectural, les nouvelles zones résidentielles et les nouvelles stations touristiques».

Le ministre saoudien de la Culture, le prince Bader ben Abdallah ben Farhane (à droite), et son homologue italien, Gennaro Sangiuliano, lors d'une cérémonie à Venise le 19 mai 2023 (Photo, X : @mocsaudi _en).

Pour faire bonne mesure, il a ajouté: «Nous pourrions collaborer avec l’Arabie saoudite pour tirer le meilleur parti du lien entre tourisme et patrimoine historique. Nous coopérons déjà pour le développement des sites d'AlUla et de Diriyah, classifiés par l’Unesco, ainsi que de Dumat al-Jandal, où l'Italie mène une importante mission archéologique depuis deux décennies.»

L'institut de conservation italien Centro Conservazione e Restauro «La Venaria Reale» s'est associé cette année à la Commission royale pour AlUla. Douze professionnels saoudiens participeront à des ateliers à Turin, dans le nord de l'Italie, et sur le site du patrimoine culturel saoudien à AlUla.

L'année dernière, l'Italie figurait parmi les cinq premiers pays d'origine des touristes en Arabie saoudite. Au cours du premier semestre de 2022, environ 1 500 Italiens se sont rendus dans le Royaume.

Rome a accueilli le Saudi Village à la fin du mois de septembre de cette année, donnant aux Italiens l'occasion, dans leur propre capitale, de découvrir la culture, le patrimoine, la gastronomie et les attractions touristiques de l’Arabie saoudite. Organisé par l'ambassade saoudienne en Italie, l'événement s'est tenu à la Villa Borghèse, le parc historique situé au cœur de la capitale italienne, avec des attractions pour les adultes et les enfants.

Plusieurs entreprises italiennes et saoudiennes étaient représentées à l'événement, ainsi que des représentants des ministères saoudiens de l'Investissement, des Sports et de l'Éducation, de l'Autorité saoudienne du tourisme et de la Commission royale pour AlUla.

Les Italiens ont eu un aperçu de la culture, du patrimoine, de la gastronomie et des attractions touristiques de l'Arabie saoudite lors de l’évènement du Saudi Village à Rome à la fin du mois dernier (Photo, X : @KSAembassyIT).

L'Italie est en quête des investissements du Golfe et de l'Arabie saoudite dans le fonds stratégique «Made in Italy», destiné à stimuler les chaînes d'approvisionnement essentielles. Faisant référence à ce fonds, Tajani a indiqué qu'il constituerait «un investissement sûr et rentable pour les fonds souverains du Golfe, tels que le Fonds d'investissement public saoudien (PIF), étant donné qu'il est également conforme à leurs stratégies à long terme».

Tajani a également indiqué que l'Italie a lancé une série d'expositions itinérantes pour présenter ses industries manufacturières et créatives à l'étranger, en soulignant leurs liens avec le territoire et le savoir-faire locaux.

«Le "Made in Italy" ne se limite pas aux trois secteurs à savoir la mode, l'alimentation et l'ameublement. En fait, l'Italie est le deuxième pays manufacturier d'Europe, un leader dans les secteurs à haute valeur ajoutée, tels que la mécanique, l'électronique et les produits pharmaceutiques», a expliqué Tajani.

«C'est la combinaison de la tradition et de l'innovation qui rend l'Italie capable de fabriquer des produits de plus en plus appréciés sur les marchés internationaux. Dans ce contexte, nous souhaitons développer notre partenariat économique et commercial avec des pays comme l'Arabie saoudite, qui apprécient la valeur du savoir-faire, de l'artisanat et de la beauté de l’Italie.»

Il a cité Ferrari et Maserati comme exemples de deux «marques "Made in Italy" très connues et choisies dans le monde entier non seulement pour leur qualité, leur design et leur fonctionnalité, mais aussi pour le patrimoine culturel riche et diversifié qu'elles incarnent».

Si l'Italie est à la recherche d'investissements stratégiques en provenance d'Arabie saoudite, elle cherche également des partenaires de coopération économique au-delà du Golfe, bien que l'appartenance à des blocs économiques internationaux comporte des défis et des avantages.

