Comment la pénurie d'eau au Moyen-Orient perturbe l'agriculture et aggrave l'insécurité alimentaire

Un berger conduit son troupeau dans le barrage presque asséché de Doueisat à l'extérieur de la ville d'Al-Diriyah dans la province d'Idlib au nord de la Syrie, le 9 novembre 2021 (Photo, AFP/Archives).
Un berger conduit son troupeau dans le barrage presque asséché de Doueisat à l'extérieur de la ville d'Al-Diriyah dans la province d'Idlib au nord de la Syrie, le 9 novembre 2021 (Photo, AFP/Archives).
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Publié le Dimanche 15 octobre 2023

Comment la pénurie d'eau au Moyen-Orient perturbe l'agriculture et aggrave l'insécurité alimentaire

  • À l'occasion de la Journée mondiale de l'alimentation, des experts affirment que l'agrotechnologie et une meilleure gestion de l'eau peuvent rendre l'agriculture plus durable
  • Des solutions sont nécessaires pour répondre aux besoins nutritionnels d'une population croissante, alors que les réserves d'eau douce s'amenuisent

DUBAI: Dans de nombreuses régions du monde, la demande alimentaire dépasse rapidement la capacité de production, ce qui fait planer le spectre de la pénurie et de la faim, car la surexploitation des sols riches en minéraux entraîne la dégradation des terres et l'épuisement des sources d'eau douce limitées.

Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA), l'eau est considérée comme le «nouvel or bleu», car les rivières et les aquifères naturels s'épuisent rapidement à cause du réchauffement climatique et de la surexploitation des réserves, privant les agriculteurs des moyens d'irriguer leurs cultures et d'hydrater leur bétail.

Les projections de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) montrent que pour nourrir une population mondiale de 9,1 milliards de personnes d'ici 2050, il faudrait augmenter la production alimentaire globale d'environ 70%, ce qui entraînerait une utilisation encore plus importante de l'eau.

Environ 28% des 296 millions d'habitants de la région MENA, soit quelque 84 millions de personnes, dépendent entièrement de l'agriculture pour leur subsistance. En fait, l'agriculture représente 13% du produit intérieur brut de la région et joue un rôle crucial dans le renforcement de la résilience du système alimentaire.

«La région arabe souffre d'insécurité alimentaire et dépend fortement des importations», a déclaré à Arab News, Peter Blezard, fondateur et directeur de la société Engage Crop Solutions, basée au Royaume-Uni et spécialisée dans l'amélioration des cultures et les produits nutritionnels dans 26 pays à travers le monde.

«En effet, les producteurs sont confrontés à des défis importants en raison de la chaleur, de la désertification, de l'aridité et de la sécheresse qui caractérisent la région » − des problèmes qui, selon lui, sont en fin de compte le résultat d'une pénurie d'eau.

Il n'est donc pas surprenant que les Nations unies aient choisi l'eau comme thème de la Journée mondiale de l'alimentation de cette année, qui a lieu le 16 octobre, pour souligner son rôle vital dans la production alimentaire, la nutrition et le développement durable.

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Le Liban est frappé par des pénuries alimentaires depuis qu'il a connu un défaut de paiement en 2020 (Photo, AFP/Archives).

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres a cité la gestion durable de l'eau pour l'agriculture et la production alimentaire comme un facteur essentiel afin de mettre un terme à la faim, atteindre les objectifs de développement durable des Nations unies d'ici à 2030 et préserver l'eau pour les générations futures.

Environ 70% de l'utilisation mondiale d'eau douce est en rapport avec l'agriculture − un chiffre qui est beaucoup plus élevé dans certaines régions du monde arabe (92%), l'aridité du climat obligeant les agriculteurs à poursuivre des pratiques non durables.

«Environ 40% des denrées alimentaires mondiales sont produites dans des zones irriguées artificiellement et ces exploitations irriguées peuvent utiliser 300% d'eau en plus que ce dont les cultures ont besoin», a expliqué Blezard.

EN CHIFFRE

• 780 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde.

