Comment la pénurie d'eau au Moyen-Orient perturbe l'agriculture et aggrave l'insécurité alimentaire

Un berger conduit son troupeau dans le barrage presque asséché de Doueisat à l'extérieur de la ville d'Al-Diriyah dans la province d'Idlib au nord de la Syrie, le 9 novembre 2021 (Photo, AFP/Archives).
Un berger conduit son troupeau dans le barrage presque asséché de Doueisat à l'extérieur de la ville d'Al-Diriyah dans la province d'Idlib au nord de la Syrie, le 9 novembre 2021 (Photo, AFP/Archives).
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Publié le Dimanche 15 octobre 2023

Comment la pénurie d'eau au Moyen-Orient perturbe l'agriculture et aggrave l'insécurité alimentaire

  • À l'occasion de la Journée mondiale de l'alimentation, des experts affirment que l'agrotechnologie et une meilleure gestion de l'eau peuvent rendre l'agriculture plus durable
  • Des solutions sont nécessaires pour répondre aux besoins nutritionnels d'une population croissante, alors que les réserves d'eau douce s'amenuisent

DUBAI: Dans de nombreuses régions du monde, la demande alimentaire dépasse rapidement la capacité de production, ce qui fait planer le spectre de la pénurie et de la faim, car la surexploitation des sols riches en minéraux entraîne la dégradation des terres et l'épuisement des sources d'eau douce limitées.

Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA), l'eau est considérée comme le «nouvel or bleu», car les rivières et les aquifères naturels s'épuisent rapidement à cause du réchauffement climatique et de la surexploitation des réserves, privant les agriculteurs des moyens d'irriguer leurs cultures et d'hydrater leur bétail.

Les projections de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) montrent que pour nourrir une population mondiale de 9,1 milliards de personnes d'ici 2050, il faudrait augmenter la production alimentaire globale d'environ 70%, ce qui entraînerait une utilisation encore plus importante de l'eau.

Environ 28% des 296 millions d'habitants de la région MENA, soit quelque 84 millions de personnes, dépendent entièrement de l'agriculture pour leur subsistance. En fait, l'agriculture représente 13% du produit intérieur brut de la région et joue un rôle crucial dans le renforcement de la résilience du système alimentaire.

«La région arabe souffre d'insécurité alimentaire et dépend fortement des importations», a déclaré à Arab News, Peter Blezard, fondateur et directeur de la société Engage Crop Solutions, basée au Royaume-Uni et spécialisée dans l'amélioration des cultures et les produits nutritionnels dans 26 pays à travers le monde.

«En effet, les producteurs sont confrontés à des défis importants en raison de la chaleur, de la désertification, de l'aridité et de la sécheresse qui caractérisent la région » − des problèmes qui, selon lui, sont en fin de compte le résultat d'une pénurie d'eau.

Il n'est donc pas surprenant que les Nations unies aient choisi l'eau comme thème de la Journée mondiale de l'alimentation de cette année, qui a lieu le 16 octobre, pour souligner son rôle vital dans la production alimentaire, la nutrition et le développement durable.

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Le Liban est frappé par des pénuries alimentaires depuis qu'il a connu un défaut de paiement en 2020 (Photo, AFP/Archives).

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres a cité la gestion durable de l'eau pour l'agriculture et la production alimentaire comme un facteur essentiel afin de mettre un terme à la faim, atteindre les objectifs de développement durable des Nations unies d'ici à 2030 et préserver l'eau pour les générations futures.

Environ 70% de l'utilisation mondiale d'eau douce est en rapport avec l'agriculture − un chiffre qui est beaucoup plus élevé dans certaines régions du monde arabe (92%), l'aridité du climat obligeant les agriculteurs à poursuivre des pratiques non durables.

«Environ 40% des denrées alimentaires mondiales sont produites dans des zones irriguées artificiellement et ces exploitations irriguées peuvent utiliser 300% d'eau en plus que ce dont les cultures ont besoin», a expliqué Blezard.

EN CHIFFRE

• 780 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde.

• 50 millions d'enfants risquent de mourir d'émaciation sévère.

• 84 millions de personnes dans la région MENA dépendent de l'agriculture.

• 70% de l'utilisation actuelle de l'eau douce dans le monde est en rapport avec l'agriculture.

• 9,1 milliards de personnes est la population mondiale prévue d'ici 2050.

• 70% d'augmentation de la production alimentaire est nécessaire pour répondre à la demande d'ici 2050. 

