Couvrir la guerre Israël-Hamas, défi inédit et terrain piégé pour les médias

Un journaliste équipé d'une caméra observe depuis Sderot, dans le sud d'Israël, l'horizon du nord de la bande de Gaza lors des bombardements israéliens du 18 octobre. (Photo, AFP)
Un journaliste équipé d'une caméra observe depuis Sderot, dans le sud d'Israël, l'horizon du nord de la bande de Gaza lors des bombardements israéliens du 18 octobre. (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 27 octobre 2023

Couvrir la guerre Israël-Hamas, défi inédit et terrain piégé pour les médias

  • "Cette guerre est l'une des histoires les plus complexes et les plus clivantes qu'on ait jamais couvertes", estime Deborah Turness, présidente de la branche info du groupe audiovisuel britannique BBC
  • Première particularité: l'impossibilité pour les journalistes étrangers d'aller à Gaza, en raison du blocus par Israël et de l'absence d'accès via l'Egypte

PARIS: Propagande, impossibilité d'aller sur le terrain à Gaza, pression des réseaux sociaux, opinions publiques chauffées à blanc: les grands médias occidentaux se heurtent à des difficultés majeures pour couvrir la guerre entre Israël et le Hamas, qui les obligent à redoubler de prudence.

"Cette guerre est l'une des histoires les plus complexes et les plus clivantes qu'on ait jamais couvertes", estime Deborah Turness, présidente de la branche info du groupe audiovisuel britannique BBC, dans un billet mis en ligne mercredi.

Première particularité: l'impossibilité pour les journalistes étrangers d'aller à Gaza, en raison du blocus par Israël et de l'absence d'accès via l'Egypte.

Seuls restent sur place des journalistes palestiniens, qui fournissent images et informations aux médias internationaux. Mais eux-mêmes sont limités par les bombardements ou les pénuries d'essence et d'électricité.

Selon leur syndicat, 22 journalistes ont été tués dans la bande de Gaza depuis le déclenchement de la guerre après une attaque sanglante du mouvement islamiste palestinien sur le sol israélien le 7 octobre.

"Dans d'autres conflits, on était toujours en mesure d'avoir des envoyés spéciaux. Là, nos équipes à Gaza sont coupées du monde", explique Phil Chetwynd, directeur de l'information de l'AFP, qui a un bureau dans la bande de Gaza.

L'agence y compte une équipe d'une dizaine de journalistes. Ils ont dû quitter Gaza-ville pour le sud du territoire, où ils vivent dans des conditions précaires, dont certains sous des tentes.

En Israël, le gouvernement a recensé un nombre impressionnant de 2.050 journalistes venus couvrir le conflit. Les plus nombreux sont les Américains (358), les Britanniques (281) et les Français (221). L'Ukraine, pays lui-même en guerre, en a envoyé deux.

Hôpital

Conséquence de l'"étouffement médiatique" de Gaza, selon les termes de Reporters sans frontières (RSF): les médias dépendent davantage "des sources +officielles+ de chaque partie, sans pouvoir vérifier leur véracité", a déploré la Fédération internationale des journalistes (FIJ) dans un communiqué.

Et la FIJ de tancer: "Confondant vitesse et précipitation, de nombreux médias ont ainsi publié des informations et des images fausses, non contextualisées, non vérifiées".

Deux cas ont marqué l'opinion.

D'abord, des affirmations sur la décapitation de bébés par le Hamas, largement reprises sans pourtant pouvoir être vérifiées.

"J'aurais dû être plus prudente dans mes mots", s'est excusée le 12 octobre sur le réseau social X (ex-Twitter) une présentatrice de la chaîne américaine CNN, Sara Sidner.

Plus polémique encore, le cas de l'hôpital Ahli Arab à Gaza.

Le 17 octobre, de nombreux médias, dont l'AFP, ont repris des affirmations du ministère de la Santé du Hamas selon lesquelles "200 à 300" personnes avaient été tuées dans une frappe sur cet hôpital qu'il attribuait à Israël.

Israël a démenti, affirmant qu'il s'agissait d'un "tir de roquette raté" du mouvement palestinien Jihad islamique.