• 50 millions d'enfants risquent de mourir d'émaciation sévère.

• 84 millions de personnes dans la région MENA dépendent de l'agriculture.

• 70% de l'utilisation actuelle de l'eau douce dans le monde est en rapport avec l'agriculture.

• 9,1 milliards de personnes est la population mondiale prévue d'ici 2050.

• 70% d'augmentation de la production alimentaire est nécessaire pour répondre à la demande d'ici 2050. 

C'est pourquoi des entreprises comme la sienne (Engage Crop Solution), se sont tournées vers la technologie afin de tirer le meilleur parti de chaque goutte précieuse et éviter les gaspillages inutiles. Il a cité le nouveau produit de son entreprise, Aqualatus, comme exemple d'innovation permettant aux cultivateurs de réduire de moitié leur consommation d'eau tout en préservant la qualité des récoltes.

Alors que les agriculteurs consomment déjà une grande partie de l'eau douce disponible dans la région, Blezard estime que les ambitions du monde arabe de devenir autosuffisant en matière de production alimentaire ne feront qu'accroître la demande en eau.

«Les agriculteurs et les innovateurs relèvent le défi, mais il s'agit d'un problème majeur car beaucoup craignent que la nappe phréatique ne s'assèche si nous continuons à extraire de l'eau au rythme actuel pour l'agriculture», a-t-il alerté.

Alors, comment doubler la production alimentaire mondiale pour faire face à la croissance démographique dans un monde où l'eau douce est limitée?

«La conversation doit s'éloigner de la menace imminente d'une pénurie d'eau et, au contraire, se concentrer sur les solutions et sur ce que nous devons faire pour préserver nos précieuses ressources en eau», a estimé Blezard.

«Le défi est plus grand pour l'agriculture et c'est pour cette raison que les producteurs doivent prendre les devants, en trouvant de nouveaux moyens de réduire la consommation d'eau et en tirant parti des nouvelles technologies et des systèmes d'irrigation et de refroidissement plus efficaces», a-t-il ajouté.

Roma Vora, responsable de l'exploitation agricole Aranya Farms à Abu Dhabi, a déclaré à Arab News qu'elle explorait constamment de nouvelles technologies pour améliorer la qualité de l'eau et l'efficacité de son exploitation.

«Dans l'agriculture, le manque d'eau peut réduire considérablement le rendement et affecter la qualité, et c'est un défi que nous devons gérer méticuleusement dans l'agriculture biologique», a indiqué Vora.

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L'irrigation au goutte-à-goutte reste le système le plus utilisé dans la péninsule Arabique (Photo, Shutterstock).

Les effets des changements de températures et de régimes climatiques ont déjà amené Vora à repenser ses pratiques agricoles. «Nous commençons habituellement notre première récolte à la mi-octobre, mais compte tenu des fortes chaleurs, nous n'attendons notre récolte que pour le début du mois de novembre», a-t-elle signalé.

Elle a révélé que l'agriculture biologique basée sur le sol offre de nombreux avantages environnementaux, notamment la conservation et la biodiversité, qui sont essentielles à l'équilibre écologique.

Bien que l'agriculture biologique soit «gourmande en ressources», Vora estime qu'elle est beaucoup plus durable que l'importation de tous les produits alimentaires.

«L'accent devrait être maintenu sur l'agriculture locale, ce qui ouvrirait la voie à un avenir plus sain et plus résilient pour le monde arabe», a-t-elle expliqué.

Une étude réalisée par Marmore, l'organe de recherche du Kuwait Financial Center, évaluant l'état de la sécurité alimentaire des pays du Conseil de coopération du Golfe, indique que la région dispose de réserves financières suffisantes pour assurer la continuité des importations alimentaires, mais que sa dépendance à l'égard des importations la rend vulnérable aux perturbations de la chaîne d'approvisionnement.

