Proche-Orient: La France insoumise esseulée, la Nupes fragilisée

Une photo montre une rue vide dans le centre de Jérusalem le 9 octobre 2023, alors que les combats se poursuivent entre les forces israéliennes et le groupe militant palestinien Hamas. (AFP).
Une photo montre une rue vide dans le centre de Jérusalem le 9 octobre 2023, alors que les combats se poursuivent entre les forces israéliennes et le groupe militant palestinien Hamas. (AFP).
Short Url
Publié le Lundi 09 octobre 2023

Proche-Orient: La France insoumise esseulée, la Nupes fragilisée

  • Depuis leur communiqué initial, qui avait établi un parallèle entre le Hamas et la politique israélienne, la position de LFI s'est légèrement infléchie
  • Dans un contexte extrêmement tendu, où chaque mot est pesé, le coordinateur du mouvement Manuel Bompard n'a toujours pas employé lundi le terme de «terroriste» à l'encontre du mouvement islamiste palestinien

PARIS : La Nupes survivra-t-elle aux dissensions internes exacerbées par la flambée de violences au Proche-Orient ? En renvoyant dos à dos le Hamas et le gouvernement israélien, La France insoumise s’est plus que jamais aliénée ses partenaires de gauche, en premier lieu les socialistes "dégoûtés" ou qui demandent des comptes.

Le patron du PS Olivier Faure, qui a toujours défendu l'union des partis de gauche, a estimé lundi matin que les déclarations de LFI "laisseront des traces", exigeant des "explications".

La veille, le député Jérôme Guedj (PS), autre grand avocat jusqu'ici de la Nupes, s'est dit "dégoûté" par les prises de position des Insoumis. Pire, il a jeté un pavé dans la marre, posant la question du maintien de son parti au sein de cette coalition.

L'aile anti-Nupes du parti, minoritaire mais influente, donne aussi naturellement de la voix.

"Il est temps de mettre un terme à la mésalliance avec Jean-Luc Mélenchon qui n'a rien d'une union", a déclaré Anne Hidalgo, farouche opposante à LFI.

Une déclaration "clientéliste" a rétorqué Jean-Luc Mélenchon à la maire de Paris. "Confondre le Jourdain et la Seine est absurde. La guerre à LFI plutôt que la lutte pour la paix, voilà la honte".

Depuis leur communiqué initial, qui avait établi un parallèle entre le Hamas et la politique israélienne, la position de LFI s'est légèrement infléchie.

Dans un contexte extrêmement tendu, où chaque mot est pesé, le coordinateur du mouvement Manuel Bompard n'a toujours pas employé lundi le terme de "terroriste" à l'encontre du mouvement islamiste palestinien. Mais il a évoqué des "crimes de guerre" commis par les deux parties.

"C'est bien qu'il mette ces mots-là", note Cyrielle Chatelain, cheffe du groupe EELV à l'Assemblée, qui parle elle d'"actes terroristes inqualifiables et injustifiables".

Comme beaucoup d'élus, elle refuse de se "regarder le nombril" et de s'avancer sur l'avenir de la Nupes, sujet trop dérisoire par rapport à la gravité de la situation au Proche-Orient.

L'alliance de gauche "fonctionne à l'Assemblée", estime-t-elle. "Parce qu'on a un programme clair, on sait ce qu'on défend ensemble. Des points de désaccord ont été actés auparavant, notamment sur les questions internationales", relève l'élue écologiste à l'AFP.

Pas le sujet

"Ce que pensent MM. Guedj ou Faure de la question stratégique de la Nupes ne m'intéresse absolument pas. C'est dramatique de parler de ça aujourd'hui, ce n'est pas le sujet", balaie pour sa part le député apparenté LFI Aymeric Caron.

"La Nupes est un instrument, ce n'est pas une fin en soi. Je suis pro-Nupes mais ce n'est pas le Graal", rappelle l'élu de Paris, qui se dit "engagé depuis de nombreuses années pour le respect des droits des Palestiniens".

Concernant les premières déclarations du groupe LFI et le changement syntaxique qui s'en est suivi, Aymeric Caron parle d'"un communiqué équilibré avec tous les éléments dont on disposait à ce moment-là".

Depuis, "on sait que des crimes de guerre ont été commis par le Hamas, il est de notre devoir de les dénoncer. Personne dans notre groupe ne cautionne ce genre de choses", précise-t-il.

Côté communistes, même si Fabien Roussel a bien évoqué une attaque "terroriste", le député du Nord s'est pour une fois gardé de porter des coups à LFI, avec qui il entretient pourtant une relation très difficile.

"Se servir de tout ça pour instruire le procès de LFI, ce n'est pas à la hauteur, même si je ne sais pas ce qui leur est passé par la tête", soupire un responsable communiste, reconnaissant qu'il existe "historiquement des similitudes" sur la question palestinienne entre le PCF et LFI.

Chez les communistes, la question de l'avenir de la Nupes ne semble même plus se poser: on a déjà basculé dans l'après.

"La gauche sous hégémonie LFI c'est l'échec assuré. Contrairement à Guedj, on n'a pas attendu ces évènements pour défendre cette option", indique le responsable communiste.