Mea culpa

Depuis, nombre de médias penchent pour cette version-là, sur la base de sources de services de renseignements ou d'analyses de vidéos. Mais il n'y a aucune certitude, pas plus que sur le nombre de victimes.

Cela a poussé le New York Times et Le Monde à un mea culpa public.

"Les premières versions de la couverture (...) s'appuyaient trop sur les affirmations du Hamas et n'indiquaient pas clairement que ces affirmations ne pouvaient pas être immédiatement vérifiées", a reconnu le journal américain lundi.

"Nous avons manqué de prudence", a renchéri mardi le quotidien français.

"Je peux voir des faiblesses dans la manière dont on a présenté l'info: on était obligé d'en faire état, mais avec le recul, on aurait pu l'écrire avec plus de prudence dans la formulation, et plus de contexte sur ce qu'on ne savait pas", juge Phil Chetwynd, le directeur de l'information de l'AFP.

"C'est facile a posteriori, mais dans le temps réel de l'actu, c'est moins évident", poursuit-il.

La tâche est compliquée par le fait que la moindre affirmation, la moindre image, peuvent devenir virales sur les réseaux sociaux, et susciter des accusations de partialité de la part d'opinions publiques déjà très divisées.

"Dans chaque guerre, savoir les choses avec certitude prend du temps. C'est particulièrement difficile dans ce cas, étant donné les passions des deux côtés (...) et la façon dont notre couverture est scrutée", a déclaré un responsable du journal américain The Washington Post, Douglas Jehl, au podcast Recode Media.

D'où l'importance du vocabulaire. Les médias se fixent donc des consignes internes sur les mots à employer et à éviter.

Les plus brûlants sont "terrorisme" et "terroriste". La BBC a été critiquée pour ne pas avoir qualifié le Hamas ainsi. Elle a répondu qu'elle n'employait le terme "terroriste" que dans des citations, sans l'endosser.

Cette politique est également celle de l'AFP.


Liban: un proche du Hezbollah arrêté pour espionnage au profit d'Israël 

Israeli Defense Minister Israel Katz said Wednesday that the United States has not demanded that Israel withdraw its troops from southern Lebanon, a condition set by Lebanon in ongoing ceasefire negotiations. (AFP/File)
Israeli Defense Minister Israel Katz said Wednesday that the United States has not demanded that Israel withdraw its troops from southern Lebanon, a condition set by Lebanon in ongoing ceasefire negotiations. (AFP/File)
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  • "Un agent de premier plan au service d'Israël a été arrêté à Beyrouth", a déclaré ce responsable sous couvert d'anonymat. Il est accusé d'avoir transmis "des informations détaillées à Israël"
  • Le suspect était "très proche de responsables du Hezbollah", ce qui lui permettait d'avoir accès à "un vaste éventail d'informations", selon cette source

BEYROUTH: Les autorités libanaises ont arrêté un proche du Hezbollah pro-iranien soupçonné d'espionnage au profit d'Israël, a indiqué mardi à l'AFP un responsable judiciaire.

"Un agent de premier plan au service d'Israël a été arrêté à Beyrouth", a déclaré ce responsable sous couvert d'anonymat. Il est accusé d'avoir transmis "des informations détaillées à Israël ayant conduit à l'assassinat de cadres du Hezbollah, dont quatre hauts responsables sécuritaires".

Le suspect était "très proche de responsables du Hezbollah", ce qui lui permettait d'avoir accès à "un vaste éventail d'informations", selon cette source.

Il a été arrêté la semaine dernière à l'aéroport de Beyrouth, alors qu'il s'apprêtait à se rendre en Irak, puis déféré devant le tribunal militaire où il doit être jugé, a ajouté le responsable judiciaire.

Originaire du sud du Liban, il est marié à une Irakienne et faisait régulièrement la navette entre le Liban et l'Irak, avant de se rendre en Turquie "pour rencontrer des officiers et des agents liés au Mossad israélien", d'après la même source.

Il leur "fournissait des informations sur des cibles potentielles dont il collectait des données à Beyrouth, avant qu'elles ne soient ensuite attaquées", a ajouté le responsable, sans préciser l'identité des responsables du Hezbollah visés ni la date de leur assassinat.