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Outre la recherche de moyens pour réduire les coûts de production des denrées alimentaires, le transport maritime est également un défi qui doit être relevé à l'échelle mondiale. (Photo, AFP/Archives)

 «L'étude a indiqué qu'en janvier 2022, les coûts d'expédition des denrées alimentaires vers le pays auraient été multipliés par dix, passant de 1 400 à 14 000 dollars américains (1 dollar américain = 0,95 euro) par tonne, tandis que l'inflation des denrées alimentaires en mars 2023 a été enregistrée à 7,46% en glissement annuel, contre 7% en glissement annuel le mois précédent», a souligné Blezard.

La pandémie mondiale, les conflits en Ukraine et ailleurs, l'augmentation des coûts de transport et les contrôles protectionnistes sur des produits de base tels que le riz et le sucre ont mis en évidence la vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement mondiales et des systèmes alimentaires au cours des dernières années, entraînant une augmentation du prix des denrées alimentaires essentielles et une diminution des stocks.

Aujourd'hui, l'ampleur et la fréquence croissantes des phénomènes météorologiques extrêmes, tels que les sécheresses et les crues soudaines, viennent s'ajouter à ces pressions.

«L'augmentation des prix de l'énergie et des coûts de production pour la plupart des agriculteurs du monde, associée à des conditions météorologiques défavorables dans de nombreux pays, réduira la production mondiale de certains aliments», a affirmé Blezard.

En réponse, les pays du CCG, notamment les Émirats arabes unis, le Qatar et le Koweït, ont mis en œuvre des mesures de sécurité à long terme pour se prémunir contre les chocs systémiques, en adoptant des stratégies telles que la stimulation de la production nationale, la diversification des importations, la réduction des déchets et l'adoption de l’agriculture de pointe.

L'agriculture verticale et les outils numériques qui améliorent les chaînes d'approvisionnement et augmentent la production alimentaire sont des exemples de ces modèles agrotechnologiques. Compte tenu de l'aridité de la région, ces innovations sont essentielles pour développer la production locale de façon durable.

«En réponse aux conditions climatiques défavorables à l'agriculture, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont également investi dans des terres agricoles à l'étranger», a déclaré Blezard.

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La première ferme verticale intérieure d'Arabie saoudite, fruit d'un accord de coentreprise entre le Fonds d'investissement public saoudien et la société américaine AeroFarms, prévoit une capacité de production annuelle de 1,1 million de kilos de produits agricoles (Photo, Fournie).

Étant donné que la région du CCG importe 80 à 90% de ses denrées alimentaires, le renforcement des chaînes d'approvisionnement existantes pourrait rendre le système plus résistant.

Soham Chokshi, PDG et cofondateur de Shipsy, une plateforme de gestion logistique intelligente, a déclaré que les chaînes d'approvisionnement peuvent être rendues plus efficaces et plus agiles en numérisant les processus logistiques d'importation et transfrontaliers.

«Assurer une visibilité en temps réel du mouvement des conteneurs, utiliser l'analyse et l'intelligence artificielle pour gérer les défaillances et les risques logistiques de manière proactive, et s'associer automatiquement à des prestataires de services logistiques ayant une expertise dans la gestion des chaînes d'approvisionnement alimentaire peuvent faire une différence gagnante», a indiqué Chokshi à Arab News.

En outre, en s'appuyant sur une plateforme de gestion logistique intelligente de type «logiciel en tant que service», les gouvernements et les entreprises peuvent faciliter la communication et le partage de données entre les partenaires de la chaîne d'approvisionnement, améliorant ainsi la coordination et la réactivité en cas de perturbations.

«Les responsables de la chaîne d'approvisionnement peuvent utiliser la gestion des stocks basée sur les données pour maintenir des niveaux de stocks optimaux, en réduisant les problèmes de surstockage ou de sous-stockage», a indiqué Chokshi. «Cela garantit que les produits alimentaires sont disponibles lorsque l'on en a besoin, ce qui réduit le gaspillage et améliore l'efficacité.»

Pour résoudre ce problème, les gouvernements de la région MENA mettent en place de nouveaux ministères chargés de créer diverses équipes de développement de l'agrotechnologie.