La fracture devrait être visible lundi soir lors du rassemblement à l'initiative du Crif, en solidarité avec Israël.

PS, PCF et EELV ont indiqué qu'ils y seraient représentés, à l'inverse de LFI.


Liban: la France triple son soutien humanitaire et envoie 60 tonnes d'aide

Photo d'archives du 1er novembre 2024. (AFP)
Photo d'archives du 1er novembre 2024. (AFP)
Short Url
  • "Nous avons décidé de tripler le volume de l'aide qui arrivera cette semaine. Cette aide atteindra 60 tonnes d'aide humanitaire à destination des Libanais, avec des kits sanitaires, des kits d'hygiène, des matelas, des lampes"
  • Ce soutien s'effectue "grâce au soutien de la Fondation CMA CGM" de l'armateur français

PARIS: La France s'apprête à tripler son soutien humanitaire au Liban, en y dépêchant jeudi 60 tonnes d'aide pour les réfugiés quittant le sud du pays où Israël mène des opérations militaires contre le Hezbollah pro-iranien, a annoncé mercredi le chef de la diplomatie française

"Nous avons décidé de tripler le volume de l'aide qui arrivera cette semaine. Cette aide atteindra 60 tonnes d'aide humanitaire à destination des Libanais, avec des kits sanitaires, des kits d'hygiène, des matelas, des lampes, mais aussi un poste sanitaire mobile", a déclaré Jean-Noël Barrot sur TF1.

Ce soutien s'effectue "grâce au soutien de la Fondation CMA CGM" de l'armateur français, selon lui.

Paris s'apprête par ailleurs à fournir "plusieurs dizaines" de véhicules de l'avant-blindé (VAB) aux forces armées libanaises, "dont nous considérons qu'elles sont seules légitimes à assurer la sécurité du Liban", a rappelé le ministre, qui a à nouveau appelé le Hezbollah à "cesser ses attaques sur Israël" et "à rendre ses armes aux autorités libanaises".

Quelque 760.000 personnes ont été déplacées depuis le début de la campagne de frappes, lancée en réponse à des tirs du Hezbollah, selon des chiffres publiés mardi par le gouvernement libanais.

Depuis que le Hezbollah a entraîné le pays dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars en lançant des missiles sur Israël, près de 500 personnes ont été tuées.


Le Hezbollah doit se désarmer, Israël s'abstenir d'une opération d'envergure, selon Paris

 La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure". (AFP)
 La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure". (AFP)
Short Url
  • La France, qui devait accueillir le 5 mars une conférence internationale d'aide aux forces armées libanaises, réitère "son plein soutien aux autorités libanaises"
  • Condamnant "le choix irresponsable" fait par le groupe chiite pro-iranien de se joindre aux attaques iraniennes contre Israël depuis le 1er mars, Paris appelle "le Hezbollah à mettre fin à ses opérations"

PARIS: La France a exprimé mardi, à la veille d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, "sa vive préoccupation" face à l'escalade de violences au Liban, exhortant le Hezbollah "à remettre les armes" et Israël "à s'abstenir de toute intervention d'envergure".

Condamnant "le choix irresponsable" fait par le groupe chiite pro-iranien de se joindre aux attaques iraniennes contre Israël depuis le 1er mars, Paris appelle "le Hezbollah à mettre fin à ses opérations", selon une déclaration du porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

Elle appelle en outre Israël "à s'abstenir de toute intervention terrestre ou d'envergure durable au Liban, dont l'intégrité territoriale et la souveraineté doivent être respectées".

La France, qui devait accueillir le 5 mars une conférence internationale d'aide aux forces armées libanaises, réitère "son plein soutien aux autorités libanaises", saluant leur décision le 2 mars dernier d'interdire les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah.

La conférence du 5 mars, annulée en raison du déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, était destinée à lever des fonds pour renforcer les forces de sécurité intérieures et l'armée libanaise, qui manquent cruellement de moyens financiers et d'équipements.

Cette aide était jugée fondamentale alors que l'armée libanaise était engagée dans un processus de désarmement du Hezbollah.

L'armée libanaise avait indiqué en janvier avoir achevé la première phase de ce plan de désarmement, couvrant la région située entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord. La deuxième phase, concernant une zone située au nord du fleuve, devait commencer.

En déplacement au Liban début février, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot avait jugé positif le processus de désarmement, estimant qu'au sud du fleuve Litani, il n'y avait plus de menaces vers le nord d'Israël.

Il avait aussi demandé à l'Iran de cesser d'être une force déstabilisatrice au Liban alors qu'Israël suspectait le Hezbollah de se réarmer avec l'aide de Téhéran.

Les autorités israéliennes ont constamment jugé insuffisants les progrès dans le désarmement du groupe pro-iranien qui a fini par entraîner le Liban dans la guerre début mars.