L'Italie a récemment remis en question son rôle continu dans l'initiative chinoise Belt and Road (La ceinture et la route), tout en acceptant de rejoindre le corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe, ou IMEC, prévu à la mi-septembre.

«Lors de mon récent voyage à Pékin, j'ai confirmé l'intérêt de l'Italie à développer encore davantage notre coopération sur de nombreux fronts. En même temps, j'ai dit à mes homologues chinois que l'Italie ne bénéficiait pas de son adhésion à l’initiative “Belt and Road”» a-t-il affirmé.

Selon Tajani, il existe d'autres cadres bilatéraux qui pourraient contribuer à développer et à renforcer les relations de l'Italie avec la Chine.

En ce qui concerne l'avenir, il a déclaré: «Notre gouvernement souhaite créer des relations plus étroites avec des partenaires clés au Moyen-Orient, tels que l'Arabie saoudite et l'Inde. Notre décision de participer à l'IMEC va exactement dans ce sens.»

L'Italie recherche également des partenaires dans la lutte contre la migration clandestine, selon Tajani. «En juillet, nous avons organisé à Rome la Conférence internationale sur le développement et les migrations avec des partenaires clés d'Afrique, de la Méditerranée et du Golfe», a-t-il indiqué.

«À cette occasion, nous avons lancé le processus de Rome afin d'établir un dialogue inclusif et global pour mettre en place une vaste coopération visant à s'attaquer aux causes profondes des migrations massives, à lutter contre la traite des êtres humains et l'immigration clandestine, à régir les flux migratoires légaux et à soutenir les réfugiés et les personnes déplacées», a-t-il souligné.

Tajani a salué la participation du prince Abdelaziz ben Saoud ben Naif, ministre de l'Intérieur de l'Arabie saoudite, au sommet. «Nous sommes reconnaissants à votre pays pour sa précieuse contribution à la réussite du sommet. L'Italie et l'Arabie saoudite partagent le même point de vue sur la lutte contre la traite des êtres humains et les réseaux criminels actifs dans ce domaine», a déclaré Tajani.

Près d'un an s'est écoulé depuis la formation d'un nouveau gouvernement italien, qui a été marqué par le rétablissement des relations diplomatiques internationales et la relance des relations avec le monde arabe. Tajani a qualifié de «remarquables» les progrès réalisés par le gouvernement actuel.

«Notre principal objectif était de renforcer notre partenariat avec Washington, de rendre notre voix plus pertinente dans l'arène européenne et d'insuffler une nouvelle énergie dans nos relations avec les acteurs clés de la Méditerranée, du Golfe et de l'Afrique», a-t-il signalé.

La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, et le Premier ministre libyen, Abdelhamid Dbeibah, basé à Tripoli, tiennent une conférence de presse commune à Tripoli, le 28 janvier 2023 (Photo, AFP).

Le gouvernement italien a déployé des efforts considérables dans le but d’améliorer et d’élargir ses relations avec les pays arabes. La Première ministre, Giorgia Meloni, a rencontré le roi Abdallah II de Jordanie et le président des Émirats arabes unis, le Cheikh Mohammed ben Zayed al-Nahyan. Meloni s'est également rendue à Tripoli, la capitale de la Libye, en janvier de cette année, et s'est récemment entretenue par téléphone avec le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane.

«En nous appuyant sur le travail que nous avons accompli, nous continuerons à créer de nouveaux partenariats visant à forger les alliances nécessaires afin de relever les défis de notre époque», a révélé Tajani.

Étant donné que l'Italie change fréquemment de gouvernement, Tajani pense-t-il que l'intense activité diplomatique durera plus longtemps que le gouvernement actuel?