«L'objectif de nombreux pays est de parvenir à l'autosuffisance alimentaire d'ici à 2050, mais aussi d'élaborer une stratégie visant à promouvoir une innovation de premier plan en matière de sécurité alimentaire», a précisé Blezard.

Ces ministères ou autorités superviseront la sécurité alimentaire, la salubrité des aliments et la biosécurité dans la région, leur principale responsabilité étant d'établir un modèle de gouvernance efficace en matière de sécurité alimentaire.

À son tour, ce modèle cherchera à faciliter le commerce agricole mondial, à diversifier les sources alimentaires internationales et à améliorer l'approvisionnement alimentaire national durable basé sur la technologie tout au long de la chaîne de valeur, a dévoilé Blezard.

De plus, selon lui, le modèle soutiendra la création de nouvelles entreprises par le biais d'investissements dans la région. Toutefois, dans le but de soutenir cette initiative, la création de taux d'imposition et de zones commerciales compétitifs à l'échelle mondiale est cruciale.

Cela attirerait les sociétés de capital-risque et les banques, encourageant ainsi le développement de nouvelles entreprises dotées d'une infrastructure de pointe pour le traitement de gros volumes de marchandises.

«Ce modèle facilitera le commerce agro-industriel mondial et diversifiera les sources alimentaires internationales, tout en renforçant l'approvisionnement alimentaire national durable fondé sur la technologie tout au long de la chaîne de valeur», a soutenu Blezard.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Le CCG visé par 83 % des missiles et des drones iraniens, Israël ayant reçu 17 % seulement des bombardements lancés par l'Iran 

De la fumée s'élève de la zone de l'aéroport international du Koweït après qu'un drone ait frappé un dépôt de carburant, le 25 mars 2026. (AFP)
De la fumée s'élève de la zone de l'aéroport international du Koweït après qu'un drone ait frappé un dépôt de carburant, le 25 mars 2026. (AFP)
De la fumée s'élève de la zone de l'aéroport international du Koweït après qu'un drone ait frappé un dépôt de carburant le 25 mars 2026. (AFP)
De la fumée s'élève de la zone de l'aéroport international du Koweït après qu'un drone ait frappé un dépôt de carburant le 25 mars 2026. (AFP)
 De la fumée s'élève d'un immeuble après une attaque de drone à Koweït City, le 8 mars 2026. (AFP)
De la fumée s'élève d'un immeuble après une attaque de drone à Koweït City, le 8 mars 2026. (AFP)
Un panache de fumée s'élève après une attaque iranienne dans le quartier industriel de Doha, le 1er mars 2026. (AFP)
Un panache de fumée s'élève après une attaque iranienne dans le quartier industriel de Doha, le 1er mars 2026. (AFP)
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  • Les affirmations de Téhéran sont démenties par les faits : ses voisins du Golfe sont confrontés à 83 % de son barrage de missiles et de drones, contre 17 % pour Israël
  • Le premier jour, des missiles ou des débris d'armes iraniennes interceptées ont frappé l'aéroport de Dubaï, le célèbre hôtel Burj Al-Arab, le port de Jebel Ali et l'île artificielle de Palm Jumeirah

LONDRES : Dès le début de la guerre conjointe américano-israélienne contre l'Iran le 28 février, les États du Conseil de coopération du Golfe ont été choqués de se retrouver à l'extrémité réceptrice des violentes représailles de Téhéran.

Ils n'avaient pas été impliqués dans les attaques surprises, ni même consultés à ce sujet. Pourtant, le 1er mars, les six États du CCG avaient été attaqués.

Comme l'indique un rapport publié mercredi par le Stimson Center, basé à Washington : "Le conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran, qui en est à sa quatrième semaine, s'est transformé en une guerre cauchemardesque et en escalade qu'aucun membre du Conseil de coopération du Golfe n'a souhaitée.

Pire encore, il est rapidement apparu que les tirs de barrage de l'Iran visaient principalement les infrastructures civiles, et non les bases américaines que l'Iran prétendait être ses objectifs principaux.