 


Moyen-Orient: Macron se pose en leader de la défense européenne, faute de leviers sur le conflit

Le président français Emmanuel Macron arrive pour s’adresser aux médias lors de sa visite du porte-avions Charles de Gaulle à Chypre, le 9 mars 2026. (Reuters)
Le président français Emmanuel Macron arrive pour s’adresser aux médias lors de sa visite du porte-avions Charles de Gaulle à Chypre, le 9 mars 2026. (Reuters)
Short Url
  • Le président Emmanuel Macron se rend à Chypre et à bord du porte-avions Charles de Gaulle pour affirmer le rôle de la France comme leader de la défense européenne face à l’escalade au Moyen-Orient
  • Malgré cette démonstration de force et des échanges avec Massoud Pezeshkian, Donald Trump et Benjamin Netanyahu, l’influence diplomatique de Paris reste limitée et les appels à la désescalade n’ont pas encore produit d’effet

A bord du porte-avions Charles de Gaulle: Face au fait accompli de la guerre au Moyen-Orient, et sans grand levier pour influer sur son cours, le président français Emmanuel Macron, en déplacement lundi à Chypre et sur le porte-avions Charles de Gaulle, tente de reprendre l'initiative en traçant le sillon d'une France leader en matière de défense européenne.

Il a fait une visite express à Paphos, sur l'île méditerranéenne touchée par un drone de fabrication iranienne après le début du conflit déclenché le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran.

Message central: "lorsque Chypre est attaquée, c'est l'Europe qui est attaquée". Et la France répond présent pour la protéger, comme elle le fait pour ses partenaires du Golfe visés par des représailles iraniennes. Il a d'ailleurs évoqué, sans plus de précisions, de nouvelles "interceptions" de frappes qui se sont poursuivies ces derniers jours.

Dans la foulée, détour par le porte-avions Charles de Gaulle, désormais au large de la Crète, en Grèce, dans le cadre d'un important déploiement militaire décidé par Paris face à l'embrasement moyen-oriental.

"Ce qui est très important, et habile, dans ces déplacements, c'est qu'ils lui permettent de reprendre l'initiative alors que, depuis le début de la guerre, tous les Européens étaient placés devant le fait accompli", dit à l'AFP Cyrille Bret, chercheur à l'Institut Montaigne.

- "Montrer les muscles" -

"La position d'Emmanuel Macron est vraiment de montrer les muscles", en déployant "un effort capacitaire considérable", ajoute-t-il.

Le Charles de Gaulle est en Méditerranée orientale dans le cadre d'un important dispositif aéronaval appelé aussi à mobiliser huit frégates et deux portes-hélicoptères amphibies dans une vaste zone incluant également la mer Rouge et le détroit d'Ormuz dans le Golfe.

Même si les autorités françaises martèlent qu'il s'agit d'une posture strictement "défensive", et pas d'une participation directe au conflit, "l'engagement d'un groupe aéronaval d'une telle ampleur, c'est un vrai risque", estime cet expert: "ça rend la France encore plus une cible dans la région".

En étant le premier dirigeant à se rendre à Chypre, et en ayant dépêché ces moyens militaires en coordination avec plusieurs pays, dont l'Italie et l'Espagne, Emmanuel Macron tente de conforter son rôle de leader de la défense européenne, une semaine après avoir mis la France au centre du jeu en proposant une dissuasion nucléaire "avancée" au service de l'Europe.

"Votre présence aujourd'hui démontre la puissance de la France, celle d'une puissance d'équilibre, de paix aux côtés de ses amis", a-t-il lancé lundi aux marins du Charles de Gaulle.

"Celle aussi d'une puissance européenne qui sait organiser autour d'elle et orchestrer la présence de plusieurs autres européens", a ajouté celui qui plaide depuis plusieurs années pour une autonomie stratégique du Vieux Continent.

- "Où est la voix de la France?" -

Par contraste, le Royaume-Uni est critiqué pour son déploiement plus poussif, alors même que c'est une base britannique qui a été touchée à Chypre.

"Pour l'instant la réaction de la France est plutôt la bonne", a d'ailleurs reconnu l'un de ses principaux opposants, le président du Rassemblement national (extrême droite) Jordan Bardella.

Sur le front diplomatique, toutefois, d'autres voix critiquent un certain embarras du chef de l'Etat, qui semble vouloir ménager les Etats-Unis et Israël, sans pour autant approuver leur opération ni y participer plus directement.

"Où est la voix de l'Europe, où est la voix de la France?", a interrogé dimanche, sur la même chaîne, l'ex-Premier ministre Dominique de Villepin, qui prépare une candidature à la présidentielle de 2027. "C'est Pedro Sanchez qui sauve l'honneur de l'Europe", a-t-il estimé, saluant l'opposition plus résolue à cette guerre de la part du chef du gouvernement espagnol.

Si Emmanuel Macron a été dimanche le premier dirigeant occidental à s'entretenir au téléphone avec son homologue iranien Massoud Pezeshkian depuis le début du conflit, et s'il a parlé à plusieurs reprises à Donald Trump et au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, ses leviers diplomatiques sont limités.

Pour l'instant, ses appels à la désescalade sont restés sans effet. Il n'a pu convaincre Israël de ne pas étendre le conflit au Liban en riposte à des tirs du Hezbollah pro-iranien, même s'il constate que l'armée israélienne n'a pas, à ce stade, lancé d'offensive terrestre d'ampleur.