Tajani a répondu: «Je suis convaincu que ce gouvernement arrivera au terme de son mandat de cinq ans. La majorité au Parlement est forte et le peuple italien nous fait confiance.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Israël progresse en profondeur au Liban, réunion "constructive" à Washington

Une trêve destinée à mettre fin aux combats entre Israël et le Hezbollah soutenu par Téhéran est officiellement entrée en vigueur le 17 avril, mais elle n’a jamais été respectée. (AFP)
Une trêve destinée à mettre fin aux combats entre Israël et le Hezbollah soutenu par Téhéran est officiellement entrée en vigueur le 17 avril, mais elle n’a jamais été respectée. (AFP)
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  • Israël affirme avoir avancé plus profondément dans le sud du Liban et poursuit ses frappes contre le Hezbollah
  • Des discussions militaires israélo-libanaises jugées « constructives » ont eu lieu à Washington, malgré la poursuite des combats

BEYROUTH: Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé vendredi que son armée avait progressé encore plus en profondeur au Liban parallèlement à ses frappes intensives, au moment où les deux pays tenaient à Washington des discussions militaires jugées "constructives" par les Etats-Unis.

Israël a ordonné l'évacuation de villages et poursuivi ses frappes sur plus de 30 localités dans le sud, certaines proches de la ville millénaire de Tyr, affirmant viser le Hezbollah pro-iranien.

Ces frappes ont fait 11 morts dans trois localités de la région de Tyr, dont un secouriste et un ressortissant syrien, et blessé huit autres, dont un autre secouriste, selon le ministère de la Santé, ce qui porte à au moins 121 le nombre de secouristes tués depuis le début de la guerre le 2 mars.

Le Hezbollah a revendiqué pour sa part plusieurs attaques contre des cibles militaires en Israël, près de la frontière avec le Liban.

Dans une série de communiqués, le mouvement islamiste a affirmé avoir visé à l'aide de drones des rassemblements de soldats près d'une localité du nord d'Israël, un autre dans un camp militaire en Galilée ainsi qu'une caserne.

Il a également dit attaquer des troupes israéliennes qui tentent d'avancer au niveau de la région de la forteresse médiévale de Beaufort, près de la ville libanaise de Nabatiyé.

Samedi à l'aube, l'armée israélienne a indiqué avoir détruit plusieurs projectiles lancés contre son territoire depuis le sud du Liban, mais que l'un d'entre eux était tombé sans avoir été intercepté, sans faire de blessé.

Ces affrontements interviennent alors que, sur l'autre front de la guerre au Moyen-Orient, l'incertitude règne sur l'issue des négociations entre les Etats-Unis et l'Iran, soutien du Hezbollah.

A Washington, responsables militaires israéliens et libanais ont tenu vendredi une réunion qualifiée de "constructive" par le Pentagone.

"Nous avons tenu des discussions constructives entre militaires qui serviront de base au volet politique mené par le département d'Etat la semaine prochaine", a écrit sur le réseau social X le numéro deux du Pentagone, Elbridge Colby.

Liban et Israël ont entamé en avril sous l'égide des Etats-Unis des négociations pour parvenir à un accord de sécurité. Une nouvelle session est prévue les 2 et 3 juin à Washington.

- "Jamais imaginé vivre cela" -

Le Hezbollah est opposé à ces pourparlers et son bloc parlementaire a à nouveau appelé jeudi le Liban à s'en retirer.

Vendredi, des centaines de personnes ont afflué vers les quartiers de la vieille ville à Tyr, un mouchoir de poche épargné par les avertissements israéliens, beaucoup dormant dans leurs voitures ou des tentes, selon les correspondants de l'AFP.

"J'ai aménagé une douche dans les WC, et il y a des matelas par terre" pour dormir, dit Karam Amin, qui dort avec sa famille de sept personnes dans sa boutique de vêtements du quartier chrétien.

"Tyr est une ville pacifique et touristique, on n'aurait jamais imaginé vivre cela", déplore ce commerçant de 43 ans.