Le premier jour, des missiles ou des débris d'armes iraniennes interceptées ont frappé l'aéroport de Dubaï, le célèbre hôtel Burj Al-Arab, le port de Jebel Ali et l'île artificielle de Palm Jumeirah.

Ce jour-là, l'Iran a tiré 137 missiles et 209 drones sur les Émirats arabes unis, dans une tentative évidente de saper leur réputation de havre de paix pour les touristes, les entreprises et les investisseurs.

L'Arabie saoudite, Bahreïn et le Qatar ont également été attaqués dès les premiers jours du conflit.

L'Iran a prétendu ne viser que les sites militaires liés aux États-Unis. Mais au cours des jours et des semaines qui ont suivi, un schéma indéniable d'attaques contre des infrastructures civiles a commencé à se dessiner, avec pour cibles en Arabie saoudite la raffinerie de pétrole de Ras Tanura, des installations d'Aramco et le champ pétrolifère de Shaybah.

Le ministère saoudien de la défense rapporte que de nombreux drones se dirigeant vers Riyad ont été interceptés.

"Je sortais avec mon petit garçon quand nous avons soudain entendu l'explosion", a déclaré à l'AFP un Jordanien résidant à Riyad le 28 février.

"Les gens autour de nous regardaient le ciel, essayant de comprendre ce qui se passait. Ce n'est pas quelque chose auquel on s'attend à Riyad".

Aucun des États du CCG ne s'attendait à cela, ni ne pensait le mériter.

Même Oman, qui avait servi de médiateur lors des pourparlers positifs entre l'Iran et les États-Unis qui ont immédiatement suivi les attentats, a été touché. Depuis le 3 mars, plusieurs attaques ont été menées contre des infrastructures pétrolières et d'autres installations civiles dans le pays.

Les derniers chiffres révèlent aujourd'hui le prix extrêmement disproportionné que les États du Golfe paient pour une guerre qu'ils n'ont pas déclenchée, qu'ils n'ont pas voulue et dans laquelle ils n'ont rien à voir.

Depuis le 28 février, les États du CCG ont subi 4 391 attaques de drones et de missiles iraniens, soit 83 % du total des tirs.

Israël, en revanche, qui a déclenché la guerre et bombarde l'Iran quotidiennement depuis un mois, a été la cible de 930 missiles et drones, soit seulement 17 % du total des tirs.

Ce chiffre soulève des questions quant aux véritables motivations de l'Iran, étant donné que depuis plus de quarante ans, Téhéran qualifie Israël de "Petit Satan" et appelle à sa destruction et à son anéantissement.

Les Émirats arabes unis, qui ont fait l'objet de 2 156 attaques, figurent en tête de liste des pays visés. Onze résidents ont été tués, dont deux jeudi lorsque leur voiture a été touchée par la chute de débris d'un missile intercepté.

Jusqu'à présent, l'Arabie saoudite a fait face à 723 drones et missiles, qui ont fait deux morts et plusieurs blessés.

La plupart des missiles tirés sur le CCG ont été interceptés. Hormis les attaques occasionnelles de drones menées par les Houthis au Yémen, c'est la première fois que les systèmes de défense aérienne des États du Golfe ont été correctement testés, et ils l'ont été avec brio.

Mais c'est l'intention qui se cache derrière ces attaques quotidiennes qui suscite la colère des gouvernements de toute la région. On peut se demander quelles sont les véritables intentions de l'Iran et s'il considère la paix, la tolérance et la prospérité des autres pays musulmans du Golfe, en général, comme la plus grande menace qui pèse sur son existence.

Bien qu'il affirme n'avoir visé que des sites supposés liés aux forces américaines, "il est très clair que l'Iran a ciblé des éléments clés de l'infrastructure civile", a déclaré à Arab News Chris Doyle, directeur du Council for Arab-British Understanding (Conseil pour la compréhension arabo-britannique).

"Il n'est donc pas crédible de faire ce genre d'affirmation.

L'objectif des dirigeants iraniens, a-t-il ajouté, "est de survivre dans une guerre qu'ils considèrent comme existentielle. Ils souhaitent donc rendre cette guerre aussi douloureuse que possible pour les États-Unis, et leurs options sont limitées étant donné que, sur le plan conventionnel, les États-Unis et Israël sont de loin supérieurs".