Israël a mené des opérations ciblées au Liban contre le Hezbollah depuis que le mouvement islamiste a ouvert un front en soutien au Hamas en octobre 2023, puis le 2 mars en soutien à l'Iran.

Ces opérations ont conduit à l'assassinat des principaux responsables du Hezbollah, dont son chef Hassan Nasrallah en septembre 2024, ainsi qu'à la destruction d'une grande partie de son arsenal.

En octobre 2025, un responsable judiciaire avait indiqué à l'AFP que les autorités libanaises avaient arrêté, au cours des mois précédents, 32 personnes reconnues coupables ou soupçonnées d'avoir transmis à Israël des informations sur des dirigeants du Hezbollah.

Au Liban, officiellement en état de guerre avec Israël, toute prise de contact avec le pays voisin est passible d'emprisonnement.

Au cours des années précédant les deux dernières guerres, des dizaines de personnes avaient été arrêtées et jugées pour collaboration avec Israël, dont plusieurs recrutées sur internet après la crise économique de 2019. Certaines ont été condamnées à des peines allant jusqu'à 25 ans de prison.


En pleines discussions à Rome, Israël se dit prêt à avancer sur deux «zones pilotes» au Liban

Israël s'est dit prêt à avancer dans le projet de retrait de ses troupes de deux zones du sud du Liban, au moment où se tiennent mardi de nouvelles négociations à Rome dans l'ombre d'une reprise des hostilités au Moyen-Orient. (AFP)
Israël s'est dit prêt à avancer dans le projet de retrait de ses troupes de deux zones du sud du Liban, au moment où se tiennent mardi de nouvelles négociations à Rome dans l'ombre d'une reprise des hostilités au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Les deux pays, techniquement en état de guerre depuis des décennies, avaient conclu le 26 juin un accord-cadre en vue d'une "paix durable", à l'issue de cinq cycles de discussions à Washington
  • Le ministre des Affaires étrangères israélien, Gideon Saar, a déclaré que son pays était prêt à "aller de l'avant" dans la mise en oeuvre de deux "zones pilotes", revendication clé du pouvoir libanais

ROME: Israël s'est dit prêt à avancer dans le projet de retrait de ses troupes de deux zones du sud du Liban, au moment où se tiennent mardi de nouvelles négociations à Rome dans l'ombre d'une reprise des hostilités au Moyen-Orient.

Les deux pays, techniquement en état de guerre depuis des décennies, avaient conclu le 26 juin un accord-cadre en vue d'une "paix durable", à l'issue de cinq cycles de discussions à Washington.

Mais le Hezbollah, armé et financé par Téhéran, rejette ce texte dont l'application doit commencer par le retrait israélien de "zones pilotes" dans le sud du Liban.

Le ministre des Affaires étrangères israélien, Gideon Saar, a déclaré que son pays était prêt à "aller de l'avant" dans la mise en oeuvre de deux "zones pilotes", revendication clé du pouvoir libanais.

"J'espère et j'ai bon espoir que cette série de discussions à Rome y contribuera", a-t-il déclaré depuis Jérusalem.

Aucune information n'a filtré à ce stade des pourparlers dans la capitale italienne.

Des journalistes de l'AFP ont vu les voitures des délégations entrer dans l'enceinte de l'ambassade américaine sous haute sécurité mardi matin, tandis que l'ambassade, sollicitée, s'est refusée à tout commentaire.

"Se retirer progressivement" 

La délégation libanaise "a reçu comme instruction de réclamer le début immédiat du retrait des forces israéliennes de deux zones pilotes avant toute autre discussion", avait fait savoir la présidence libanaise lundi soir.

Selon une source diplomatique libanaise informée de la teneur des négociations, "l'armée libanaise est prête à prendre progressivement le contrôle des localités dont l'armée israélienne se retirerait".

"Israël est disposé à se retirer progressivement, à condition que le Hezbollah ne soit pas présent dans les zones évacuées et que l'armée libanaise dispose des capacités nécessaires pour maintenir ces secteurs démilitarisés et empêcher tout retour du mouvement", explique l'analyste israélienne Orna Mizrahi.

Une délégation militaire américaine a d'ailleurs entamé samedi à Beyrouth des discussions avec l'armée libanaise sur les modalités de mise en oeuvre du retrait israélien de l'une de ces "zones pilotes".