C'est pourquoi des entreprises comme la sienne (Engage Crop Solution), se sont tournées vers la technologie afin de tirer le meilleur parti de chaque goutte précieuse et éviter les gaspillages inutiles. Il a cité le nouveau produit de son entreprise, Aqualatus, comme exemple d'innovation permettant aux cultivateurs de réduire de moitié leur consommation d'eau tout en préservant la qualité des récoltes.

Alors que les agriculteurs consomment déjà une grande partie de l'eau douce disponible dans la région, Blezard estime que les ambitions du monde arabe de devenir autosuffisant en matière de production alimentaire ne feront qu'accroître la demande en eau.

«Les agriculteurs et les innovateurs relèvent le défi, mais il s'agit d'un problème majeur car beaucoup craignent que la nappe phréatique ne s'assèche si nous continuons à extraire de l'eau au rythme actuel pour l'agriculture», a-t-il alerté.

Alors, comment doubler la production alimentaire mondiale pour faire face à la croissance démographique dans un monde où l'eau douce est limitée?

«La conversation doit s'éloigner de la menace imminente d'une pénurie d'eau et, au contraire, se concentrer sur les solutions et sur ce que nous devons faire pour préserver nos précieuses ressources en eau», a estimé Blezard.

«Le défi est plus grand pour l'agriculture et c'est pour cette raison que les producteurs doivent prendre les devants, en trouvant de nouveaux moyens de réduire la consommation d'eau et en tirant parti des nouvelles technologies et des systèmes d'irrigation et de refroidissement plus efficaces», a-t-il ajouté.

Roma Vora, responsable de l'exploitation agricole Aranya Farms à Abu Dhabi, a déclaré à Arab News qu'elle explorait constamment de nouvelles technologies pour améliorer la qualité de l'eau et l'efficacité de son exploitation.

«Dans l'agriculture, le manque d'eau peut réduire considérablement le rendement et affecter la qualité, et c'est un défi que nous devons gérer méticuleusement dans l'agriculture biologique», a indiqué Vora.

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L'irrigation au goutte-à-goutte reste le système le plus utilisé dans la péninsule Arabique (Photo, Shutterstock).

Les effets des changements de températures et de régimes climatiques ont déjà amené Vora à repenser ses pratiques agricoles. «Nous commençons habituellement notre première récolte à la mi-octobre, mais compte tenu des fortes chaleurs, nous n'attendons notre récolte que pour le début du mois de novembre», a-t-elle signalé.

Elle a révélé que l'agriculture biologique basée sur le sol offre de nombreux avantages environnementaux, notamment la conservation et la biodiversité, qui sont essentielles à l'équilibre écologique.

Bien que l'agriculture biologique soit «gourmande en ressources», Vora estime qu'elle est beaucoup plus durable que l'importation de tous les produits alimentaires.

«L'accent devrait être maintenu sur l'agriculture locale, ce qui ouvrirait la voie à un avenir plus sain et plus résilient pour le monde arabe», a-t-elle expliqué.

Une étude réalisée par Marmore, l'organe de recherche du Kuwait Financial Center, évaluant l'état de la sécurité alimentaire des pays du Conseil de coopération du Golfe, indique que la région dispose de réserves financières suffisantes pour assurer la continuité des importations alimentaires, mais que sa dépendance à l'égard des importations la rend vulnérable aux perturbations de la chaîne d'approvisionnement.

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Outre la recherche de moyens pour réduire les coûts de production des denrées alimentaires, le transport maritime est également un défi qui doit être relevé à l'échelle mondiale. (Photo, AFP/Archives)

 «L'étude a indiqué qu'en janvier 2022, les coûts d'expédition des denrées alimentaires vers le pays auraient été multipliés par dix, passant de 1 400 à 14 000 dollars américains (1 dollar américain = 0,95 euro) par tonne, tandis que l'inflation des denrées alimentaires en mars 2023 a été enregistrée à 7,46% en glissement annuel, contre 7% en glissement annuel le mois précédent», a souligné Blezard.

La pandémie mondiale, les conflits en Ukraine et ailleurs, l'augmentation des coûts de transport et les contrôles protectionnistes sur des produits de base tels que le riz et le sucre ont mis en évidence la vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement mondiales et des systèmes alimentaires au cours des dernières années, entraînant une augmentation du prix des denrées alimentaires essentielles et une diminution des stocks.

Aujourd'hui, l'ampleur et la fréquence croissantes des phénomènes météorologiques extrêmes, tels que les sécheresses et les crues soudaines, viennent s'ajouter à ces pressions.