En conséquence, "il a dû ouvrir un front militaire très large pour forcer les États-Unis et leurs alliés à défendre un large éventail de cibles, désormais réparties dans 12 pays, et à exiger un prix économique pour ce qui se passe".

"Le but de leur ciblage est donc de s'assurer que les Etats-Unis cherchent leur stratégie de sortie plus tôt que plus tard, et de les forcer à s'asseoir à la table des négociations.

Il ajoute que ce n'est pas une coïncidence si, parmi les États du CCG, ce sont les Émirats arabes unis qui ont été les plus visés.

"On peut supposer que c'est en partie parce que les EAU sont si proches d'Israël, qu'ils ont normalisé leurs relations avec Israël et qu'ils entretiennent des liens si étroits que l'Iran les considère comme une cible privilégiée, alors qu'il se méfie un peu plus des autres États du Golfe, qu'il n'a pas ciblés dans la même mesure.

Caroline Rose, directrice du New Lines Institute, a déclaré que la stratégie de Téhéran consistait à "démontrer sa capacité à saper rapidement la sécurité dans l'ensemble de la région".

"Cette stratégie a été adoptée en partant du principe que les États du CCG feraient immédiatement pression sur les États-Unis pour qu'ils cessent leurs frappes, qu'ils acceptent un accord et qu'ils créent une distance supplémentaire avec Israël.

"Toutefois, cette stratégie s'est probablement retournée contre eux, car des pays comme l'Arabie saoudite ont annulé les politiques permettant aux forces américaines d'opérer à partir de leur territoire et certains envisagent d'entrer en guerre".

Mercredi, le Conseil des droits de l'homme des Nations unies a approuvé une résolution présentée par les États du CCG et la Jordanie, condamnant les actions "flagrantes" de l'Iran et exigeant des réparations pour les dommages considérables et les pertes humaines subis.

Le même jour, dans une déclaration commune, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït, le Bahreïn, le Qatar et la Jordanie ont condamné "dans les termes les plus forts les attaques iraniennes flagrantes, qui constituent une violation flagrante de leur souveraineté, de leur intégrité territoriale, du droit international, du droit humanitaire international et de la Charte des Nations unies, qu'elles soient menées directement ou par l'intermédiaire de leurs mandataires et des factions armées qu'ils soutiennent dans la région".

Dans un aperçu de menaces jusqu'ici non reconnues, ils ont également condamné "les actes et activités déstabilisateurs visant la sécurité et la stabilité des pays de la région, qui sont planifiés par des cellules dormantes fidèles à l'Iran et des organisations terroristes liées au Hezbollah, et font l'éloge de nos courageuses forces armées pour avoir fait face à ces attaques".

La déclaration ajoute : "Nous réaffirmons également notre droit total et inhérent à l'autodéfense contre ces attaques criminelles, conformément à l'article 51 de la Charte des Nations unies, qui garantit le droit des États à l'autodéfense, individuellement et collectivement, en cas d'agression, et notre droit de prendre toutes les mesures nécessaires pour sauvegarder notre souveraineté, notre sécurité et notre stabilité".


Emirats: deux morts et trois blessés à Abou Dhabi après l'interception d'un missile 

Deux personnes ont été tuées et deux autres blessées par la chute de débris d'un missile intercepté dans la périphérie de la capitale émiratie Abou Dhabi, ont annoncé jeudi les autorités locales au 27e jour de la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
Deux personnes ont été tuées et deux autres blessées par la chute de débris d'un missile intercepté dans la périphérie de la capitale émiratie Abou Dhabi, ont annoncé jeudi les autorités locales au 27e jour de la guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Deux personnes ont été tuées et deux autres blessées par la chute de débris d'un missile intercepté dans la périphérie de la capitale émiratie Abou Dhabi
  • "L'incident a entraîné la mort de deux personnes non identifiées, fait trois blessés et endommagé plusieurs voitures", ont indiqué les autorités d'Abou Dhabi sur X

ABOU DHABI: Deux personnes ont été tuées et deux autres blessées par la chute de débris d'un missile intercepté dans la périphérie de la capitale émiratie Abou Dhabi, ont annoncé jeudi les autorités locales au 27e jour de la guerre au Moyen-Orient.