L'accord-cadre a été conclu après l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu fragile dans la nouvelle guerre qui a éclaté début mars entre le Hezbollah et l'armée israélienne. Le mouvement chiite avait entraîné le Liban dans le conflit en bombardant Israël en représailles aux frappes américano-israéliennes contre l'Iran.

L'armée israélienne poursuit cependant des frappes limitées dans le sud, où un drone a visé mardi la localité de Nabatiyé al-Fawqa et procède à des destructions dans les villages qu'elle occupe, selon les médias officiels libanais.

"Réfléchir à deux fois" 

Depuis le début de ce conflit, ces frappes israéliennes ont fait depuis plus de 4.300 morts, d'après les autorités libanaises. Sur la même période, l'armée israélienne a annoncé la mort de 38 soldats et d'un contractuel civil au Liban.

"Les chances d'une percée à Rome sont assez limitées", estime Karim Bitar, enseignant à Sciences Po Paris, qui voit plutôt dans cette réunion "l'opportunité de montrer que le processus est encore en place (...), qu'il y a des négociations qui perdurent malgré les oppositions et les obstacles qui commencent à apparaître".

Téhéran avait exigé l'arrêt des hostilités au Liban pour conclure un protocole d'accord avec Washington le 17 juin.

Mais ce texte semble avoir volé en éclats après des frappes américaines et iraniennes au Moyen-Orient d'une ampleur inédite depuis la mise en place d'un cessez-le-feu début avril.

"Les Iraniens veulent établir un lien entre les deux dossiers, tandis que nous souhaitons les dissocier", relève Orna Mizrahi.

"Chaque fois qu'ils en auront l'occasion, ils (les Iraniens) chercheront à faire échouer ce qui se passe sur la scène libanaise", ajoute cette chercheuse spécialiste du Liban à l'Institut pour les études de sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv. Même si Téhéran a actuellement d'autres priorités, notamment le contrôle du détroit d'Ormuz.

Karim Bitar souligne pour sa part que le risque d'une reprise des violences au Liban en raison du contexte régional "n'est bien évidemment pas négligeable".

"Mais je pense que l'Iran aujourd'hui y réfléchira à deux fois avant de demander au Hezbollah de lancer de nouvelles frappes contre Israël", dit-il.

Selon lui, Téhéran "souhaite maintenir le Hezbollah comme instrument de dissuasion à long terme et ne veut pas l'utiliser immédiatement pour ouvrir un nouveau front".


Netanyahu avertit les dirigeants iraniens qu'Israël ripostera en cas d'attaque

Un homme tient une pancarte sur laquelle figurent des photos du guide suprême iranien, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, aux côtés de l'officier militaire assassiné Qasem Soleimani, alors qu'il assiste à la cérémonie d'adieu organisée en l'honneur de l'équipe nationale iranienne de football avant son départ pour la Coupe du monde de la FIFA 2026, à Téhéran, le 13 mai 2026. (AFP)
Un homme tient une pancarte sur laquelle figurent des photos du guide suprême iranien, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, aux côtés de l'officier militaire assassiné Qasem Soleimani, alors qu'il assiste à la cérémonie d'adieu organisée en l'honneur de l'équipe nationale iranienne de football avant son départ pour la Coupe du monde de la FIFA 2026, à Téhéran, le 13 mai 2026. (AFP)
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  • Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a averti mardi les dirigeants iraniens qu'Israël riposterait en cas d'attaque
  • "Je le dis aux dirigeants iraniens : ne comptez pas sur le calme si vous nous attaquez (...), l'époque où l'on pouvait nous frapper sans que nous ripostions de manière décisive est révolue"

JERUSALEM: Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a averti mardi les dirigeants iraniens qu'Israël riposterait en cas d'attaque, alors que les frappes américaines et iraniennes ont repris avec une ampleur inédite depuis le cessez-le-feu d'avril.

"Je le dis aux dirigeants iraniens : ne comptez pas sur le calme si vous nous attaquez (...), l'époque où l'on pouvait nous frapper sans que nous ripostions de manière décisive est révolue", a déclaré M. Netanyahu lors d'une conférence, selon une vidéo diffusée par son cabinet.