«L'augmentation des prix de l'énergie et des coûts de production pour la plupart des agriculteurs du monde, associée à des conditions météorologiques défavorables dans de nombreux pays, réduira la production mondiale de certains aliments», a affirmé Blezard.

En réponse, les pays du CCG, notamment les Émirats arabes unis, le Qatar et le Koweït, ont mis en œuvre des mesures de sécurité à long terme pour se prémunir contre les chocs systémiques, en adoptant des stratégies telles que la stimulation de la production nationale, la diversification des importations, la réduction des déchets et l'adoption de l’agriculture de pointe.

L'agriculture verticale et les outils numériques qui améliorent les chaînes d'approvisionnement et augmentent la production alimentaire sont des exemples de ces modèles agrotechnologiques. Compte tenu de l'aridité de la région, ces innovations sont essentielles pour développer la production locale de façon durable.

«En réponse aux conditions climatiques défavorables à l'agriculture, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont également investi dans des terres agricoles à l'étranger», a déclaré Blezard.

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La première ferme verticale intérieure d'Arabie saoudite, fruit d'un accord de coentreprise entre le Fonds d'investissement public saoudien et la société américaine AeroFarms, prévoit une capacité de production annuelle de 1,1 million de kilos de produits agricoles (Photo, Fournie).

Étant donné que la région du CCG importe 80 à 90% de ses denrées alimentaires, le renforcement des chaînes d'approvisionnement existantes pourrait rendre le système plus résistant.

Soham Chokshi, PDG et cofondateur de Shipsy, une plateforme de gestion logistique intelligente, a déclaré que les chaînes d'approvisionnement peuvent être rendues plus efficaces et plus agiles en numérisant les processus logistiques d'importation et transfrontaliers.

«Assurer une visibilité en temps réel du mouvement des conteneurs, utiliser l'analyse et l'intelligence artificielle pour gérer les défaillances et les risques logistiques de manière proactive, et s'associer automatiquement à des prestataires de services logistiques ayant une expertise dans la gestion des chaînes d'approvisionnement alimentaire peuvent faire une différence gagnante», a indiqué Chokshi à Arab News.

En outre, en s'appuyant sur une plateforme de gestion logistique intelligente de type «logiciel en tant que service», les gouvernements et les entreprises peuvent faciliter la communication et le partage de données entre les partenaires de la chaîne d'approvisionnement, améliorant ainsi la coordination et la réactivité en cas de perturbations.

«Les responsables de la chaîne d'approvisionnement peuvent utiliser la gestion des stocks basée sur les données pour maintenir des niveaux de stocks optimaux, en réduisant les problèmes de surstockage ou de sous-stockage», a indiqué Chokshi. «Cela garantit que les produits alimentaires sont disponibles lorsque l'on en a besoin, ce qui réduit le gaspillage et améliore l'efficacité.»

Pour résoudre ce problème, les gouvernements de la région MENA mettent en place de nouveaux ministères chargés de créer diverses équipes de développement de l'agrotechnologie.

«L'objectif de nombreux pays est de parvenir à l'autosuffisance alimentaire d'ici à 2050, mais aussi d'élaborer une stratégie visant à promouvoir une innovation de premier plan en matière de sécurité alimentaire», a précisé Blezard.

Ces ministères ou autorités superviseront la sécurité alimentaire, la salubrité des aliments et la biosécurité dans la région, leur principale responsabilité étant d'établir un modèle de gouvernance efficace en matière de sécurité alimentaire.

À son tour, ce modèle cherchera à faciliter le commerce agricole mondial, à diversifier les sources alimentaires internationales et à améliorer l'approvisionnement alimentaire national durable basé sur la technologie tout au long de la chaîne de valeur, a dévoilé Blezard.

De plus, selon lui, le modèle soutiendra la création de nouvelles entreprises par le biais d'investissements dans la région. Toutefois, dans le but de soutenir cette initiative, la création de taux d'imposition et de zones commerciales compétitifs à l'échelle mondiale est cruciale.

Cela attirerait les sociétés de capital-risque et les banques, encourageant ainsi le développement de nouvelles entreprises dotées d'une infrastructure de pointe pour le traitement de gros volumes de marchandises.