"L'incident a entraîné la mort de deux personnes non identifiées, fait trois blessés et endommagé plusieurs voitures", ont indiqué les autorités d'Abou Dhabi sur X.

 

 


Expulsion de l'ambassadeur d'Iran: le Hezbollah boycotte une réunion du gouvernement 

Les ministres du Hezbollah pro-iranien et d'un mouvement allié ont boycotté une réunion jeudi du gouvernement libanais pour protester contre la décision d'expulser l'ambassadeur d'Iran, auquel des dizaines de personnes ont manifesté leur soutien devant l'ambassade près de Beyrouth. (AFP)
Les ministres du Hezbollah pro-iranien et d'un mouvement allié ont boycotté une réunion jeudi du gouvernement libanais pour protester contre la décision d'expulser l'ambassadeur d'Iran, auquel des dizaines de personnes ont manifesté leur soutien devant l'ambassade près de Beyrouth. (AFP)
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  • Un cinquième ministre chiite indépendant a pour sa part annoncé dans un communiqué avoir choisi d'y participer
  • Devant l'ambassade d'Iran, des dizaines de partisans du Hezbollah ont manifesté jeudi après-midi, brandissant des drapeaux iraniens et de la formation chiite, scandant "Mort à l'Amérique, Mort à Israël!"

BEYROUTH: Les ministres du Hezbollah pro-iranien et d'un mouvement allié ont boycotté une réunion jeudi du gouvernement libanais pour protester contre la décision d'expulser l'ambassadeur d'Iran, auquel des dizaines de personnes ont manifesté leur soutien devant l'ambassade près de Beyrouth.

Le Hezbollah et son allié chiite, le mouvement Amal, ont fustigé la décision inédite des autorités sommant l'ambassadeur de partir d'ici dimanche, et lui ont demandé de demeurer dans le pays.

En signe de mécontentement, les deux ministres représentant le Hezbollah et les deux autres représentant Amal, dirigé par le président du Parlement Nabih Berri, ont décidé de ne pas se rendre à la réunion du gouvernement, a indiqué à l'AFP un responsable libanais sous couvert d'anonymat.

Un cinquième ministre chiite indépendant a pour sa part annoncé dans un communiqué avoir choisi d'y participer.

Devant l'ambassade d'Iran, des dizaines de partisans du Hezbollah ont manifesté jeudi après-midi, brandissant des drapeaux iraniens et de la formation chiite, scandant "Mort à l'Amérique, Mort à Israël!", selon une équipe de l'AFP.

"Nous sommes contre cette décision du gouvernement, qui ne passera pas", dit à l'AFP Elham al-Mokdad, une des protestataires, devant le bâtiment situé à la lisière de la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah bombardé par Israël.

Le ministre des Affaires étrangères Youssef Raggi a pris la décision d'expulser l'ambassadeur pour "ingérence" dans les affaires intérieures libanaises.

"Nous réclamons que l'ambassadeur américain soit expulsé, ainsi que le ministre des Affaires étrangères", affirme une autre manifestante, Farida Noureddine, 43 ans.

La décision d'expulser l'émissaire iranien intervient dans le cadre des pressions des autorités libanaises sur le Hezbollah et son parrain iranien.

Elles ont interdit les activités militaires du Hezbollah, seul groupe non-étatique armé, ainsi que la présence et l'action des Gardiens de la Révolution iraniens qui, selon le Premier ministre Nawaf Salam, dirigent les opérations du groupe contre Israël.

Le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, après une attaque du Hezbollah contre Israël en solidarité avec l'Iran. L'armée israélienne mène depuis une campagne de frappes aériennes qui a fait plus de 1.000 morts et un million de déplacés.