Depuis le début de la guerre, les frappes ont tué au Liban 3.355 personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Sur la seule semaine écoulée, 15 enfants ont été tués et 62 blessés, selon l'Unicef. Depuis le début, le 17 avril, du cessez-le-feu, jamais respecté, ils sont 55 enfants à avoir péri dans des bombardements, sur un total de 608 personnes tuées recensées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

- "Passage obligé" -

Israël a intensifié ces derniers jours son offensive terrestre et aérienne et dit considérer une grande partie du sud du Liban comme une "zone de combat". En visite dans le nord d'Israël auprès de soldats près de la frontière, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé que son armée avait "traversé le Litani", fleuve à une trentaine de kilomètres de la frontière.

Le président libanais Joseph Aoun a affirmé au chef de la diplomatie américaine Marco Rubio qu'une trêve était "le passage obligé" pour tout progrès dans les négociations.

Dans un communiqué distinct, le département d'Etat a indiqué que M. Rubio avait, lors de leur appel, "salué le courage dont fait preuve le président Aoun en poursuivant des négociations directes avec Israël", et réaffirmé que "le Hezbollah était entièrement responsable des combats en cours".

Beyrouth va "insister sur la nécessité de mettre fin aux hostilités et présentera le plan de l'armée visant à étendre l'autorité de l'Etat sur le territoire libanais", a indiqué une source militaire à l'AFP.


Le Liban et Israël au Pentagone vendredi pour des discussions militaires 

Des personnes inspectent le site d'une frappe israélienne à Tyr, au Liban, le 28 mai 2026. (Reuters)
Des personnes inspectent le site d'une frappe israélienne à Tyr, au Liban, le 28 mai 2026. (Reuters)
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  • Beyrouth "donne la priorité à l'établissement d'un cessez-le-feu", selon une source officielle
  • Les forces israéliennes ont récemment traversé le fleuve Litani, selon une source militaire libanaise.

BEYROUTH : Une réunion entre les délégations militaires libanaise et israélienne, sous l'égide des Etats-Unis, doit avoir lieu vendredi au Pentagone pour lancer un nouveau cycle de pourparlers sur la sécurité entre les deux parties.

Israël et le Hezbollah ont devancé cette réunion en intensifiant leurs opérations militaires, bien qu'à une échelle inégale. Jeudi, des frappes aériennes israéliennes ont touché la banlieue sud de Beyrouth pour la première fois depuis la prolongation de 45 jours du cessez-le-feu décidée à Washington le 15 mai sous l'égide des États-Unis, ciblant un commandant du Hezbollah.

Une source officielle libanaise a déclaré à Arab News que "les réunions militaires au ministère américain de la Défense à Washington se poursuivent comme prévu sous le parrainage et la facilitation des États-Unis".

"Le Liban donne la priorité, dans ses discussions directes avec la partie israélienne, à l'établissement d'un cessez-le-feu avant de se pencher sur des questions politiques ou de sécurité plus larges", a déclaré cette personne.

Au cours des dernières 48 heures, Israël a étendu ses opérations militaires au Sud-Liban et à la vallée de la Bekaa, forçant les habitants de Tyr et de Nabatieh à fuir, nombre d'entre eux ayant été tués alors qu'ils s'éloignaient en voiture.


Les ordres d'évacuation israéliens au Sud-Liban se sont étendus au-delà de la rivière Zahrani, à environ 40 km de la frontière sud, dans ce qu'une source militaire libanaise a déclaré être un effort "pour isoler une région entière du pays et la dépouiller de toute présence effective de l'État libanais, laissant l'État incapable de réaffirmer son autorité dans cette région, sauf aux conditions israéliennes".

Mohammed Khawaja, membre de la commission parlementaire de la défense nationale et législateur du mouvement Amal, a déclaré : "Israël cherche à tirer parti des attaques limitées de drones lancées par le Hezbollah en direction d'un certain nombre de colonies, malgré la grande disparité entre ces attaques et l'écrasante supériorité militaire d'Israël.

"Israël s'en sert pour justifier l'intensification de ses frappes sur le Sud-Liban et pour se présenter à la communauté internationale comme la victime, alors que les vraies victimes sont les habitants du Sud-Liban", a-t-il déclaré à Arab News.

Israël a affirmé avoir reçu le "feu vert des États-Unis pour mener une opération terrestre de grande envergure dans le sud du Liban, s'étendant jusqu'à la vallée de la Bekaa", sans indiquer de calendrier pour mettre fin à l'opération, a déclaré M. Khawaja.