«Ce modèle facilitera le commerce agro-industriel mondial et diversifiera les sources alimentaires internationales, tout en renforçant l'approvisionnement alimentaire national durable fondé sur la technologie tout au long de la chaîne de valeur», a soutenu Blezard.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


L'armée libanaise annonce avoir achevé le désarmement du Hezbollah près de la frontière avec Israël

Le personnel de sécurité inspecte le site d'un bâtiment détruit par une frappe israélienne dans la zone industrielle de la ville de Ghazieh, près de la ville côtière de Sidon, dans le sud du Liban, le 6 janvier 2026. (AFP)
Le personnel de sécurité inspecte le site d'un bâtiment détruit par une frappe israélienne dans la zone industrielle de la ville de Ghazieh, près de la ville côtière de Sidon, dans le sud du Liban, le 6 janvier 2026. (AFP)
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  • L’armée libanaise annonce avoir achevé la première phase du désarmement du Hezbollah au sud du fleuve Litani, malgré le refus du mouvement de rendre ses armes dans le reste du pays
  • Le processus reste fragile : Israël maintient une présence militaire sur plusieurs points frontaliers et poursuit ses frappes, tandis que Washington accentue la pression sur Beyrouth

BEYROUTH: L'armée libanaise a annoncé jeudi avoir achevé "la première phase" de son plan pour le désarmement du Hezbollah pro-iranien, qui couvre la région entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord.

Dans un communiqué, l'armée affirme avoir atteint "les objectifs de la première phase" de son plan qui doit s'étendre par la suite au reste du territoire libanais.

Le Hezbollah, sorti affaibli en novembre 2024 d'une guerre meurtrière avec Israël, refuse de remettre ses armes dans le reste du pays.

L'armée précise dans son communiqué qu'elle "contrôle" désormais la partie sud du Litani, "à l'exception des territoires et positions toujours occupés par Israël" près de la frontière.

Malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis plus d'un an, qui prévoit son retrait du territoire libanais, Israël continue d'occuper cinq points stratégiques près de la frontière.

L'armée israélienne mène en outre des frappes contre le Hezbollah qu'elle accuse de chercher à se réarmer et met en doute l'efficacité des opérations de désarmement de l'armée libanaise.

Selon l'accord de cessez-le-feu, le Hezbollah doit retirer ses forces au nord du fleuve Litani et voir ses infrastructures militaires démantelées dans les zones évacuées.

L'armée libanaise précise que ses opérations vont se poursuivre au sud du Litani pour "achever le traitement des munitions non explosées" et rechercher des "tunnels", creusés par le Hezbollah.

Elle ajoute qu'elle va prendre des mesures pour "empêcher définitivement les groupes armés de reconstruire leurs capacités".

Le commandant en chef de l'armée Rodolphe Haykal doit informer jeudi après-midi le gouvernement des progrès accomplis dans l'exécution de son plan pour désarmer le Hezbollah.

Le gouvernement libanais est soumis à une intense pression des Etats-Unis pour désarmer la formation pro-iranienne, sur fond de crainte d'une escalade des attaques israéliennes.

Le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a salué dimanche sur X les "efforts" du gouvernement et de l'armée libanaise, ajoutant toutefois qu'ils étaient "loin d'être suffisants".

Un comité auquel participent les États-Unis, la France, le Liban, Israël et les Nations unies est chargé de surveiller le cessez-le-feu.


Israël met en péril la sécurité mondiale, avertit le ministre somalien de l’Information

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  • Les actions de Tel-Aviv renforcent les groupes terroristes, affirme Daud Aweis Jama dans un entretien exclusif à Arab News
  • Il accuse Tel-Aviv de vouloir relocaliser des Palestiniens de Gaza dans la région

​​​​​​RIYAD : La reconnaissance du Somaliland par Israël et sa présence croissante dans la région risquent d’envenimer la situation, en permettant aux groupes terroristes de saper la sécurité et la stabilité régionales, a déclaré le ministre somalien de l’Information, de la Culture et du Tourisme, Daud Aweis Jama.

Dans un entretien exclusif accordé à Arab News, Jama a insisté sur le fait que la décision sans précédent d’Israël, prise le 26 décembre, de reconnaître le Somaliland comme État souverain constitue un revers majeur pour la lutte de Mogadiscio contre des organisations terroristes telles qu’Al-Shabab et Daech.

« La présence d’Israël sera exploitée par les groupes terroristes pour étendre leurs opérations dans la région. Ils disposeront d’un prétexte pour diffuser leurs idéologies », a-t-il déclaré.

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Le président du Somaliland, Abdirahman Abdullahi Mohamed, s’exprime lors d’une conférence de presse avec le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, au palais présidentiel à Hargeisa. (Bureau présidentiel du Somaliland/AFP)

« C’est un autre facteur qui met en danger la sécurité mondiale et la stabilité régionale, alors que nous étions arrivés à la phase finale pour surmonter les défis posés par les groupes terroristes Al-Shabab et l’État islamique », a-t-il ajouté, utilisant un autre terme pour désigner Daech.

Jama a poursuivi : « Nous avons mobilisé toutes nos ressources et consacré tout notre temps à finaliser les dernières étapes de la lutte contre Al-Shabab. Si un autre facteur vient nous perturber, cela signifie que nous ne pourrons plus nous concentrer pleinement sur ces opérations. Et cela offre davantage d’opportunités à Al-Shabab ou à d’autres organisations. »

Selon Jama, les conséquences de cet affaiblissement de la capacité de la Somalie à lutter contre le terrorisme ne se limiteront pas à ses frontières, mais s’étendront à toute la région et au-delà.

« Cela pourrait attirer d’autres groupes terroristes extérieurs dans la région, car ils profiteront de cette crise pour tenter de reprendre le contrôle de zones qui avaient déjà été libérées », a déclaré le ministre.

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Des habitants de Mogadiscio brandissent des drapeaux somalien et palestinien lors d’un rassemblement dénonçant la reconnaissance du Somaliland par Israël. (AFP)

« Nous pensons que cela intervient à un moment qui affectera la sécurité de notre gouvernement, celle de la Corne de l’Afrique, du golfe d’Aden, de la mer Rouge, du Moyen-Orient et la stabilité mondiale. Il s’agit d’une zone stratégique majeure par laquelle transite le commerce mondial. »

Le ministre a souligné que la reconnaissance d’Israël et l’élargissement de sa présence dans la région créent davantage de défis, « ajoutant de l’huile sur le feu des problèmes persistants, notamment en Somalie ». Il a ajouté : « À ce stade, cela ne concerne plus uniquement la Somalie, mais représente un défi qui risque de se propager comme un incendie dans toute la région et dans le monde entier. »

Jama a déclaré à Arab News qu’Israël poursuit d’autres objectifs stratégiques à travers la reconnaissance du Somaliland, notamment la relocalisation forcée de Palestiniens de Gaza.

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Une femme passe devant des étals vendant des articles ménagers au marché de Waheen à Hargeisa. (AFP)

« Selon des sources fiables issues des renseignements que nous avons recueillis, l’une des conditions posées par Israël (pour reconnaître le Somaliland) était de disposer d’un lieu pour installer les habitants de Gaza », a-t-il affirmé.

« Nous considérons également cela comme une violation des droits du peuple palestinien, car nous croyons fermement à son droit à l’autodétermination. La solution à deux États, soutenue par la communauté internationale, doit être respectée et mise en œuvre. »

Le gouvernement de coalition israélien, le plus à droite et le plus religieusement conservateur de son histoire, comprend des responsables d’extrême droite qui prônent l’annexion de Gaza et de la Cisjordanie, et encouragent les Palestiniens à quitter leur terre.

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Un homme brandit un drapeau du Somaliland devant le monument commémoratif de la guerre à Hargeisa. (AFP)

L’ambassadeur de la Somalie auprès de l’ONU, Abukar Dahir Osman, a déclaré que les membres du Conseil de sécurité — l’Algérie, le Guyana, la Sierra Leone et la Somalie — « rejettent sans équivoque toute mesure visant à faire avancer cet objectif, y compris toute tentative d’Israël de relocaliser la population palestinienne de Gaza vers le nord-ouest de la Somalie ».

Israël est devenu le mois dernier le premier pays à reconnaître le Somaliland comme nation indépendante. En plus de trois décennies depuis sa déclaration unilatérale d’indépendance en 1991, aucun État n’avait reconnu ce territoire du nord-ouest comme distinct de la Somalie.

Mogadiscio a immédiatement rejeté la décision israélienne, aux côtés de nombreux pays à travers le monde.

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Des soldats de l’Armée nationale somalienne (SNA) sécurisent un village qui aurait été détruit par des insurgés en retraite lors de la visite d’officiers supérieurs à Awdheegle. (AFP/Archives)

L’Arabie saoudite a réaffirmé son rejet de toute tentative d’imposer des entités parallèles contraires à l’unité de la Somalie, ainsi que son soutien aux institutions légitimes de l’État somalien et son attachement à la stabilité du pays et de son peuple.