Les négociations politiques devraient reprendre samedi, à condition que les pourparlers militaires aboutissent à un cessez-le-feu. La délégation libanaise est composée de six officiers dirigés par le général de brigade Georges Rizkallah, directeur des opérations de l'armée libanaise.

"Israël cherche à élargir la zone jaune qu'il avait précédemment désignée pour ses opérations et je pense que l'escalade militaire ne s'arrêtera pas tant qu'Israël ne s'engagera pas à respecter un cessez-le-feu", a déclaré M. Khawaja.

"Le président du Parlement, Nabih Berri, a affirmé à plusieurs reprises qu'en cas de cessez-le-feu, il serait en mesure de persuader le Hezbollah de mettre fin à ses opérations.

Passant en revue les dernières avancées israéliennes, la source militaire libanaise a déclaré : "Les forces israéliennes ont traversé le Litani et avancé vers Zawtar al-Gharbiya et Zawtar al-Sharqiya, tandis que des véhicules télécommandés ont été déployés vers Mayfadoun, une ville surplombant Nabatieh, et vers Shoukin, une autre position surélevée surplombant la ville.

"Ils poussent également vers Yahmar et Arnoun en direction du château de Beaufort (Qalaat al-Shaqif), l'une des positions les plus stratégiques de la région car elle surplombe de vastes étendues du sud, notamment le mont Rihan, la région d'Iqlim al-Tuffah, la route de Khardali, Kfar Tebnit et Ali al-Taher.

"Ces zones sont considérées comme étant sous le contrôle du Hezbollah et contiennent ses positions militaires. Toutes ces zones sont des collines surélevées qui surplombent la rivière Awali et constituent la troisième ligne de défense du Hezbollah. Elles ne peuvent être prises que par une manœuvre de flanc à partir de la vallée de la Bekaa occidentale, qui encerclerait le sud et l'isolerait complètement de la Bekaa."

Fadi Karam, législateur du parti des Forces libanaises et membre de la commission parlementaire de la défense, a déclaré que la guerre dans le sud visait à faire échouer les négociations.

"Nous devons nous rappeler que le Hezbollah, le mandataire de l'Iran qui s'oppose aux pourparlers israélo-libanais, est la partie qui a déclenché ce conflit. L'Iran veut utiliser le Liban comme monnaie d'échange dans ses négociations avec les États-Unis", a-t-il déclaré à Arab News.

"Il n'est pas dans l'intérêt d'Israël que le Hezbollah utilise les négociations comme couverture pour des attaques contre lui. Israël sépare les développements sur le terrain de ce qui se passe à la table des négociations, tandis que l'État et le peuple libanais restent coincés entre les intérêts des gardiens de la révolution et l'agression israélienne."

Lors des réunions du Pentagone, la partie libanaise devrait se concentrer sur la garantie du cessez-le-feu avant d'entamer toute discussion sur les accords de sécurité, compte tenu de l'escalade en cours sur le terrain.

Le commandement de l'armée libanaise a déclaré que "le fait d'aborder les accords de sécurité avant la conclusion d'un cessez-le-feu donnerait pratiquement à Tel-Aviv l'occasion d'imposer ses conditions".

La source militaire s'est inquiétée du fait qu'"Israël n'acceptera probablement pas de restreindre ses opérations militaires dans le sud du Liban et insistera pour préserver la liberté de mouvement sous le prétexte d'empêcher le Hezbollah de se regrouper ou de reconstituer ses capacités".

La source officielle libanaise a déclaré que "lors des contacts intensifs entre le président Joseph Aoun et les États-Unis, Washington a réaffirmé que Beyrouth, la banlieue sud, les infrastructures, les institutions de l'État et l'aéroport international de Beyrouth resteraient épargnés par la nouvelle escalade israélienne, à l'exception des opérations d'assassinat visant les dirigeants du Hezbollah".