Un groupe de ministres des Affaires étrangères de pays arabes et islamiques, aux côtés de l’Organisation de la coopération islamique, a également rejeté fermement l’annonce israélienne. Dans une déclaration conjointe, ils ont averti que cette décision comporte « de graves répercussions sur la paix et la sécurité dans la Corne de l’Afrique et la région de la mer Rouge », et qu’elle porte atteinte à la paix et à la sécurité internationales.

La Ligue arabe, qui compte 22 membres, a rejeté « toute mesure découlant de cette reconnaissance illégitime visant à faciliter le déplacement forcé du peuple palestinien ou à exploiter les ports du nord de la Somalie pour établir des bases militaires », a déclaré son ambassadeur auprès de l’ONU, Maged Abdelfattah Abdelaziz, devant le Conseil de sécurité.

Dans le dernier développement des relations Israël–Somaliland, moins de deux semaines après la reconnaissance de Tel-Aviv, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, s’est rendu mardi dans la région afin de formaliser publiquement les relations diplomatiques.

« La reconnaissance par Israël d’une région de la République fédérale de Somalie comme État indépendant constitue une violation flagrante de la souveraineté somalienne », a souligné Jama. « Il s’agit d’une violation totale du droit international, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de la Somalie. »

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Des habitants de Mogadiscio participent à un rassemblement dénonçant la reconnaissance du Somaliland par Israël. (AFP)

« Dès le départ, nous avons choisi la voie diplomatique. Cela a commencé par une réunion réussie du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a soutenu l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Somalie, suivie par d’autres acteurs internationaux tels que la Ligue arabe, l’Organisation de la coopération islamique, l’Union africaine, ainsi que des organisations régionales comme la Communauté d’Afrique de l’Est et l’IGAD.

« Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a également réitéré l’importance de soutenir la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Somalie. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Syrie: écoles et administrations fermées à Alep, accrochages intermittents

L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté. (AFP)
L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté. (AFP)
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  • Les affrontements de mardi sont les plus violents entre les deux parties, qui ont échoué jusqu'à présent à appliquer un accord signé en mars et prévoyant l'intégration des institutions de l'administration autonome kurdes au sein du nouvel Etat syrien
  • L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté

DAMAS: Les écoles, les administrations et l'aéroport sont restés fermés mercredi à Alep, la grande ville du nord de la Syrie où des accrochages sporadiques opposent les forces gouvernementales et kurdes, au lendemain de violences qui ont fait neuf morts, selon les médias officiels.

Les affrontements de mardi sont les plus violents entre les deux parties, qui ont échoué jusqu'à présent à appliquer un accord signé en mars et prévoyant l'intégration des institutions de l'administration autonome kurdes au sein du nouvel Etat syrien.

"C'était une ville fantôme cette nuit, aucune activité, les magasins fermés, les rues plongées dans le noir en raison des coupures de courant", a raconté à l'AFP Abdel Karim Baqi, un homme de 50 ans qui a fui avec sa femme le quartier kurde d'Achrafieh pour se réfugier chez des proches.

L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté.

Le représentant de l'autorité autonome kurde à Damas, Abdel Karim Omar, a déclaré à l'AFP que "des efforts sont en cours pour calmer la situation, car l'escalade n'est dans l'intérêt de personne".

Il a ajouté que les deux quartiers kurdes d'Achrafieh et cheikh Maqsoud étaient "encerclés" et démenti tout bombardement depuis ces zones, soulignant qu'elles sont tenues par les forces de sécurité intérieures kurdes (Asayish) "qui ne disposent que d'armes légères".

Face aux violences, les autorités avaient décidé mardi soir de suspendre pour 24 heures tous les vols de l'aéroport de la deuxième ville de Syrie et de fermer mercredi les écoles, universités et services gouvernementaux.

Les affrontements de mardi "nous ont rappelé la guerre. Nous n'avons nulle part où fuir", a déclaré à l'AFP Joud Serjian, une mère de famille de 53 ans habitant le quartier syriaque d'Alep.

Au cours de la guerre civile en Syrie (2011-2024), Alep avait connu des combats entre les rebelles et les forces du président Bachar al-Assad avant qu'il ne reprenne le contrôle de la cité en 2016.

Les affrontements ont éclaté mardi alors que les discussions patinent pour la mise en oeuvre de l'accord signé en mars, qui était censé intégrer avant fin 2025 les Forces démocratiques syriennes (FDS, à majorité kurde) au sein de l'Etat syrien.