La délégation militaire libanaise est une équipe technique de négociation qui n'était pas prévue à l'origine dans les pourparlers. Selon la source officielle, elle agit sur instruction de M. Aoun selon laquelle "la priorité absolue reste d'obtenir un cessez-le-feu et de mettre un terme à la destruction des villes et villages du sud, car le Liban ne peut pas négocier sous le feu alors qu'Israël fait fi de toutes les contraintes".

L'ambassadeur du Liban aux États-Unis, Simon Karam, dirige la délégation en qualité de diplomate et de militaire, ce qui témoigne d'une approche unifiée des négociations en matière de politique et de sécurité.

La source officielle a déclaré que "toute tentative de soulever la question du placement des armes sous le contrôle de l'État avant d'assurer le retrait israélien pourrait déclencher une crise politique intérieure, avec des répercussions potentielles sur la sécurité, car le gouvernement libanais cherche à traiter la question dans le cadre d'un État souverain global plutôt que dans le cadre de la sécurité israélienne".

Mehiedine Chehimi, professeur de droit international et de politique étrangère à l'École supérieure de commerce de Paris, a déclaré : "Il faut distinguer deux types de trêve.

"La première est l'accord actuel qui empêche Israël de cibler les institutions officielles et la capitale, à l'exception des assassinats. Cette condition a été respectée par Israël depuis l'accord de cessez-le-feu de 2024. La seconde est une trêve visant à arrêter les hostilités au Sud-Liban, qui est rejetée par Israël parce qu'elle donnerait au Hezbollah l'occasion de reconstruire ses capacités.

"Cela montre que les États-Unis et Israël traitent différemment l'État libanais et le Hezbollah.

"L'État libanais tente, par le biais de négociations, de restaurer sa souveraineté par des pourparlers directs et de s'assurer que le Liban n'est pas utilisé comme monnaie d'échange entre les mains de ceux qui négocient en son nom", a-t-il déclaré à Arab News.

Il a qualifié la poursuite des négociations libanaises malgré le rejet du Hezbollah de "négociations difficiles, mais elles se poursuivront malgré la situation militaire actuelle, qui devrait s'intensifier".

"Les ambitions et la criminalité d'Israël ne connaissent pas de limites. La bonne chose est que la partie américaine a tracé des frontières pour Israël", a déclaré M. Chehimi.

"D'autre part, le Hezbollah a tout perdu et n'est plus le parti que nous connaissions avant la guerre. Il est devenu une branche des Gardiens de la Révolution et Naim Qassem n'est que son porte-parole, exécutant les ordres des Gardiens de la Révolution. C'est là que réside le danger, car la prise de décision est désormais entre les mains de Téhéran.

"Le Hezbollah tente actuellement de prouver sa supériorité à l'intérieur du Liban afin de conserver le Liban comme carte de pression au service des intérêts iraniens. Le parti ne tient compte ni de son environnement, ni de son peuple, ni de ses pertes", a-t-il déclaré.

"Pendant ce temps, les Israéliens poursuivent l'escalade de leurs crimes parce qu'ils ne sont plus convaincus par les solutions qui ont été essayées précédemment. Aujourd'hui, ils veulent écraser le Hezbollah. Pris entre ces deux dangers, le Liban s'enfonce dans le chaos".

Selon M. Chehimi, pour sortir de l'impasse, l'Etat libanais doit "bénéficier de la médiation d'Islamabad afin de poursuivre sa voie de négociations directes avec Israël, tout en exerçant des pressions par le biais de la communauté internationale sur les parties israélienne et iranienne".

Plus de 3 270 personnes, dont un grand nombre de femmes et d'enfants, ont été tuées et près de 10 000 blessées depuis le début de la guerre, le 2 mars. Les attaques ont visé 16 hôpitaux.

Abdul Rahman Bizri, député de la ville de Sidon, a mis en garde contre les "répercussions sociales de l'escalade militaire dans le sud et le danger que représente la forte division politique".

"Le gouvernement libanais doit contenir les répercussions sociales et économiques de la guerre", a-t-il déclaré à Arab News.

"Un grand nombre de personnes déplacées cherchent refuge à Sidon et ont besoin d'un véritable plan. La densité de population à Sidon a dépassé le triple de son taux normal, ce qui affecte directement la vie quotidienne dans la ville."

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a menacé jeudi de venger la mort du soldat Rotem Yanai, 20 ans, qui a été "tué au cours d'une activité opérationnelle dans le nord d'Israël", affirmant que "le Hezbollah a payé, paie et continuera de payer un lourd tribut pour ses attaques contre Israël et ses citoyens".

Un certain nombre de membres du personnel israélien ont été tués au Liban depuis le début du cessez-le-feu le 17 avril. Le porte-parole du gouvernement israélien a déclaré que 24 d'entre eux avaient été tués lors des récentes attaques du Hezbollah à l'aide de drones explosifs.


Le Liban dénonce des attaques israéliennes près de ses sites patrimoniaux

 Les autorités libanaises ont dénoncé jeudi les attaques israéliennes menées à proximité de sites historiques et de monuments classés par l'Unesco dans le sud du pays. (AFP)
Les autorités libanaises ont dénoncé jeudi les attaques israéliennes menées à proximité de sites historiques et de monuments classés par l'Unesco dans le sud du pays. (AFP)
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  • Le ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé, "a multiplié les contacts avec ses homologues à travers le monde et les organisations internationales, afin d'attirer leur attention sur les dégâts considérables causés aux sites archéologiques"
  • M. Salamé a notamment évoqué la ville antique de Tyr et le château de Beaufort, situé dans le district de Nabatiyé, soulignant qu'"un grand nombre de ces sites bénéficient d'une protection renforcée de la part de l'Unesco"

BEYROUTH: Les autorités libanaises ont dénoncé jeudi les attaques israéliennes menées à proximité de sites historiques et de monuments classés par l'Unesco dans le sud du pays.

Le ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé, "a multiplié les contacts avec ses homologues à travers le monde et les organisations internationales compétentes, afin d'attirer leur attention sur les dégâts considérables causés aux sites archéologiques et aux quartiers patrimoniaux" dans le sud du pays, a indiqué l'Agence nationale d'information libanaise (Ani).

M. Salamé a notamment évoqué la ville antique de Tyr et le château de Beaufort, situé dans le district de Nabatiyé, soulignant qu'"un grand nombre de ces sites bénéficient d'une protection renforcée de la part de l'Unesco, ce qui rend impératif de les préserver de toute attaque aérienne ou d'artillerie israélienne".

Le Premier ministre Nawaf Salam a déclaré sur X que "rien ne saurait justifier les attaques en cours contre les régions de Tyr et de Nabatiyé, ni la destruction de leurs monuments historiques".

L'armée israélienne a bombardé ces derniers jours la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban. Jeudi, elle a averti qu'elle prendrait pour cible un bâtiment à Tyr, qui, selon une carte jointe, est située tout près de la zone archéologique de la ville.

Environ deux heures après cet avertissement, des images de l'AFP ont montré une boule de feu suivie d'un panache de fumée, alors qu'une frappe touchait le quartier visé.

Mercredi, un correspondant de l'AFP a vu de la fumée s'élever près du château de Beaufort, une forteresse datant des Croisades, après ce qui semblait être des tirs d'artillerie.

La municipalité d'Arnoun, située dans le sud du Liban et abritant ce château, a publié un communiqué sur Facebook dans lequel elle "condamne avec la plus grande fermeté l'attaque qui a visé" le site, imputant la responsabilité aux bombardements israéliens et exhortant les autorités à le protéger "contre de nouveaux dommages".

Les forces israéliennes ont utilisé le château de Beaufort comme base pendant leur occupation du sud du Liban, qui a duré deux décennies et s'est terminée en 2000.

En novembre 2024, lors d'une précédente guerre entre Israël et le Hezbollah, l'Unesco avait accordé une "protection renforcée provisoire" à 34 sites patrimoniaux situés au Liban, dont Tyr et le château de Beaufort.

En avril dernier, l'Unesco a ajouté 39 autres sites libanais à cette liste.